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En arrivant devant sa maison mauresque, Tartarin s'arrêta

très étonné. Le jour tombait, la rue était déserte. Par la porte

basse en ogive que la négresse avait oublie de fermer, on entendait

des rires, des bruits de verres, des détonations de bouchons

[5]de Champagne, et dominant tout ce joli vacarme une voix de

femme qui chantait, joyeuse et claire:

Aimes-tu, Marco la Belle,

La danse aux salons en fleurs....

«Tron de Diou!» fit le Tarasconnais en pâlissant, et il se

[10]précipita dans la cour.

Malheureux Tartarin! Quel spectacle l'attendait.... Sous

les arceaux du petit cloître, au milieu des flacons, des pâtisseries,

des coussins épars, des pipes, des tambourins, des guitares,

Baïa debout, sans veston bleu ni corselet, rien qu'une chemisette

[15]de gaze argentée et un grand pantalon rose tendre, chantait

_Marco la Belle_ avec une casquette d'officier de marine sur

l'oreille.... A ses pieds, sur une natte, gavé d'amour et de

confitures, Barbassou, l'infâme capitaine Barbassou, se crevait

de rire en l'écoutant.

[20]L'apparition de Tartarin, hâve, maigri, poudreux, les yeux

flamboyants, la chéchia hérissée, interrompit tout net cette aimable

orgie turco-marseillaise. Baïa poussa un petit cri de

levrette effrayée, et se sauva dans la maison. Barbassou, lui,

ne se troubla pas, et riant de plus belle:

[25]«Hé! bé! monsieur Tartarin, qu'est-ce que vous en dites?

Vous voyez bien qu'elle savait le français!»

Tartarin de Tarascon s'avança furieux.

«Capitaine!

--_Digo-li qué vengué, moun bon!_» cria la Mauresque, se

[30]penchant de la galerie du premier avec un joli geste canaille.

Tartarin de Tarascon(#10687) · 第 140 / 170 题