LARMES

Un homme, jeune encore, qui cache sous le prestigieux pseudonyme de

_Balthazar_ une des personnalités les plus en vue des hautes études

françaises, veut bien m'adresser, en m'en faisant hommage, un très

substantiel et très élégant travail qu'il vient de terminer sur ce

sujet: _les Larmes_.

Publier cet opuscule entier serait sortir du léger cadre de mes

badinages. Je me contenterai donc de le résumer, en tâchant de lui

conserver sa rare saveur et sa hautaine originalité.

M. Balthazar,--conservons-lui ce nom, puisque cela semble lui faire

plaisir,--eut un professeur de philosophie dont la devise favorite

était: «_L'essentiel est de se poser beaucoup de questions._» Et il s'en

posait, le digne homme, paraît-il, des myriades! Seulement, il ne se

préoccupait jamais d'en résoudre une seule.

C'est ainsi qu'un jour il dit à ses élèves:

--L'un de vous, en avalant les siennes, s'est-il parfois demandé

_pourquoi les larmes sont salées?_

Et sur cette cordiale parole, la classe se trouvant terminée, le digne

professeur prit congé de ses élèves.

Le jeune Balthazar se piqua au jeu et fit le serment de venir à bout de

cette thèse, coûtât que coûtât.

Il éplucha des bibliothèques entières, la _Physiologie psychologique_ de

Wundt, les _Leçons d'Hydraulique_ de Puiseux, les exquises _Perles et

larmes_ du poète norvégien Bjoernsen, et constata que le problème n'y

était point abordé, même de loin.

Des esprits superficiels répondraient: «Eh! parbleu! les larmes sont

salées parce qu'elles contiennent une forte proportion de chlorures

alcalins.»

Nous le savons aussi bien que vous, esprits superficiels! Mais la

question ne gît pas là. Nous nous demandons pourquoi la Providence

intima aux larmes d'avoir le goût salé plutôt que tout autre goût.

Deux et deux font cinq (2 + 2 = 5) oeuvres anthumes · 第 41 / 90 题