A toutes ces paroles et remoustrances estoit et fu toutdis messires

Robers d'Artois, qui trop grandement fu resjois de ces nouvelles, et

dist ensi au roi: «Monsigneur, je le vous ai bien tous jours dit: vous

trouverés plus d'amis et de bon confort delà la mer que vous ne quidiés,

car onques Alemant ne peurent amer les François; il vous feront roi de

France, car chils qui l'est, n'i a nulle juste cause. Et les poins et

les articles com prochains vous estes de la couronne, je vous ai

pluisseurs fois remoustré: se les calengiés et mettés oultre. Puis que

on vous voelt aidier à esclarcir vostre droit, ne soiiés pas negligens,

mais diligens à demander ce qui est vostre; si en serés prisiés et amés

de vostre peuple, car il demandent la guerre. A ce que je puis veoir et

percevoir, en Engleterre il ne desirent que la gerre. Et vous avés biau

et grant conmencement pour vous, car jà avés vous si sousmis les

Escoçois que il ne se poront aidier ne relever en grant temps. Ce sont

segnefiances de tous biens, et que les bonnes fortunes seront pour vous.

Fo 39 vo.

P. 134, l. 12: disoit.--_Ms. de Valenciennes_: pour doubte d'estre ruez

jus des escumeurs, qui estoient là de par le conte de Flandres. Fo 50.

P. 135, l. 4: Si ordonna.--_Ms. d'Amiens_: Si en fu priiés messires

Henris de Lancastre li jones, qui fu là fès contes Derbi, cousins

germains dou roy, et li comtez de Sufforch, li sires de Bercler,

messires Guillaummes Filz Warine, messires Loeis de Biaucamp, messires

Richars de Stanfort, messires Gautiers de Mauni qui nouvellement estoit

revenus d'Escoce où pluisseurs bellez baceleries et appertisses d'armes

y avoit fait, tant qu'il en avoit le grace et l'onnour dou roy et de

tous les seigneurs d'Engleterre. Et le retint là li comtez Henris Derbi

pour son chevalier et le plus prochain de lui; et fu mis et escrips à

estre dou consseil dou roy. Fo 27 vo.--_Le ms. de Rome ajoute à ces

noms_: messires Renauls de Gobehen, messires Rogiers de Biaucamp. Fo 41.

P. 135, l. 12: à Londres.--_Ms. B 6_: Sy se partirent de Gravesaindes,

sur le Tamise, là où il avoient fait toute leur pourveanche et leur

asamblée. Fo 85.

P. 135, l. 15: cinq cens.--_Ms. de Valenciennes_: huit cens. Fo 60

vo.--_Ms. B 6_: mille hommes d'armes. Fo 85.--_Ms. de Rome_: six cens.

Fo 41.

P. 135, l. 18: Gravesaindes.--_Ms. d'Amiens_: devant Gravesande[188],

bien pourveus et abilliés de naves, de vaissiaus, de bourses, de scutes

et de hokebos armées et fretées. Fo 28 vo.

[188] _Ms. de Valenciennes_: Gavres. Fo 60 vo.

P. 135, l. 19: devant Mergate.--_Ms. d'Amiens_: De le seconde marée, il

vinrent devant Mergate et furent là un soir; et, le nuit et environ

mienuit, il se desancrèrent et tendirent leurs voillez au plain, car il

avoient vent à souhet; et se boutèrent en mer et singlèrent tout jour,

et vinrent assés priès de Gaiant à heure de nonne. Fo 28 vo.--_Ms. de

Rome_: A l'endemain, il s'en departirent qant la mer fu revenue, et

vinrent devant Mergate et là ancrèrent et furent deus jours, car il

avoient vent trop contraire pour entrer en la mer. Au tierch jour, li

vens lor revint; si desancrèrent et se boutèrent en la mer et prissent

le chemin de Flandres. Fo 41.

P. 135, l. 25: trente sept.--_Ms. A 1_: trente huit. Fo 34 vo.--_Mss. A

20 à 22_: trente neuf. Fo 58 vo.

=§ 63.= P. 136, l. 4 et 5: en Gagant.--_Ms. d'Amiens_: et sur le mer

estoient. Fo 28 vo.

