La loi du 21 mars 1832, sur le recrutement de l'armée, s'exécute partout
avec facilité; elle donne à la France une armée brave et disciplinée,
dévouée à la patrie et à ses institutions, et sur qui reposent les plus
chers intérêts de la nation, son indépendance et sa sûreté. Cependant
l'expérience a révélé des imperfections qu'il importe de corriger: le
remplacement, condition obligée de nos habitudes sociales, est la source
d'abus graves, aussi nuisibles aux familles qu'à l'État; les nécessités
de l'institution militaire ne sont point satisfaites; certaines
dispositions secondaires réclament des améliorations importantes. C'est
pour répondre à ces besoins qu'un projet de loi a été présenté, en 1841,
à la Chambre des Députés. Adopté par cette Chambre, il n'a pu être
immédiatement discuté par la Chambre des Pairs. Dans l'intervalle des
sessions, soumis à une commission mixte de pairs et de députés, il a
été de nouveau étudié, discuté et modifié. La Chambre des Pairs, appelée
à l'examiner au commencement de 1843, y a introduit à son tour plusieurs
changements, et l'a adopté le 26 avril 1843. Après cette longue
élaboration, il a été présenté, le 4 mai de la même année, à la Chambre
des Députés; le rapport de la commission chargée de son examen a été
fait le 29 juin suivant, et, par une récente décision, la Chambre a
arrêté qu'il serait soumis à ses délibérations pendant le cours du la
session actuelle.
La loi du recrutement de l'armée touche à toute l'organisation sociale:
il faut qu'elle ne soit ni un danger pour les libertés publiques, ni un
fardeau trop lourd pour le Trésor. Elle pourvoit au premier besoin de
l'État; car elle constitue sa force, et détermine ainsi tout le poids de
son influence; mais comme elle est en même temps pour les familles la
charge la plus pesante, elle ne doit leur imposer aucun sacrifice
inutile. La durée du service, l'incorporation du contingent et le
remplacement militaire sont les trois principales questions qui dominent
dans la loi sur le recrutement.
L'appel obligé, c'est-à-dire le service personnel, tel est le principe
de force qu'elle doit constituer. Dans son application, toutefois, ce
principe a subi des modifications nombreuses pendant les trente années
qui se sont écoulées depuis 1789 jusqu'en 1818. En 1789, l'Assemblée
constituante rend le service personnel commun à tous les citoyens, et
n'en exempte que le monarque et l'héritier présomptif de la couronne. En
1793, nul ne peut se faire remplacer. En l'an VI, tout citoyen français
est défenseur de la patrie par droit et par devoir: les défenseurs
conscrits sont attachés aux divers corps, ils y sont nominativement
enrôlés, et ne peuvent pas se faire remplacer. En l'an VIII, les hommes
impropres à supporter les fatigues de la guerre, et ceux reconnus plus
utiles à l'État en continuant leurs travaux ou leurs études, sont seuls
admis à se faire remplacer par un suppléant. La substitution n'est
autorisée, en l'an X, qu'entre conscrits d'une même classe; tandis que
le remplacement l'est également, en l'an XI, entre conscrits nés et
domiciliés dans l'étendue de l'arrondissement, puis, en 1804, dans
l'étendue du canton, et en 1805, dans celle du même département. Plus
tard, en 1815, les conscrits sont autorisés à prendre des remplaçants
dans tous les départements de l'empire indistinctement. Cette faculté a
été, comme on le voit, l'objet de contraintes et de facilités fort
capricieuses, suivant les vicissitudes des événements militaires,
jusqu'à ce qu'elle fût législativement consacrée par la loi du 10 mars
1818, comme par les lois suivantes. Aussi, en 1806, sur un effectif de
plus de 500,000 hommes, il n'y avait pas un huitième de remplaçants;
1826, cette proportion était d'un cinquième; en 1835, presque d'un
quart; enfin, au 11 septembre 1842, sur un effectif de 357, 598
sous-officiers et soldats des corps qui se recrutent par la voie des
appels, il y avait 85,644 remplaçants, c'est-à-dire plus du quart de cet
effectif.
Le remplacement est consacré maintenant en France par une longue
habitude. Dans une société livrée aux soins de l'industrie, où les
propriétés sont divisées et les fortunes médiocres, où chacun doit, par
un labeur sans relâche, un zèle infatigable et des veilles incessantes,
préparer son état et se faire à soi-même sa place dans le monde, imposer
indistinctement à tous l'obligation de passer dans une caserne plusieurs
années, les plus fécondes de la vie, ce serait causer au plus grand
nombre un irréparable dommage, et leur fermer la carrière, objet des
veilles de leur jeunesse entière, et espoir de leur avenir. Aucun des
intérêts généraux de la société n'y trouverait profit: les progrès des
arts, de la science, de l'industrie, seraient arrêtés par cette loi
aveugle. Le remplacement est-il donc onéreux aux classes laborieuses?
Chaque année, il verse plus de 50 millions dans les familles les moins
aisées. Il appelle sous les drapeaux et soumet à une discipline
nécessaire des hommes que ce joug assouplit et façonne; il substitue en
eux la politesse à la grossièreté, l'amour de l'ordre à l'esprit
d'insubordination, et l'instruction à l'ignorance.
Le chiffre des remplaçants augmente dans une progression toujours
croissante; ils sont devenus une partie essentielle et considérable de
notre force publique; un grand nombre accomplissent honorablement leurs
devoirs, obtiennent de l'avancement, arrivent aux grades élevés, et font
oublier qu'un contrat vénal les a appelés sous le drapeau. Il est juste,
toutefois, de reconnaître que, dans l'échelle des qualités morales, les
remplaçants sont généralement au-dessous des jeunes soldats qui servent
pour eux-mêmes. Aussi les remplacements que les chefs de corps préfèrent
et acceptent le plus volontiers, sont-ils les remplacements au corps,
c'est-à-dire ceux des militaires qui ont accompli leur temps de service.
Ces sortes de remplacements offrent, en effet, de grands avantages. Ceux
qui les contractent sont connus des chefs de corps qui peuvent toujours
refuser d'admettre les hommes dont l'armée aurait à se plaindre et
qu'elle n'aurait pas intérêt à conserver. Le drapeau ne garde donc que
les soldats éprouvés. Un relevé des peines disciplinaires, fait sur les
livres de punitions de 24 régiments, 12 d'infanterie et 12 de cavalerie,
a donné les résultats suivants. Tandis que 100 remplaçants non
militaires ont passé 201 jours en prison et 630 jours à la salle de
police, les remplaçants au corps n'ont subi, pour 100 hommes, que 66
jours de prison et 515 de salle de police. D'ailleurs, les remplaçants
pris sous les drapeaux possèdent à la fois la vigueur que donnent les
armées, et la pratique des armes que donne un long service. En 1841, sur
98,000 remplaçants, près de 28,000 avaient déjà servi.
