§ III
=Sur les sept péchés capitaux=
PAR PARESSE: En négligeant d’aller voir les _Rameneurs_, de M. Paul
Siraudin.
En feignant une maladie afin d’être dispensé d’aller entendre M. Eugène
Pelletan au Cercle de la rue de la Paix.
* * *
PAR ENVIE: Avoir envié la sémillance et les bonnes fortunes d’Émile
Solié.
Avoir fait semblant de ne pas reconnaître, sur le boulevard, M. Louis
Énault, bien que ses riches fourrures me crevassent l’œil.
Avoir maugréé contre les trente-deux éditions des _Trente-deux duels de
Jean Gigon_, en songeant à l’édition unique de mes _Mélodies intimes_.
Avoir supputé les droits d’auteur de la _Mariée du Mardi-Gras_, et être
tombé dans une rêverie profonde.
* * *
PAR AVARICE: Économisé quinze centimes par soirée, en n’achetant pas
_le Pays_.
Refusé deux mille francs à Fernand Desnoyers.
Joué le vermouth au domino, en cent cinquante liés, avec le même,
plutôt que de le lui offrir magnifiquement.
* * *
PAR ORGUEIL: M’être trouvé beau.
M’être trouvé grand.
M’être trouvé digne.
Avoir désiré immodérément la croix du Mérite d’Ernestine de Saxe.
M’être fait photographier tour à tour par Nadar, par Pierre Petit, par
Disdéri, par Thierry et par Carjat.
N’avoir été satisfait d’aucune de ces épreuves.
* * *
PAR COLÈRE: M’être laissé emporter au point de traiter M. Ernest
Legouvé d’écrivain de deuxième ordre.
Avoir levé la main sur le buste de Casimir Delavigne, dans le foyer de
la Comédie-Française.
Avoir envoyé des témoins à M. de La Rounat, le soir de la reprise
d’_Une fête sous Néron_.
* * *
PAR GOURMANDISE: Avoir cherché dans le chambertin et dans le
saint-marceaux l’oubli de mes engagements sacrés envers le journal _le
**********_.
Avoir fait la noce (voir le dictionnaire de M. Lorédan Larchey) avec
mon ami Philibert Audebrand.
* * *
PAR LUXURE: Être allé six fois au _Pied-de-Mouton_; y avoir prêté les
yeux à des danses immodestes et l’oreille à des chants dissolus.
Avoir arrêté ma pensée, en y prenant plaisir, sur la possibilité
d’arriver à la conquête de Léonie Trompette.
§ IV
=Acte de contrition=
Quelle confusion pour moi de tomber toujours dans les mêmes fautes, si
souvent, si facilement, et après avoir tant de fois promis de ne les
plus commettre! Ah! que la chair est faible, l’esprit aussi, la plume
aussi! Mais aussi combien le travail de l’imagination est peu rétribué!
Il y aurait sans doute un moyen d’éviter les sources et les occasions
du péché: ce serait de renoncer absolument à la littérature et à ses
pompes. Pour ma part, je ne demande pas mieux.