Ma chère petite musulmane, quand serons-nous en terre chrétienne? Ah!

mon Dieu! nos pauvres compagnons d'infortune!

HASSAN.

Si j'étais assez riche... Mais, après tout, l'homme de loi, et cet

autre, cela ne doit pas coûter cher, n'est-ce pas?

DORNAL.

Ah! mon Dieu, non. Nous les aurons à bon marché.

FATMÉ.

Ah! c'est bien vrai. Je viens de rencontrer l'Arménien; tout ce qu'il

demande, c'est de les vendre au prix coûtant.

DORNAL.

D'ailleurs, moi, je suis riche, et je prétends bien...

HASSAN.

Allons, délivrons-les. (_A Fatmé._) Va les chercher; qu'ils partagent

notre joie, qu'ils soient heureux, et qu'ils nous pardonnent de porter

un doliman au lieu d'un juste-au-corps.

(_Fatmé amène l'Arménien suivi des esclaves qui ont paru dans la pièce,

et de ceux dont il y est parlé. Ils forment un ballet, et témoignent

leur reconnaissance à Zayde, à Hassan et à Dornal._)

FIN DU MARCHAND DE SMYRNE.

ZÉNIS ET ALMASIE,

BALLET HÉROIQUE.

REPRÉSENTÉ DEVANT SA MAJESTÉ, A CHOISY, EN SEPTEMBRE 1773.

PERSONNAGES.

ZÉNIS.

ALMASIE.

LE GÉNIE.

UNE VOIX.

UNE PERSONNE DE LA FÊTE.

CHŒUR DE GÉNIES ET DE FÉES.

ZÉNIS ET ALMASIE,

BALLET HÉROIQUE.

_Le Théâtre représente un désert hérissé de rochers, et l'on voit au

fond un volcan qui jette des feux._

SCÈNE PREMIÈRE.

ZÉNIS, _seul_.

C'est toi, cruel Amour, qui déchires mon cœur.

Malgré le voile épais, qui couvre ma naissance,

La reine de Memphis partageait mon ardeur.

J'avais sauvé ses jours; et sa reconnaissance,

En me donnant la main, couronnait ma valeur;

Mais une barbare puissance

M'a ravi cet objet si cher à mon bonheur.

Je cherche en vain l'ennemi qui m'outrage:

Mille obstacles affreux, mille dangers divers,

S'offrent sans cesse à mon passage.

Cependant une voix m'arrête en ces déserts,

Et d'un sort moins cruel m'annonce le présage.

C'est un piége fatal, peut-être, où l'on m'engage.

N'importe. Fallût-il combattre les enfers,

L'excès de mon amour servira mon courage.

Que vois-je! contre moi déchaînent-ils leur rage?

(_Des monstres sortent des rochers._)

UNE VOIX.

Zénis, d'aucun danger ne sois épouvanté,

Si tu veux être instruit de ta naissance.

ZÉNIS, _en mettant le sabre à la main_.

Je t'obéis, et ma constance

Me fera triompher de mon adversité.

(_Il combat les monstres et les fait fuir. Un aigle paraît, et vole

autour du théâtre._)

LA MÊME VOIX.

Zénis, suis cet aigle rapide,

Et tu pourras revoir l'objet qui t'a charmé.

ZÉNIS.

Dieu des amans, c'est toi, c'est ta voix qui me guide;

Par l'espoir le plus doux je me sens animé.

Que vois-je?... ô fortune perfide!

L'aigle s'est abîmé dans ces torrens de feux...

(_L'aigle s'abîme dans le volcan._)

J'y vole, je m'expose au sort le plus affreux.

Un cœur qui sait aimer est toujours intrépide.

(_Zénis se jette dans le volcan._)

SCÈNE II.

_Le théâtre change, et représente un palais superbe. La princesse

Almasie paraît endormie, au fond du théâtre, sous un pavillon

magnifique. On voit, à côté d'elle, sur un riche carreau, un

sceptre d'or._

ZÉNIS, ALMASIE.