Le contingent annuel et la durée du service sont les éléments primitifs
de l'institution militaire. C'est par eux qu'est résolu cet important
problème de lier l'armée à la nation, et de l'organiser de telle sorte
que, citoyenne sans cesser d'être militaire, elle puisse passer
rapidement de l'état de paix à l'état de guerre, et de l'état de guerre
à l'état de paix, en ménageant les intérêts de nos finances et ceux de
la population, mais en assurant toujours à l'indépendance nationale
toute la force dont elle pourrait avoir besoin. Cette force est depuis
longtemps déterminée, et l'on a reconnu que notre armée sur le pied de
guerre devait présenter un effectif de 500,000 hommes au moins. Un
effectif aussi considérable ne saurait être maintenu sous le drapeau,
quand les éventualités de l'avenir ne le rendent pas nécessaire. Les
besoins du pays et les limites de l'impôt ne permettent pas de
l'entretenir en temps de paix. L'armée doit, par conséquent, être
divisée en deux fractions inégales: la première, active et soldée, dont
l'effectif est déterminé annuellement par la loi de finances; la seconde
qui, ne coûtant rien à l'État, attend dans le repos le moment d'être
utile à la patrie. Telle est formule de la réserve.
Au premier aspect, il paraîtrait tout naturel de penser que, d'après
l'incorporation successive des contingents annuels, les militaires ayant
passé sous le drapeau devaient constituer le principal effectif de cette
réserve, et que les jeunes soldats ne pouvaient y compter que comme
complément. En effet, au 1er septembre 1834, il y avait déjà dans la
réserve 79,926 sous-officiers et soldats instruits, prêts au premier
appel, et seulement 3,155 jeunes soldats laissés dans leurs foyers; mais
telle est l'élasticité des dispositions de l'article 29 de la loi,
aujourd'hui encore en vigueur, du 21 mars 1832, qu'au 1er avril 1810,
sur 135,000 hommes dont se composait la réserve, il y avait seulement
297 hommes qui eussent activement figuré dans les rangs. La gravité d'un
tel état de choses devait se manifester plus tard. Quand, en 1810,
l'effectif de l'armée dut être porté de 317,826 hommes à plus de
500,000, la réserve fut appelée; et, dans l'espace de peu de mois,
l'armée reçut 185,786 hommes, dont une partie comptait déjà plusieurs
années de service, et qui, cependant, voyaient le drapeau pour la
première fois. Il n'y a donc, dans ce système de réserve mixte, aucune
garantie pour l'institution militaire. Pour entrer dans une voie plus
assurée, le nouveau projet de loi, adopté par la Chambre des Pairs le 26
avril 1843, et soumis actuellement aux délibérations de la Chambre des
Députés, propose d'incorporer en entier le contingent, et de porter à 8
ans la durée du service, en déterminant la libération au 30 juin de
chaque année. La durée du service actif resterait d'ailleurs toujours
soumise aux éventualités politiques et financières.
La loi du 10 mars 1818 avait fixé à 12 années la durée du service, dont
6 passées dans la réserve; celle du 9 juin 1821 l'avait réduite à 8
années, et celle du 21 mars 1832 à 7 années.
Dans les États étrangers, la durée du service est fort variable, comme
l'attestent les chiffres suivants:
Autriche: soldats d'Italie et du Tyrol, 8 ans; soldats des États
héréditaires et de la Gallicie, qui servaient autrefois 11 ans
aujourd'hui 10 ans; soldats de la Hongrie, 10 ans.
Bavière: armée permanente, 6 ans; armée éventuelle, composée de la
landwehr partagée en deux bans qui comprennent, le premier, les hommes
de 21 à 40 ans non incorporés dans l'armée active; et, le second, les
hommes de 40 à 60 ans.
États-Unis: 5 ans; l'armée ne doit se recruter que par engagements
volontaires; tou» les blancs, de 18 à 35 ans, peuvent être enrôlés au
prix de 60 francs l'engagement.
Prusse: en temps de paix, 2 ou 3 ans; puis 2 ans sur les contrôles de la
réserve; les soldats qui cessent d'appartenir à l'armée active font
partie, jusqu'à 32 ans, de la landwehr du premier ban; et, de 32 ans à
40, de la landwehr du second ban; de 40 à 50 ans, ils sont encore tenus
de marcher, en cas d'invasion: c'est ce qu'on nomme le landsturm.
Russie: 25 ans dont 15 ans dans l'armée active, 5 ans dans les
bataillons ou escadrons de réserve, et 5 ans dans la réserve générale de
l'armée.
Saxe: armée permanente, 6 ans dans l'armée active et 5 ans dans la
réserve de guerre; l'armée éventuelle est composée des individus non
appelés au service actif; il y a, en outre, pour le contingent de la
Confédération, une réserve de guerre comprenant les hommes de l'armée
active qui ont quitté les drapeaux avant d'avoir achevé leur temps légal
de service, et ceux qui, après l'avoir complété, sont astreints à la
réserve pendant trois autres années.
Jusqu'à ce moment le point de départ pour le service a été fixé au 1er
janvier; le projet de loi propose de le fixer au 1er juillet de chaque
année, qui est la vraie date du commencement du service. Ce n'est en
effet qu'au 1er juillet au plus tôt que peut être formé le contingent:
c'est seulement alors que les hommes deviennent jeunes soldats et sont à
la disposition du gouvernement. Jusque-là ils sont entièrement libres et
maîtres de leurs actions. Ainsi ils ne sont point forcés de se présenter
au tirage, ni devant le conseil de révision; ils peuvent même se marier,
voyager selon leur bon plaisir. Il semble donc peu rationnel de
continuer à faire compter pour service militaire six mois pendant
lesquels le contingent n'existe pas, six mois pendant lesquels tous les
jeunes gens qui doivent concourir à la formation de ce contingent (et
ils sont 300,000) ont une position parfaitement identique à celle de
tous les autres citoyens.
Tous les jeunes Français sont soumis au recrutement. Chaque année une
loi détermine le nombre d'hommes dont se compose le contingent. Une
ordonnance royale les répartit entre les départements et les cantons,
proportionnellement au nombre des jeunes gens inscrits sur les listes du
tirage de la classe appelée. Le contingent assigné à chaque canton est
fourni par un tirage au sort entre les jeunes Français qui ont leur
domicile légal dans le canton, et qui ont atteint l'âge de 20 ans
révolus dans le courant de l'année précédente. Les tableaux de
recensement des jeunes gens soumis au tirage sont dressés par les
maires, publiés et affichés dans chaque commune. Les tableaux dressés,
un tirage au sort désigne les jeunes gens qui seront appelés à faire
partie du l'armée. Ceux qui auraient été condamnés pour fraudes ou
manoeuvres ayant pour but d'échapper à la loi sont inscrits en tête des
listes de tirage, comme si les premiers numéros leur étaient échus. Les
jeunes gens de la classe appelée sont inscrits sur les tableaux de
recensement dans l'ordre alphabétique de leur nom de famille.
Parmi les jeunes gens qui concourent au tirage, les uns sont exemptés du
service, les autres dispensés. Les causes d'exemption et de dispense
sont énumérées dans la loi, et elles ne doivent pas être étendue sans
raisons graves. Considérés comme s'ils avaient satisfait à l'appel, les
dispensés comptent numériquement dans le contingent, mais ils ne
comptent pas dans l'armée; l'exempté au contraire, est remplacé par
numéro subséquent, et dès lors toute exemption a pour effet de détruire
l'arrêt du sort, et de reporter le fardeau du service sur ceux qu'il en
avait affranchis.
