_Protection à l'industrie nationale! Protection au travail national!_
Il faut avoir l'esprit bien de travers et le coeur bien pervers pour
décrier une si belle et bonne chose.
--Oui, certes, si nous étions bien convaincus que la protection, telle
que l'a décrétée la Chambre du double vote, a augmenté le bien-être de
tous les Français, nous compris; si nous pensions que l'urne de la
Chambre du double vote, plus merveilleuse que celle de Cana, a opéré
le miracle de la multiplication des aliments, des vêtements, des
moyens de travail, de locomotion et d'instruction,--en un mot, de
tout ce qui compose la richesse du pays,--il y aurait à nous ineptie
et perversité à réclamer le libre-échange.
Et pourquoi, en ce cas, ne voudrions-nous pas de la protection? Eh!
Messieurs, démontrez-nous que les faveurs qu'elle accorde aux uns ne
sont pas faites aux dépens des autres; prouvez-nous qu'elle fait du
bien à tout le monde, au propriétaire, au fermier, au négociant, au
manufacturier, à l'artisan, à l'ouvrier, au médecin, à l'avocat, au
fonctionnaire, au prêtre, à l'écrivain, à l'artiste, prouvez-nous
cela, et nous vous promettons de nous ranger autour de sa bannière;
car, quoi que vous en disiez, nous ne sommes pas fous encore.
Et, en ce qui me concerne, pour vous montrer que ce n'est pas par
caprice et par étourderie que je me suis engagé dans la lutte, je vous
vais conter mon histoire.
Après avoir fait d'immenses lectures, profondément médité, recueilli
de nombreuses observations, suivi de semaine en semaine les
fluctuations du marché de mon village, entretenu avec de nombreux
négociants une active correspondance, j'étais enfin parvenu à la
connaissance de ce phénomène: