Messieurs

1635. Henry-Louis Habert, sieur de MONTMOR, doyen des Maistres des

Requestes, rue _S. Avoye_[153].

[153] Il étoit de l’Académie depuis sa fondation, comme l’indique la

date de 1635, qui précède ici son nom. Il se tenoit chez lui des

conférences, mais de philosophie et de physique. Gassendi fut

quelques années son hôte, à l’époque où Chapelle, Molière et Bernier

suivoient ses leçons. Son hôtel, autrefois magnifique, «ædes

renidentes», comme dit Sorbière, existe encore dans la partie de la

rue du Temple qui s’est substituée à la rue Sainte-Avoie. Il mourut

le 21 janvier 1679. L’abbé de Lavau fut son successeur à l’Académie.

Quelques-unes des premières séances, avant qu’elle eût un

établissement fixe, s’étoient tenues chez Montmor.--Son fauteuil, le

40e, est occupé par M. Cuvillier-Fleury, selon le _Dictionn. histor.

de la France_, par M. Lud. Lalanne, que nous prenons pour guide.

Iean DES-MARESTS, cy-devant Controlleur General de l’Extraordinaire des

Guerres, _à la Place Royale_[154].

[154] Desmarests Saint-Sorlin, factotum poétique de Richelieu, pour

lequel il fit _Mirame_, et qui l’avoit mis, des premiers, de son

Académie. Il mourut cette année 1676, le 28 octobre, et eut J. J. de

Mesmes pour successeur. On lui devoit l’inscription de la statue de

Louis XIII élevée dans la place Royale, où il logeoit. Il avoit

auparavant habité l’hôtel Pelvé, qu’il avoit fait rebâtir, car il se

mêloit d’architecture, au coin des rues de Thiron et du Roi de

Sicile. Il y avoit été, dans les premiers temps, un des hôtes de

l’Académie encore sans asile.--Son fauteuil, le 39e, est occupé par

M. de Champagny.

1639. François ESPRIT, advocat en Parlement[155].

[155] Son prénom étoit Jacques, et non François; Pellisson (_Hist. de

l’Acad. françoise_, édit. Ch. Livet, I, p. 288) le fait non pas

avocat, mais conseiller du roi. On a de lui: _Paraphrase de quelques

psaumes_, dont l’édition, imprimée toute en italiques, est rare. Il

fut très goûté chez La Rochefoucauld, chez Mme de Sablé et chez le

chancelier Séguier, qui contribua beaucoup à le faire recevoir de

l’Académie à la place de Philippe Habert (V. _Regist._ du 14 fév.

1639). Si son adresse n’est pas donnée ici, c’est qu’à la suite du

prince de Conti il s’étoit retiré à Béziers, où il mourut le 6

juillet 1678. L’archevêque de Rouen, Colbert, lui succéda.--Son

fauteuil, le 3e, est échu à M. Jules Sandeau.

1640. Olivier PATRV, advocat en Parlement[156], _proche le

Puy-l’Hermite[157], faubourg S. Marcel_.

[156] On sait trop la réputation qu’il se fit au barreau de Paris pour

que nous devions y insister. Il avoit succédé, comme académicien, à

Porchères d’Arbaud. Il mourut le 16 janvier 1681 et fut remplacé par

le président Potier de Novion.--Son fauteuil, le 6e, est aujourd’hui

celui de M. le duc de Noailles.

[157] Ce puits, qui se trouvoit au carrefour formé par les rues de

l’Épée de bois, Gracieuse et Françoise, finit par donner son nom à

cette dernière. Patru logeoit encore auprès lorsqu’il mourut. (Jal,

_Dict. critique_, p. 945.) Richelet parle ainsi de sa maison: «Patru

se retira dans le plus beau quartier du faubourg Saint-Marcel, en

une petite maison assez agréable, qui avoit un jardin, une

basse-cour et toutes les commoditez des charmants réduits de la

campagne.» _Les plus belles Lettres françoises_, édit. de 1708,

in-12, 1re part., p. 57.

1643. Claude Bazin, sieur de BEZONS, conseiller d’Estat[158], _près les

Capucins du Marais_[159].