Le jugement des exemptions et des dispenses est attribué au conseil de
révision. Dans les mains de cette juridiction spéciale repose
l'exécution de la loi, et l'on pourrait dire la composition de l'armée.
Pour les cas rigoureusement définis, les termes de la loi règlent la
conduite du conseil et lui dictent ses résolutions. Mais la catégorie
d'exemptions la plus nombreuse, celle qui se rapporte aux infirmités,
reste entièrement abandonnée à son appréciation discrétionnaire. Chaque
année, sur environ 300,000 conscrits, plus de 50,000 obtiennent leur
exemption à ce titre. Le conseil de révision est un jury suprême qui
prononce sans appel.
Dans sa composition actuelle, l'armée est représentée par un officier
général; l'État, par le préfet et un conseiller de préfecture qu'il
désigne; les familles, par un membre du conseil général du département
et par un membre du conseil de l'arrondissement, tous deux aussi à la
désignation du préfet. Un membre de l'intendance militaire, assiste aux
opérations du conseil et est entendu toutes les fois qu'il le demande.
[Illustration: Tirage des Conscrits.]
Une loi du 12 juin 1843 a fixé à 80,000 hommes le contingent de la
classe de 1843. Ce contingent, qui a été le même pour toutes les années
depuis 1830, ne fournit que 65,000 hommes à l'armée de terre; 15,000
doivent être déduits pour le service de la flotte, les insoumissions,
etc.
En vertu d'une ordonnance royale du 5 décembre dernier, les tableaux de
recensement, ouverts à partir du 1er janvier 1844, ont été publiés et
affichés les dimanches 21 et 28 du même mois, ainsi que l'exige
l'article 8 de la loi du 12 mars 1832. L'examen de ces tableaux et les
tirages au sort, prescrits par l'article 10 de la même loi, devaient
commencer le 19 février; mais comme le 19 tombait le mardi gras, des
instructions du ministre de la guerre ont autorisé le renvoi des
opérations à un autre jour pour les cantons où il aurait pu être à
craindre que les saturnales du carnaval ne vinssent troubler l'ordre et
la régularité du tirage. C'est ce qui a eu lieu notamment à Paris, où le
tirage des jeunes gens du 1er arrondissement, fixé d'abord au 19
février, a été renvoyé au 6 mars, et où les opérations ont commencé, le
22 février, par le 2e arrondissement, pour être continuées sans
interruption jusqu'au 6 mars inclusivement.
Les numéros de tirage sont écrits ou imprimés sur des bulletins
uniformes. Chaque bulletin porte un numéro différent, de manière que la
totalité des bulletins forme une série continue de numéros, depuis le
numéro 1, égale au nombre des jeunes gens appelés à tirer. Le
sous-préfet (à Paris, le maire de chaque arrondissement remplace le
sous-préfet), après avoir reconnu publiquement que le nombre des
bulletins est le même que celui des jeunes gens qui doivent prendre part
au tirage, les paraphe, les mêle et les jette dans l'urne. Les communes
du canton sont appelées pour le tirage suivant l'ordre alphabétique de
leurs noms, et les jeunes gens de chaque commune suivant l'ordre de leur
inscription sur les tableaux de recensement. Au fur et à mesure que les
jeunes gens sont appelés, ils tirent de l'urne un numéro. Les parents
des absents, ou, à leur défaut, le maire de leur commune, tirent à leur
place. A mesure que les bulletins sont tirés de l'urne, le sous-préfet
inscrit sur la liste du tirage, en regard du numéro sorti, les nom,
prénoms et surnoms de celui auquel le numéro appartient, ainsi que les
noms et prénoms de ses père et mère. Le numéro sorti est inscrit en
outre sur le tableau du recensement, en regard du nom de celui auquel il
appartient. L'ordre des numéros tirés par les jeunes gens détermine
toujours celui de leur appel pour la formation du contingent. A mesure
que les jeunes gens se présentent, le sous-préfet leur demande s'ils ont
des motifs d'exemption ou de dispense à faire valoir, et il en fait
mention tant sur la liste du tirage que sur le tableau de recensement.
Si des jeunes gens réclament l'exemption comme n'ayant pas la taille
fixée par la loi, le sous-préfet, avant d'inscrire ses observations,
fait toiser les réclamants, lesquels, à cet effet, sont placés sur le
marchepied d'un double mètre poinçonné et étalonné, dont la traverse est
élevée à un mètre 560 millimètres.
Immédiatement après le tirage de chaque canton, le sous-préfet envoie au
préfet du département une expédition authentique de la liste du tirage.
Le, préfet, de son côté, forme un état indiquant, par canton, le nombre
des jeunes gens inscrits sur les listes du tirage de la classe. Cet état
est adressé au ministre de la guerre. Tous ceux de la classe de 1843
devront lui parvenir le 20 mars 1844 au plus tard. La répartition du
contingent de cette classe, entre les départements, sera faite
ultérieurement par une ordonnance royale, qui réglera en même temps les
autres opérations relatives à l'appel de ladite classe.
[Illustration: Promenade des Conscrits après le tirage.]
De nombreuses demandes sont formées chaque année à l'effet d'obtenir,
par exception, le maintien dans leurs foyers de jeunes soldats qui, bien
que méritant par leur position une faveur toute particulière, à titre de
soutiens de famille, n'ont pas pu être classés en ordre utile sur les
listes des hommes de cette catégorie dressées par les conseils de
révision dans la proportion habituelle de dix sur mille hommes du
contingent. En 1843 cependant il a été satisfait plus largement, sous ce
rapport, aux besoins des populations, et M. le ministre de la guerre a
décidé que la proportion précédemment établie serait portée au double
pour la classe de 1842, c'est-à-dire à vingt sur mille hommes (ou deux
sur cent) du contingent de cette classe.
Après le tirage, les jeunes gens ont en général l'habitude de placer sur
le devant de leur chapeau le numéro qui leur est échu au sort, et de
l'attacher avec des rubans de diverses couleurs, le plus souvent
tricolores. Puis ceux de la même commune se réunissent et retournent
ensemble chez eux, bras dessus bras dessous, chantant, criant, marchant
au pas, tambour en tête. Tout le long de la route ils font de fréquentes
stations, arrosées de libations nombreuses, ceux-ci en l'honneur de la
chance qui les a favorisés, ceux-là pour s'étourdir et noyer dans le vin
le chagrin d'avoir attrapé un mauvais numéro. Les uns et les autres,
partis fièrement au pas du chef-lieu de canton, ne rentrent guère dans
la commune que d'un pas plus que chancelant: ce qui a fait plaisamment
donner à ces sortes de détachements d'apprentis militaires le nom trop
bien mérité de _compagnies des litres_.
[Illustration: Toisage des Conscrits.]
