LE CURÉ DE CAMPAGNE

On connaît le mot si souvent cité de l’historien anglais Gibbon: «Les

évêques ont fait la France comme les abeilles font la ruche.» Les

évêques, en effet, secondés par les moines, ont été les organisateurs de

la vie religieuse, qu’ils ont su mêler si étroitement à la vie nationale

que la religion semblait être aux institutions de l’État ce que l’âme

est au corps. Mais la vie religieuse elle-même n’aurait pas vivifié tout

l’organisme civil, et moins encore imprégné l’esprit du peuple, si les

diocèses n’avaient été partagés en paroisses, et si les paroisses

n’avaient eu à leur tête un prêtre résident, chargé d’enseigner le dogme

chrétien avec la morale de l’Évangile, et d’administrer les sacrements.

Pour autant que l’on puisse parler de l’âme française, ou, si on le

préfère, de la conscience française, ce sont les curés de France qui ont

façonné en grande partie l’une et l’autre.

Placez au centre d’un village, ou dans chaque quartier des cités, un

homme qui ait pour mission spéciale de s’occuper d’une affaire qu’aucun

autre que lui ne peut traiter, l’affaire des relations de la terre avec

le ciel, de l’homme avec Dieu, affaire dont le succès ou l’échec engage

la destinée de l’âme humaine. Donnez à cet homme un habit, un genre de

vie qui le distingue des autres; qu’il parle, non pas dans une école ou

sur une place publique; qu’il ait pour tribune la chaire de l’église et

qu’il enseigne au nom du Dieu qui habite cette église; qu’il ne se

contente pas de dire ce qu’il faut faire, ce qu’il faut éviter, pour

sauver son âme; qu’il montre le Père céleste ouvrant ses bras à ceux qui

observent ses commandements, et menaçant les autres d’un châtiment

terrible; qu’il rassure ceux qui tremblent en leur promettant comme

appui et comme recours la miséricorde divine sous les traits du Christ

fils de Dieu; qu’il tienne à la disposition de tous le remède souverain

des maladies et des chutes spirituelles, la grâce toujours coulant, pour

qui veut la recevoir, par les canaux des sacrements. Laissez cet homme à

cette même place, toujours le même, quoique sujet à la mort, mourant

comme tout le monde, mais toujours remplacé: laissez-le enseigner aux

enfants, de génération en génération, de siècle en siècle, ce qu’il

enseigna aux pères à peu près dans les mêmes termes. Et dites-moi si, à

la longue, et malgré les inévitables déchets, de village en village, de

cité en cité, la conscience du pays tout entier ne finira pas par être

pénétrée des enseignements de cet homme, de la morale qu’il prêche, et

surtout de ce sentiment du péché qui, dans l’infidélité même, est encore

une reconnaissance de la loi.

Il faut rendre justice à la fonction historique des curés de France.

Elle est aussi ancienne que la patrie elle-même. Elle n’a jamais fait

beaucoup de bruit. La renommée a été pour les ordres religieux, grands

défricheurs, grands voyageurs, grands prêcheurs. Le simple curé, lui, a

été mis par l’histoire à la _portion congrue_. Ses vertus sont demeurées

obscures, et sa sainteté n’a eu que bien rarement les honneurs des

autels. Le curé d’Ars a eu la bonne fortune de naître en un siècle où

les humbles et les petits ont trouvé des hérauts pour annoncer leurs

mérites et des avocats pour défendre leur cause.

Sans doute, la gloire du clergé séculier a connu des éclipses, comme la

civilisation française elle-même. La dureté des mœurs féodales,

l’ignorance et la superstition faillirent corrompre jusqu’à ceux-là qui

devaient être le sel de la terre. Malgré tout, le curé de France ne

laissa pas s’éteindre son idéal. En ces âges de ténèbres, il fut la

petite flamme qui montait de la terre au ciel pour servir d’étoile dans

la nuit. Aux époques ravagées par le fer et le feu, il apparaissait

comme le bon pasteur qui offrait aux peuples désespérés l’Agneau de la

paix divine. Dans les périodes traversées par le doute de l’esprit et la

corruption du cœur, son impuissance lui laissait au moins la ressource

d’être encore, selon la parole de Rancé, la borne qui montre le chemin

de l’au-delà.