ZÉNIS.

Quel changement! où suis-je?... Et quel palais pompeux!

Que vois-je?... Est-ce l'objet de l'amour le plus tendre?

Aux transports que je sens pouvais-je me méprendre?

C'est elle que le sort rend enfin à mes vœux.

ALMASIE.

Ciel! Zénis!... en quels lieux l'offrez-vous à ma vue?

Ah! dissipez l'effroi de mon âme éperdue.

Quel pouvoir vous a fait découvrir ce séjour?

ZÉNIS.

Puisque j'y revois Almasie,

Je dois ce miracle à l'Amour.

ALMASIE.

Auriez-vous pu fléchir le souverain génie

Qui commande en ces lieux, qui m'y tient asservie?

ZÉNIS.

Dieux! qu'entends-je?... Un génie est maître en ce palais?

ALMASIE.

O ciel! vous l'ignorez... quel orage s'apprête!

Zénis, craignez-en les effets,

Dérobez-vous à la tempête.

ZÉNIS.

Vous tremblez, il vous aime...

ALMASIE.

Et mon cœur en gémit.

Il peut vous réduire en poudre;

Il veut, et tout obéit;

Sur les ailes des vents il fait voler la foudre;

Il regarde la terre, et la terre frémit.

De ses soupçons craignez la violence.

ZÉNIS.

Je ne crains que votre inconstance,

Et je méprise son courroux.

ALMASIE.

Que dis-tu?... Fuis, Zénis, fuis ses transports jaloux.

Il y va de tes jours, fuis des momens terribles.

Le pouvoir du génie est prêt de t'accabler.

Dans ce palais, des esprits invisibles

Veillent sans cesse et peuvent t'immoler.

S'ils touchaient seulement ce sceptre redoutable,

Tu le verrais lui-même, au milieu des éclairs,

Sur un char enflammé paraître dans les airs,

Et tu serais l'objet de sa haine implacable.

ZÉNIS.

Vous cherchez vainement à me faire trembler.

Je vous adore et brave sa puissance.

ALMASIE.

Je sens, à chaque instant, mes craintes redoubler...

Tout semble s'animer pour venger son offense....

Ces colonnes, ces murs paraissent s'ébranler...

Peut-être il n'est plus temps d'éviter sa vengeance.

ZÉNIS.

Non, je ne le crains point.

(_en brisant le sceptre._) Qu'il paraisse.

(_Dès que le sceptre est brisé, on entend une tempête affreuse; le

théâtre s'obscurcit, le tonnerre gronde._)

ALMASIE.

Ah! grands dieux!

ZÉNIS.

Je veux en triompher, ou périr à vos yeux.

CHŒUR D'ESPRITS INVISIBLES.

O crime épouvantable!

O jour funeste! jour affreux!

Tu vas périr, mortel audacieux!

La foudre va partir, et punir le coupable;

Tu vas périr, mortel audacieux!

SCÈNE III.

LE GÉNIE, _paraissant dans les airs, sur un char de feu_, ALMASIE,

ZÉNIS.

ALMASIE.

Je me meurs.

LE GÉNIE.

Quel spectacle à mes yeux se présente?

Almasie éperdue et mon sceptre brisé!

Punissons, punissons une audace insolente:

Vengeons mon pouvoir méprisé.

Ministres de mes lois, venez, servez ma rage;

Paraisses, enchaînez l'ennemi qui m'outrage.

SCÈNE IV.

TROUPE DE GÉNIES, LE GÉNIE, ALMASIE, ZÉNIS.

CHŒUR DE GÉNIES.

Nous t'obéissons,

Tu connais le crime.

Nous en frémissons,

Frappe ta victime.

ALMASIE.

Juste ciel!

LE GÉNIE.

Tu devrais mieux cacher ta douleur,

Voilà donc le rival qui règne dans ton âme?

C'est lui qui m'enlève ton cœur,

Et qui fait mépriser mes bienfaits et ma flâme.

