<Le soir. Une tente ornée de drapeaux tricolores, avec cette
inscription: BAL MOREL.>
UN EMPLOYÉ DU BAL. En place! en place, pour le quadrille!
UN PAYSAN. Viens, Denise.
UNE PAYSANNE. Je veux bien; où est Marie? (<Criant.>) Marie! ici!
viens donc!
L’EMPLOYÉ. Un vis-à-vis! un vis-à-vis!
UN COUPLE. Voilà! (<On se place. La musique joue. Le frère de la
rosière, ivre, traverse les groupes.>)
UN DANSEUR. Hé! faites attention.
LE FRÈRE. De quoi?
UN PAYSAN. Tiens, c’est Auguste. Oh! là, là, Auguste!
UN AUTRE. Est-ce que ta sœur va bientôt venir?
LE FRÈRE. Colle-moi la paix avec ma sœur...
VOIX DIVERSES. Voilà la rosière! Vive la rosière! (<On monte sur les
banquettes.>)
UN PARISIEN. C’est là une rosière? Je demande la tête de Florian!
UNE PARISIENNE. Elle a des gants de coton.
L’EMPLOYÉ. En place! en place!
UN ZOUAVE, <s’approchant de la rosière>. Mademoiselle, vous m’avez
promis un quadrille?
LA ROSIÈRE. Le second, oui, monsieur; je danse celui-ci avec M.
Maillard.--Mais qu’est-ce que vous avez à la joue? du sang...
LE ZOUAVE. Oh! ce n’est rien; une égratignure... Un polisson qui se
permettait des plaisanteries sur vous...
LA ROSIÈRE. Sur moi?
LE ZOUAVE. Soyez tranquille, mademoiselle, je viens de lui donner son
compte; il en a pour huit jours de lit.--Tenez, le voilà qu’on emporte.
LA ROSIÈRE. Ah! mon Dieu! c’est mon frère!
M. MAILLARD. Mademoiselle Thérèse, le quadrille commence. Votre main,
s’il vous plaît?