Depuis 1830, de nombreuses améliorations ont attaché l'armée au pays par
des liens étroits. L'état des officiers a été garanti, l'avancement
soumis à des règles de justice, la solde des officiers, sous-officiers
et soldats améliorée, les pensions de retraite étendues; deux écoles
ouvertes dans chaque régiment d'infanterie ou de cavalerie, l'une, du
premier degré, destinée aux soldats et aux caporaux ou brigadiers;
l'autre, de deuxième degré, pour les sous-officiers; 50 à 60,000 hommes
admis annuellement dans ces écoles; un certain nombre d'emplois réservés
dans les forêts et dans les douanes aux militaires qui auraient, comme
sous-officiers, contracté et terminé au moins un réengagement; les
carrières civiles ouvertes ainsi à ceux qui n'obtiennent point
l'épaulette; enfin les troupes appliquées en France et en Algérie aux
grands travaux d'utilité publique.
Académie Royale de Musique.
_Lady Henriette, ou la servante de Greenwich._
Tel est le titre peu gracieux du ballet pantomime que l'Opéra a mis au
jour le mercredi 21 février 1844.
Lady Henriette est première dame d'honneur de la reine Anne; elle habite
un riche appartement dans le château royal de Windsor; elle a un
_futur_, comme dit le livret. Ce _futur_ s'appelle sir Tristan
Crackfort, et il joint au malheur de porter un pareil nom l'inconvénient
d'être le seigneur le plus sot des Trois-Royaumes. De tout cela il
résulte que lady Henriette est, de son côté, la femme du monde qui
s'ennuie le plus et qui bâille le mieux.
Bien bâiller est un talent; mais à force d'exercer les talents qu'on a,
on se fatigue: témoin Rossini, qui, pour avoir trop fait d'opéras, n'en
veut plus faire. Lady Henriette voudrait bien ne plus bâiller; elle
consulte sur ce point délicat Nancy, sa fille, suivante, qui lui répond
ce que toute fille suivante répond en pareil cas: «Madame, il faut
prendre un amant.» Mais ce remède-là n'est point du goût de milady: il
lui faut quelque chose de moins trivial, de plus neuf, de plus
inattendu, quelque chose qui n'ait jamais été imaginé par personne. Un
amant! fi donc! toutes les dames de la cour en ont. Mais prendre le
costume d'une paysanne, attacher à son corsage un bouchon de paille, et
se rendre, en cet équipage, à la foire du Greenwich, voilà ce qu'aucune
d'elles n'a jamais imaginé.
Or, il faut que vous connaissiez l'usage anglais et le sens de ce
bouchon de paille.
Toute fille des champs qui veut entrer en service, et qui cherche une
condition, n'a qu'à se présenter à la foire de Greenwich ainsi
accommodée. C'est là que se rendent, de toutes les contrées voisines,
les fermiers qui cherchent des servantes. De chaque côté on est sûr d'y
trouver son affaire, et l'on n'y a que l'embarras du choix.
Lady Henriette, donc, ira se mettre incognito au service de quelque
manant du pays: elle fera son lit, balaiera sa chambre, écumera son pot.
Ce divertissement lui paraît délicieux.--Que vous en semble?
Elle échoit à un fermier du pays de Galles appelé Lyonnel. Lyonnel est
jeune et fort joli garçon; il a l'imagination vive et le coeur tendre.
Pauvre Lyonnel! il ne tarde guère à devenir le jouet de sa nouvelle
acquisition, et le valet de sa servante. Lady Henriette, toujours grande
dame, en dépit de son déguisement, abuse cruellement de ses avantages,
et traite le fermier à peu près aussi mal que sir Crackfort; puis tout à
coup elle s'échappe par une fenêtre, monte en voiture et s'enfuit au
galop, laissant Lyonnel fou d'amour et de désespoir.
Tout amoureux qui a perdu sa maîtresse doit immédiatement s'engager:
c'est la règle à l'Opéra, et Lyonnel n'a garde d'y manquer. Le voilà à
Windsor, habillé de rouge, coiffé d'un chapeau à plumet et armé d'un
fusil; il est soldat dans le régiment des gardes de la reine.
Vraie souveraine constitutionnelle, la reine ne gouverne pas, et s'amuse
de son mieux. Mais lady Henriette s'ennuie de plus belle. Sir Tristan la
suit partout et ne perd pas un occasion de recommencer l'éternel aveu de
son amour. Ces la seule ressource qui reste à l'infortunée. Les tendres
protestations du courtisan ont pour résultat certain de l'endormir
immédiatement; il ne manque jamais son effet; mais, après l'avoir
produit, il s'éloigne, et en cela je crois qu'il a tort. Un plus avisé
resterait. A peine il a disparu que Lyonnel arrive. «Ciel!... grand
Dieu!... est-ce bien elle? Est-ce vous?... Est-ce toi?...» Milady
s'éveille: «Que me voulez-vous, non cher? Vous extravaguez, sans doute.
Je ne comprends rien, je vous le jure, ni à vos hochements de tête, ni à
vos roulements d'yeux, ni à vos gestes frénétiques, ni à vos discours
dépourvus de sens.» Et milady s'éloigne d'un air superbe. Mais il y a un
dieu pour les amants.
Par _l'opération_ de ce dieu, le cheval de la reine s'emporte, et voilà
_sa très-gracieuse majesté_ errant à travers champs, au gré de cette
bête furieuse, et exposée à une foule d'accidents désagréables, sur
lesquels mon imagination n'ose s'arrêter, tant est grand mon respect
pour le principe monarchique. Qui sauvera sa très-gracieuse majesté?
Lyonnel s'élance et se dévoue, et bientôt on le voit ramener la reine à
demi pâmée, qu'il soutient dans ses bras. Heureux Lyonnel! la reine,
reconnaissante, le fait officier.
Bientôt son nouveau grade l'introduit au château royal.
Il y a spectacle à la cour, et ballet mythologique. Sir Tristan
Crackfort y représente le puissant Jupiter, et la reine d'Angleterre
l'auguste Junon. Tous deux descendant de leur gloire, et viennent danser
un menuet avec Mars, Apollon, Cybèle, etc. Vénus paraît à son tour,
poursuivie par un berger. Elle résiste à l'audacieux, elle fuit en se
jouant, et, dans sa fuite, elle décrit les figures les plus gracieuses,
elle prend mille poses pleines de volupté, elle charme les dieux, elle
enivre les humains, et surtout Lyonnel, qui reconnaît dans la déesse son
inconnue mystérieuse, Hors de lui, il s'avance, il tombe aux pieds de
Vénus... Jugez du trouble et de la stupeur générale! Le ballet
s'interrompt; le ciel et la terre se, rapprochent, les mortels et les
dieux errent pêle-mêle; l'imprudent trouble-fête est entraîné hors de la
salle, et Vénus s'évanouit.
On mène Lyonnel en prison; mais il s'échappe, s'enfuit au hasard au
travers du palais, et arrive enfin dans l'appartement de lady Henriette,
qui n'est pas encore tout à fait remise de l'émotion que lui a causée
son étrange aventure. «Grâce, madame! un mot de vous suffit pour me
sauver: dites ce mot...» Ah bien oui! La comtesse, irritée, le repousse
et lui ordonne de sortir. Il insiste, elle appelle, et livre le
malheureux aux soldats qui le poursuivent. Les dames d'honneur ont-elles
donc le coeur si dur? Lyonnel succombe à ce dernier coup, ses idées se
troublent, ses yeux deviennent fixes, il fait des gestes bizarres, il
rit, il pleure: le voilà fou! On le mène à Bedlam.
