LE PRÊTRE PRÉDICATEUR

Le prêtre, par vocation, est voué à la parole, et cependant le don de la

parole n’est pas une condition nécessaire de la vocation. L’Église n’a

pas pensé que la prédication de l’Évangile eût besoin, pour être

efficace, du talent des prédicateurs. Un avocat qui ne saurait pas

parler ferait mieux d’être maçon. Un prêtre peut et doit prêcher sans

aucune disposition oratoire. C’est à peine si les séminaristes reçoivent

quelques leçons d’éloquence, leçons théoriques en tout cas, qui ne

rappellent en rien les exercices de rhétorique auxquels étaient soumis

les futurs orateurs chez les Grecs et les Romains. On apprend à prêcher

en prêchant, et l’on prêche comme tous les prédicateurs que l’on a

entendus, c’est-à-dire suivant une formule admise et qui change peu

depuis le XVIIe siècle.

L’apprentissage de la chaire ne va pas sans péril. Un double écueil

attend le débutant. Ou bien il écrit son sermon, et il l’apprend par

cœur. Or il arrive qu’il perd la mémoire et reste court. Ou bien il

improvise, et c’est un autre danger de parler pour ne rien dire et faire

rire à ses dépens.

Les improvisateurs sont rares. On cite à l’honneur d’un prélat normand,

Mgr Jourdan de la Passardière, ce fait remarquable. Il était séminariste

de Saint-Sulpice. Son tour était venu de prêcher. L’usage était de

donner ces sermons d’essai au réfectoire, pendant le repas des élèves.

Monté dans la chaire, le jeune homme s’apprête à débiter le texte qu’il

avait écrit, mais la nature l’emporte sur l’artifice. Il oublie le

sermon préparé, et improvise séance tenante un nouveau discours. Il n’a

jamais écrit depuis.

La mémoire rend parfois de mauvais services. Elle est une tentation pour

ceux qui désespèrent de faire aussi bien que les maîtres de la chaire.

Ils apprennent des sermons tout faits. Ils s’exposent à ce que quelqu’un

de l’auditoire ait souvenance d’avoir lu le même auteur. Ce travers,

bien excusable, n’est pas nouveau. Un prédicateur du XVe siècle

n’avait-il pas composé un recueil de sermons auxquels il avait donné ce

titre plaisant: _Dormi secure_: dormez tranquille. Peut-être les

auditeurs eux-mêmes s’appliquaient-ils le conseil.

La Bruyère dépense beaucoup d’esprit à se moquer des prédicateurs de son

temps, à qui il reproche l’affectation du style, la manie des portraits,

l’abus des citations, le trop grand nombre de divisions et de

subdivisions. L’aimable Fénelon n’est guère plus tendre envers les

orateurs à la mode: il les rappelle à la simplicité, au naturel, à la

vivacité spontanée de l’esprit qui a longuement médité sur son sujet et

se laisse aller au cours de l’inspiration. Comme il est séduisant, ce

portrait de l’orateur sacré! Il tient à la fois du penseur, du prophète

et de l’apôtre! Que n’ajoute-t-il à tous ces dons, qui sont déjà rares,

le génie qui l’est plus encore!

Il faut reconnaître que le prédicateur idéal est introuvable, comme

l’orateur que Cicéron cherche à définir. Chacun se le figure selon ses

goûts. La vogue s’attache aux sermons comme aux livres. Il faut avoir

entendu le Père Un tel. Tant pis si la vogue s’égare. A tout prendre, le

meilleur prédicateur serait celui dont on ne parle pas, celui qui à

l’autorité d’une vie vraiment sacerdotale joint l’art de dire justement

ce qu’il faut dire.

Aussitôt qu’un orateur s’élève au-dessus du commun, il brille parfois

autant par ses défauts que par ses qualités. Ses défauts lui survivent

dans ses imitateurs. Que de génie il fallait à Lacordaire pour que la

postérité lui ait pardonné son romantisme et ses disciples!

Le peuple subit le sermon comme un accessoire inévitable de la messe.

