--C’est à se tordre! Enfin cette fois la lettre est drôle. Berkeley,
vrai, son outrecuidance dépasse les bornes, elle est sublime, ma parole!
--Non, cette lettre n’a rien de plat ni d’obséquieux.
--Mais il ne connaît pas la valeur des mots. Des armes! les armes de ce
pauvre hère et de son jumeau. Et il m’envoie leurs squelettes,
par-dessus le marché! Non, vrai! l’autre prétendant était un parfait
crétin; mais celui-ci est un fou. Quel nom d’abord! Mulberry Sellers!
Simon Lathers! Quels noms harmonieux! Vous partez?
--Avec votre permission, mon père.
Le vieux duc resta seul quelque temps à réfléchir et se dit à lui-même,
en pensant à son fils:
--C’est un garçon charmant, adorable; qu’il fasse ce qu’il voudra: mes
remontrances ne serviraient à rien. Au contraire, elles envenimeraient
la situation. Toutes mes observations et celles de sa tante ont échoué;
j’espère bien que l’Amérique se chargera de ramener à la raison ce jeune
freluquet, et que la vache enragée qu’il y mangera fera du bien à sa
mentalité détraquée. Un jeune lord anglais qui renonce aux privilèges de
sa naissance pour devenir un homme! C’est à crever de rire!!