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on sentait qu'il allait se passer quelque chose de grand....

Alors, après un silence, madame Bézuquet la mère commençait

en s'accompagnant:

Robert, toi que j'aime

[5] Et qui reçus ma foi,

Tu vois mon effroi (_bis_),

Grâce pour toi-même

Et grâce pour moi.

A voix basse, elle ajoutait: «A vous, Tartarin,» et Tartarin

[10]de Tarascon, le bras tendu, le poing fermé, la narine frémissante

disait par trois fois d'une voix formidable, qui roulait

comme un coup de tonnerre dans les entrailles du piano:

«Non!... non!... non!...» ce qu'en bon Méridional

il prononçait: «Nan!... nan!... nan!...» Sur quoi

[15]madame Bézuquet la mère reprenait encore une fois:

Grâce pour toi-même

Et grâce pour moi.

--«Nan!... nan!... nan!...» hurlait Tartarin de

plus belle, et la chose en restait là.... Ce n'était pas long,

[20]comme vous voyez: mais c'était si bien jeté, si bien mimé, si

diabolique, qu'un frisson de terreur courait dans la pharmacie,

et qu'on lui faisait recommencer ses: «Nan!... nan!» quatre

et cinq fois de suite.

Là-dessus Tartarin s'épongeait le front, souriait aux dames,

[25]clignait de l'oeil aux hommes, et, se retirant sur son triomphe,

s'en allait dire au cercle d'un petit air négligent: «Je viens de

chez les Bézuquet chanter le duo de _Robert le Diable!_»

Et le plus fort, c'est qu'il le croyait!...

Tartarin de Tarascon(#10687) · 第 30 / 170 题