P. 136, l. 10: jusques à seize.--_Ms. de Valenciennes_: bien dix huit.

Fo 60 vo.

P. 136, l. 10 et 11: cinq mil.--_Ms. de Valenciennes et ms. B 6_: quatre

mille. Fo 60 vo.

P. 136, l. 16: de Halluin.--_Ms. de Rome_: messires Jehans nonmés Ducres

de Halluin. Fo 41 vo.

P. 136, l. 20: Pières.--_Mss. A 20 à 22_: Jehans. Fo 59.--_Le ms. de

Rome ajoute à ces noms_: messire Pière d'Ippre, messires Lois Vilains,

messire Bauduin Barnage, mesire Robert Marescal, messire Ernoul de Vors.

Fo 41 vo.

P. 136, l. 25: des Englès.--_Ms. de Rome_: Evous venus les Englois en

ordenance de bataille, les archiers tous devant. Qant li vassiel

aprochièrent, li chevalier qui dedens Gagant se tenoient, conneurent que

chil qui les venoient combatre, c'estoient Englois, car il veirent les

banières, les pennons et les estramières des lupars d'Engleterre qui

voloient amont sus ces nefs et baulioient au vent. Qant li Englès

aprochièrent, il i ot grant noise de tronpètes et de claronchiaus. Donc

conmenchièrent archier à traire de grant randon et ensonniier gens, et

gens d'armes entre euls à aprochier pour prendre terre. Là ot fort

hustin et dur, et traioient arbalestrier à pooir, mès Englès n'en

faisoient compte, car archier sont trop plus isniel au traire ne sont

arbalestrier. Et furent en cel estat un grant temps, et tant que la mer

fu toute retraite, et que les vassiaus d'Engleterre demorèrent tout

aresté sus le sabelon. Fo 41 vo.

=§ 64.= P. 137, l. 31: filz Warine.--_Mss. A 11 à 14_: fil Vastier. Fo

34.--_Editions de Vérard et de D. Sauvage_: fils au comte de Warvich.

_Ed. de Sauvage de 1559_, p. 41.

P. 138, l. 5: main à main.--_Ms. de Rome_: Au voir dire, li archier

ensonnioient trop grandement les asallans et desfendans Flamens; et

furent en cel estat bien quatre heures, tousjours desfendans et

asallans. Fo 41 vo.

P. 138, l. 8 et 9: plus de trois mille.--_Ms. de Valenciennes_: de deux

à trois mille. Fo 61.--_Mss. A 20 à 22 et ms. B 6_: trois mille. Fo 59

vo.--_Mss. A 8 et 9, 15 à 17_: plus de quatre mille. Fo 33.

P. 138, l. 13: Gilles de le Trief.--_Mss. A 11 à 14_: Guillaume de

Lestrief. Fo 34.--_Mss. A 15 à 17_: Jehan de le Trief. Fo 36.--_Ms. de

Valenciennes_: Gille de le Triest. Fo 61.

P. 138, l. 14: vingt six.--_Ms. B 6_: dix huit. Fo 86.--_Ms. de Rome_:

jusques à douse chevaliers et bien trente esquiers, tous gentils hommes,

que de Flandres, que d'Artois. Et i ot grande occision des aultres

hommes; et les caçoient les Englois jusques à la mer et les faisoient

sallir dedens, et plus chier ils avoient à noiier que à morir de glave.

Fo 41 vo.

P. 138, l. 18: Et retournèrent.--_Ms. de Rome_: Qant les Englois furent

signeur de l'ille et de la ville de Gagant, il le fustèrent et coururent

toute et puis boutèrent le feu dedens, qant il s'en deurent partir; et

rentrèrent en lors vassiaus, et dormirent là à l'ancre tant et si

longement que vens lor revint. Et bien le savoient chil de Bruges, dou

Dan et de l'Escluse, mais il estoient tout resjoy de che que on lor

avoit delivré le pasage de ceuls qui trop longement l'avoient tenu. Qant

li Englois orent vent pour ceminer, il se desancrèrent de là et

retournèrent viers Engleterre, et enmenèrent lor butin et lors

prisonniers. Et fissent tant par l'esploit dou vent que il entrèrent en

la rivière de la Tamise, et prissent terre au kai à Londrez. Et acquist

li jones contes Henri Derbi en sa nouvelle chevalerie grant grasce et

grant renonmée de celle besongne. Et aussi fissent tout chil qui

avoecques li avoient esté, et par especial messirez Gautelés de Mauni.

