«Pardon! dit-il. Pardon! c’est affreux! je resterai toujours auprès de
toi! je ne te quitterai jamais, Hélène!»
Mais Mme Laurenty ne semble pas comprendre et secoue la tête comme pour
nier.
La mouche se pose encore sur le visage de Jacquot. Salvert se lève,
l’écarte lentement et se rassied.
«Il était bon, il était beau, il était doux, songe-t-il. Voilà ce qu’il
en reste!»
La veillée se prolonge. M. Laurenty n’est vraiment plus qu’un gros tas
de chair. Mme Laurenty semble pétrifiée. Périer croise et décroise ses
doigts en regardant droit devant lui.
Une faible lueur pénètre dans la chambre. Il fera bientôt jour, dehors.
Les volets laissent filtrer un peu d’aube.
Mme Laurenty est allée prendre un mouchoir sur la table. Elle contemple
son fils encore une fois et, passant devant son mari, caresse les
cheveux de M. Laurenty. M. Laurenty lève le front et la regarde. Il y a
une détresse infinie dans ces deux regards.
Mme Laurenty est debout près du lit. Elle se penche, puis se redresse et
dit d’une voix brouillée:
«Puis-je l’embrasser?»
Un mince rayon de soleil traverse la chambre en oblique. La mouche a
enfin quitté le visage mort et joue dans ce rayon de soleil; elle joue
dans ce rayon poussiéreux et bleu, elle joue, elle ne cessera pas de
jouer.
La tête de Jacquot repose sur l’oreiller, plus colorée, maintenant,
presque vivante.
Une heure passe. Le matin se lève tout à fait. Le monde se met à bruire,
les pins à chanter. La mer salue le nouveau soleil par un murmure, et
les oiseaux d’arbre en arbre, se répondent. C’est l’aurore d’un beau
jour.
Mais Jacques Laurenty est mort, ayant connu trop tôt la douleur humaine.
Dors, mon enfant!
Abbeville.--Imprimerie F. PAILLART.