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Le lendemain de cette aventureuse et tragique soirée,

lorsqu'au petit jour notre héros se réveilla, et qu'il eut acquis

la certitude que le prince et le magot étaient réellement partis,

partis sans retour, lorsqu'il se vit seul dans cette petite tombe

[5]blanche, trahi, volé, abandonné en pleine Algérie sauvage avec

un chameau à bosse simple et quelque monnaie de poche pour

toute ressource, alors, pour la première fois, le Tarasconnais

douta. Il douta du Monténégro, il douta de l'amitié, il douta

de la gloire, il douta même des lions, et, comme le Christ à

[10]Gethsémani, le grand homme se prit à pleurer amèrement.

Or, tandis qu'il était là pensivement assis sur la porte du

marabout, sa tête dans ses deux mains, sa carabine entre ses

jambes, et le chameau qui le regardait, soudain le maquis d'en

face s'écarte et Tartarin stupéfait voit paraître, à dix pas devant

[15]lui, un lion gigantesque s'avançant la tête haute et poussant des

rugissements formidables qui font trembler les murs du marabout

tout chargés d'oripeaux et jusqu'aux pantoufles du saint

dans leur niche.

Seul, le Tarasconnais ne trembla pas.

[20]«Enfin!» cria-t-il en bondissant, la crosse à l'épaule....

Pan!... pan! pfft! pfft! C'était fait.... Le lion avait deux

balles explosibles dans la tête.... Pendant une minute, sur le

fond embrasé du ciel africain, ce fut un feu d'artifice épouvantable

de cervelle en éclats, de sang fumant et de toison rousse

[25]éparpillée. Puis tout retomba et Tartarin aperçut ... deux

grands nègres furieux qui couraient sur lui, la matraque en l'air.

Les deux nègres de Milianah!

O misère! c'était le lion apprivoisé, le pauvre aveugle du

couvent de Mohammed que les balles tarasconnaises venaient

[30]d'abattre.

Tartarin de Tarascon(#10687) · 第 135 / 170 题