Fo 42.

P. 138, l. 19: en Engleterre.--_Ms. de Valenciennes_: à tout leur

gaignage, nonobstant que ce ne fu point sans perdre de leur gens. Fo 61.

P. 138, l. 20: au roy.--_Ms. B 6_: en ou palais de Wesmoustier. Fo 86.

P. 138, l. 23: prison.--_Ms. B 6_: et l'onnoura assés selonc son estat,

et le laissa aler parmy Londres recreu sur sa foy. Fo 86.

P. 138, l. 23: li quels.--_Ms. de Valenciennes_: par les promesses que

les Englès lui firent. Fo 61.

P. 138, l. 24 et 25: d'Engleterre.--_Ms. de Valenciennes_: par

convoitise. Fo 61.

=§ 65.= P. 138, l. 27: Apriès.--_Ms. d'Amiens_: Apriès le desconfiture

de Gaiant, ces nouvellez s'espardirent en pluisseurs lieux. Si en furent

chil de le partie le comte courouchiet, et chil de le partie le roy

d'Engleterre tout joiant. Et disoient bien [cil de Flandres] que, sans

raison ne leur volenté, li comtes les avoit là mis. Et eurent advis en

Flandrez li conssaulx des bonnes villez, par le pourkac et enort de

Jaquemon d'Artevelle, que il envoieroient douze bourgois des six

meilleurs villez de Flandrez deviers le roy d'Engleterre, escuzer le

pays de ceste besoingne de Gaiant, et que nullement il ne se

consentirent oncques que là il se tenissent de leur acord. Et plus

avant, se il plest au roy d'Engleterre ariver en Flandrez, où que soit,

il en seront tout joiant; et il presteront et ouveront le pays pour

passer, sejourner, demourer, partir et retourner par paiier touttes

coses, dont il en seront servi et aisiet. Chil douze bourgois partirent

enformet et adviset sus le mannière que j'ay dit: et vinrent en

Engleterre et trouvèrent le roy adonc à Eltem, liquelx les rechupt assés

liement, car il en quidoit grandement mieux valloir, ensi qu'il fist. Et

li dissent comment Jacquèmes d'Artevelle et tous li especialz conssaulx

de Flandres se recommandoient à lui, et s'escusoient de le ville de

Gaiant et des gens d'armes qui trouvet y avoient estet, que ce n'avoit

estet point li fais ne li acors dou pays de Flandrez, mès dou comte

seullement et dou roy de Franche.

Que vous feroie je loing compte? Tant parlèrent, et si bellement et si

sagement remoustrèrent leur messaige, que li rois s'en contenta. Et leur

respondi que, dedens le jour dou Noel prochain venant, il seroit en

Anwers, car là faisoit on ses pourveanches: si y amenaissent le comte

leur seigneur deviers lui, pour savoir quel cose il volloit faire; ou

que li pays de Flandrez fust tellement advisés et conseilliéz, se li

comtes n'y volloit estre, que jà pour ce ne demorast que il ne fuist

leurs boins amis. Et il donnoit parmy tant respit à tous allans et à

tous venans, jusques au premier jour de jenvier. Ensi le raportèrent li

douze bourgois à Jaquemon d'Artevelle, et au consseil des bonnes villez

de Flandres, en le ville de Gand. Si en furent tout liet, quant il

seurent que li roys d'Engleterre passeroit, et supposèrent assés que il

le trouveroient tretable et aimable; mès, qui en fuist liés, li

comtes de Flandres n'en eult point de joie. Fo 29.

_Ms. B 6_: Tantost après (l'affaire de Cadzand), le roy d'Engleterre

fist clore tous les pas de mer, afin que nulles laines ne venissent en

Flandres. Adonc le pais de Flandres fut en grant tribulacion, et la

draperie toute perdue.... Fo 86 et 87.

