Assis dans un fauteuil d’osier, M. Laurenty fumait le premier de ses
deux cigares quotidiens. On sortait de table; il faisait chaud et M.
Laurenty souffrait de la canicule. Non point qu’elle altérât son humeur,
elle l’améliorait plutôt, mais le laissait sans forces. Il ne se fâchait
pas, n’élevait pas la voix, ne protestait pas, répondait à peine aux
questions. Rien ne l’intéressait plus de ce qui demande un effort. Dans
le salon, tout à côté de la véranda où M. Laurenty fumait, sa femme
recevait un officier de marine. Il n’avait pu se décider à la joindre,
bien qu’il s’ennuyât beaucoup et que cet officier fût, à son ordinaire,
un causeur agréable, mais se lever était trop pénible et se dépenser en
paroles trop compliqué. Fumer silencieusement lui paraissait une limite
d’énergie.
M. Laurenty se demanda comment il emploierait la fin de l’après-midi et
la soirée. Sans doute, vers cinq heures, descendrait-il à Toulon. Au
cercle, il ferait un écarté. Mais ensuite?
La porte de la véranda s’ouvrit doucement et Jacquot entra.
Mais ensuite? Ensuite, il rentrerait au Mourillon vers huit heures et,
comme tous les dimanches, redescendrait en ville après dîner.
M. Laurenty passait rarement la soirée chez lui; le dimanche, surtout,
il avait au cercle ses habitudes, et, plus tard, vers minuit, les
terrasses de café l’amusaient par leurs lumières, leur gaîté, les
rencontres que l’on y pouvait faire.
«Quelle charmante enfant, cette Valentine!»
Il jeta son cigare.
Jacquot, l’air indécis, errait dans la véranda.
Un drôle de gaillard que le précepteur de Jacquot! Il le rencontrait
souvent au café, au bas du Casino, accompagné de jolies filles, au
cercle, parfois au théâtre. Toujours élégant, toujours précis. Gentil
garçon, en somme, mais froid.
«Ça le gêne de me rencontrer en ville!»
D’ailleurs il était froid avec tout le monde.
«Je m’étonne que l’enfant ait pu s’habituer à lui.»
Jacquot s’arrêta devant son père.