ALMASIE.

Ah! seigneur, écartez des soupçons odieux.

LE GÉNIE.

Quel est donc son projet? et quel pouvoir suprême

L'a fait pénétrer en ces lieux?

ALMASIE.

Hélas! je l'ignore moi-même.

LE GÉNIE.

Je te soupçonne, j'en gémis;

Mais s'il n'est pas l'objet de ton amour extrême,

Prends ce fer; frappes... tu frémis!

(_Il lui donne un poignard._)

Ah! perfide, tu me trahis.

ALMASIE.

M'oses-tu proposer un forfait que j'abhorre?

Pour calmer ta fureur, j'immolerais Zénis!...

J'immolerais ce que j'adore!

ZÉNIS.

Ah! cet aveu me venge, et je brave le sort.

LE GÉNIE.

Et toi, tu m'offenses encore:

C'est donc à moi de te donner la mort.

ALMASIE.

Barbare... arrête:

S'il faut du sang pour t'appaiser,

Donne; ma main est toute prête:

(_Elle veut arracher le poignard, pour s'en frapper._)

C'est le mien que je vais verser.

LE GÉNIE, _faisant signe aux Génies de se retirer_.

C'est assez. Il est temps de me faire connaître.

Tendres amans, vos tourmens sont finis.

J'ai su vous éprouver. Ton courage, Zénis,

Annonce à l'univers le sang qui l'a fait naître.

(_à Almasie._)

Et vous, de votre cœur je connais tout le prix;

Soyez heureuse enfin, vous méritez de l'être;

Pardonnez-moi vos maux, je vous donne mon fils.

ALMASIE.

Votre fils!...

ZÉNIS.

Vous mon père!

Ah! pourquoi si long-temps m'en avoir fait mystère!

LE GÉNIE.

Ma tendresse, mon fils, m'en imposa la loi.

La nature toujours rend la naissance égale.

Ce n'est qu'en s'illustrant qu'on met un intervale

Entre tous les mortels et soi.

S'ils ne gravent leur nom au temple de mémoire,

Les enfans des héros sont dans l'obscurité;

C'est par sa propre gloire

Que l'on détruit l'égalité.

ZÉNIS.

Amour, voilà l'effet de tes divins oracles.

LE GÉNIE.

Ils n'étaient dictés que par moi.

J'ai voulu t'opposer des dangers, des obstacles;

J'ai vu ton âme incapable d'effroi,

Et je viens partager mon empire avec toi.

ZÉNIS.

A vos bienfaits déjà mon cœur ne peut suffire.

Almasie est à moi. Puis-je former des vœux?

Mon père, en couronnant mes feux,

Vous avez fait bien plus que me donner l'empire.

LE GÉNIE.

Votre bonheur, mon fils, est tout ce que je veux.

ALMASIE, ZÉNIS.

Triomphe, Amour, règne sur nous sans cesse,

Dans nos cœurs lance tous tes traits;

Que chaque jour notre bonheur renaisse,

Nous le devons à tes bienfaits.

LE GÉNIE.

(_La fête commence._)

Chantez l'Amour; célébrez sa victoire;

Il est le plus charmant des dieux:

Il soutient son empire, en comblant tous vos vœux,

C'est le plaisir qui prend soin de sa gloire.

LE CHŒUR.

Chantons l'amour, etc.

LE GÉNIE.

Esprits sous mes lois réunis,

Pour votre roi, reconnaissez mon fils.

Qu'il déchaîne les vents, qu'il lance le tonnerre,

Qu'il soulève et calme les mers,

Qu'il règne sur tout l'univers,

Et soit l'arbitre de la terre.

ZÉNIS.

Mon pouvoir va me rendre heureux.

Devenez immortelle, adorable Almasie;

Que vos attraits, que votre vie

Durent autant que l'excès de mes feux.

ALMASIE.

Si vous m'êtes fidèle,

Que mon bonheur sera parfait!

