L’essence du mariage est l’acte charnel consommé et accompli--le
_coït_.--Le mariage est consommé par l’écoulement de la semence de
l’homme, ou _sperme_, dans le vase naturel de la femme--le vagin--ou par
l’accouplement de l’homme et de la femme,--le membre viril introduit
dans la matrice--de telle manière qu’ils ne forment qu’une seule et même
chair, selon ces paroles de la Genèse: _Et ils seront deux dans une même
chair._
Toutes les fois que le membre viril devenu rigide a pénétré dans le
vagin, et que l’écoulement de la semence de l’homme a eu lieu, le
mariage est réputé consommé, abstraction faite d’un écoulement analogue
chez la femme, chose que d’ailleurs on ne peut pas reconnaître
positivement et qui, d’après beaucoup de personnes, n’est absolument
nécessaire ni à la conception ni à l’accomplissement de l’acte conjugal.
L’impuissance n’est donc pas autre chose que l’impossibilité de
consommer le mariage dans les conditions plus haut exposées.
Par conséquent, ceux qui n’ont qu’un testicule ne sont pas impuissants,
car ils peuvent introduire leur membre dans le vagin d’une femme et
répandre la semence prolifique. On ne doit pas non plus regarder comme
impuissants les vieillards même décrépits. On a vu, en effet, des
centenaires avoir des enfants de leur commerce avec de très jeunes
filles.
Les femmes stériles ne sont pas, pour ce motif, impuissantes; car il
peut arriver que l’introduction du membre viril ait lieu et qu’elles
reçoivent la semence de l’homme sans la retenir ou que toute autre cause
les empêche de concevoir. Lorsque l’écoulement de la semence a lieu dans
le vase naturel,--c’est-à-dire dans la matrice,--l’acte conjugal est
accompli et l’impuissance n’existe pas, quoique, par suite de
circonstances accidentelles, la conception n’ait pas lieu. Sont au
contraire réellement impuissants les vieillards trop faibles pour
introduire leur membre dans le vagin d’une femme, ou tellement décrépits
que, chez eux, l’éjaculation ne puisse plus se manifester. Il en est de
même de ceux auxquels manquent les deux testicules ou qui, par accident,
ont eu les testicules broyés, parce qu’ils ne peuvent produire la
semence prolifique.
On constate plusieurs espèces d’impuissance:
L’impuissance naturelle est celle qui provient d’une cause naturelle et
intrinsèque; chez l’homme, par exemple, une froideur invincible qui
s’oppose à une érection suffisante, une trop grande surexcitation qui
occasionne l’écoulement de la semence avant que l’acte charnel ait pu
s’accomplir, ou bien l’absence de la verge ou des testicules; chez la
femme, le rétrécissement des parties génitales, qui s’oppose à
l’introduction du membre viril, ce qui se rencontre chez beaucoup de
femmes.
L’impuissance absolue est celle qui rend une personne impuissante à
l’égard de toute autre; c’est le cas d’un homme privé de ses deux
testicules ou qui est d’un tempérament absolument froid.
L’impuissance relative diffère de l’impuissance absolue en ce qu’elle se
rapporte à telle ou telle personne et non à la généralité; une femme,
par exemple, peut avoir le vagin trop étroit pour le membre viril de son
mari et non pour celui d’un autre homme; enfin, un homme peut se trouver
sous l’influence d’un maléfice ou éprouver de la froideur pour une jeune
fille et non pour une autre.
L’impuissance perpétuelle est celle dont on ne guérit pas avec le temps,
pour laquelle se trouvent sans effet les remèdes naturels et licites.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
_On demande_: Si un homme et une femme, bien instruits de leur commune
impuissance ou de celle de l’un d’eux, peuvent contracter mariage avec
l’intention de se prêter un mutuel secours et de rester toujours dans la
chasteté.
_Réponse_: _Sanchez, l. 7. disp. 97, nº 13_, et beaucoup d’autres
théologiens qu’il cite affirment que le mariage est licite dans ce cas,
et ils appuient leur opinion des preuves suivantes: ceux qui ont
contracté mariage, quoique atteints d’une pareille infirmité, peuvent
habiter ensemble comme frère et sœur, en évitant le danger de tomber
dans le péché; si donc ils pensent raisonnablement que ce danger n’est
pas à craindre, ils peuvent s’épouser en vue de s’aider mutuellement,
malgré la connaissance qu’ils ont de leur impuissance. C’est ainsi que
la bienheureuse Vierge et S. Joseph contractèrent un vrai mariage avec
l’intention formelle de se conserver chastes et de ne pas user du coït.
