OU BUREAU DE RENCONTRE.

_Plusieurs personnes viennent au Bureau pour s’informer de quelle

maniere il faut dresser leurs Mémoires, et d’autres en envoyent qui ne

sont pas assez instructifs; comme il faudroit bien du temps pour

instruire tous ceux qui y viennent les uns après les autres, on a jugé à

propos pour satisfaire à ce que plusieurs ont demandé de dresser

quelques articles, et de continuer dans les Listes suivantes, jusqu’à ce

qu’on aye parlé de tous ceux qui peuvent y estre employez. En voici

quelques-uns qui peuvent servir de Modèles._

_Si quelqu’un est dans le dessein de vendre une Terre, voicy comme il en

doit dresser le Mémoire._

_La Terre de ... qui est à ... lieues de Paris, et située à ... est à

vendre. Elle consiste en plusieurs pavillons, ou bien en un corps de

logis dans le fonds de la cour, avec deux ailes ou non sur les côtez, et

contient tant d’appartements, tant de chambres, tant de greniers,

offices, cuisines, caves, écuries, celliers, colombiers et granges. Il

faut marquer de quoy le tout est couvert, la grandeur de la court, s’il

y a des espaliers autour des murs de la dite court, si les murs sont

percez par des portes ou balustrades, qui donnent entrée aux jardins.

S’il y a des fleurs, des fruits, des legumes, des jets d’eaux, des

vignes, des bois, des bleds, du S. foin, et généralement tout ce qui

peut faire du revenu ou servir à l’embellissement; on doit ajouter si la

maison est en belle veuë, et si la riviere passe auprès, et à combien de

distance; on ne doit pas oublier s’il y a des fossez, une basse court,

s’il y a quantité de terres labourables, s’il y a des terres

seigneuriales, si cette terre a droit de haute, basse et moyenne

justice, si la Cure ou quelques autres bénéfices en dépendent, et tous

les autres droits qu’elle peut avoir, si elle a titre de Baronnie, de

Vicomté, ou autre, si l’on est Seigneur entier d’une ou deux paroisses,

s’il y a des fiefs, s’il y a des estangs, combien la Terre est affermée,

avec ou sans réserve, si on la veut échanger, si l’on veut toute la

somme en argent comptant, des rentes, ou quelque autre chose, et quelles

seuretez on donnera. On peut faire un détail à proportion pour les

grandes et petites Maisons de Campagne, et pour les grandes et petites

maisons à vendre ou à loüer à Paris; On y peut ajouter les commoditez,

les dégagements, les cheminées et alcôves, avec leurs ornements, les

dorures et peintures, et marquer combien on veut loüer ou vendre les

Maisons, combien elles sont louées, et s’il y a des escaliers separez,

et plusieurs sorties, afin que celui qui se chargera de toute la Maison

puisse connoistre par là s’il en peut facilement reloüer les

Appartements. Comme chaque particulier sait mieux l’estat de son bien et

de ses affaires que les plus intelligens, ces articles pourront estre

encore mieux dressez sur l’idée que l’on en donne. Voicy un Model d’un

article pour une charge à vendre._

_On veut vendre une Charge, il faut marquer si elle est chez le Roy, ou

de judicature, et si elle est unique à la Cour ou dans son siège; il

faut mettre si elle est de Paris, ou à combien de Paris, dans quelle

Province, et dans quelle Ville, il faut dire quels en sont les

Privilèges, combien elle a de gages, si elle a droit de

commissions[490], si elle exempte de Taille et de Tutelle, combien on la

veut vendre, et si l’on veut toute la somme en argent comptant._

[490] Privilège très envié, surtout lorsque c’étoit le droit de

_committimus_ au grand sceau, parce qu’il donnoit droit à ne plaider

que devant certains juges, et ainsi à n’évoquer les causes que là où

elles avoient intérêt. Les membres de l’Académie françoise en

jouissoient, ce qui donna occasion à l’abbé de Villiers d’écrire ces

quelques lignes dans le XXXIe dialogue de ses _Vérités satyriques_,

p. 266:

«CRITAS. Je sçai que vous avez des procès...

«PROTAS. Eh bien! en faut-il davantage pour être de l’Académie? Cela

me donnera droit de _committimus_ au grand sceau; n’est-ce rien pour

un homme qui a des procès?

«CRITAS. Je n’y faisois pas réflexion, et cette raison ne m’étoit

pas venue dans l’esprit. Rien n’est mieux pensé, rien n’est mieux

imaginé que de se faire de l’Académie pour plaider à son aise,

c’est-à-dire tant qu’on voudra, et partout où l’on voudra.»

Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2 · 第 198 / 232 题