Mon immortalité ne peut être un bienfait,

Qu'en vous voyant brûler d'une amour éternelle.

ZÉNIS.

Partagez mes suprêmes droits,

Et régnez dans les Cieux, sur la terre et sur l'onde.

Il est plus doux d'obéir à vos lois,

Que d'en pouvoir donner au monde.

ALMASIE.

(_On danse._)

Les traits que l'amour lance

Sont toujours des traits vainqueurs;

Il règne sur tous les cœurs,

Pourquoi lui faire résistance?

Cédons au plus charmant des dieux;

L'effort qu'on fait pour se défendre

Ne sert qu'à rendre

Son triomphe plus glorieux.

Les traits, etc.

ALMASIE, _alternativement avec le chœur_.

Est-il sans aimer,

Des biens qu'un cœur désire?

Non: l'amour seul peut charmer;

Doit-on s'alarmer

Des transports qu'il inspire?

Non, laissons-nous enflammer.

CHŒUR.

Est-il sans aimer, etc.

ALMASIE.

Dans ces lieux il choisit son empire;

L'air qu'on y respire

Est rempli de ses feux;

Au tendre délire,

Aux soins amoureux,

Cédons, ici tout conspire

Pour nous rendre heureux.

CHŒUR.

Est-il sans aimer, etc.

ALMASIE.

Dans ses chaînes,

S'il est quelques peines,

Les soupirs

Font naître les plaisirs.

Aimons, sans nous contraindre;

Doit-on craindre,

Sous ses lois,

Quand on fait un bon choix?

Que nos voix

Célèbrent son empire;

Qu'on entende dire

Mille et mille fois:

CHŒUR.

Est-il sans aimer,

Des biens qu'un cœur désire?

Non, l'amour seul peut charmer;

Doit-on s'alarmer

Des transports qu'il inspire?

Non, laissons-nous enflammer.

(_Ballet général._)

FIN DE ZÉNIS ET ALMASIE.

PALMIRE,

BALLET HÉROIQUE EN UN ACTE,

REPRÉSENTÉ DEVANT LEURS MAJESTÉS, A FONTAINEBLEAU,

LE 24 OCTOBRE 1755.

PERSONNAGES.

LE GRAND-PRÊTRE DE L'AMOUR.

ZÉLÉNOR, Prince de Chypre.

PALMIRE, Reine d'Amathonte.

L'AMOUR.

L'ORACLE.

CHŒUR.

PEUPLES.

BERGERS ET BERGÈRES.

_La scène est à Amathonte._

PALMIRE,

BALLET HÉROIQUE.

_On voit au fond du théâtre les portes du temple de l'Amour._

SCÈNE PREMIÈRE.

LE GRAND PRÊTRE, _seul_.

Zélénor va paraître annoncé par la gloire,

Sa valeur a sauvé le temple de l'Amour.

Hélas! faut-il voir, en ce jour,

La reine devenir le prix de sa victoire?

CHŒUR DE PEUPLE, _derrière le théâtre_.

Régnez, aimez, jeune vainqueur,

Que la gloire et l'amour partagent votre cœur!

LE GRAND PRÊTRE.

Ces chants redoublent mes alarmes.

Dieux! que c'est un destin fatal

D'être forcé d'admirer son rival!

Mais de son sort je troublerai les charmes.

Fatal hymen! funeste jour!

Pour mon cœur déchiré, ta pompe est un outrage!

J'éteindrai tes flambeaux dans les mains de l'amour!

Ils ne s'allumeront que du feu de ma rage!

SCÈNE II.

LE GRAND PRÊTRE, ZÉLÉNOR, PALMIRE, PEUPLES.

CHŒUR.

Régnez, aimez, jeune vainqueur,

Que la gloire et l'amour partagent votre cœur!

ZÉLÉNOR.

Ministre du dieu dont l'empire

S'étend sur tout ce qui respire,

Présentez-lui deux cœurs qui chérissent ses fers.