[158] Il avoit été avocat général au grand Conseil, et s’y étoit fait,

«parlant éloquemment et fortement en toutes rencontres», comme dit

Chapelain, les seuls titres qu’il eût à être de l’Académie. Il y

remplaça Séguier en 1643, et, lorsqu’il mourut, le 20 mars 1684, à

67 ans, il eut Boileau pour successeur.--Son fauteuil, le 7e, est

occupé par M. Émile Augier.

[159] Leur couvent, construit en 1622 et supprimé en 1790, se trouvoit

à l’angle des rues d’Orléans et du Perche, où l’église, bâtie sur

l’emplacement d’un jeu de paume, existe encore sous l’invocation de

saint François d’Assise.

1647. Pierre CORNEILLE, cy-devant Advocat General à la Table de Marbre

de Normandie, _rue de Clery_[160].

[160] Nous nous contenterons de dire que P. Corneille ne fut pas de

l’Académie tant que vécut Richelieu, qui lui gardoit rancune du

_Cid_. Six places s’étoient successivement trouvées vacantes: il ne

lui en laissa prendre aucune, sous prétexte qu’il habitoit Rouen. A

ce compte, Esprit, qui habitoit beaucoup plus loin, à Béziers,

aurait dû encore en être moins, et il en fut pourtant. En 1647

seulement, sous Mazarin, Corneille fut élu à la place de

Maynard.--Nous ne dirons rien sur l’adresse qui lui est donnée ici:

_rue de Cléry_. Nous en avons parlé longuement, à propos de son

dernier logis rue d’Argenteuil, dans notre _Histoire de la Butte des

Moulins_, p. 263.--Par le plus ingénieux et le plus sensé des

hasards, il se trouve qu’aujourd’hui le fauteuil de P. Corneille, le

9e de l’Académie, est celui de M. Victor Hugo.

1649. François de MEZERAY, conseiller du Roy, Historiographe de

France[161], _rue Mont-Orgueil, vis-à-vis la rüe Beaurepaire_[162].

[161] On aurait dû ajouter--mais ce n’étoit pas l’usage--_secrétaire

perpétuel_. Il l’étoit alors depuis un an, à la place de Conrart.

Comme académicien, il avoit succédé à Voiture en 1649, et il fut

remplacé lui-même, en 1685, par l’avocat Barbier d’Aucourt.--Son

fauteuil, le 12e, est occupé par M. Jules Favre.

[162] Son testament, signé le 11 juillet 1683, est daté de cette

adresse, mais avec la simple indication: «rue Montorgueil».

1650. Jean DOVJAT, Docteur Regent, et premier Professeur du Roy en Droit

Canon, Conseiller et Historiographe de Sa Majesté[163], _rue St Iean de

Beauvais_[164].

[163] Il avoit succédé au continuateur de l’_Astrée_, Baro, dont, par

la date donnée ici pour l’entrée de Doujat à l’Académie, on connoît

approximativement l’époque de la mort, restée autrement assez

problématique. (Pellisson, _Hist. de l’Acad. franç._, édit. Livet,

t. I, p. 238.) Doujat eut pour successeur l’abbé Renaudot, en

1689.--Son fauteuil, le 15e, vient d’échoir à M. Henri Martin, par

suite de la mort de M. Thiers.

[164] Son titre de professeur en droit canon lui permettoit d’y

habiter les _Écoles de droit_, dont la principale entrée étoit dans

cette rue. V. plus haut, t. I, p. 33.

1651. François CHARPENTIER[165], _rue de la Verrerie_[166].

[165] C’est surtout comme traducteur qu’on le reçut, en 1651, de

l’Académie; il travailla aussi à la rédaction des _Voyages_ de

Chardin.--Il occupoit le 16e fauteuil, où il avoit remplacé J.

Baudoin, et que l’évêque de Senlis, Chamillard, eut après lui, en

1702. C’est aujourd’hui celui de M. le duc de Broglie.

[166] Il avoit d’abord habité près du Louvre une maison, dont il étoit

le propriétaire, mais qu’il avoit dû quitter. Le roi se l’étant

réservé «pour le grand dessein du Louvre», Charpentier n’avoit pas

eu le droit d’y faire les réparations nécessaires, et c’est pour n’y

pas être écrasé sous les ruines que force lui avoit été d’en partir

avec tous ses locataires.

François TALLEMANT, conseiller du Roy, et Premier Aumosnier de Madame,

abbé de Val-Chrestien, et prieur de S. Irenée, _rue Sainte-Anne, proche

celle de la Sourdière_[167].

