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Tout à fait comme à Tarascon, en allant au cercle. A chaque

instant il s'attendait à recevoir sur le dos toute une dégringolade

d'eunuques et de janissaires, mais le désir de revoir sa dame lui

donnait une audace et une force de géant.

[5]Huit jours durant, l'intrépide Tartarin ne quitta pas la ville

haute. Tantôt on le voyait faire le pied de grue devant les bains

maures, attendant l'heure où ces dames sortent par bandes, frissonnantes

et sentant le bain; tantôt il apparaissait accroupi à

la porte des mosquées, suant et soufflant pour quitter ses grosses

[10]bottes avant d'entrer dans le sanctuaire....

Parfois, à la tombée de la nuit, quand il s'en revenait navré

de n'avoir rien découvert, pas plus au bain qu'à la mosquée, le

Tarasconnais, en passant devant les maisons mauresques, entendait des

chants monotones, des sons étouffés de guitare, des

[15]roulements de tambours de basque, et des petits rires de femme

qui lui faisaient battre le coeur.

«Elle est peut-être là!» se disait-il.

Alors, si la rue était déserte, il s'approchait d'une de ces

maisons, levait le lourd marteau de la poterne basse, et frappait

[20]timidement.... Aussitôt les chants, les rires cessaient. On

n'entendait plus derrière la muraille que de petits chuchotements

vagues, comme dans une volière endormie.

«Tenons-nous bien!» pensait le héros.... «Il va m'arriver

quelque chose!»

[25]Ce qui lui arrivait le plus souvent, c'était une grande potée

d'eau froide sur la tête, ou bien des peaux d'oranges et de figues

de Barbarie.... Jamais rien de plus grave....

Lions de l'Atlas, dormez!

Tartarin de Tarascon(#10687) · 第 93 / 170 题