Quels hommages lui sont plus chers

Que les sentimens qu'il inspire!

PALMIRE.

L'oracle de l'Amour doit approuver mon choix;

Daignez l'interroger, qu'il nous dicte ses lois.

ZÉLÉNOR.

Si j'en crois les transports de mon âme ravie,

Déjà j'entends ce dieu vous consacrer ma vie.

Quel sera mon bonheur,

Si j'en crois les transports de mon âme ravie!

PALMIRE.

L'oracle de l'Amour est écrit dans mon cœur.

CHŒUR.

Que leurs chaînes soient éternelles!

Puissant Amour! remplis leurs vœux:

Rends ces amans heureux

Autant qu'ils sont fidelles.

LE GRAND PRÊTRE.

Allons prier ce dieu d'approuver leur ardeur;

Qu'il les unisse l'un et l'autre;

Lui demander de faire leur bonheur,

C'est former des vœux pour le vôtre.

SCÈNE III.

ZÉLÉNOR, PALMIRE.

ZÉLÉNOR.

L'excès de ma félicité

Répand l'ivresse dans mon âme;

Mes yeux vous expriment ma flâme,

Les vôtres sont garans de ma fidélité.

PALMIRE.

Au plus tendre penchant je me laissai conduire;

Quand je vous vis, je commençai d'aimer:

J'ignorais le bonheur; mais mon cœur sut m'instruire:

Vous avez le don de charmer,

Et les autres mortels n'ont que l'art de séduire.

Ah! l'Amour me devait un si parfait amant.

ZÉLÉNOR.

Que l'Amour est un dieu charmant,

Quand il fait partager les transports qu'il inspire!

PALMIRE.

Cher Zélénor!

ZÉLÉNOR.

Adorable Palmire

ENSEMBLE.

Je vous aimerai toujours,

Je veux passer tous mes jours

A répéter l'aveu du serment qui nous lie,

Et vous redire encore, en terminant ma vie:

Je vous adorerai toujours.

(_On entend un bruit de symphonie champêtre._)

PALMIRE.

Le son charmant de ces musettes

Annonce ici les bergers de ces lieux.

ZÉLÉNOR.

Ils quittent leurs retraites,

Pour offrir à vos yeux

L'hommage le plus pur et le plus précieux.

PALMIRE.

L'Amour se plaît à les entendre;

Pour notre hymen c'est un présage heureux.

ZÉLÉNOR.

Pour un cœur embrasé de l'ardeur la plus tendre,

Le vrai présage est celui de ses feux.

SCÈNE IV.

Les Précédens, BERGERS, BERGÈRES.

(_On danse._)

ZÉLÉNOR.

Bergers, chantez une reine si belle.

PALMIRE.

Bergers, chantez la gloire de mon choix.

CHŒUR.

Chantons une reine si belle;

Chantons la gloire de son choix.

PALMIRE.

Vous chérirez ses loix.

ZÉLÉNOR.

Je les recevrai d'elle.

CHŒUR.

Chantons, etc.

(_On danse._)

ZÉLÉNOR.

Éclatez, transports d'allégresse,

Consacrez l'ardeur de mes feux;

Témoins de toute ma tendresse,

Chantez l'amant le plus heureux.

Éclatez, transports d'allégresse,

Consacrez l'ardeur de mes feux;

Ah! qu'il est doux de lire,

Dans tous les yeux,

Le souverain empire

De l'objet de ses feux.

Éclatez, transports d'allégresse,

Consacrez l'ardeur de mes feux.

(_On danse._)

SCÈNE V.

Les Précédens, LE GRAND PRÊTRE.

LE GRAND PRÊTRE.

Viens, Amour, dicte tes arrêts,

Fais le bonheur d'un amant qui t'implore:

Ne triomphe d'un cœur, et n'y lance tes traits

Que pour l'unir à l'objet qu'il adore!

LE CHŒUR.

Viens, Amour, dicte tes arrêts;

Triomphe, prononce tes décrets.