Là il trouve nombreuse compagnie et des fous de toute espèce, un
mélomane, un dansomane, une femme qui se croit reine, un homme qui se
croit le Destin, etc., etc. Tous se mêlent bientôt et exécutent un
ballet curieux et bizarre. Puis le tambour bat: c'est la reine Anne qui
vient visiter Bedlam; lady Henriette l'accompagne. Elle voit Lyonnel et
comprend enfin tout le mal qu'elle a fait. «N'y a-t-il donc aucun moven
de le réparer?
[Illustration: Ballet mythologique de _Lady Henriette_.]
--Un seul,» dit le médecin.
--Eh bien! ne le devinez-vous pas? Ne savez-vous pas depuis longtemps
comment on guérit les fous à l'Opéra, et comment finissent toutes les
nièces de théâtre?
Le sifflet du machiniste retentit: la scène change. Voilà Lyonnel
installé de nouveau dans sa ferme, auprès de son ami Plumket. Bientôt la
porte s'ouvre; il regarde: il revoit la comtesse telle qu'il l'a vue
jadis, en habits de servante, et qui attend ses ordres. A cet aspect la
raison lui revient subitement, et le mariage de rigueur termine le cours
de ses aventures.
Vous avez vu, probablement, _la Fête du village voisin_ et _la Comtesse
d'Egmont_, lecteur, et vous me dites que vous saviez d'avance, ou à peu
près, toute cette histoire. Hélas! j'en conviens. Mais ce que vous
n'avez point vu, ce sont les décorations de M. Cicéri.
Jamais peut-être M. Cicéri n'avait mis au service de l'Opéra un art plus
savant, plus délicat, plus fin, une imagination plus riche et plus
jeune, un goût plus parfait. La place du marché de Greenwich et la forêt
de Windsor sont deux paysages composés avec une habileté remarquable, où
tous les détails ont une intention et une valeur savamment calculées, et
dont l'ensemble est ravissant. Le salon en boiseries sculptées de la
comtesse, et la salle d'attente où se passent les scènes qui précèdent
le spectacle de la cour, sont, dans un genre opposé, deux
chefs-d'oeuvre. La décoration du ballet mythologique, en style rococo et
selon la mode du temps, est conçue avec un esprit infini, et exécutée de
main de maître.
Trois compositeurs se sont cotisés pour la musique du ballet nouveau. M.
de Flotow a fait le premier acte, M. Burgmuller le second, et M.
Deldevèze le troisième. C'est de la musique bien faite, en général, et
tort proprement ajustée; mais on regrette que les auteurs n'y aient pas
déployé plus de chaleur et de verve, et se soient montrés aussi avares
de motifs saillants et d'idées nouvelles. M. Burgmuller est resté fort
au-dessous de l'auteur de la Péri.
Les costumes y sont très-brillants, et si les tableaux chorégraphiques
n'y ont rien de bien nouveau, du moins sont-ils agréables. Il faut,
cependant, faire une mention particulière du ballet des fous, où M.
Mazilier a montré quelque originalité; d'ailleurs il a trouvé là, en M.
Coraly, un interprète d'une prestesse et d'une verve incomparables.
Mademoiselle Adèle Dumilâtre, chargée du rôle de lady Henriette, s'en
acquitte avec beaucoup de grâce et d'élégance. En somme, le ballet
nouveau offre un spectacle agréable, varié, et quelquefois très-piquant.
[Illustration: Bureau d'abonnement de l'_Illustration_.]
Mais peut-il y avoir un spectacle plus piquant que celui dont nous
donnons ici même la représentation fidèle? Quoi de plus agréable que
l'aspect de cette foule pressée, compacte, impatiente, haletante, qui
assiège les bureaux d'abonnement de l'Illustration? Quoi de plus
richement varié que cette collection de visages où chacun de vous,
lecteurs aimables, a le droit de chercher le sien?...
Bulletin bibliographique.
_Histoire des comtes de Flandre_ jusqu'à l'avènement de la maison de
Bourgogne; par Edward le Glay, ancien élève de l'École royale des
Chartes, conservateur adjoint des archives de Flandre à Lille. 1 vol.
in-8.--Paris, 1844 (tome IIe). _Imprimeurs-Unis_. 7 fr. 50 c.
L'an 863, Baudoin Bras de Fer, fils du Forestier Ingelran, qui avait
épousé secrètement une fille de Charles le Chauve, fut nommé par son
beau-père comte du royaume, et reçut pour la dot de sa femme toute la
région comprise entre l'Escaut, la Somme et l'Océan, c'est-à-dire la
seconde Belgique.. Ayant fixé sa résidence à Bruges, capitale du petit
canton connu depuis le sixième siècle sous le nom de Flandre, il fonda
la dynastie des comtes de Flandre. C'est l'histoire de cette dynastie,
commencée par Baudoin Bras de Fer, en 863, et terminée par Louis de
Male, en 1383, histoire peu connue jusqu'à ce jour, qu'a entrepris
d'écrire M. Edward le Glay, conservateur adjoint des archives de Flandre
à Lille. Le premier volume, dont nous avons rendu compte à l'époque de
sa publication, s'arrêtait a l'année 1214. Le second et dernier, qui
vient de paraître, contient l'histoire des règnes de Jeanne de
Constantinople et de Fernand de Portugal (1214-1233), de Jeanne de
Constantinople et de Thomas de Savoie (1233-1244), de Marguerite de
Constantinople (1244-1279), de Gui de Dampierre (1280-1304), de Robert
de Béthune (1304-1322), de Louis de Nevers ou de Creci (1322-1346), et
enfin de Louis de Male (1346-1383). En 1583 Louis de Maie mourut, dit M.
Edward le Glay, et le comté de Flandre fut dévolu à Philippe le Hardi et
à la duchesse, sa femme, chef de cette illustre maison de Bourgogne dont
les destinées se confondirent plus tard avec celles du monde entier.
Ces deux volumes, fruit de longues et patientes études, sont remplis de
faits puisés, avec une remarquable sagacité, aux sources les moins
connues et les plus authentiques. Toutefois, nous nous permettrons
d'adresser à M. Edward le Glay un reproche que du reste il s'est déjà
fait à lui-même en terminant son second volume: on éprouve souvent, en
lisant cet ouvrage, un vif désir de voir s'interrompre temporairement le
récit trop monotone de ces guerres, révoltes et négociations
interminables qui suffisaient bien, dit-il, pour occuper l'historien
tout entier. «Parfois, ajoute-t-il, nous regrettions de ne pouvoir faire
une pause, afin de contempler à l'aise, les autres mouvements qui
s'opéraient autour de nous; mais nous ne pouvions suspendre notre
marche, sous peine de disparaître dans le torrent qui débordait
toujours.» Que M. Edward le Glay cesse donc d'avoir de pareilles
craintes, s'il publie jamais un autre ouvrage historique. Il l'avoue
lui-même: «La Flandre n'a pas été seulement un théâtre de guerres, de
dissensions intestines, de soulèvements populaires; sa prospérité
matérielle, ses progrès intellectuels et moraux pourraient fournir à une
plume moins inhabile le sujet d'un tableau magnifique.» Le tableau, il
ne devait pas se contenter de l'esquisser en quelques pages, ci nous lui
pardonnons d'autant moins d'avoir omis, par une fausse modestie, de le
peindre dans tous ses détails, que ses efforts eussent certainement été
couronnés d'un plein succès.