* * * * *

A tout seigneur, tout honneur. Le curé de campagne est l’exemplaire le

plus répandu et le plus représentatif du prêtre français. Il n’est point

de figure plus populaire que la sienne, et qui soit à la fois plus

réelle et plus idéale. Nos poètes et nos prosateurs, et non des

moindres, l’ont chantée. D’autres se sont contentés de la peindre sous

son aspect simple et un peu rude, mais d’autant plus touchant. Pour moi,

le trait le plus saillant de cette physionomie, c’est qu’elle fait

partie de la physionomie même de la France. Soit qu’on nous la montre

voilée d’ombre et de modestie sous la charmille d’un presbytère, au cœur

d’un village planté comme un bouquet d’arbres dans la plaine, soit

qu’elle passe, discrète, au fond de la vallée d’où l’on voit à

grand’peine le ciel à travers la fumée des usines, soit qu’elle se

profile sur le littoral, également familière et attentive au labeur de

la terre apaisante et aux risques de la mer berceuse tour à tour et

traîtresse, soit enfin qu’elle s’accroche presque inaccessible au flanc

des montagnes, où la vie est dure comme le rocher, la silhouette du

prêtre français n’est dépaysée nulle part. Il est naturel que le

portrait se ressente de l’influence du cadre, ou plutôt le cadre et le

portrait semblent si bien faits l’un pour l’autre que le curé fait

partie du paysage presque autant que l’église et son clocher.

Le curé a des attaches au sol comme le paysan. Il n’est pas étranger; il

est né dans la région; la plupart du temps, il est de famille modeste et

ses paroissiens le reconnaissent comme un des leurs. Il sait la vie de

ceux qui gagnent leur pain à la sueur de leur front. Il n’a pas peur du

travail. Bien que ses fonctions sacerdotales soient d’un ordre

supérieur, il ne laisse pas de se rapprocher de ses ouailles par une

certaine similitude de goûts et d’occupations. La commune tient encore à

honneur, malgré la loi de Séparation, de fournir à son curé une

habitation décente et confortable. Le presbytère communal est le signe

de l’ancienne alliance de l’Église et de l’État; s’il ne tenait qu’à ses

paroissiens, le curé ne serait pas contraint à payer une location. Le

curé est bien chez lui, étant dans la vieille maison qui a vu, depuis

plusieurs générations, les prêtres se succéder sous son toit. La maison

est accueillante, les pauvres et les affligés en connaissent le chemin.

La servante est peut-être un peu sur ses gardes. Le chien aussi, mais

c’est de tradition, et les temps ne sont pas sûrs.

Le presbytère n’est pas une maison triste, comme on pourrait le croire.