LE GRAND PRÊTRE.

Le dieu m'entend, il va prononcer ses décrets;

Que du plus saint respect votre âme soit saisie!

L'ORACLE.

Palmire, ce n'est pas aux profanes mortels

Que l'Amour destine ta vie:

Tu ne dois être unie

Qu'au ministre de ses autels.

PALMIRE.

Quel oracle fatal!

ZÉLÉNOR.

Quel désespoir extrême!

L'Amour lui-même, hélas! veut donc nous séparer?

LE GRAND PRÊTRE.

Le dieu vient de se déclarer;

Vous devez respecter sa volonté suprême:

C'est un crime d'en murmurer.

PALMIRE.

Dieu barbare! quelle est la rigueur de tes chaînes?

Tu ne te plais qu'à voir couler nos pleurs.

Si pour les tendres cœurs tu réserves les peines,

Sur moi seule du moins épuise tes rigueurs.

LE GRAND PRÊTRE.

Chaque instant vous rend plus coupables,

L'Amour condamne votre ardeur;

Ses arrêts sont irrévocables:

Venez à ses autels, prévenez sa fureur.

ZÉLÉNOR.

Peuples, opposez-vous à cette barbarie.

ZÉLÉNOR AVEC LE CHŒUR.

Non, non, { je ne souffrirai } pas

{ nous ne souffrirons }

Qu'elle { me } soit ravie.

{ te }

Frémissez, ministres ingrats;

Et craignez les transports de ma juste furie.

Non, non, etc.

LE GRAND PRÊTRE ET SA SUITE.

Amour, on méprise tes lois;

Viens effrayer la terre;

Soutiens ta puissance et { mes } droits,

{ ses }

Du souverain des dieux emprunte le tonnerre.

(_On entend le tonnerre._)

PALMIRE ET ZÉLÉNOR.

Hélas! nous nous voyons pour la dernière fois.

SCÈNE VI.

Les Précédens, L'AMOUR.

L'AMOUR.

En vain à mes projets, voulez-vous mettre obstacle;

Pour les faire accomplir, je descends en ces lieux.

Tremblez, mortels audacieux!

Et soumettez-vous à l'oracle.

LE GRAND PRÊTRE.

Qu'entends-je?

PALMIRE ET ZÉLÉNOR.

Juste Ciel!

L'AMOUR.

Et toi, de mes autels

Ministre coupable et parjure,

Je vais faire éclater tes complots criminels,

Je vais punir ton imposture:

Tu trompas ces amans par un oracle faux;

Il va servir à faire ton supplice.

Pour augmenter ta honte et terminer leurs maux,

Je veux que l'hymen les unisse.

Zélénor, présidez dans ce temple sacré;

L'oracle est accompli, je vous joins à Palmire.

LE GRAND PRÊTRE.

O rage! ô désespoir! quel rigoureux martyre!

PALMIRE ET ZÉLÉNOR, _ensemble et alternativement_.

Quelle félicité!

Nos chaînes seront éternelles.

Pour te servir avec sincérité,

Tu ne pouvais choisir deux amans plus fidelles,

Ni plus remplis de ta divinité.

Quelle félicité!

Nos chaînes seront éternelles;

L'amour vient de combler nos vœux;

C'est l'amour qui nous rend heureux.

Quelle félicité!

Nos chaînes seront éternelles.

SCÈNE VII ET DERNIÈRE.

LE GRAND PRÊTRE, ZÉLÉNOR, PALMIRE, L'AMOUR, SUITE DE L'AMOUR.

L'AMOUR.

Vous qui brûlez d'une si belle flâme,

Tendres amans, livrez-vous aux désirs;

Vous ressentirez dans votre âme

Que je suis le Dieu des plaisirs;

Le bonheur vous rendra fidelles;

Formez des vœux, je les remplirai tous;

Je suis le tyran des jaloux;

Mais je suis l'esclave des belles.

