C. Q. E. C. L.: Oui.

* * * * *

... Le record de la distraction est certainement détenu par un monsieur

qui prend ses repas dans une pension où je vais quelquefois.

Hier matin, j'arrive très en retard. Presque tout le monde finissait de

déjeuner.

Je prends des sardines et, en songeant à autre chose, je les passe au

susdit monsieur qui grignotait un dessert quelconque.

Le pauvre homme saisit la boîte et, docilement, se sert une sardine

qu'il mange d'un air de candeur inexprimable.

Tous les gens autour de nous ont ri comme des bossus. Le monsieur s'est

aperçu de son étourderie et c'est grand dommage, car je me serais amusé

à le faire _redéjeuner_ totalement.

* * * * *

... Fragment de conversation entre mon jeune ami Pierre et sa maman:

--T'es-tu bien promené, Pierre?

--Oh! oui, m'man! j'ai assez rigolé!... Et puis, tu sais pas ce que j'ai

vu? Devine.

--Mais je ne peux pas deviner.

--Quelque chose d'épatant: une _nounou nègre_!

--Que vois-tu de si extraordinaire en cela?

--Tu trouves pas ça épatant, toi? Eh ben! zut, t'es pas dure!... Tu sais

pas l'effet que ça me fait à moi, une nounou nègre?

--Dis un peu.

--Eh ben! l'effet que ça me fait, c'est que le gosse doit téter du café

au lait!

* * * * *

... Maintenant que le gentleman en question vogue entre le Havre et

New-York, je peux bien conter l'histoire.

Le gentleman en question est rédacteur important dans un _Chicago

Tribune_ quelconque.

On m'a présenté à lui comme étant Maurice Barrès. Joie débordante du

Yankee.

J'ai subi une _interview_ des plus corsées.

À la grande satisfaction de mes camarades, j'ai bourré mon homme de

documents infiniment contestables et d'idées personnelles, semblant

provenir de Ville-Evrard, au sujet de révolution littéraire et

artistique de notre belle France.

Ce journaliste américain fut tellement ravi d'avoir fait la connaissance

de Barrès qu'il nous invita tous, le soir même, au Helder, où nous avons

fait un dîner, mes petites chéries, je ne vous dis que ça!

Je ne sais pas encore comment Barrès prendra la chose quand il recevra

le journal d'Amérique.

* * * * *

... Il faudrait le pinceau de Goya pour dépeindre le ravissement où me

plongea la lisance des feuilles d'aujourd'hui.

L'abondance des matières nous force, à notre grand regret, à écourter

les citations.

Au choix:

D'abord, dans l'_Éclair_, une chronique de Gerville-Réache qui débute

par cette phrase définitive et lapidaire:

_Il y a quatre aspects dans Victor Schoelcher._

Quatre, seulement?

Êtes-vous bien sûr, Gerville, de n'en avoir pas oublié un petit?

Dans le _Petit Niçois_, une circulaire du général Poilloüe de

Saint-Mars, commandant du 12e corps, dans laquelle je relève une

observation frappée au coin du bon sens:

_Le pied du soldat est un organe d'une très grande importance_ (sic).

Votre remarque, mon général, est très juste.

C'est même grâce à cette considération que les conseils de revision

hésitent rarement à réformer un cul-de-jatte.

Ah! je ne lis pas souvent les journaux, mais quand je les lis, je ne

m'embête pas!

* * * * *

... Quai des Phocéens, à côté du _New-Garden Bar_, il y a un grand

marchand de liquides et de produits de toutes sortes, lequel se nomme

Berlandina.

Le Captain Cap me donna une excellente idée, c'était d'aller proposer à

cet industriel de lui composer une chanson-réclame dont le refrain

serait:

Deux et deux font cinq (2 + 2 = 5) oeuvres anthumes · 第 83 / 90 题