LE CHEVEU.--Plutôt que de voir s’effiler ainsi mon existence misérable,
pourquoi n’ai-je pas fait partie de cette dernière mèche qu’Hélène a
donnée il y a un an (on ne la reprendra plus à pareille libéralité!)
à ce jeune capitaine qui partait pour la guerre? Je serais à cette
heure enfermé dans un médaillon d’or et abrité sur une chaude poitrine,
tandis qu’un jour ou l’autre, ici on me balayera comme un témoin
honteux!
L’ŒIL.--Un pince-nez, voilà mon avenir.
LA DENT.--Qu’est-ce donc que ces mots qu’on murmurait hier devant
moi: pivots, ligatures, monture en caoutchouc?--«Sans nuire à la
mastication,» ajoutait-on.
L’ŒIL.--Eh bien, êtes-vous contents, vous tous qui avez aimé Hélène et
qu’Hélène n’a pas aimés! Vous tous, qui vous êtes inutilement roulés à
ses pieds et qui avez inutilement crié son nom dans vos fièvres! Nous
étions ses complices alors, nous sommes vos vengeurs aujourd’hui.
LE CHEVEU.--Êtes-vous satisfaites, vous toutes, ses rivales, qui
pâlissiez à ses côtés, et qui vous irritiez de son inaltérable éclat!
Venez la voir à présent; l’heure va sonner pour elle, l’heure sans
pitié.
LA DENT.--La déesse va redevenir mortelle. Adieu, Hélène.
L’ŒIL.--Adieu, Hélène.
LE CHEVEU.--Adieu, Hélène.
L’ŒIL.--Chut! elle étend les bras, et sa belle gorge se soulève sous le
poids de quelque rêve funeste.
LE CHEVEU.--Ses traits expriment l’épouvante...