IBID., DU 16 SEPTEMBRE 1648, A M. LE MARQUIS DE COUATQUIN.

(Le frère de celui qui avait donné l'hospitalité à Mme de Chevreuse.)

«Monsieur, j'ai reçu par vostre gentilhomme la lettre que vous

avez pris la peine de m'escrire. Elle parle en termes si positifs

de l'attachement que vous voulez avoir à mes interests et de la

forte passion que vous avez de m'en donner des preuves, que si je

n'y respondois simplement que par des parolles, je croirois avoir

mal correspondu à des avances si obligeantes, et mal connu la

valeur de ce que vous m'avez donné. Je me tiens donc obligé à

passer à des effets qui vous fassent paroistre la sincérité de mon

affection et de mon estime; et comme je songerai de mon costé aux

moyens que j'en puis avoir, je vous prie aussi de me les suggerer

avec une entière liberté, afin que je puisse vous faire

connoistre que c'est du cœur que je parle, quand je vous asseure

que personne au monde n'a plus d'envie de vous servir que moi.

Cependant, je vous dirai que j'ai esté ravi de voir ce que vous me

mandez des sentiments de M. vostre frère, dont je n'avois jamais

douté; et la confiance avec laquelle je vous ai descouvert

quelques particularités que j'avois apprises sur son subjest, en

doit estre une marque bien certaine. Je suis asseuré que quand il

auroit eu des lettres de Mme de Chevreuse, et que mesme il y

auroit fait response, ce n'auroit esté qu'à dessein de lui

inspirer les bons sentiments qu'elle ne veut pas prendre de

soi-mesme. C'est sa coustume de relever extresmement les

intelligences qu'elle entretient en France, pour se rendre plus

considérable auprès des Espagnols, et je sçai qu'en la dernière

conférence qui s'est faite ces jours passés à Spa, entre elle,

Saint-Ibar, l'abbé de Mercy et le secrétaire Galareta, elle a

parlé fort librement du pouvoir absolu qu'elle dit avoir sur vous

et sur d'autres personnes de qualité du royaume, qui non plus que

vous n'en sçavent rien, et dont aussi vous ne devez point vous

soucier les uns ni les autres. Ce sont chimères et suppositions

qui ne laissent pas de lui estre utiles pour se tenir en

considération au pays où elle est. Le plus grand mal que j'y vois,

c'est que les Espagnols s'y amusent tousjours, quoiqu'ils n'en

ayent jamais tiré aucun fruit, et que ces fausses espérances leur

ostent les pensées de paix que le mauvais estat où sont leurs

affaires de tous costés leur conseilleroient autrement. Cependant,

je demeure avec une entière cordialité, etc., etc.»

Madame de Chevreuse Nouvelles études sur les femmes illustres et la société du 17e siècle · 第 91 / 119 题