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Donc, tous les dimanches matin, Tarascon prend les armes et

sort de ses murs, le sac au dos, le fusil sur l'épaule, avec un

tremblement de chiens, de furets, de trompes, de cors de chasse.

C'est superbe à voir.... Par malheur, le gibier manque, il

[5]manque absolument.

Si bêtes que soient les bêtes, vous pensez bien qu'à la longue

elles ont fini par se méfier.

A cinq lieues autour de Tarascon, les terriers sont vides, les

nids abandonnés. Pas un merle, pas une caille, pas le moindre

[10]lapereau, pas le plus petit cul-blanc.

Elles sont cependant bien tentantes, ces jolies collinettes

tarasconnaises, toutes parfumées de myrte, de lavande, de romarin;

et ces beaux raisins muscats gonflés de sucre, qui s'échelonnent

an bord du Rhône, sont diablement appétissants aussi....

[15]Oui, mais il y a Tarascon derrière, et dans le petit monde du

poil et de la plume, Tarascon est très mal noté. Les oiseaux

de passage eux-mêmes l'ont marqué d'une grande croix sur leurs

feuilles de route, et quand les canards sauvages, descendant vers

la Camargue en longs triangles, aperçoivent de loin les clochers

[20]de la ville, celui qui est en tête se met à crier bien fort: «Voilà

Tarascon!... voilà Tarascon!» et toute la bande fait un

crochet.

Bref, en fait de gibier, il ne reste plus dans le pays qu'un

vieux coquin de lièvre, échappé comme par miracle aux septembrisades

[25]tarasconnaises et qui s'entête à vivre là! A Tarascon,

ce lièvre est très connu. On lui a donné un nom. Il s'appelle

_le Rapide_. On sait qu'il a son gîte dans la terre de M. Bompard,--ce

qui, par parenthèse, a doublé et même triplé le prix de

cette terre,--mais on n'a pas encore pu l'atteindre.

[30]A l'heure qu'il est même, il n'y a plus que deux ou trois

enragés qui s'acharnent après lui.

Les autres en ont fait leur deuil, et _le Rapide_ est passé depuis

longtemps à l'état de superstition locale, bien que le Tarasconnais

Tartarin de Tarascon(#10687) · 第 25 / 170 题