_Essai historique, sur l'origine des Hongrois_; par A. de Gérando. 1
vol. in-8 de 164 pages.--Paris, 1844. Imprimeurs-Unis.
La question de l'origine des Hongrois a été diversement résolue.
Jornandès fait descendre les Hons des femmes que Filimer, roi des Goths,
chassa de son armée, parce qu'elles entretenaient un commerce avec les
démons. Cette origine diabolique, qui s'est étendue aux Hongrois, a eu
plus de défenseurs qu'on ne serait tenté de le croire; et, bien après
Jornandès, un écrivain ne trouvait pas d'autre moyen d'expliquer le mot
_magyar_ qu'en le faisant dériver de _magus_, magicien. Les uns disent
que les Hongrois sont des Lapons, les autres soutiennent qu'ils sont
Kalmoucks, et pensent donner plus de force à leur opinion en invoquant
une ressemblance de physionomie imaginaire. Les Hongrois sont d'origine
turque, dit-on encore; leur langue le prouve; les Turcs les appellent
toujours «mauvais frères,» parce qu'ils leur ont ferme l'entrée de
l'Europe. Un autre les confond avec les Huns et les fait venir du
Caucase sous le nom de Zawar. D'autres, enfin, les nomment Philistéens
ou Parthes, et leur donnent la Juhrie ou Géorgie pour patrie.
«Les quinze ou vingt noms différents que, dans diverses langues, les
chroniqueurs ont donnés aux Hongrois, augmentent encore, dit M. A. de
Gérando, les difficultés qui entourent nécessairement une question de ce
genre, quand on veut rechercher leurs traces dans l'histoire.»
Lorsque M. de Gérando alla, il y a peu de temps, visiter la Hongrie,
il ne se proposait pas de rechercher les origines des Hongrois; mais il
lui fut impossible de faire un long séjour dans le pays sans étudier
cette question historique, l'une de celles qui intéressent au plus haut
point les voyageurs. Il était arrivé avec des idées toutes faites; il
publie aujourd'hui celles qu'il a rapportées. Il espère qu'elles
obtiendront la confiance du lecteur, car ce ne sont pas les siennes,
elles appartiennent aux Hongrois eux-mêmes.
M. A. de Gérando se pose d'abord cette question: les Hongrois sont-ils
Finnois? Puis il passe successivement en revue les traditions
hongroises, les relations des historiens nationaux et celles des
historiens étrangers; il établit ensuite un parallèle entre les Huns,
les Avars et les Hongrois. Enfin il montre la marche suivie par les
Hongrois, et le résumé général de cette dissertation se termine ainsi:
«Nous nous sommes donc convaincu que la nation hunnique se rattache à ce
groupe nombreux de peuples nomades que les historiens orientaux
appellent indistinctement Turcs, c'est-à-dire émigrants, et qui errèrent
longtemps dans l'Asie centrale; peuples qui furent refoulés par la race
mongolique, se jetèrent en partie sur l'Europe, en partie sur l'Asie
occidentale, et dont les plus fameux sont aujourd'hui les Afghans, les
Persans, les Tcherkesses et les Ottomans.»
Dans le préambule, M. V. de Gérando s'est attaché à faire ressortir
_l'importance politique_ que l'on peut donner à une question en
apparence purement spéculative. S'il était prouvé, en effet, comme
l'affirme Schluzer, que les Hongrois sont ou Finnois ou Slaves, les
empereurs de Russie pourraient, dans un avenir qui peut-être n'est pas
éloigné, élever des prétentions sur le royaume de Hongrie, ou au moins
le comprendre entre les pays sur lesquels, comme chefs de la grande
famille slave, et de la grande famille finnoise, ils ont l'ambition
d'exercer leur influence.
_Wilhelm Meister de Goethe_, traduction complète et nouvelle; par madame
la baronne A. de Carlowitz.--Paris, 1843. _Charpentier_. 2 vol. in-18. 3
fr. 50 c. le volume.
_Poésies de Goethe_, traduites par Henri Blaze, avec une Introduction du
traducteur.--Paris, 1843. _Charpentier_. 1 vol. in-18. 3 fr. 50 c.
_Mémoires de Benvenuto Cellini_, orfèvre et sculpteur florentin, écrits
par lui-même et traduits par Léopold Laclanche, traducteur de
Vasari.--Paris 1844. _Jules Lafitte_. 1 vol. in-18. 3 fr. 50 c.
Deux de ces ouvrages datent de l'année dernière; mais le Bulletin
bibliographique de _l'Illustration_ de 1843 a oublié de leur accorder la
mention honorable dont ils sont dignes. C'est une dette qu'il lui
tardait d'acquitter. Le troisième n'a pas le droit de se plaindre d'un
trop long retard, car il existe depuis deux mois à peine.
De Goethe, de son _roman_ et de ses _poésies_, de Benvenuto Cellini et
de ses _Mémoires_, nous n'avons pas à nous en occuper ici; parlons
seulement des traducteurs, ou plutôt des traductions.
Madame la baronne A. de Carlowitz est déjà connue dans le monde
littéraire par sa traduction de la _Messiade de Klopstock_, qui lui
avait valu un prix de l'Académie française. Si madame la baronne A. de
Carlowitz avait envoyé au concours l'ouvrage que nous avons sous les
yeux, aurait-elle obtenu la même récompense? Nous en doutons. Bien qu'il
ait écrit _Wilhelm Meister_ en prose, Goethe méritait plus d'égards de
la part de son traducteur. C'est un de ces hommes de génie dont un peut
ne pas aimer le caractère et ne pas admirer le talent, mais dont on doit
respecter religieusement les ouvrages. Or, madame la baronne de
Carlowitz se permet trop souvent d'altérer la pensée ou de corriger le
style du grand poète allemand. De pareilles prétentions ne sont que
ridicules. Du reste, si nous oublions cette déplorable manie, nous
n'avons que des éloges à donner à madame la baronne de Carlowitz.
Lorsqu'on ne la compare pas au texte original, sa traduction,
suffisamment élégante et correcte, se fait lire avec plaisir. En outre,
elle a l'avantage d'être la plus complète qui existe. La deuxième partie
de _Wilhelm Meister_, les _Années de voyage_, formant le deuxième
volume, n'avait jamais de traduite en français.