La solitude n’en est pas pesante. Le curé a souvent la satisfaction

d’avoir chez lui soit son père, soit sa mère, soit un autre membre de sa

famille. Et puis, si le curé sait être l’homme de tous ses paroissiens,

il se sent entouré de leur sympathie, et il n’est rien moins qu’un

étranger au milieu d’eux. Il n’attend pas que ses ouailles aient

expressément besoin de son ministère pastoral, il s’intéresse à tout ce

qui les touche, il saisit l’occasion de les voir, de leur parler, il est

l’ami de tous, et, tout isolé qu’il paraisse être, dans sa maison, grâce

à l’amitié de sa paroisse, il est le moins solitaire des hommes. Au

reste, s’il lui faut de temps à autre se détendre en la compagnie de ses

confrères, c’est un usage bien traditionnel que les réunions entre

curés. Il en est d’obligatoires, comme les conférences, les fêtes de

l’Adoration perpétuelle. Les conférences ont un but d’utilité. Il s’agit

de conférer sur des questions de théologie ou de discipline. La

conférence est suivie d’un repas, dont le menu est réglé par ordonnance

épiscopale. Où donc le peintre Courbet a-t-il pris l’idée de son _Retour

de la Conférence_? Ces prêtres rougeauds et titubants, ce peut être un

tableau satirique, mais nullement peint d’après nature. Avant la

séparation de l’Église et de l’État, les curés--plus nombreux et partant

moins occupés--se réunissaient assez souvent à tour de rôle les uns chez

les autres, et, une fois fini l’exposé de la discussion théologique, le

dîner n’était pas la principale affaire. C’était la partie de cartes,

passionnée malgré la modicité de l’enjeu. Était-ce un péché? Non pas,

mais bien plutôt, peut-être, pour quelques-uns, une pratique salutaire

qui les mettait en sûreté contre la tentation de médire du prochain et

même de l’administration.

* * * * *

Les conditions nouvelles d’existence imposées à l’Église de France par

la Séparation ont-elles modifié la situation et l’attitude du clergé

français? Oui, sans doute, mais plus à la surface qu’au fond des choses.

Le curé de campagne n’émarge plus au budget de l’État et reçoit son

traitement de l’évêque, qui le met à la charge des fidèles. En est-il

moins libre vis-à-vis de ces derniers? On craignait que la Séparation,

en obligeant les curés à tendre la main pour leur subsistance, ne les

plaçât sous la dépendance de leurs bienfaiteurs. Je ne sache pas que le

_denier du culte_, comme on appelle cette nouvelle contribution, ait

donné lieu à ce genre d’inconvénient. Ce n’est jamais la paroisse qui

«paye» son curé. Les paroissiens remettent leur offrande au curé, lequel

la transmet au doyen, lequel la transmet à l’évêque.

Le traitement nouveau suffit-il en ce temps de vie chère? L’ancien

traitement de 900 francs serait aujourd’hui un traitement de famine. Il

faudrait qu’un diocèse fût bien dénué et le cœur des catholiques bien

froid pour réduire le curé de paroisse à une portion aussi peu

«congrue». Malheureusement, le denier du culte n’est pas entré partout

dans les mœurs; de là encore en certaines régions des détresses

ecclésiastiques sur lesquelles s’est émue à bon droit l’opinion.

Heureusement, le potager est un supplément de ressources. On peut y

ajouter le poulailler, et, si possible, le rucher.

Distraction ou nécessité, le jardin du presbytère absorbe une bonne part

des loisirs du curé. Celui-ci dépose le bréviaire pour prendre la bêche,

et réciproquement. Qui n’a rencontré le prêtre jardinier? En voici un

qui fait plaisir à voir. Le curé de X... semble avoir reçu en partage un

coin du paradis perdu et retrouvé. Son presbytère, de modeste apparence,

est situé à trente mètres de son église, sur un terrain qui descend en

pente douce vers la berge de la rivière ombragée et solitaire. Toute

l’étendue disponible, devant et derrière la maison, n’est que jardin,

et, en été, le jardin n’est que légumes divers, arbres fruitiers de

toute espèce, et fleurs variées. Un rucher bourdonne au bord de l’eau.

Des truites rôdent sous les roseaux et attendent l’heure du bon curé.

Celui-ci évolue à l’aise parmi ses bêtes et ses plantes. Sa paroisse ne

l’absorbe pas tout entier, bien qu’il ne lui ménage pas son temps, ses

exhortations, ses services et son dévouement. Mais c’est dans son jardin

qu’il déploie peut-être le plus de science, le plus d’art et j’oserai

dire le plus de psychologie. Comme l’amateur des jardins dont la

Fontaine dit que, «étant prêtre de Flore, il l’était de Pomone encore»,

notre curé de X... exerce un second sacerdoce envers ses abeilles, ses

fraisiers, ses groseilliers et ses rosiers. Une âme flotte sur tout

cela, qui vient de l’amour que porte le jardinier à ces merveilles, son

œuvre ou plutôt l’œuvre de Dieu secondé par son serviteur. On dirait que

les roses ont hâte d’éclore et les poires de mûrir pour lui faire

honneur, et pour lui procurer la joie de cueillir les primeurs du

printemps et de l’automne. _Primus vere rosam atque autumno carpere

poma._ On dirait que les fraises savent que les curés du doyenné en sont

friands, quand ils se réunissent au presbytère à l’occasion de la

neuvaine de saint Liévin, et que Monseigneur lui-même... Cependant, M.

le curé garde son naturel, l’artiste en lui ne gâte point le pasteur;

soit qu’il dise son bréviaire, soit qu’il écussonne ses arbres, il loue

toujours Dieu dans ses bienfaits.