Cheluy Jaques d'Artevelle avoit le cuer plus englès que françois, et

pressa tant la querelle du roy d'Engleterre par my Flandres que tout le

pais fut englèz. Et manda et escripsy au roy d'Engleterre, par my grans

consauls et traitiers qui furent entre les Flamens et les Englès, que il

venist seurement en Flandres ensy que il luy plaisoit: les Flamens le

verroient moult vollentiers, et moult le desiroient à veoir. Le roy

d'Engleterre, qui moult desiroit que par moien de aquerre en Flandres,

en Haynau, en Brabant des amis, adonc fut moult resjois de l'aliance que

il avoit en Flandres; et tint Jaques de Hartevelle en grant amour, car

bien savoit que c'estoit par le dit Hartevelle. Sy fist le roy

d'Engleterre rendre à Flamens tout les droitures de mer, et laissa

courir toute marchandise par my leur pays, et remist l'estaple de

laignes à Bruges quy eslongiet leur estoit. Dont les Flamens en eurent

grant joie.

Assés tos après, le dit roy d'Engleterre s'avisa, par my le consail et

enhort qu'il eut de messire Robert d'Artois, que il vendroient prendre

port en Flandres ou en Brabant, auquel lés il plairoit au duc de Brabant

son cousin, au duc de Gherdres, au conte de Mons, au marquis de Julers,

au seigneur de Faulquemont et à Jaques de Hartevelle et à ceulx qui

devoient aydier à faire sa guerre. Fos 92 et 93.

_Ms. de Rome_: Or s'espardirent ces nouvelles en Flandres, en France et

ailleurs, que chil qui en garnison s'estoient tenu un grant temps en

l'ille de Gaant, estoient tout desconfi, et la ville tellement arse que

on ne savoit où retraire: li contes de Flandres en fu durement

courouchiés, et Jaquèmes d'Artevelle et tout chil de sa sexste resjoy.

Pour ce, se l'ille de Gaant fu delivrée des Flamens, chevaliers et

esquiers, qui gardé l'avoient un lonch temps au conmandement dou comte

de Flandres, ne se retourna pas si tos li wagnages ne la marceandise ou

pais de Flandres, car Jaquèmes d'Artevelle i mist empecement, je vous

dirai conment. Voirs est que li englois marceant, liquel avoient sus le

qai à Londres et ailleurs pluisseurs nombres de sas de lainnes, en

desiroient à avoir lor delivranche, pour atraire à euls les deniers.

Aussi li marceant de Flandres et de Braibant et li drapier lez

desiroient à avoir et à acater, pour faire ouvrer et mettre en la

draperie, ensi que usages est que tout pais vivent et s'estofent et

gouvernent l'un de l'autre. Et tout ce sentoit et savoit bien de la

necessité Jaquèmes d'Artevelle. Et tantos apriès la bataille de Gaiant,

il escripsi au roi d'Engleterre et son consel que point ne se hastassent

de envoiier en Flandres ne à l'Escluse les marceandises d'Engleterre; et

les tenist encores closes, jusques à tant que on aueroit aultres

nouvelles de li. Li rois d'Engleterre et ses consauls, qui se voloient

rieuler de tous poins par sen ordenance, entendirent à ces lettres et

segnefiances dou dit d'Artevelle, pour veoir quel cose il vodroit dire

et faire.

Qant chil de Bruges, dou Dan, de l'Escluse, d'Ipre et de Courtrai et dou

tieroit dou Franc veirent que la mer n'estoit non plus ouverte apriès la

bataille de Gaiant comme en devant, si conmenchièrent à murmurer

generaulment, et à dire li uns à l'autre, ens ès villes: «Jaques

d'Artevelle nous donnoit anten à entendre que il avoit le wagne de la

draperie en la main, et le nous feroit avoir toutes fois qantes fois que

il vodroit. Nous quidions que la maladie iessist dou lés deviers Gaiant,

et par ceulz qui là se tenoient en garnison. Or en est li pas delivrés,

et se ne retourne point la marceandise en Flandres. Ce seroit bon que on

alast à Gaind parler à lui, et savoir à quoi il perist.»