Les _Poésies_ de Goethe sont également traduites pour la première fois
en français. Leur traducteur est M. Henri Blaze (sur la couverture), qui
devient dans le titre de l'ouvrage le baron Henri Blaze, et dans la
dédicace le baron Blaze de Bury. Elles se composent de _lieds_, de
_ballades_, d'_odes_, d'_élégies_, d'_épîtres_, de _poésies diverses_,
du premier chant de l'_Achilléide_, de _Prométhée_, de la cantate
intitulée _la Première Nuit de Walpurgis_, et du _Divan
oriental-occidental_. M. le baron Henri Blaze termine ainsi
l'introduction qu'il a mise en tête de sa traduction: «Nous venons de le
voir, la lyre de Goethe a toutes les cordes: l'antiquité, le moyen âge,
l'ère moderne, tout lui est bon; de chaque sujet, de chaque genre et de
chaque forme, il ne veut que le miel... Après cela, nous reconnaissons
aussi bien que personne les inconvénients de cette universalité dans la
création; le dilettantisme se donne trop souvent carrière aux dépens du
sentiment, et l'alliage de convention remplace l'or de bon aloi. Puis, à
force d'avoir excellé ainsi dans tous les genres, on finit par ne plus
pouvoir être classé dans aucun. Ainsi Goethe n'est ni un poète épique,
dramatique ou didactique, il est tout cela; mieux encore, il est poète
dans le sens absolu au mot.»
M. le baron Henri Blaze n'appartient pas à cette école de traducteurs
dans laquelle madame la baronne A. de Carlowitz s'est si maladroitement
rangée. Ce n'est pas lui qui, comme Rivarol, rendrait ce vers si beau
et si connu de la Divine Comédie:
Et ce jour-là nous ne lûmes pas davantage,
par cette périphrase absurde: «Et nous laissâmes échapper le livre qui
nous apprit le mystère de l'amour,» ou qui, désirant nous apprendre que
Bidon «se tua par amour,» selon l'expression de Dante, s'écrierait avec
emphase: «Elle coupa la trame amoureuse de sa vie.» Rendons-lui cette
justice: non-seulement il a toujours compris les poésies de Goethe, mais
il les a bien traduites. Sa prose ne dit ni plus ni moins que ce que
disent les vers; les expressions difficiles à trouver sont heureusement
choisies; en un mot, on sent, en comparant la copie à l'original, que
cet ingrat et difficile travail a été fait avec conscience et avec
esprit.
Benvenuto Cellini a eu le même bonheur pour ses _Mémoires_ que Goethe
pour ses _Poésies_. L'élégant et fidèle traducteur de Vasari, M. Leopold
Laclanche, était plus capable qu'aucun autre écrivain de traduire cette
curieuse autographie, qui ne manquera jamais de lecteurs tant que la
langue italienne et maintenant la langue française continueront
d'exister.
_Un Courroux de Poète_; par Constant Hilbey, ouvrier. 1 vol.
in-18.--Paris, 1844, _Martinon_.
C'est avec une joie sincère que nous voyons la poésie pénétrer chaque
jour plus avant dans le coeur du peuple: en y développant de légitimés
espérances, elle y maintiendra, nous en sommes sûr, elle y exaltera
l'amour du travail. Mais nous n'accordons cette pleine sympathie à la
poésie des classes laborieuses que lorsqu'elle ne se dépouille pas
volontairement de son austère simplicité pour revêtir nous ne savons
quelles formes banales, quelles couleurs vulgaires empruntées aux albums
ou aux almanachs. Ainsi nous avouons franchement à M. Hilbey que nous
n'aimons guère à voir un ouvrier se mettre en coquetterie déclarée avec
sa muse, l'appeler traîtresse, et jouer avec elle une des scènes du
_Mariage enfantin_. Ces choses-là ne sont pas de celles qui pourraient
nous émouvoir; les ouvriers-poètes ont d'autres secrets à nous révéler.
Que M. Hilbey lise le dernier volume de M Poney, la belle ode adressée
aux maçons, ses camarades, et il comprendra peut-être quelles cordes il
faut faire vibrer pour nous rendre attentifs.
Nous pourrions encore reprocher à l'auteur d'_Un Courroux de Poète_ le
titre du son livre, titre qui a le double but d'afficher une prétention
et un défaut de caractère. Mais nous préférons rendre justice au mérite
de quelques-unes des pièces de son Recueil. Ainsi nous citons volontiers
l'_Adieu au village natal_, la _Pièce à Gilbert_, celle intitulée
_Fécamp_, parce qu'elles nous paraissent inspirées par des sentiments
vrais.
_Plan détaillé de La Rochelle et de ses environs_, accompagné d'une
Notice historique; par M. Guy, capitaine au 13e de ligne, à
Rochefort.--Chez madame _Theze_, imprimeur-libraire.
_Le Plan de La Rochelle_ a surtout un intérêt local; la Notice qui
l'accompagne et qui est, dans des limites trop resserrées, l'histoire
même de la ville, a un intérêt général d'autant plus grand, que le nom
de La Rochelle est lié à des événements considérables de l'histoire de
France. M. Guy fait une revue rapide de ces événements parmi lesquels
figure en première ligne, par sa durée et son importance, la lutte que
cette ville soutint dans l'intérêt de la reforme protestante de 1568 à
1628, époque de sa soumission au roi Louis XIII, après le siège
mémorable dont la gloire, comme les cruautés qui l'accompagnèrent,
reviennent au cardinal de Richelieu. Cette publication, faite avec
beaucoup de luxe, a reçu les encouragements du conseil municipal de La
Rochelle et des plus notables habitants de cette ville.
_Notice sur le monument érigé à Paris par souscription à la gloire de
Molière_, suivie de pièces justificatives et de la liste générale des
souscripteurs; publiée par la commission de souscription.--Paris.
_Perrolin_, 1844. In-8º.
Il faut en vérité plus que du courage à la commission du monument du
Molière pour venir encore affronter la critique. Combien l'oeuvre
qu'elle a entreprise et menée à fin ne lui a-t-elle pas attiré de
mordantes épigrammes et de méchancetés attiques! Quel succès a eu le
malin farceur qui, le premier, a trouvé et dit que M. Regnier avait
inventé Molière! Qu'il y a donc, dans une certaine presse, et surtout
dans de certains feuilletons des loustics aimables et de satanés
critiques! Si vous survivez aux traits de ces espiègles, vous avez la
vie dure ou la peau bien cuirassée. M. Regnier fait semblant de n'être
pas mort, et d'être applaudi tous les soirs; la commission fait semblant
de vivre et d'avoir accompli la tâche qu'elle avait entreprise, et que
tant d'autres avant elle avaient laissée inachevée; mais tout cela n'est
qu'un jeu joué. Il n'y a de vivant que le feuilleton, né malin, et malin
bien redoutable.
La commission, ou son ombre, a eu la bizarrerie de penser que tout ce
qui s'est imprimé dans les journaux, à l'occasion de l'érection de la
statue de Molière, ne devait pas l'empêcher de publier un recueil
officiel des actes qui avaient précédé et marqué cette cérémonie. C'est
encore un ridicule de sa part, car elle ne pouvait se flatter de trouver
jamais d'aussi jolies choses que celles que ses critiques ont imprimées
et lues eux-mêmes.
Est-ce elle qui aurait jamais trouvé, par exemple, qu'en 1673, Louis
XIV, quoique vieilli, et tombé sous l'influence de madame de Maintenon,
donna ordre qu'on conduisit les restes de l'auteur de Tartuffe au
cimetière Saint-Joseph?» Cette pauvre commission aurait cru, comme
beaucoup d'autres, qu'en 1673, Louis XIV, _quoique vieilli_, n'avait que
trente-quatre ans, et que, _quoique tombé sous l'influence de madame de
Maintenon_, il n'était encore que l'amant de madame de Montespan, avant
de passer à mademoiselle de Fontanges, qui n'avait encore alors que
douze ans. Mais le feuilleton a changé tout cela.