* * * * *

Ce ne sont pas là des mérites indispensables, mais ce sont des attaches

au sol qui gagnent le cœur du paysan et l’empêchent de regarder le

prêtre comme un _passant_ et qui n’est bon à rien, hors de son église.

Le travail étant la loi commune, le peuple aime le prêtre qui s’occupe,

et le prêtre qui s’intéresse en connaisseur à l’ouvrage de ses

paroissiens. Le curé de campagne, en pays d’agriculture, doit être né

rural ou le devenir. Les trois quarts des prêtres sont des paysans et

souvent même sortent de famille agricole. Un ministre républicain,

voulant les flatter, les appelait les «_robustes fils du sillon_».

Beaucoup sauraient, au besoin, les deux mains sur le manche de la

charrue, «creuser profond et tracer droit». Du moins, le curé rural a le

goût inné des travaux de la terre, il a le coup d’œil sûr, il apprécie,

à l’égal d’un homme du métier, les promesses et le rendement des

cultures. Il connaît les sentiments et les passions que la terre excite

chez le laboureur de race. Il en éprouve sa part: il a pour les champs

de son village une sorte de tendresse. Il est le pasteur des âmes, c’est

entendu, mais la terre est pour ainsi dire aussi sa paroissienne. Il

l’aime, il veut son salut, et fait le compte de ses mérites et de ses

épreuves. Aussi bien, il obéit à l’esprit même de la liturgie; il est

appelé à bénir la terre comme une personne vivante; au matin des trois

jours des Rogations, il lui chante des litanies, au rythme des

processions traditionnelles, et porte le long des champs, d’un village à

l’autre, de copieuses bénédictions.

* * * * *

Le curé rural est amené à rendre aux cultivateurs des services positifs.

On ne compte plus dans certains diocèses les paroisses où le curé est

devenu l’inspirateur ou le conseiller des membres du syndicat agricole;

la chose est moins nouvelle qu’on ne pense, s’il est vrai que saint

Pierre Fourrier, le célèbre curé de Mattaincourt, le grand Lorrain qui

sut tenir tête à Richelieu, avait déjà doté les laboureurs de sa

paroisse d’une véritable «caisse rurale». C’est du pur Évangile, en

réaction contre l’esprit de défiance individualiste qu’entretient trop

souvent en chacun des agriculteurs le désir de gagner plus que le

voisin. Le curé rural a beau jeu de commenter les paraboles évangéliques

si fécondes en leçons morales, plus généreuses et plus humaines que la

fable de La Fontaine: _l’Alouette et ses petits_, qui illustre le

proverbe aussi peu social que chrétien: «Ne t’attends qu’à toi seul.»

Pourquoi les travaux de la terre ou de la mer retiennent-ils l’homme

plus près de Dieu et de son représentant, alors que les travaux de

l’industrie ou de la mine semblent au contraire l’en éloigner?

Les gens de mer ne sont pas très raffinés en matière de sentiment

religieux. Ils ont la foi des simples; ils l’ont reçue toute faite des

mains de leurs parents. Ils l’emportent avec eux dans leurs périlleuses

navigations, et, s’ils sont tentés parfois de l’oublier, ils la

retrouvent, toujours amie et consolatrice, à l’heure où leur vie est

suspendue au-dessus de l’abîme. L’espoir en Dieu se ranime avec la

crainte de la mort. Le scepticisme n’est pas à l’aise dans la tempête.

La foi des matelots se répand volontiers, au sommet du danger, en

promesses dont la Vierge, étoile de la mer, est principalement l’objet.

C’est l’honneur des gens de mer de tenir fidèlement leurs vœux. Il faut

le remarquer, la dévotion n’ôte rien à leur intrépidité, et, bien au

contraire, elle les empêche de se laisser tomber dans le désespoir. Il

entre une forte dose de foi chrétienne dans le courage renommé de nos

marins.