_On demande_: Ce que doit faire une femme qui sait positivement que son
mari est impuissant et qui a un enfant des œuvres d’un autre homme,
lorsque son mari, qui se croit le père de cet enfant, veut user de ses
droits conjugaux.
_Réponse_: Il faut d’abord s’assurer si la femme ne considère pas comme
certaine une impuissance qui est tout au plus douteuse; mais en
supposant que l’impuissance soit certaine, elle ne doit autoriser aucune
licence, devrait-elle s’exposer à de grands désagréments en repoussant
son mari, car elle ferait des actes intrinsèquement mauvais; dans cette
fâcheuse hypothèse, elle doit s’y prendre de son mieux pour persuader à
son mari qu’il doit, dorénavant, vivre dans la continence sous prétexte,
par exemple, qu’il est vieux ou qu’un seul enfant suffit à leur bonheur,
et en affirmant qu’elle a en horreur l’acte conjugal, etc. Si un jour le
mari vient à partager cette manière de voir, elle pourra lui parler en
ces termes: _Afin de ne pas succomber à la tentation et pour ne pas être
détournés de notre résolution, faisons ensemble vœu de continence
perpétuelle._ Si le mari consent à faire ce vœu, la femme pourra se
considérer comme étant à l’abri de nouvelles sollicitations; elle pourra
repousser ses caresses, s’il voulait encore user des licences
conjugales, et cela sans donner lieu à aucun soupçon de sa part; elle
donnera pour prétexte à ses refus leur double vœu. La femme ne doit pas
oublier qu’elle est tenue de réparer le préjudice qu’elle a causé à son
mari ou à ses héritiers, en introduisant un bâtard dans la famille,
ainsi que nous l’avons dit dans le traité de la restitution.
_On demande_: quelle est la conduite à tenir lorsqu’on ne sait pas d’une
manière positive si l’impuissance est temporaire ou si elle est
perpétuelle.
_Réponse_: Il s’agit de l’impuissance naturelle et intrinsèque ou bien
de l’impuissance par maléfices. Dans le premier cas, à moins qu’il ne
s’agisse d’un défaut de conformation ou de l’absence d’une partie
essentielle des organes de la génération, il appartient uniquement aux
médecins de se prononcer sur la nature et la durée de cette impuissance,
dont les signes principaux sont chez l’homme:
1º La difformité des parties génitales, de la verge, par exemple son
volume trop grand ou trop petit;
2º Une insensibilité absolue mettant empêchement à l’écoulement de la
semence prolifique;
3º Une aversion naturelle pour tout commerce charnel et pour tout acte
vénérien;
4º Une mauvaise conformation des testicules.
Cette impuissance se reconnaît chez la femme:
1º Lorsque l’utérus ou vagin est trop étroit ou complètement fermé;
2º Lorsqu’il est mal placé ou que la matrice se trouve dans une position
anormale.
Les canonistes, et surtout les évêques, ont à se prononcer sur
l’impuissance qui provient des maléfices et qu’on reconnaît à certains
indices:
1º Lorsque la femme, qui d’ailleurs aime son mari, ne peut supporter son
approche croyant qu’il ne pourra pas se livrer avec elle à l’acte
conjugal;
2º Lorsque deux époux, au moment de se livrer au coït, sont subitement
pris d’une haine violente l’un pour l’autre, quoiqu’ils s’aiment
d’ailleurs;
3º Lorsqu’un mari, qui n’est pas impuissant avec les autres femmes, ne
peut accomplir le coït avec la sienne, quoiqu’elle n’ait pas le vagin
trop étroit et qu’elle n’oppose pas de résistance à l’accomplissement de
l’acte conjugal.
