"rendent, en réalité, impossible ou difficile _l'évocation_ des
souvenirs; elles portent sur le mécanisme du rappel, et sur ce
mécanisme seulement. Plus précisément, le rôle du cerveau est ici de
faire que l'esprit, quand il a besoin de tel ou tel souvenir, puisse
obtenir du corps une certaine attitude ou certains mouvements
naissants, qui présentent au souvenir cherché un cadre approprié. Si
le cadre est là, le souvenir viendra, de lui-même, s'y insérer.
L'organe cérébral prépare le cadre, il ne fournit pas le souvenir....
Dans le travail de la pensée en général, comme dans l'opération de la
mémoire, le cerveau nous apparaît comme chargé d'imprimer au corps les
mouvements et les attitudes qui _jouent_ ce que l'esprit _pense_ ou ce
que les circonstances l'invitent â penser.... Il en connaîtrait tout
juste ce qui est exprimable en gestes, attitudes et mouvements
du corps, ce que l'état d'âme contient d'action en voie
d'accomplissement, ou simplement naissante: le reste lui
échapperait.... Les phénomènes cérébraux sont en effet à la vie
mentale ce que les gestes du chef d'orchestre sont à la symphonie: ils
en dessinent les articulations motrices, ils ne font pas autre chose.
On ne trouverait donc rien des opérations de l'esprit proprement dit à
l'intérieur du cerveau....
Orienter notre pensée vers l'action, l'amener à préparer l'acte que
les circonstances réclament, voilâ ce pour quoi notre cerveau est
fait...."
* * * * *
Then he turns to the strange memories of the dream state, in ordinary
sleep, hypnosis and trance:
Bien des faits semblent indiquer que le passé se conserve jusque dans
ses moindres détails et qu'il n'y a pas d'oubli réel. Vous vous
rappelez ce qu'on raconte des noyés et des pendus qui, revenus à la
vie, déclarent avoir eu, en quelques secondes, la vision panoramique
de la totalité de leur vie passée....
Mais ce que je dis de la mémoire serait aussi vrai de la perception.
Je ne puis entrer ici dans le détail d'une démonstration que j'ai
faite autrefois: qu'il me suffise de rappeler que tout devient obscur,
et même incompréhensible, si l'on considère les centres cérébraux
comme des organes capables de transformer en états conscients des
ébranlements matériels, que tout s'éclaircit au contraire si l'on voit
simplement dans ces centres (et dans les dispositifs sensoriels
auxquels ils sont liés) des instruments de sélection chargés de
choisir, dans le champ immense de nos perceptions virtuelles, celles
qui devront s'actualiser.... J'estime que nous percevons virtuellement
beaucoup plus de choses que nous n'en percevons actuellement, et
qu'ici encore le rôle de notre corps est d'écarter du champ de notre
conscience tout ce qui ne nous serait d'aucun intérêt pratique, tout
ce qui ne se prête pas à notre action.
* * * * *
This implies what is more fully stated elsewhere in M. Bergson's
works, and suggested by nearly all the philosophers, that mind
pervades the universe, and flows through each organism, according to
its constitution, as force and matter do.
He does not go into the paradox (perhaps another of those we have
already alluded to) of individuality surviving as part of the
universal mind, but contents himself with saying merely:
Mais si les faits, étudiés sans parti pris, nous amènent au contraire
à considérer la vie mentale comme beaucoup plus vaste que la vie
cérébrale, la survivance devient si probable que l'obligation de la
preuve incombera à celui qui la nie, bien plutôt qu'à celui qui
l'affirme; car, ainsi que je le disais ailleurs, "l'unique raison que
nous puissions avoir de croire à une extinction de la conscience après
la mort est que nous voyons le corps se désorganiser, et cette raison
n'a plus de valeur si l'indépendance _au moins_ partielle de la
conscience à l'égard du corps est, elle aussi, un fait d'expérience."
* * * * *
Regarding telepathy, he made the following suggestions (_Op. cit._,
465, 466, 475-6):
Si la télépathie est un fait réel, c'est un fait susceptible de se
répéter indéfiniment. Je vais plus loin: si la télépathie est un fait
réel, il est fort possible qu'elle opère à chaque instant et chez tout
le monde, mais avec trop peu d'intensité pour se faire remarquer, ou
en présence d'obstacles qui neutralisent l'effet au moment même où il
va se manifester. Nous produisons de l'électricité à tout moment,
l'atmosphère est constamment électrisée, nous circulons parmi des
courants magnétiques; et pourtant des millions d'hommes ont vécu
pendant des milliers d'années sans soupçonner l'existence de
l'électricité. Il pourrait en être de même de la télépathie. Mais peu
importe. Un point est en tous cas incontestable, c'est que, si la
télépathie est réelle, elle est naturelle, et que, le jour où nous en
connaîtrions les conditions, il ne nous serait pas plus nécessaire,
pour obtenir un effet télépathique, d'attendre une hallucination
vraie, que nous n'avons besoin aujourd'hui, quand nous voulons voir
l'étincelle électrique, d'attendre que le ciel veuille bien nous en
donner le spectacle pendant une scène d'orage....
Pour ma part, quand je repasse dans ma mémoire les résultats de
l'admirable enquête poursuivie continuellement par vous pendant plus
de trente ans, quand je pense à toutes les précautions que vous avez
prises pour éviter l'erreur, quand je vois comment, dans la plupart
des cas que vous avez retenus, le récit de l'hallucination avait été
fait à une ou plusieurs personnes, souvent même noté par écrit, avant
que l'hallucination eût été reconnue véridique, quand je tiens compte
du nombre énorme des faits et surtout de leur ressemblance entre eux,
de leur air de famille, de la concordance de tant de témoignages
indépendants les uns des autres, tous examinés, contrôlés, soumis à la
critique,--je suis porté à croire à la télépathie de même que je
crois, par exemple, à la défaite de l'Invincible Armada. Ce n'est pas
la certitude mathématique que me donne la démonstration du théorème de
Pythagore; ce n'est pas la certitude physique où je suis de la vérité
de la loi de la chute des corps; c'est du moins toute la certitude
qu'on obtient en matière historique ou judiciaire.
Nos corps sont extérieurs les uns aux autres dans l'espace; et nos
consciences, en tant qu'attachées à ces corps, sont extérieures les
unes aux autres aussi. Mais si elles ne tiennent au corps que par une
partie d'elles-mêmes, on peut conjecturer que, pour le reste, elles ne
sont pas aussi nettement séparées. Loin de moi la pensée de considérer
la personnalité comme une simple apparence, ou comme une réalité
éphémère, ou comme une dépendance de l'activité cérébrale! Mais il est
fort possible qu'entre les diverses personnalités s'accomplissent sans
cesse des échanges comparables aux phénomènes d'endosmose. Si cette
endosmose existe, on peut prévoir que la nature aura pris toutes ses
précautions pour en neutraliser l'effet, et que certains mécanismes
devront être spécialement chargés de rejeter dans l'inconscient les
représentations ainsi provoquées, car elles seraient fort
embarrassantes dans la vie de tous les jours. Telle ou telle de ces
représentations pourrait cependant, ici encore, passer en contrebande,
surtout quand les mécanismes inhibitifs fonctionnent mal; et sur elles
encore s'exercerait la "recherche psychique."