Sus cel estat, tout s'acordèrent. Et se quellièrent des bonnes villes de

Flandres auquns notables honmes, et vinrent à Gaind; et parlèrent à

d'Artevelle, et proposèrent toutes les paroles desus dittes. Il respondi

à celles et dist: «Il est verité que je di ensi et encores le dis je. Se

vous volez que li proufis et li wagnages vous retourne, il fault que

vous aiiés aliances grandes et fortes au roi d'Engleterre, dont li

proufis vous puet venir, et qui vous a, des ennemis de la mer qui se

tenoient à Gaiant, delivré le pais. Par celle voie, l'ai je toutdis ensi

entendu et non aultrement. Et se vous, qui chi estes envoiiet de par la

grignour partie des bonnez villes de Flandres, volés venir avoecques moi

en Engleterre parler au roi et à son consel, nous esploiterons tellement

que nous remeterons le wagnage et le pourfit ou pais de Flandres.» Donc

respondirent li plus sage de la compagnie et dissent: «Sire, nous ne

sonmes pas cargiet si avant que nous vous acordons le voiage. Nous

retournerons casquns en sa ville, et meterons les bonnes gens ensamble,

et leur recorderons ce que nous avons oy de vous; et ce que il en

vodront faire, on le vous segnefiera et bien briefment.»--«A la bonne

heure,» respondi d'Artevelle.

Il prissent congiet; il se departirent de Gaind, et retournèrent casquns

en lors lieus. Et missent les consauls des bonnes villes ensamble, et

remoustrèrent tout ce que vous avés oy. Euls consilliés bien et par

grande deliberation et pour le conmun pourfit de Flandres, avoecques ce

que li contes estoit trop grandement haïs ou pais, tant pour l'amour dou

signeur Courtrissien lequel il avoit fait decoler que pour aultrez

souffissans honmes, ens ès bonnes villes acordé et ordonné fu que,

avoecques Jaquemon d'Artevelle, de toutes les bonnes villes de Flandres,

iroient en Engleterre deus honmes; et chil qui là seroient envoiiet

prieroient au roi d'Engleterre que les marceandises des lainnes, les

quelles lor sont moult necessaires, il vossist consentir que elles

retournassent en Flandres, tant que il en fuissent aisiet et servi, ensi

que dou temps passé avoient esté; et il tenroient generaument par toute

Flandres l'ordenance et le trettié que chil de Gaind avoient juret à

tenir et proumis par lettres et seelés à l'evesque de Durem et à ses

conmis, qant darrainnement il furent à Gaind.

Sus cel estat, s'ordonnèrent chil qui esleu furent, d'aler en Engleterre

avoecques Jaquemon d'Artevelle. Et li dis d'Artevelle estoit jà tous

pourveus de son estat, grant et estofé aussi bien conme uns contes; et

s'en vint à Bruges, et fu là requelliés ensi conme uns sires dou pais.

Tout li aultre bourgois des bonnes villes de Flandres vinrent à Bruges,

et là s'asamblèrent. Et qant tout furent venu, il vinrent à l'Escluse;

et trouvèrent deus vassiaus tous prês, pour euls porter, et deus

hoquebos pour lors pourveances. Si entrèrent ens ès dis vassiaus, et se

desancrèrent et se departirent de l'Escluse; et esploitièrent tant, à

l'aide de Dieu et dou vent, que il entrèrent en la Tamise, et vinrent à

Londres. Et issirent sus le qai hors de lors vassiaus, et se logièrent

tout à lor aise en la rue de la Riole.

Pour ces jours, se tenoient li rois et la roine à Eltem, à sept lieues

englesces de Londres, liquel furent tantos enfourmé de la venue des

Flamens. Li rois, qui desiroit à savoir lor entente et pourquoi il

estoient venu, leur segnefia que il venissent parler à lui; et si

escripsi et envoia ses lettres et ses messages deviers son consel, et

lor manda que tantos et sans delai il venissent à Londres. Jaquèmes

d'Artevelle et li Flamench vinrent à Eltem tout premierement veoir le

roi et la roine, liquel les requellièrent moult courtoisement. Et là lor

remoustra li dis Jaques, en la presence de tous ses compagnons, ce pour

quoi il estoient venu et là envoiiet. Et prioient les conmunautés des

bonnes villes de Flandres que ce fust la plaisance et l'acort dou roi

que l'estaple et la marceandise des lainnes peuist venir en Flandres,

ensi que aultre fois avoit fait. Li rois respondi à ce et dist que il en

aueroit avis et consel, et en seroient de lor demande et requeste

respondu dedens un jour que il lor nonma, et seroit la response faite

ens ou palais de Wesmoustier. De cez paroles il se contentèrent assés.