Volez, plaisirs, rassemblez-vous;

Dans vos jeux retracez l'histoire

De la déesse des forêts:

Célébrez à jamais

Ma plus éclatante victoire.

(_Le théâtre change et les plaisirs exécutent un ballet pantomime_).

LA VENGEANCE DE L AMOUR,

OU

DIANE ET ENDIMION,

PANTOMIME HÉROÏQUE, EN TROIS ACTES,

EXÉCUTÉE DEVANT LEURS MAJESTÉS, A FONTAINEBLEAU, A LA

SUITE DE PALMIRE.

LA VENGEANCE DE L'AMOUR,

OU

DIANE ET ENDIMION,

PANTOMIME HÉROÏQUE.

ACTE PREMIER.

_Le théâtre représente une forêt. Plusieurs forges, galamment ornées,

sont placées dans des buissons._

Une troupe d'Amours entre sur la scène sous la conduite de leur chef.

Les uns travaillent, sur des enclumes, à forger des fers et des flèches;

d'autres les aiguisent; d'autres arrondissent des arcs; quelques-uns les

tendent, et essaient leurs traits en tirant à des blancs suspendus aux

arbres. La fatigue assoupit successivement les Amours. Ils tombent, les

uns après les autres, sur le gazon, pour y prendre du repos. Lorsqu'ils

sont endormis, on voit paraître quelques Nymphes de Diane. Elle marquent

de la crainte en apercevant les Amours. Quelques-unes avancent avec

timidité; elles fuyent au moindre bruit qu'elles croient entendre, au

moindre mouvement que font quelques Amours en dormant.

Enfin, elles font signe à leurs compagnes d'approcher; elles vont

au-devant d'elles, et reviennent toutes ensemble pour s'encourager

mutuellement. Peu à peu elles s'enhardissent; elles approchent, et

profitent du sommeil des Amours pour les désarmer et pour briser leurs

arcs et leurs flèches. Devenues encore plus hardies par ce succès, une

d'entre elles va allumer une torche de branchages au feu des forges,

tandis que les autres, font un monceau des armes brisées auquel elles

mettent le feu, et se retirent précipitamment.

Les Amours se réveillent. Ils voient avec douleur le ravage que les

Nymphes ont fait. Un d'entre eux trouve un trait échappé à leur fureur;

il s'en saisit; il le remet à l'Amour principal qui le montre à la

troupe comme l'instrument d'une vengeance prochaine. Ils sortent tous de

la scène, pour se mettre en embuscade dans différens endroits de la

forêt.

Diane vient avec ses Nymphes, qui lui font remarquer les débris des

armes qu'elles ont brisées. La déesse leur ordonne d'aller tendre des

filets aux environs. Les Nymphes s'éloignent pour exécuter ses ordres.

Quelques-unes restent auprès de Diane, pour la féliciter de l'avantage

qu'on vient de remporter sur les Amours.

On aperçoit un grand mouvement dans les filets; toutes les Nymphes y

courent. Diane attend avec impatience qu'on lui amène sa proie. Les

nymphes retiennent et conduisent Endimion enchaîné avec des guirlandes

de feuilles. Il paraît leur demander grâce. Il sollicite en vain leur

pitié; ses prières ne font qu'irriter leur barbarie. Une d'entr'elles

veut le percer de son javelot; Diane le saisit et fait entendre qu'elle

veut elle-même punir le téméraire. Les Nymphes se retirent.

Diane se dispose à immoler la victime; Endimion implore sa clémence. La

déesse paraît inexorable. Il se jette à ses pieds; elle détourne ses

regards, et cependant suspend le coup fatal. Enfin, elle fixe les yeux

sur Endimion, et lui tend la main pour le relever; il lui témoigne sa

reconnaissance; elle paraît le voir avec plaisir; ils dansent un pas de

deux, et les regards de la déesse expriment au jeune berger les

sentimens les plus flatteurs.

Les Nymphes reviennent; elles paraissent surprises de la clémence de

Diane. Un nuage dérobe Endimion à leur colère.

