DU SOMMAIRE.

Le texte et les variantes forment deux parties qui, bien que

distinctes par leur place respective, n'en sont pas moins

inséparables; et si on les compare, les rapports qu'elles

soutiennent se présentent sous un double aspect: tantôt, et c'est le

cas le plus ordinaire, les variantes n'ajoutent au texte que des faits

de détail et des développements plus complets; tantôt au contraire, la

seconde et la troisième rédaction, qui ont fourni la majeure partie

des variantes du premier livre, présentent de foncières différences,

non-seulement entre elles, mais encore avec le texte, c'est-à-dire

avec la première rédaction. Dans ce dernier cas, il n'y a évidemment

rien autre chose à faire, même dans un sommaire, qu'à résumer les

rédactions différentes en les publiant les unes à la suite des autres

et selon l'ordre chronologique. Mais dans le premier cas, dans le cas

où les variantes enrichissent le texte plutôt qu'elles ne le

démentent, où les diverses rédactions, loin de se contredire, se

complètent, il y a lieu d'assigner au sommaire un rôle vraiment

important et jusqu'à un certain point original.

Il suffit de parcourir superficiellement l'ensemble de ce volume pour

être frappé de la multitude innombrable de détails précieux disséminés

çà et là, mais qui risquent d'échapper par leur éparpillement à

l'attention des érudits eux-mêmes. Combien il serait désirable qu'il

fût fait un choix, un triage intelligent de tout ce que l'on rencontre

d'intéressant, soit dans le texte, soit dans les variantes! Combien il

serait commode de trouver résumée, condensée dans une narration unique

la matière historique éparse dans les diverses rédactions!

Le but principal de notre sommaire est précisément de répondre à ce

besoin. C'est une tâche délicate, ardue, nécessairement imparfaite

comme toute besogne composite, pleine de difficultés de plus d'un

genre qu'on ne se flatte nullement d'avoir surmontées; mais l'utilité

et la commodité qui doivent résulter d'un pareil travail rendront le

lecteur, on l'espère du moins, indulgent pour les fautes inévitables

de l'exécution.

Notre sommaire ne pouvait atteindre le but proposé sans prendre des

développements relativement considérables. Aussi a-t-il le caractère

d'une traduction à peu près littérale dans tous les passages que leur

importance rend dignes d'une attention plus spéciale. Un cadre aussi

large a permis en outre d'identifier presque tous les noms de lieu et

de restituer les noms de personne sous leur forme moderne. Lorsqu'il

s'agit de noms peu connus ou d'identifications et de restitutions plus

ou moins sujettes à controverse, on a placé des notes au bas des pages

pour expliquer et, s'il y a lieu, justifier la solution que l'on a

adoptée. On a souligné les noms que l'on n'a pu parvenir à identifier

afin d'appeler sur ces petits problèmes l'attention d'érudits plus

spéciaux et plus compétents. Il n'a été apporté du reste au texte de

Froissart que de très-légères et très-rares corrections de détail qui

modifient çà et là un prénom, un nom ou une date, et ces corrections

sont toujours mises entre parenthèses. Ainsi conçu, notre sommaire ne

tient sans doute pas lieu d'un glossaire ou de tables géographique et

onomastique; mais il aidera peut-être à attendre avec moins

d'impatience ce complément indispensable de notre édition. Ce n'est

pas encore la critique, mais c'est déjà l'élucidation aussi complète

que possible du premier livre des Chroniques.

Ce sommaire est divisé en un certain nombre de chapitres dont chacun

comprend une série de faits qui se relient entre eux et présentent un

caractère d'unité véritable. Ces chapitres pourraient donner lieu à

autant de dissertations critiques qui seraient destinées, dans une

publication en quelque sorte parallèle, à compléter et à contrôler

l'œuvre de Froissart à l'aide de tous les documents contemporains,

imprimés ou manuscrits. Dans ces dissertations, on poserait à propos

de chacun des chapitres du sommaire, et l'on essayerait, s'il était

possible, de résoudre les trois questions suivantes: 1º Froissart

a-t-il puisé son récit dans un autre chroniqueur, ou l'a-t-il tiré de

son propre fonds? 2º Quelles modifications ont été apportées au récit

primitif dans les rédactions successives du premier livre? 3º Enfin,

quelle est la part de la vérité et celle de l'erreur dans le texte des

Chroniques? Ces dissertations critiques permettraient de rassembler et

de grouper en quelque sorte toute la matière historique du quatorzième

siècle autour de l'œuvre de Froissart: les témoins si nombreux et si

divers de cette curieuse époque seraient entendus tour à tour, mais

c'est le chroniqueur de Valenciennes qui conduirait le chœur.

Chroniques de J. Froissart, tome 01/13, 1re partie · 第 40 / 96 题