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de vent, il est si long, si frêle, et le Rhône a tant de largeur à

cet endroit que, ma foi! vous comprenez.... Tartarin de

Tarascon préférait la terre ferme.

C'est qu'il faut bien vous l'avouer, il y avait dans notre héros

[5]deux natures très distinctes. «Je sens deux hommes en moi»,

a dit je ne sais quel Père de l'Église. Il l'eût dit vrai de Tartarin

qui portait en lui l'âme de don Quichotte, les mêmes élans

chevaleresques, le même idéal héroïque, la même folie du romanesque

et du grandiose; mais malheureusement n'avait pas le

[10]corps du célèbre hidalgo, ce corps osseux et maigre, ce prétexte

de corps, sur lequel la vie matérielle manquait de prise, capable

de passer vingt nuits sans déboucler sa cuirasse et quarante-huit

heures avec une poignée de riz.... Le corps de Tartarin, au

contraire, était un brave homme de corps, très gras, très lourd,

[15]très sensuel, très douillet, très geignard, plein d'appétits bourgeois

et d'exigences domestiques, le corps ventru et court sur

pattes de l'immortel Sancho Pança.

Don Quichotte et Sancho Pança dans le même homme! vous

comprenez quel mauvais ménage ils y devaient faire! quels combats!

[20]quels déchirements!... O le beau dialogue à écrire

pour Lucien ou pour Saint-Évremond, un dialogue entre les

deux Tartarins, le Tartarin-Quichotte et le Tartarin-Sancho!

Tartarin-Quichotte s'exaltant aux récits de Gustave Aimard et

criant: «Je pars!»

[25]Tartarin-Sancho ne pensant qu'aux rhumatismes et disant:

«Je reste.»

TARTARIN-QUICHOTTE, très exalté:

Couvre-toi de gloire, Tartarin.

TARTARIN-SANCHO, très calme:

[30]Tartarin, couvre-toi de flanelle.

TARTARIN-QUICHOTTE, de plus en plus exalté:

O les bons rifles à deux coups! ô les dagues, les lazos, les

mocassins!

Tartarin de Tarascon(#10687) · 第 38 / 170 题