Quand le sermon est simple, abordable à son intelligence,

instructif,--et qu’il mérite son nom d’_instruction_--le peuple est

satisfait, mais il n’admire pas son curé. Pour lui, ce n’est pas ainsi

que l’on prêche. Prêcher, c’est parler fort, se démener dans la chaire,

jeter de grandes phrases en l’air, tonner de la voix et menacer du

geste--à l’adresse des auditeurs,--et leur annoncer de grands malheurs

en cette vie ou dans l’autre. Moins que cela quelquefois, c’est

prononcer des mots savants et pour beaucoup inintelligibles. Il ne faut

pas toujours prendre pour un succès oratoire l’attention silencieuse

d’un auditoire populaire. Mme Roland raconte que, assistant à un sermon

du célèbre abbé Poulle, elle avait remarqué l’attitude d’un paysan qui

restait bouche bée, le regard fixé sur l’orateur. «Quel triomphe,

pensait-elle, de suspendre à ses lèvres un homme simple, plus sensible

au fond des choses qu’à la beauté littéraire!» Tout à coup, ce paysan

qui semblait ne pouvoir dominer son émotion s’écria: «Comme il sue!»

C’était tout ce qu’il avait compris du sermon.

Si les prédicateurs méditaient sur ce petit fait, ils seraient peut-être

moins tentés de s’enorgueillir de leurs succès oratoires. La leçon leur

vient parfois d’où ils ne l’attendaient pas. Un jour, en descendant de

chaire, un chanoine, assez content de son sermon, rentre à la sacristie,

précédé par le suisse, qui lui fait, avant de retourner dans l’église,

un salut d’homme averti. «Eh bien, dit le prédicateur, vous avez l’air

satisfait de l’impression que j’ai produite sur l’auditoire, qui

m’écoutait si bien!--Je vous crois, répondit le suisse, c’est toujours

ainsi quand je suis là.»

* * * * *

Ce qu’on peut dire à la décharge des prédicateurs, c’est que les

discours d’apparat semblent faire partie de la pompe des solennités de

l’Église. Quand un curé prend la peine d’inviter un prêtre du dehors

pour porter la parole un jour de fête, personne n’est étonné que

l’orateur s’efforce de mettre son discours à l’unisson de la cérémonie,

au risque de paraître attacher moins d’importance au fond qu’à la forme

et de faire de son mieux sa partie dans le concert sacré. «L’orateur,

dit encore Fénelon, se sert de la parole, comme l’honnête homme d’un

habit, pour se couvrir.» Soit, mais l’honnête homme et l’orateur ne

peuvent-ils avoir leur habit du dimanche?

Au reste, la plupart des défauts que la critique reproche à l’éloquence

de la chaire sont dus moins aux hommes qu’aux circonstances. Ainsi

l’espèce d’emphase dont se débarrassent à grand peine les plus

expérimentés tient à deux causes, l’une d’ordre moral, l’autre d’ordre

matériel. Il ne faut pas oublier d’abord que le thème obligatoire du

sermon est de sa nature fort au-dessus des affaires du temps, et qu’il

s’agit au contraire de ce qu’il y a de plus élevé, de plus passionnant,

la grande affaire de l’éternité. Sans doute, tout peut se dire sur le

ton le plus simple, mais le sujet a tout de même sa tonalité propre, et,

quand on parle de grandes choses, il va de soi que l’on en parle

grandement. De là ces exordes pompeux, ces prosopopées célèbres, ces

péroraisons émouvantes, qui sont l’honneur de l’éloquence humaine et qui

ne sont jamais déplacés quand on pense au caractère tragique de la

question traitée, même dans la plus humble chaire de village.