[167] Frère cadet de Tallemant des Réaux. Il est fameux par le vers

que sa traduction de Plutarque lui valut de la part de Boileau, et

auquel un académicien du même nom et de la même famille, l’abbé Paul

Tallemant, qu’on trouvera plus loin, riposta par une lettre très

digne, très spirituelle, mais trop peu connue. Elle se trouve dans

l’édit. du Racine in-8º de 1768, t. VII, p. 254. Il avoit succédé,

en 1669, à J. de Montreuil, et il eut pour successeur, en 1693,

Simon de Laloubère.--Son fauteuil, le 13e, est aujourd’hui celui de

M. le duc d’Audiffret-Pasquier.

1652. Armand de Cambout, duc de COASLIN, Pair de France, Lieutenant

General pour le Roy en Basse-Bretagne, Mestre de Camp General de

la Cavalerie Legere, _rue des Deux-Portes, près de la rue

Mont-Orgueil_[168].

[168] Petit-fils de Séguier par sa mère, il avoit été, lorsqu’il

remplaça L’Estoille, en 1652, académicien de naissance pour ainsi

dire. Son fils et son petit-fils, qui, l’un après l’autre, lui

succédèrent, le furent de même. Chapelain, lui cherchant des titres,

ne trouva qu’une harangue «courte et bonne» qu’il avoit faite, comme

président, aux États de Bretagne: «Du reste, ajoute-t-il, il se

pique plus de guerre que d’écriture.»--Son fauteuil, le 17e, est

occupé par M. Hippolyte Taine.

1653. Paul PELLISSON Fontanier, conseiller du Roy en ses Conseils,

maistre des Requestes ordinaire de son Hostel[169], _maison abbatiale de

S. Germain des Prez_[170].

[169] On connoît assez Pellisson pour que nous n’ayons pas à parler de

lui. Il ajoutoit à son nom celui de Fontanier, qui étoit celui de sa

mère, pour se distinguer de son frère aîné Georges. Il avoit en 1653

remplacé Porchères Laugier, et il eut en 1693 Fénelon pour

successeur.--Son fauteuil, le 20e, est maintenant celui de M.

Dufaure.

[170] C’est comme administrateur de l’économat de l’abbaye qu’il

habitoit «cette maison abbatiale», dont on peut voir encore la

façade presque intacte au bout de la rue Furstemberg. V. plus haut,

t. I, p. 23.

1654. Paul-Philippes de CHAVMONT, Evesque de Dax[171].

[171] On disoit alors plus communément évêque d’Acqs. Cet évêché de

Dax fut supprimé en 1802. Chaumont l’occupa de 1671 à 1684, puis

s’en démit. Étoit-ce pour être plus assidu à l’Académie? Il y avoit,

en 1654, remplacé Sérizay, et le président Cousin l’y remplaça en

1697: «La nécessité de ses fonctions, dit-il de son prédécesseur, le

priva pendant quelque temps des avantages de votre société.» Son

fauteuil, le 18e, est occupé par M. le comte de Falloux.

1656. Charles COTIN, abbé de Mont-Fronchel, chanoine de Bayeux, _rüe

Simon-le-Franc_[172].

[172] Une des plus fameuses victimes de Boileau et de Molière. L’abbé

d’Olivet croyoit qu’il n’avoit été qu’un an chanoine de Bayeux:

nommé en 1650, il auroit l’année d’après, «ne voulant pas résider à

Bayeux», résigné son canonicat. On voit que c’est une erreur

puisque, seize ans après, notre liste le lui attribue encore. Cotin

avait, en 1655, succédé à Habert de Cérizy; en janvier 1682, il eut

l’abbé de Dangeau pour successeur.--Son fauteuil, le 21e, est

aujourd’hui celui de M. Charles Blanc.

1657. César d’ESTRÉES[173], Cardinal Evesque et Duc de Laon, Pair de

France, _rüe Barbeth_[174].

[173] Il n’eut de titres à l’Académie que comme homme d’État. Il en

fut pendant cinquante-six ans: depuis 1658, époque où il succéda à

Du Ryer, jusqu’en 1714. Son neveu le maréchal d’Estrées le remplaça.

