<La chambre de la scène première.--La mère, seule, assise sur une
chaise et pleurant.>
UNE VOIX DU CIEL. Humble femme, il est tard; les bruits s’éteignent
dans le village; tu as travaillé toute la journée; tes genoux tremblent
de fatigue; la lassitude est peinte sur ton visage; il est tard. Cesse
de pleurer, ou plutôt endors-toi dans tes larmes; cherche un apaisement
dans le sommeil, pauvre cœur meurtri. Oublie et pardonne; oublie les
lâchetés et les ingratitudes; pardonne aux goujats et aux méchants.
Endors-toi en priant: tes douleurs cesseront bientôt, et tu seras
glorifiée alors pour tout ce que tu auras souffert.--Saintes fleurs
du peuple, tristes fronts courbés dans la poussière, Dieu vous voit
et vous bénit; il sait vos insomnies en attendant l’époux enivré et
brutal; il compte vos supplications au fils détourné et farouche. Vous
êtes les âmes naïves, vous êtes les âmes tendres à qui une éternité
d’amour est promise. Endors-toi, pauvre mère, endors-toi, et je te
ferai voir en rêve la couronne qui t’attend, ainsi que la robe étoilée
dont tu seras revêtue le jour où tu monteras au Ciel! (<La mère
s’endort.>)