XXI

Assis dans un fauteuil d’osier, M. Laurenty fumait le premier de ses

deux cigares quotidiens. On sortait de table; il faisait chaud et M.

Laurenty souffrait de la canicule. Non point qu’elle altérât son humeur,

elle l’améliorait plutôt, mais le laissait sans forces. Il ne se fâchait

pas, n’élevait pas la voix, ne protestait pas, répondait à peine aux

questions. Rien ne l’intéressait plus de ce qui demande un effort. Dans

le salon, tout à côté de la véranda où M. Laurenty fumait, sa femme

recevait un officier de marine. Il n’avait pu se décider à la joindre,

bien qu’il s’ennuyât beaucoup et que cet officier fût, à son ordinaire,

un causeur agréable, mais se lever était trop pénible et se dépenser en

paroles trop compliqué. Fumer silencieusement lui paraissait une limite

d’énergie.

M. Laurenty se demanda comment il emploierait la fin de l’après-midi et

la soirée. Sans doute, vers cinq heures, descendrait-il à Toulon. Au

cercle, il ferait un écarté. Mais ensuite?

La porte de la véranda s’ouvrit doucement et Jacquot entra.

Mais ensuite? Ensuite, il rentrerait au Mourillon vers huit heures et,

comme tous les dimanches, redescendrait en ville après dîner.

M. Laurenty passait rarement la soirée chez lui; le dimanche, surtout,

il avait au cercle ses habitudes, et, plus tard, vers minuit, les

terrasses de café l’amusaient par leurs lumières, leur gaîté, les

rencontres que l’on y pouvait faire.

«Quelle charmante enfant, cette Valentine!»

Il jeta son cigare.

Jacquot, l’air indécis, errait dans la véranda.

Un drôle de gaillard que le précepteur de Jacquot! Il le rencontrait

souvent au café, au bas du Casino, accompagné de jolies filles, au

cercle, parfois au théâtre. Toujours élégant, toujours précis. Gentil

garçon, en somme, mais froid.

«Ça le gêne de me rencontrer en ville!»

D’ailleurs il était froid avec tout le monde.

«Je m’étonne que l’enfant ait pu s’habituer à lui.»

Jacquot s’arrêta devant son père.

L'enfant qui prit peur · 第 26 / 62 题