Est-ce elle qui aurait jamais songé à écrire la _Vie de Molière après sa
mort_, ouvrage curieux, si nous en croyons son auteur qui nous
l'annonce, et qui, pour nous donner un avant-goût du son exactitude
historique, nous montre Boileau, Chapelle, Bernier et _Ménage_, vivant
intimement entre eux et avec Molière, et suivant seuls son cercueil. La
commission aurait à coup sûr pensé que si Ménage, le Vadius des _Femmes
savantes_ le détracteur acharné du _Misanthrope_, avait suivi le convoi
de Molière, ce n'eût été que pour chercher à précipiter Boileau dans la
même fosse. Mais les revues ont change tout cela.
On a dit à la pauvre commission qu'au lieu de s'amuser à écrire, elle
aurait dû s'exercer à mieux lire, et, s'apercevoir, avant que la statue
fût découverte, que dans la nomenclature gravée des pièces de Molière,
le praticien de M. Pradier avait mis deux _r_ à l'avare. Le critique a
eu les yeux attirés sur la lettre coupable par le travail de l'ouvrier
occupe à la faire disparaître le lendemain de l'inauguration. «Ce n'est
cependant pas faute de lunettes,» a-t-il dit à la commission, avec plus
de bon goût que d'exactitude. Les lunettes, il le sait bien, ne font pas
toujours bien voir; et cela est si vrai que nous avons eu beau en
mettre, nous n'avons pu trouver, dans la liste de souscription, le nom
de tel auteur, connu, dit-on, au théâtre par des chefs-d'oeuvre,
très-zélé, comme on le voit, pour la gloire de Molière, et qui,
certainement, n'aura pas cru qu'il était injuste d'élever une statue à
l'auteur du _Misanthrope_ avant de songer à lui. Le pays est excusable:
il a suivi l'ordre chronologique.
Nous imiterons l'exemple général, et nous adresserons, nous ausi, notre
reproche à la commission, ou du moins à son secrétaire: pourquoi, dans
sa Notice, a-t-on imprimé le mot Tartuffe avec un seul _f!_ Nous savons
bien que l'Académie, dont nous ignorons les raisons, l'orthographie
ainsi; mais Molière ayant créé le mot, et lui en ayant toujours donné
deux, il est naturel de penser que ses raisons valaient bien celles de
l'Académie. Le besoin du vers a seul déterminé La Fontaine à écrire,
dans sa fable du _Chat et le Renard_:
C'étaient deux vrais tartufs, deux archi-patelins.
Mais la poésie a des licences que ne comportent ni un dictionnaire ni
une notice.
Le Roi et LL. AA. RR. madame la princesse Adelaide et madame la duchesse
d'Orléans viennent de souscrire au _Dictionnaire historique et
administratif des Rues et Monuments de Paris_, par MM. Félix et Louis,
Lazare.
En publiant dans le dernier numéro de _l'Illustration_, un article sur
le Vésuve, extrait du Voyage des docteurs Magendie et Constantin James,
nous avons omis d'indiquer que cet article était dû à la plume de M.
James, qui avait bien voulu nous faire cette obligeante communication.
[Illustration: Allégorie de Mars.--Le Bélier.]
Modes.
[Illustration.]
Le deuil répand, sur les représentations de l'Opéra et des Italiens,
ordinairement si brillantes, une teinte sombre et triste. En cette
circonstance, le jais noir, déjà fort à la mode, a repris une nouvelle
faveur, et nous voyons les plus jolies têtes parées de résilles, de
bandeaux, ou bien encore d'épingles en jais. Une toilette de deuil
très-élégante, pour soirée ou spectacle, se compose d'une robe de crêpe
couverte de deux hauts volants de dentelle posés à plat; un velours,
large de deux doigts, doit se placer à la tête d'un dessous en pou de
soie, et grande berthe de dentelle; attaches de corsage en jais, au
nombre de trois ou cinq; et pour coiffure, une résille en jais.
Dans les bals à la Chaussée-d'Antin, nous retrouvons les costumes roses,
blancs ou bleus; mais la mode de cette année adopte le blanc pour les
robes légères à deux ou trois jupes, qui ne varient que par les
différentes fleurs dont elles sont ornées.
Les robes de soie, telles que damas, pékins satinés ou brochés, sont
plus diverses de couleurs et de formes, quoique la dentelle en soit
toujours le principal ornement. Ainsi, au bal du Château, les robes
couvertes de deux volants de dentelle étaient en majorité; d'autres
avaient des barbes de dentelle arrangées comme on peut le voir sur le
modèle qu'en donne _l'Illustration_.
Les robes de l'hiver vont bientôt paraître fanées: déjà on fait les
corsages moins montant, afin de laisser voir la broderie qui orne les
devants du fichu; le col, très-petit, est bordé d'une malines qui se
continue sur le devant.
Les chapeaux de velours sont remplacés par les capotes de satin, et le
cachemire, ce luxe aimé ou envié de toutes les femmes, remplace plus
souvent le manteau de velours.
Le matin, une robe de pékin à raies de satin garnie de passementeries,
une capote de satin blanc ornée de blondes, un cachemire noir, est un
costume simple et de bon goût.
Le soir, pour concert ou théâtre: robe de velours ouverte des côtés sur
un revers de satin pareil, sur lequel sont posés des noeuds de rubans
diminuant de grosseur en montant vers la taille; petit bord orné de
plumes. Pour bal: robe de tulle à deux jupes, la seconde relevée par une
agrafe de trois marguerites variées de couleurs; couronne de
marguerites; éventail ancien. Ou bien encore: robe à trois jupes en
crêpe blanc, superposées et bordées de trois franges de jais blanc, de
hauteurs différentes, la plus petite au jupon de dessus; corsage drapé;
couronne de roses et de raisins.
Correspondance.
_A M. L. P., à Lyon_.--Votre lettre est envoyée au dessinateur.
_A M. H. B., à Ely (Angleterre)_.--Nous ne pouvons insérer votre lettre;
mais nous profiterons de vos bons conseils.
_A M. Z., à Saint-Diè_.--La _Table des Matières_ ne peut être envoyée
par la poste; vous devez la faire demander par le libraire de votre
ville. Nous croyons en effet qu'il y a quelque chose à faire dans le
sens de vos observations; nous y aviserons.
_A M. G., de V_.--Nous l'avons déjà dit: les goûts sont très-divers, et
pourtant il faut tâcher de plaire à tout le monde.
_A M. L. D. C. à Rouen_.--Donnez-nous plus de détails. Cela dépend de la
nature de l'affaire.
_A M. L. P., à Alger._--Nous avons profité de votre communication; nous
acceptons vos offres.
_A M. M., à Paris_.--C'est elle ou vous; mais si ce n'est pas elle?
_A M., à la Rochelle_.--Nous avons reçu hier seulement votre envoi. Nous
tâcherons de répondre à vos intentions.
Rébus.