Il y a plus: le lieu où l’on parle a nécessairement une influence sur le

ton de la voix et sur la sonorité des phrases. On a beaucoup plaisanté,

dans les temps modernes, la grande éloquence des orateurs anciens; on a

souri des périodes à la Cicéron qui se déroulent avec la régularité du

souffle du large et le balancement des vagues de la mer. On devrait se

rappeler que l’orateur antique parlait le plus souvent sur la place

publique à une assemblée nombreuse, et que ni la voix ni l’idée

n’auraient porté assez loin sans l’ampleur de la phrase et

l’agrandissement forcé du ton et du geste, comme pour mieux projeter la

pensée sur le vaste écran de l’âme populaire. Le prêtre ne parle guère

sur les places publiques depuis le temps des apôtres. Mais les enceintes

de nos églises, surtout des églises cathédrales, sont assez étendues

pour imposer à l’orateur qui veut les emplir de sa parole l’effort de

l’organe et la structure de la phrase capables de porter jusqu’aux

derniers rangs de l’auditoire. On oppose volontiers la simplicité

actuelle de l’éloquence du barreau à la solennité de la chaire

chrétienne; qu’on fasse monter les avocats dans la chaire et qu’on mette

le prêtre à la barre, les uns et les autres prendront le ton de la

«maison». Le temple a son style, le palais a le sien; l’un et l’autre

font loi. Le genre et les orateurs sont contraints de s’adapter au

cadre.

* * * * *

Il faut en prendre son parti: l’éloquence de la chaire, étant ce que

l’ont faite les Bossuet, les Bourdaloue et les Massillon, est devenue

chez nous un genre littéraire; elle en doit subir les inconvénients, si

elle en veut avoir les avantages. Elle y a gagné la bonne tenue, mais

elle y a perdu le naturel et la spontanéité; elle s’est soumise aux

règles de la rhétorique, mais elle est tombée dans le convenu et dans

les lieux communs. Telle qu’elle est, elle fait honneur au clergé, qui

est, sans contredit, la corporation où l’on parle le plus, sinon le

mieux. L’habitude à laquelle s’assujettissent les prêtres d’écrire leurs

sermons, du moins pendant plusieurs années, leur vaut une correction de

style, une élégance littéraire que l’on ne rencontre pas partout

ailleurs, même dans les assemblées politiques.

* * * * *

L’épreuve de l’orateur de la chaire consiste en ce que l’auditoire

n’attend de lui rien de nouveau. C’est une disposition peu favorable;

tant pis s’il n’arrive pas à forcer l’attention par la «manière»! Le

dogme prête peu à la passion, sans laquelle le plus beau discours du

monde nous laisse froids. Cependant, les mystères de la religion

catholique ont leur beauté, profonde comme l’infini; les arguments ont

leur vie. La religion est d’ailleurs un drame historique qui permet de

toucher du doigt le divin. Le dogme, chez Bossuet, prend quelquefois le

ton d’un poème lyrique. La morale est pourtant plus accessible et parle

à tous. Aussi la morale fait-elle le fond de la plus grande partie des

sermonnaires. Massillon a excellé dans le genre; il présente le miroir

aux grands de ce monde avec tant de grâce! Les grandes dames, disait-on,

raffolent du «Petit Carême» et dans leurs boudoirs,

Auprès d’un pot de rouge, on voit un Massillon.

Par malheur, après lui, ce fut la mode de prêcher surtout la morale aux

dépens du dogme. Et la morale elle-même se sécularisa si bien qu’on en

vint à prêcher sur la _sainte agriculture_.

Le XIXe siècle fut le siècle des orateurs. La tribune et le barreau

s’accommodent mieux de la liberté. La chaire en fut éclipsée, mais

Lacordaire parut à Notre-Dame de Paris et devint l’égal des plus grands.

Son triomphe fut de forcer le siècle incrédule à prêter l’oreille à la

parole d’un prêtre, d’un dominicain. Son souffle puissant, émané d’une

poitrine vraiment humaine, alla ranimer, sous les cendres épaisses du

doute, les étincelles de la foi. Depuis, dans la même chaire, il a été

surpassé en précision théologique: d’autres ont fait de magistrales

expositions dogmatiques ou morales, ils se sont appelés: Ravignan,

Félix, Monsabré, d’Hulst et Janvier, mais ils ont prêché des convertis.

A quand le nouveau Lacordaire, dont la parole imprévue et pénétrante

remuera la fibre chrétienne dans l’âme des indifférents? Est-il vrai

qu’il ait paru ces derniers temps sous un nom qui sera bientôt illustre?