Quoi qu’en disent certaines personnes dont _l’opinion_--suivant St
Thomas, _Suppl., q. 58, art. 2_--_a sa source dans l’infidélité ou
l’incrédulité_, il est certain que l’impuissance peut provenir d’un
maléfice. C’est ce que supposent de nombreux conciles et presque tous
les rituels, et c’est ce que reconnaissent tous les théologiens.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
_On demande_: Quelles sont les précautions dont le confesseur doit user
à l’égard des époux et quels sont les conseils qu’il doit leur donner.
Il doit examiner avec une extrême attention si l’impuissance, qu’on
attribue à une cause naturelle, ne provient pas d’un excès de passion ou
d’autres causes dont on peut prévenir les effets; car alors il faudrait
employer des remèdes naturels pour combattre l’impuissance; les médecins
indiquent et prescrivent certains remèdes pour cet objet. Il existe
plusieurs causes naturelles qui éloignent l’homme du coït et qu’on peut
faire disparaître avec ou sans le secours des médecins, par exemple la
difformité de la femme, son haleine puante, la négligence dans ses
vêtements et sa toilette, le dégoût qu’elle inspire à son mari, le
mépris dont elle est l’objet, etc. En effet, la beauté et les autres
qualités qui rendent une femme aimable sont des excitants très puissants
pour l’accomplissement de l’acte conjugal. Dans ce cas, un confesseur
prudent doit surtout leur conseiller d’agir, avec bonne foi et des
intentions pures, sans passions désordonnées, sans haine, sans tiédeur,
en écartant tout sentiment d’inimitié ou de dégoût; il doit les engager
à se prêter aux positions les plus propices pour accomplir l’acte
charnel; il doit conseiller à la femme de prendre plus de soin de sa
toilette, de se montrer aimable pour son mari, de chercher à exciter ses
sens par des caresses et par des parures licites, enfin de s’ingénier à
trouver les moyens, suivant les paroles de l’apôtre lui-même, _de plaire
à son mari_.
_On demande_: Si une femme, qui est impuissante parce qu’elle a le vagin
trop étroit, est tenue de consentir à ce qu’on fasse une incision à la
matrice lorsque les médecins déclarent que cette opération la mettra en
état d’accomplir l’acte conjugal.
Tous les théologiens déclarent que la femme n’est pas obligée de se
soumettre à cette opération, lorsqu’il doit en résulter un gros danger
pour sa vie.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
_On demande_: Si le mariage est valide lorsque la femme, affligée d’un
rétrécissement, a été, par son commerce avec un autre homme, rendue
capable de se livrer à l’acte conjugal.
_Réponse_: L’opinion la plus ordinaire est que le mariage est valide,
car on doit juger alors que l’impuissance n’était pas permanente;
cependant, si la femme avait le vagin tellement étroit à l’égard de son
mari que ce dernier n’eût jamais pu la connaître en usant des moyens
naturels et licites, l’impuissance devrait, dans ce cas, être considérée
comme respectivement permanente; dans cette hypothèse, le mariage serait
nul: or, il est évident que la femme ne doit pas faire disparaître ce
cas de nullité, par son commerce avec un autre homme; mais les époux
peuvent contracter, devant l’Église, un nouveau mariage d’un
consentement mutuel, après que la femme a été rendue capable de se
livrer à l’acte conjugal avec son mari, à la suite de fornications avec
un autre homme.
_On demande_: Si on peut abandonner à leur bonne foi des époux atteints
d’une impuissance permanente, qui ignorent la nullité de leur mariage et
qui, après trois ans passés, essaient encore et sans succès, d’accomplir
l’acte conjugal.
S’il était établi qu’ils sont dans la bonne foi et qu’un avertissement
resterait sans effet, il serait peut-être convenable de les laisser dans
l’ignorance; car dans ce cas on tolérerait un moindre mal, c’est-à-dire
un péché matériel pour en éviter un plus grand, c’est-à-dire un péché
formel. Il paraît peu probable que deux époux croient toujours de bonne
foi qu’il leur est permis de tenter un acte qu’ils n’accomplissent
jamais et qu’ils ne peuvent pas accomplir. Mais il peut arriver que
l’ignorance dans laquelle ils sont à cet égard devienne une excuse,
sinon de tout péché, du moins du péché mortel. C’est pourquoi nous
pensons qu’on doit les avertir et les détourner du péché; mais il est
ordinairement plus prudent de leur laisser ignorer la gravité du péché.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .