--Des portefaix!...
--Hé! oui, des portefaix, qui viennent chercher les bagages
pour les porter à terre.... Rengainez donc votre coutelas,
donnez-moi votre billet, et marchez derrière ce nègre, un brave
[5]garçon, qui va vous conduire à terre, et même jusqu'à l'hôtel si
vous le désirez!...»
Un peu confus, Tartarin donna son billet, et, se mettant à
la suite du nègre, descendit par le tire-vieille dans une grosse
barque qui dansait le long du navire. Tous ses bagages y
[10]étaient déjà, ses malles, caisses d'armes, conserves alimentaires;
comme ils tenaient toute la barque, on n'eut pas besoin d'attendre
d'autres voyageurs. Le nègre grimpa sur les malles et
s'y accroupit comme un singe, les genoux dans ses mains. Un
autre nègre prit les rames.... Tous deux regardaient Tartarin
[15]en riant et montrant leurs dents blanches.
Debout à l'arrière, avec cette terrible moue qui faisait la terreur
de ses compatriotes, le grand Tarasconnais tourmentait fiévreusement
le manche de son coutelas; car, malgré ce qu'avait
pu lui dire Barbassou, il n'était qu'à moitié rassuré sur les intentions
[20]de ces portefaix à peau d'ébène, qui ressemblaient si peu
aux braves portefaix de Tarascon....
Cinq minutes après, la barque arrivait à terre, et Tartarin
posait le pied sur ce petit quai barbaresque, où trois cents ans
auparavant, un galérien espagnol nommé Michel Cervantes préparait
[25]--sous le bâton de la chiourme algérienne--un sublime
roman qui devait s'appeler _Don Quichotte_!