C’est au cardinal d’Estrées que l’Académie française dut ses

fauteuils, dont un existe encore chez M. Camille Doucet, secrétaire

perpétuel. (V. notre _Histoire du Louvre_ dans _Paris à travers les

âges_.)--Il occupoit le 18e, échu aujourd’hui à M. V. Sardou.

[174] Lisez Barbette. L’hôtel d’Estrées, qui fut depuis l’hôtel de

Corberon, puis une succursale de l’école de Saint-Denis, s’y

trouvoit à l’extrémité à gauche, du côté de la rue des

Trois-Pavillons. On l’a démoli sous le second empire.

1658. Iean-Iacques Renoüard, sieur de VILLAYER, Conseiller d’Estat

ordinaire[175], _rüe Chapon_.

[175] Il avoit remplacé Servien, et il eut pour successeur Fontenelle,

en 1691. Il n’étoit pas conseiller d’état ordinaire, comme il est

dit ici, mais par semestre.--Son fauteuil, le 22e, est occupé par M.

Caro.

1661. Iacques CASSAIGNE, Docteur en Theologie, Prieur de S. Estienne,

_rüe d’Orléans_[176].

[176] C’est le prédicateur dont s’est tant moqué Boileau. N’ayant

guère que vingt-sept ans, il avoit, au commencement de 1662, succédé

à Saint-Amant. Il mourut en 1679, et fut remplacé par M. de Crécy.

L’évêque de Luçon, Nic. Colbert, lui avoit délégué sa charge de

gardien de la Bibliothèque du roi.--Il occupoit le 24e fauteuil,

celui de M. d’Haussonville aujourd’hui.

1662. Antoine FVRETIERE, abbé de Chalivoy et Prieur de Chuisnes, _rüe de

Savoye_[177].

[177] Il avoit, en 1662, succédé à Boissat. La fameuse affaire du

_Dictionnaire_, qu’il recommençoit sur un plan nouveau, pendant que

l’Académie, privilégiée pour ce travail, le continuoit sans s’être

assez tôt défiée de ce que nous appellerions une concurrence

déloyale, le fit exclure le 27 janvier 1685. On ne lui donna

toutefois un successeur qu’à sa mort, en 1688; ce fut La

Chapelle.--Son fauteuil, le 25e, est occupé par M. X. Marmier.

Iean Regnaud de SEGRAIS[178], _rüe de Vaugirard, vers le Calvaire_[179].

[178] Successeur de Boisrobert, en 1662, il fut remplacé en 1701 par

Campistron.--Son fauteuil, le 26e, est occupé par M. de Viel-Castel.

[179] Il y logeoit chez Mme de La Fayette, qui l’avoit recueilli

lorsqu’il eut quitté le Luxembourg, où il étoit gentilhomme de

Mademoiselle, et qui le fit travailler à son roman de _Zayde_. Le

couvent du Calvaire n’existe plus depuis 1790. L’église, après avoir

servi de remise, a été absorbée par le palais du Sénat. Le cloître

est devenu une serre.

Michel le CLERC, advocat en Parlement, _Place Royale_[180].

[180] Il n’est plus connu que par l’épigramme que fit Racine contre

son _Iphigénie_, tragédie à laquelle Boyer, qu’on trouvera plus

loin, collabora. Le Clerc avoit, en 1662, remplacé Priezac, et il

eut pour successeur Toureil, en 1692.--Son fauteuil, le 5e, est

aujourd’hui celui du savant chimiste, M. J. B. Dumas.

1663. François de Beauvilliers, duc de SAINT-AGNAN, Pair de France,

Premier Gentilhomme de la Chambre du Roy, Gouverneur du Havre de Grace,

chevalier des Ordres de Sa Majesté[181], _près de la Grande

Escurie_[182].

[181] Reçu en 1663 à la place de La Mesnardière, il fut, en 1697,

remplacé par l’abbé de Choisy. En qualité de bel esprit de la cour,

il protégeoit volontiers ceux de la ville. Molière entre autres s’en

étoit bien trouvé.--Son fauteuil étoit le 11e, occupé maintenant par

M. Littré.

[182] Il logeoit au pavillon Marsan, près duquel la grande écurie

s’étendoit jusqu’aux environs de la rue Saint-Honoré.

1665. Roger de Rabutin, comte de BUSSY, Lieutenant General des Armées du

Roy[183].