* * * * *

D’aucuns regrettent que la chaire chrétienne ait consenti, pour plaire

au siècle, au sacrifice de ses libertés primitives. Les apôtres

affectaient, au contraire, de ne pas se plier aux règles de la

persuasion usitées dans les écoles d’éloquence humaine: ils n’en

forçaient que mieux l’attention de leurs auditeurs, même de ceux qui

étaient initiés aux secrets de l’art de persuader. Ce qui est certain,

c’est que le contact entre le prédicateur et l’auditoire était plus

intime et plus chaud. Les sermons des Pères de l’Église tenaient de la

conversation; c’étaient des homélies, origine du prône actuel, simple

commentaire de l’Évangile du jour. Les auditeurs étaient une véritable

assemblée qui manifestait, qui applaudissait, qui murmurait, qui se

passionnait enfin.

Que nous sommes loin de ces assemblées vivantes, avec nos auditoires

assis, somnolents, sur qui tombent des généralités qui s’adressent à

tout le monde et par conséquent à personne, des reproches mérités par

les absents, et des diatribes encouragées par un silence forcé! Ce sont

les auditeurs qui font les prédicateurs, dit un proverbe italien cité

par Bossuet. Il faut avouer que les auditeurs trop disciplinés ont

contribué à couper le fil de la sympathie et de la communication entre

la chaire et l’assemblée.

* * * * *

Il n’en fut pas toujours ainsi, et la tradition des Pères de l’Église

régna, plus ou moins respectée, à travers le moyen âge jusqu’à la fin du

XVIe siècle. Ce qui caractérise la chaire chrétienne en ces époques de

foi incontestée, c’est la liberté de la parole, qui ne ménage rien ni

personne. On peut croire que le clergé séculier au moyen âge, faute de

formation particulière, était incapable de prêcher convenablement les

dogmes et la morale chrétienne. L’ignorance était commune aux pasteurs

et aux ouailles. Seuls les religieux étaient les vrais prédicateurs, et

la matière ne manquait pas à une parole qui n’avait rien à redouter ni

des grands seigneurs ni du peuple. Il faut aux époques de misère et

d’oppression au moins la détente du franc-parler et du franc-rire. Les

fabliaux avaient déjà pris toute licence contre toutes les autorités. Le

théâtre, qui avait l’église pour berceau et les mystères pour aliment,

vengeait à tout propos les petits de la dureté des grands. Restait à

faire monter la satire générale des mœurs dans la chaire, au moment même

où les moines artisans des cathédrales la sculptaient dans la pierre et

dans le bois pour l’éternité. Les «libres prêcheurs», si libres qu’ils

fussent de pensée et de parole, ne scandalisaient pas leurs

contemporains. La chaire était une tribune devant laquelle défilaient,

pour être mis à nu et fustigés, tous les représentants de la société,

tous les abus, tous les vices, fussent-ils d’église. Ces terribles

censeurs, les Michel Menot, les Olivier Maillard, les Jean Raulin, les

Jean Clérée, les Robert Messier, arrachèrent tous les masques, au nom de

l’Évangile, la seule puissance qui était reconnue, même alors que l’on

méconnaissait ses lois les plus essentielles. On a peine à comprendre

aujourd’hui la hardiesse de langage et la licence des tableaux de mœurs

que se permettaient ces moines précurseurs de Rabelais. Il faut dire à

leur décharge que leur époque n’avait pas plus peur du mot que de la

chose. Il est impossible de placer ici des citations, qui ne

s’accorderaient plus avec la pruderie au moins verbale de notre temps.

Trivialité à part, la liberté de tout dire en chaire n’a jamais été

entièrement abolie en France. Il est, en général, difficile à un curé

qui réside au milieu de ses paroissiens de parler ouvertement des

pécheurs de la paroisse. Il est tenu, s’il veut ne pas s’exposer à

l’impopularité, de surveiller ses sermons. Mais les prédicateurs de

passage, missionnaires, religieux surtout, peuvent se donner carrière,

et, selon le mot de Mme de Sévigné sur Bourdaloue, «frapper comme des

sourds»! Il est encore et il sera toujours de ces «libres prêcheurs» qui

n’auront pas crainte de donner, comme on dit, la chair de poule à leurs

auditeurs. Tel capucin, qui ne remonte pas au XVe siècle, prêchant sur

l’adultère et menaçant de jeter sa barrette à la tête des coupables,

faisait baisser les têtes féminines de l’assemblée.

