Je voudrais, mes chers lecteurs, être peintre et grand peintre
pour mettre sous vos yeux, en tête de ce second épisode, les
différentes positions que prit la _chéchia_ de Tartarin de Tarascon,
dans ces trois jours de traversée qu'elle fit à bord du _Zouave_,
[5]entre la France et l'Algérie.
Je vous la montrerais d'abord au départ sur le pont, héroïque
et superbe comme elle était, auréolant cette belle tête tarasconnaise.
Je vous la montrerais ensuite à la sortie du port,
quand le _Zouave_ commence à caracoler sur les lames: je vous
[10]la montrerais frémissante, étonnée, et comme sentant déjà les
premières atteintes de son mal.
Puis, dans le golfe du Lion, à mesure qu'on avance au large
et que la mer devient plus dure, je vous la ferais voir aux prises
avec la tempête, se dressant effarée sur le crâne du héros, et son
[15]grand flot de laine bleue qui se hérisse dans la brume de mer
et la bourrasque.... Quatrième position. Six heures du soir,
en vue des côtes corses. L'infortunée _chéchia_ se penche par-dessus
le bastingage et lamentablement regarde et sonde la mer....
Enfin, cinquième et dernière position, au fond d'une étroite cabine,
[20]dans un petit lit qui a l'air d'un tiroir de commode, quelque chose
d'informe et de désolé roule en geignant sur l'oreiller. C'est la