[183] Il avoit en 1665 succédé à Perrot d’Ablancourt, et il eut pour

successeur, en 1693, Paul Bignon. Disgracié, comme on sait, pour son

_Histoire amoureuse des Gaules_, il habitoit sa terre de Chaseu en

Bourgogne.--Son fauteuil, le 2e, est à présent celui de M. Mignet.

Iacques TESTU, abbé de Belval[184], _à la Place Royale_[185].

[184] Bautru de Serrant l’avoit précédé sur le fauteuil qu’il

occupoit, et le marquis de Saint-Aulaire l’y remplaça en

1706.--C’est le 27e, que la mort de M. de Sacy vient de laisser

vacant.

[185] La duchesse de Richelieu, qui l’avoit en grande amitié, l’y

logeoit dans son hôtel.

1666. Paul TALLEMANT, Prieur de S. Albin, _rüe de Clery_[186].

[186] C’est lui dont nous avons cité plus haut, à propos de son parent

François Tallemant, une si verte réplique à Boileau. Successeur de

Gombaud, en 1666, à vingt-trois ans, il fut remplacé en 1712 par

Danchet.--Son fauteuil, le 29e est vacant en ce moment par suite de

la mort de M. Saint-René Taillandier.

Claude BOYER[187], _rüe de Clery_[188].

[187] Autre victime de Boileau et de Racine. Il avoit eu pour

prédécesseur Giry, en 1665, et il eut pour successeur l’abbé Genest,

en 1698. Il étoit du Languedoc comme Leclerc, avec lequel il

collaboroit non-seulement pour des tragédies, mais aussi pour des

lettres politiques sur les affaires du temps, qui les firent plus

d’une fois inquiéter (_Corresp. administ. de Louis XIV_, t. II, p.

555).--Le fauteuil de Claude Boyer, le 28e, est occupé par M. D.

Nisard.

[188] Paul Tallemant, qui l’avoit défendu, en même temps que son

parent, dans la lettre que nous rappelions tout à l’heure, l’avoit

en grande estime et le logeoit chez lui, rue de Cléry: «Vous sçavez,

dit-il à Boileau, qu’il a toujours demeuré et est mort dans notre

maison, maison assez aimée des gens de lettres.»

Iean-Baptiste COLBERT, conseiller du Roy en tous ses Conseils,

secretaire d’Estat, Grand Tresorier des Ordres du Roy, Controlleur

General des Finances, Surintendant et Ordonnateur General des Bastiments

du Roy, Arts et Manufactures de France[189], _rüe neuve des Petits

Champs_[190].

[189] C’est le grand ministre qui, par conséquent, n’aura pas beaucoup

à nous occuper ici. L’Académie l’avoit reçu, en 1660, à la place de

Silhon. Il n’y vint guère, aimant mieux, à l’occasion, faire venir

les académiciens chez lui, à Sceaux (_Mercure_, oct. 1677). Il eut,

en 1684, La Fontaine pour successeur.--Son fauteuil, le 30e, est

aujourd’hui celui de M. Duvergier de Hauranne.

[190] Son hôtel y est remplacé par deux passages, dont l’un en a pris

le nom de «passage Colbert».

1667. Philippes de Courcillon marquis de DANGEAV, Gouverneur de

Touraine, et Colonel du Regiment d’Infanterie du Roy[191], _rüe S.

Honoré_[192].

[191] L’auteur du fameux _Journal_ du grand règne. Il était de

l’Académie depuis longtemps lorsqu’il le commença. Sa réception,

comme successeur de Scudéry, date, comme on le voit ici, de 1667;

lorsqu’il mourut, en 1720, cédant la place au duc de Richelieu, il

étoit doyen.--Son fauteuil, le 14e, est aujourd’hui celui de M.

Camille Doucet.

[192] Il y logeoit dans la partie qui dépendoit de Saint-Eustache.

C’est en effet à cette église qu’il s’étoit marié le 7 mai 1670. Il

eut plus tard son hôtel à la place Royale.

1670. François Seraphin REGNIER des Marais[193], Prieur commendataire de

Grandmont[194], Académicien de la Crusca[195], _à l’Hostel de

Crequy_[196].

[193] Il étoit académicien depuis six ans, ayant été élu en 1670 pour

le fauteuil laissé vacant par Cureau de la Chambre. Il fut nommé en

1684 secrétaire perpétuel, à la place de Mézeray, et mourut en 1713.

