«On nous écrit d’Alfred de Musset:
--Messieurs les Arabes vont bien. Depuis le monstrueux verdict de
Montpellier, et depuis les attaques indignes contre les tribunaux
répressifs si bienfaisants, mais encore trop faibles à notre sens, le
banditisme indigène augmente rapidement, ainsi que l’insolence des
indigènes envers les colons. Ils ont l’air d’oublier qu’ils sont leurs
obligés. Les malheureux colons tremblent pour leurs biens et pour leur
vie, mais il ne faut pas les pousser à bout, car leur colère pourrait
bien faire repentir la Métropole de ses odieuses attaques contre
l’Algérie.
«Qu’on juge de la situation, dans notre centre, d’après ce fait qui a
mis en émoi toute la population européenne. Dans la nuit de vendredi à
samedi dernier, des malfaiteurs restés inconnus ont volé à M. Pérez,
colon à «Alfred de Musset», une magnifique oie. L’audace elle-même de ce
vol prouve que le ou les auteurs sont les tristes représentants de cette
race d’une mentalité essentiellement mauvaise.
«Avis aux amis et défenseurs de Yacoub et de ses congénères.»
Le style de cette élucubration avait bien été corrigé un peu par les
rédacteurs des feuilles arabophobes, mais la vanité des auteurs n’en fut
pas moins flattée et leur prestige s’en accrut.
--Que voulez-vous? On ne peut pas se laisser assassiner...
Et pour conclure, Durand, qui sentait grandir son prestige, eut un mot
profond que tout le monde comprit:
--Il n’y a pas de petites choses en politique.