Si disnèrent ce jour tout chil Flamenc en la cambre dou roi et de la

roine. Et lor fu moustrée la plus grant amour conme on pot, et par

especial à Jaquemon d'Artevelle, car bien sentoient li rois et la roine

que il estoit tous souverains des aultres, et aussi que de bonne amour

il les amoit. Et parla aussi li rois à li, à part, de pluisseurs coses.

Et d'Artevelle, qui voloit l'augmentation dou roi d'Engleterre, li

remoustra tout bellement la voie et la manière conment il poroit entrer

en la grasce dou pais de Flandres, avoech ce que il i rendoit et

renderoit grant painne. Qant il orent assés parlé ensamble, li Flamenc

prissent congiet pour celle heure; et retournèrent à Londres, et

atendirent que li rois vint à Wesmoustier, et que tous ses consauls fu

venus à Londres.

Adonc furent li Flamenc mandé au palais; il vinrent. Là furent oy de

tout ce que il vodrent dire; il furent respondu si courtoisement que il

s'en contentèrent, car il empetrèrent tout ce que il vodrent avoir. Et

aussi il proumissent au roi là, ou cas que il vodroit passer la mer à

une qantité de gens d'armes et d'archiers, il seroit requelliés en

Flandres bellement et doucement. Et se li dus de Braibant, son cousin,

et li contes de Gerlles son serouge et li marqis de Jullers et les

Alemans qui avoecques lui s'estoient aliiet, voloient desfiier le roy de

France, il trouveroit les communautés de Flandres tout apparilliet pour

aler, fust devant Tournai ou Cambrai, là où il les vodroit mener. Li

rois d'Engleterre, qui très grant desir avoit de faire sen emprise, les

oy volentiers parler, et les remercia; et lor dist que sans faute,

dedens la Saint Jehan Baptiste, il seroit oultre la mer.

Ensi se portèrent ces ordenances. Li Flamenc eurent dou roi tout ce que

ils desiroient à avoir, et retournèrent arrière en Flandres et i

raportèrent le wagnage, car la mer fu ouverte. Et vinrent les lainnes en

Flandres, à l'Escluse, au Dam et à Bruges; et là les venoient querre et

acater li marceant drapier de Braibant, et tout chil qui les voloient

avoir. Fo 42.

P. 139, l. 17: grosses.--_Ms. d'Amiens_: Et jà estoient ses pourveances

faitez en Anwiers, car il desiroit à là venir pour savoir bien

parfaitement l'entention dou duch de Braibant, son cousin, dou duch de

Gerlles et de celi de Jullers et des Allemans. Fo 29.--_Ms. de Rome_:

Tout cel ivier, ordonna li rois d'Engleterre ses pourveances grandes et

grosses. Et, qant ce vint à l'esté que on compta en l'an de grasce

Nostre Signeur mil trois cens trente et huit, environ la Saint Jehan

Baptiste, il prist congiet à la roine Phelippe sa fenme; et li ot en

couvenant par sa foi que, se il veoit que sejourner le couvenist

longement par deçà la mer, que il le remanderoit. La bonne dame

s'apaissa sur ce et demora à Windesore, et là tint son hostel, et jà

avoit son fil qui portoit le nom dou père, Edouwart, et fu puis princes

de Galles. Et demora la roine ençainte et priès que sus ses jours: ce fu

de une fille, qui ot nom Issabiel, et puis fu dame de Couci, ensi que

vous orés recorder avant en l'istore.

Qant tout chil que li rois voloit mener avoecquez lui furent venu à

Londres, et la navie toute preste, et chil ordonné qui garderoient le

pais et la frontière d'Escoce, li rois entra en son vassiel; et tout li

aultre entrèrent ens ès vassiaus, qui estoient ordonné pour euls, sus la

rivière de la Tamise. Si levèrent li maronnier les voillez, et

sachièrent les ancres à mont, et se departirent dou havene de Londres;

et entrèrent dedens la mer, et avoient le vent et la merée pour euls. Fo

43.