FIN DU PREMIER ACTE.

ACTE II.

_Le théâtre représente une grotte, au fond de la forêt._

L'Amour, porté par des Faunes sur un trône de fleurs, entre en triomphe

sur la scène, accompagné d'une troupe d'amours, de bergers et de

bergères, qui célèbrent, par leurs danses, la victoire de ce dieu.

La grotte s'ouvre aux ordres de l'Amour. On y voit Endimion endormi. Le

silence, le mystère et les songes l'environnent.

Les songes forment des danses d'enchantement. Un pas de deux amans que

l'Amour enchaîne et que le mystère couronne, peint à Endimion la gloire

qui lui est destinée.

Diane survient à son approche: toute la troupe se retire; et les amours

se cachent dans les environs. Diane touche Endimion de son arc; il

s'éveille; il court avec empressement à la déesse, qui, dans un pas de

deux, exprime toute sa tendresse et annonce le rang glorieux auquel elle

va l'élever.

FIN DU SECOND ACTE.

ACTE III.

_Le théâtre représente le palais de la Lune, préparé pour célébrer

l'hymen de Diane et d'Endimion._

La déesse est sur son trône brillant avec Endimion, et environnée de

toute sa cour, à laquelle s'est jointe la troupe des amours et les

suivans d'Endimion, unis aux Nymphes de Diane. Tous ensemble célèbrent,

par leurs danses, la victoire de l'Amour et le bonheur d'Endimion; ce

qui forme le divertissement général, à la fin duquel la déesse vient

elle-même se joindre, pour danser avec Endimion, qu'elle couronne d'une

guirlande d'étoiles brillantes.

FIN DU TROISIÈME ACTE.

TABLE DES MATIÈRES

CONTENUES DANS LE QUATRIÈME VOLUME.

pages.

ÉBAUCHES D'UNE POÉTIQUE DRAMATIQUE 1

--De la Tragédie chez les anciens _Ibid._

--Chœur 20

--De la Comédie chez les anciens 24

--Théâtre français 29

--Mystères 35

--Sotties 37

OBSERVATIONS GÉNÉRALES SUR L'ART DRAMATIQUE 39

--Salle de spectacle 40

--Action théâtrale 41

--Poème dramatique 50

--Pièces de théâtre 53

--Plan _ibid._

--Canevas 54

--Sujet 58

--Roman 59

--Fable _ibid._

DIVISION DRAMATIQUE 63

--Prologue _ibid._

--Protase 66

--Épitase, Exposition 69

--Épisode 76

--Catastase 81

--Épilogue 81

--Récit dramatique 82

--Monologue, et monodie 86

--Dialogue 96

--Aparté 107

CONDUITE DE L'ACTION DRAMATIQUE 110

--Intérêt _ibid._

--Unité d'Intérêt 116

--De l'Intérêt propre à la Comédie 118

--Gradation d'Intérêt 119

--Nœud 121

--Développemens 127

--Coups de théâtre 135

--Délibération 143

--Tirades 148

--Caractères 149

--Amour 164

--Amour conjugal 173

--Amitié 176

--Combats du cœur 178

--Nuances 185

--Terreur 190

--Pitié 194

--Horreur 196

--Admiration 198

--Personnages principaux dans la Tragédie 200

--Confidens et subalternes 201

--Genre comique 204

--Ridicule 210

--Opéra 214

--Poème lyrique 219

--Opéra italien 231

Mustapha et Zéangir, tragédie 235

La Jeune Indienne, comédie 317

Le Marchand de Smyrne, comédie 353

Zénis et Almazis, ballet héroïque 385

Palmire, ballet héroïque 399

La Vengeance de l'Amour, pantomime héroïque 413

FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES DU QUATRIÈME VOLUME.

Œuvres complètes de Chamfort (Tome 4) Recueillies et publiées, avec une notice historique sur la vie et les écrits de l'auteur. · 第 18 / 18 段