III

LE CHEVEU.--Plutôt que de voir s’effiler ainsi mon existence misérable,

pourquoi n’ai-je pas fait partie de cette dernière mèche qu’Hélène a

donnée il y a un an (on ne la reprendra plus à pareille libéralité!)

à ce jeune capitaine qui partait pour la guerre? Je serais à cette

heure enfermé dans un médaillon d’or et abrité sur une chaude poitrine,

tandis qu’un jour ou l’autre, ici on me balayera comme un témoin

honteux!

L’ŒIL.--Un pince-nez, voilà mon avenir.

LA DENT.--Qu’est-ce donc que ces mots qu’on murmurait hier devant

moi: pivots, ligatures, monture en caoutchouc?--«Sans nuire à la

mastication,» ajoutait-on.

L’ŒIL.--Eh bien, êtes-vous contents, vous tous qui avez aimé Hélène et

qu’Hélène n’a pas aimés! Vous tous, qui vous êtes inutilement roulés à

ses pieds et qui avez inutilement crié son nom dans vos fièvres! Nous

étions ses complices alors, nous sommes vos vengeurs aujourd’hui.

LE CHEVEU.--Êtes-vous satisfaites, vous toutes, ses rivales, qui

pâlissiez à ses côtés, et qui vous irritiez de son inaltérable éclat!

Venez la voir à présent; l’heure va sonner pour elle, l’heure sans

pitié.

LA DENT.--La déesse va redevenir mortelle. Adieu, Hélène.

L’ŒIL.--Adieu, Hélène.

LE CHEVEU.--Adieu, Hélène.

L’ŒIL.--Chut! elle étend les bras, et sa belle gorge se soulève sous le

poids de quelque rêve funeste.

LE CHEVEU.--Ses traits expriment l’épouvante...

Les femmes qui font des scènes · 第 213 / 248 题