Les paysans gardent la tradition, telle que l’ont faite des siècles

d’une forte organisation paroissiale. Au village, le chrétien n’est pas

un isolé, il n’est pas livré à sa fantaisie. Il est moins exposé aux

entraînements; il est membre d’une famille qui a conservé des habitudes

religieuses. La famille est le cadre qui le protège, et la paroisse est

le bercail qui défend le troupeau. Sans doute la corporation paroissiale

n’est plus intacte, mais elle vit toujours et elle rallie encore bon

nombre de fidèles. Et puis, l’organisme étant sauf, le curé peut

toujours s’en servir pour exercer son apostolat.

L’apostolat religieux est moins facile parmi la multitude de

travailleurs qui n’ont pour trait d’union que l’intérêt matériel, pour

clocher qu’une cheminée d’usine, pour paroisse que le syndicat, pour

pasteurs que des hommes qui prédisent le paradis sur terre au risque d’y

mettre l’enfer. Pour avoir l’audience des âmes, il faut que l’apôtre

commence par prêter une attention sympathique aux aspirations actuelles

des personnes et à leurs intérêts immédiats. Ainsi le Bon Pasteur, pour

préparer les voies au royaume de Dieu, s’apitoyait sur les foules

affamées, guérissait les infirmes et consolait les affligés.

De là le curé social, promoteur de syndicats chrétiens, propagateur de

la doctrine vraiment catholique proclamée dans la célèbre Encyclique de

Léon XIII sur la condition des ouvriers. Le curé social a quelque chose

de décidé, de familier, de chaud, d’apostolique, qui donne confiance. Il

va au peuple; il aime les ouvriers; il leur prêche leurs devoirs,

certes, envers Dieu et envers les hommes, mais il s’enquiert aussi de

leurs besoins, de leurs impuissances, et il les encourage, et il les

éclaire, et il leur fait comprendre les vertus de la fraternité et le

bienfait de l’union; il les dirige dans leurs revendications pour les

contenir dans les limites de la justice; il leur enseigne l’amour de

Dieu le Père et de son Fils, le frère aîné de tous les chrétiens, afin

qu’ils ne traitent point en ennemis leurs chefs ou leurs patrons.

S’il ne tenait qu’à lui, en effet, les ouvriers n’auraient point de

haine, ils ne feraient point la guerre de classes. Beaucoup savent gré

au pasteur qui a le souci de leur bien-être en cette vie comme de leur

salut dans l’autre, ils restent attachés à une religion qui ne leur

apparaît pas seulement comme la consolation suprême dans le malheur ou

dans la mort, mais comme la providence assidue de leur vie terrestre et

quotidienne. C’est là malheureusement un idéal rarement réalisé, mais

c’est déjà quelque chose pour le prêtre de l’avoir conçu. On a trop

amèrement raillé les «abbés démocrates» qui ont fait monter la «question

sociale» dans la chaire. Ils avaient pourtant d’illustres devanciers.

Aucun d’eux n’a rien dit de plus que les Pères de l’Église. Et, sans

remonter aux libres prêcheurs du XVIe siècle, ont-ils frappé plus fort

sur la richesse mal employée que le père Lejeune, le père Bourdaloue et

le père Bridaine? Eux du moins n’ont pas perdu leur peine. Les œuvres

ont suivi la théorie. Les curés sociaux s’efforcent de faire rentrer la

religion dans le plan de la cité de demain. D’aucuns ont fait des

merveilles. Pour ne parler que des morts, qui ne connaissait en Alsace,

et même en France, la rude et sympathique figure du chanoine Cetty, curé

de Saint-Joseph de Mulhouse, et cette admirable organisation paroissiale

de la classe ouvrière qui marchait sous la houlette du pasteur? Inutile

de dire qu’il avait le cœur français, si français que ce cœur se brisa

de joie le jour de l’entrée triomphale de nos soldats dans l’Alsace

délivrée.

Le prêtre · 第 11 / 27 题