Il n’y a pas si longtemps que l’on voyait encore de ces «curés

d’autrefois», comme on disait, très peu diserts, incapables d’écrire un

sermon et de l’apprendre par cœur, et qui montaient en chaire pour faire

le prône. Ils passaient en revue, le dimanche, la chronique de la

semaine, relevaient les scandales gros ou petits, publiaient les bans de

mariages, avec un «commentaire» sur les «promis», et disaient leur fait

à tous ceux qui avaient manqué à leur devoir chrétien. C’était la

«coulpe» que le prêtre battait sur la poitrine de ses paroissiens, comme

une sévère leçon de morale donnée en famille. Il fallait à de tels

pasteurs de telles brebis. Les temps sont changés. La bonhomie elle-même

doit se surveiller. Les audaces du zèle pastoral passent pour des

offenses. L’église serait déserte si les curés revenaient au

«franc-parler» des anciens.

Il faut le dire, un esprit nouveau s’est introduit dans les paroisses et

a rompu avec la cordialité toute familiale des rapports entre le pasteur

et ses ouailles. La politique a semé des pièges partout, et jusque dans

la chaire chrétienne. Les fidèles ont toujours permis à leur curé de

leur dire au prône «leurs vérités», sauf en ce qui touche les opinions

politiques. Sur ce point, le peuple français est ombrageux; le

prédicateur doit se tenir sur ses gardes.

Règle générale: l’actualité lui est interdite. Les sermons roulent sur

le dogme et les raisons de croire. Couramment, le prône du dimanche qui

se fait à la grand-messe est un catéchisme pour l’usage des grandes

personnes. La morale y vient à sa place dans l’explication des

Commandements de Dieu. D’ordinaire, le programme de ces instructions est

tracé par l’évêque. Le cours est interrompu, aux grandes fêtes, par un

sermon d’apparat, sur le mystère ou le saint du jour. La station de

carême est un vieil usage qui a peine à se maintenir. Les vêpres sont

moins fréquentées. La station commence à la mi-carême. Elle consiste

surtout en des retraites prêchées chaque soir, tour à tour, aux hommes,

aux femmes et aux jeunes filles. Les réunions de piété, mois de Marie,

mois du Rosaire et du Sacré-Cœur, sont l’occasion de petites

allocutions, plus intimes, comme il convient, car elles s’adressent à un

auditoire restreint et fermé, et descendent de la petite chaire roulante

qui commande la causerie.

Il ne faudrait pas tenir pour une institution sans importance cette

immense organisation de la «parole sacrée» qui ne se tait presque aucun

jour de l’année et qui distribue à tous les âges, à toutes les

conditions, la vérité d’où dépend l’orientation de la vie en ce monde et

en l’autre. De cette institution ne pourrait-on pas dire aussi que, si

elle n’existait pas, il faudrait l’inventer? Elle a perdu

malheureusement de son efficacité. Le nombre des incroyants s’étant

accru, d’autres chaires se sont élevées qui prétendent enseigner une

autre règle de vie. Le prêtre a beau, dans sa chaire, devant ses

fidèles, répondre aux objections des incrédules, les incrédules ne sont

pas là pour l’entendre, et c’est peine perdue. De là une nécessité qui

commence à triompher de la routine. Le prédicateur de salle publique se

fait accepter; il a le regard franc, la parole prompte, il a fait la

guerre et il n’a pas peur des mots. Il connaît le peuple; il l’aime,

puisqu’il vient lui parler chez lui. Il annonce un sujet d’apologétique,

mais les objections sortent presque toutes du sujet. Il lui faut avoir

réponse à tout et ne s’étonner de rien. L’esprit et la bonne humeur font

valoir les arguments. La verve seule a le dernier mot. C’est là un genre

nouveau qui suscitera des apôtres. Il a déjà produit un maître, le

chanoine Desgranges.

Le prêtre · 第 15 / 27 题