P. 139, l. 19: acompagniés.--_Ms. d'Amiens_: le roynne avoecq lui, qui

toutte enchainte estoit, messires Robiers d'Artois, li comtez Derbi, li

comtez de Warvich, li comtez de Pennebrucq, li comtez de Sufforch, li

comtez d'Arondiel, li comtez de Kent, li evesques de Lincolle[189], li

evesques de Durem, messires Regnart de Gobehen, messires Richars de

Stamfort, li sirez de le Ware, messires Guillaummes Filz Warine, li

sirez de Biaucamp, messires Gautiers de Mauni, li sirez de Ferières,

messires Phelippes de Hastingez, li sirez de Basset, li sirez de

Willebi, li sirez de Brasseton et pluiseur autres; et eurent vent à

souhet et arrivèrent ou havene de Anwiers, environ le Saint Obert et

Sainte Luce. Fo 29.--_Ms. B 6_: En sa compaignie fu madamme sa femme,

avecques luy messire Robert d'Artois, quy s'apelloit conte de Richemont.

Fo 94.--_Ms. de Rome_: En la compagnie dou roi, avoit grant fuison de

barons et de chevaliers d'Engleterre. Et i estoit messires Robers

d'Artois, qui toutes ces coses avoit atisies et eslevées. Et esploita

tant ceste navie que, sans peril et damage, il arivèrent en Anwiers, la

nuit Saint Jaque et Saint Cristofle. Fo 43.

[189] _Ms. de Valenciennes_: Nicolle. Fo 62.

P. 139, l. 23: gens vinrent.--_Ms. d'Amiens_: Ensi se detria ceste cose

ung grant temps, et tant que li roys d'Engleterre assambla ung grant

parlement à estre à Anwers. Et y furent li dus de Braibant, li

comtez[190] de Gerllez, ses serourges, li marchis de Jullers, li comtez

de Clèves, li comtez de Saumes, li marchis de Blancquebourc, li sirez de

Fauquemont[191], messires Jehans de Haynnau; mès li comtez de Haynnau

n'i fu point, car il dist que il n'y avoit que faire, de quoy li roys de

Franche li seult grant gret de ceste excusanche. Fo 30.

[190] _Ibid._: le duc de Guerles. Fo 64.

[191] _Ibid._: Franquemont.

_Ms. B 6_: Quant le duc de Brabant sceut la venue de son cousin le roy

d'Engleterre, sy envoia devers luy de ses chevaliers, à cause de les

bien vignier. Et ly jones conte de Haynau, ses serouges, le vint veoir.

Et osy fist Jaques de Hartevelle. Entre les quelz et le roy il eult

grans alianches et aprochemens d'amours. Depuis, vinrent ces seigneurs

d'Alemaignes les uns après les autres, qui moult le desiroient à veoir.

Sy eult là grant parlement ensamble, as quelz le jone conte de Haynnau

ne volloit point estre; mais disoit à che commenchement qu'il demouroit

franchois et delés le roy son oncle. Fo 94.

_Ms. de Rome_: Et chils qui premierement i vint, ce fu messires Jehans

de Hainnau, dont li rois li sceut grant gret, car par li et par son

consel en partie il se voloit ordonner. Apriès, vint li dus de Braibant,

son cousin germain, et puis li contes de Gerlez et li marchis de

Jullers. Fo 43.

P. 140, l. 1: Anwiers.--_Ms. d'Amiens_: Assés tost apriès che que li

roys englès fu arivéz en Anwiers, la roinne sa femme ajut d'un fil qui

fu appeléz Lions[192], et y eut grant feste à le relever. Et y fut li

comtez de Haynnau, frères à le roynne, messires Jehans de Haynnau,

onclez de la damme et que li roys en ce tamps amoit mout, et grant

plenté de chevalerie de Haynnau qui estoient alé veoir le roy et le

roynne et qu'il n'avoient veut, trop grant temps avoit.

[192] _Ms. B 6_: et fu de puis duc de Clarense, sy comme vous

orés chy avant en ces croniques. Fo 96.

Chroniques de J. Froissart, tome 01/13, 2ème partie · 第 33 / 42 段