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voyez comme on me traite! Jamais brossée, jamais lavée. On

me plaint le cambouis de mes essieux.... Au lieu de mes

gros bons chevaux tranquilles d'autrefois, de petits chevaux

arabes qui out le diable au corps, se battent, se mordent, dansent

[5]en courant comme des chèvres, et me brisent mes brancards à

coups de pieds.... Aïe!... aïe!... tenez!... Voilà que cela

Commence.... Et les routes! Par ici, c'est encore supportable,

parce que nous sommes près du gouvernement, mais là-bas,

plus rien, pas de chemin du tout. On va comme on peut,

[10]à travers monts et plaines, dans les palmiers nains, dans les

lentisques.... Pas un seul relais fixe. On arrête au caprice du

conducteur, tantôt dans une ferme, tantôt dans une autre.

Quelquefois ce polisson-là me fait faire un détour de deux

lieues pour aller chez un ami boire l'absinthe ou le _champoreau_....

[15]Après quoi, fouette, postillon! il faut rattraper le

temps perdu. Le soleil cuit, la poussière brûle. Fouette toujours!

On accroche, on verse! Fouette plus fort! On passe des rivières

à la nage, on s'enrhume, on se mouille, on se noie.... Fouette!

fouette! fouette!... Puis le soir, toute ruisselante,--c'est

[20]cela qui est bon à mon âge, avec mes rhumatismes!...--il

me faut coucher à la belle étoile, dans une cour de caravansérail

ouverte à tous les vents. La nuit, des chacals, des hyènes

viennent flairer mes caissons, et les maraudeurs qui craignent la

rosée se mettent au chaud dans mes compartiments.... Voilà

[25]la vie que je mène, mon pauvre monsieur Tartarin, et je la

mènerai jusqu'an jour où, brûlée par le soleil, pourrie par les

nuits humides, je tomberai--ne pouvant plus faire autrement

--sur un coin de méchante route, où les Arabes feront bouillir

leur kousskouss avec les débris de ma vieille carcasse....

[30]--Blidah! Blidah!» fit le conducteur en ouvrant la portière.

Tartarin de Tarascon(#10687) · 第 115 / 170 题