La Monnoie lui succéda. V. plus bas, p. 301.--Son fauteuil, le 31e,

est occupé par M. Ernest Legouvé.

[194] Le roi lui avoit donné ce riche prieuré, lorsqu’il ne demandoit

qu’une pension, et c’est ainsi qu’il fut abbé sans l’avoir voulu,

mais sans le regretter.

[195] Il avoit, dit-on, plus de talent en italien qu’en françois:

«S’il réussit, écrit d’Alembert, à faire passer un de ses sonnets

pour être de Pétrarque, il n’eût pas fait passer ses vers françois

sous le nom d’un grand poète.» _Éloges des Académiciens_, t. III, p.

205.

[196] Le duc de Créqui, dont il avoit été le secrétaire pendant son

ambassade à Rome, le logeoit chez lui. Son hôtel, auparavant hôtel

Mazarin, se trouvoit, quai Malaquais, sur l’emplacement occupé

aujourd’hui par une partie de l’école des Beaux-Arts. Il a été

démoli en avril 1845.

Pierre Cureau de la CHAMBRE, Docteur en Theologie[197], Curé de S.

Barthelemy[198].

[197] Son père, médecin célèbre, avoit été de l’Académie. C’est ce qui

lui en ouvrit les portes en 1669, à la mort de Racan. La Bruyère lui

succéda en 1693.--Il occupoit le 14e fauteuil, celui de M. Auguste

Barbier aujourd’hui.

[198] Il y fut d’un zèle de charité admirable. Pendant le rude hiver

de 1693, il vendit tout pour secourir ses paroissiens décimés par le

froid et la contagion: «il ne lui restoit plus, dit l’abbé d’Olivet,

qu’à donner sa vie.» La contagion la lui prit. Il mourut le 15 avril

suivant.

Philippes QVINAVLT, auditeur des Comptes[199], _rüe neuve S.

Médéric_[200].

[199] L’auteur bien connu des opéras que la dévotion lui fit renier à

la fin de sa vie. Son mariage avec la riche veuve Mme Bonnet, qui

lui apporta cent mille écus, lui avoit permis d’acheter une charge

d’auditeur des comptes.

[200] Il étoit né rue Grenelle-St-Honoré où, comme on sait, son père

étoit boulanger. Il se maria rue de la Grande-Truanderie, logea

quelque temps où nous le voyons ici, rue Neuve-Saint-Merry, et

s’établit enfin à l’île Saint-Louis où il mourut en 1688. Fr. de

Caillières lui succéda à l’Académie, où il avoit lui-même remplacé

Salomon en 1670.--Son fauteuil, qui porte le nº 1, est aujourd’hui

occupé par M. Ernest Renan.

1671. François de HARLAY de Chanvallon, archevesque de Paris, duc et

Pair de France, etc.[201].

[201] Fait académicien en 1671, il avoit eu pour prédécesseur Hardouin

de Péréfixe, comme lui archevêque de Paris. Son successeur fut le

savant Dacier, en 1691.--Il occupoit le 19e fauteuil, celui de M.

John Lemoine aujourd’hui.

1672. I. Benigne BOSSVET, Evesque de Condom, Precepteur de Monseigneur

le Dauphin[202].

[202] Il ne fut de l’Académie, à quarante-cinq ans, que lorsque sa

nomination comme précepteur du Dauphin lui permit de quitter Condom,

et d’habiter Versailles. Successeur de Hay de Chambon, en 1672, il

fut remplacé en 1704 par le cardinal de Polignac.--Son fauteuil, le

33e, est occupé par M. Camille Rousset.

Charles PERRAVLT, Controlleur General des Bastiments du Roy[203], _rüe

Neuve des bons Enfans_[204].

[203] C’est l’auteur des _Contes des fées_. La protection de Colbert

le fit entrer en 1671 à l’Académie où il avoit eu Fr. de Montigny

pour prédécesseur. Le cardinal de Rohan lui succéda en 1704. Il

occupoit le 24e fauteuil, celui de M. Mézières en ce moment.

[204] Il y logeoit dans les dépendances du Palais-Royal, qu’il quitta,

lorsque Colbert l’eut disgracié, pour aller habiter une maison à lui

dans le faubourg Saint-Jacques.

1673. Esprit FLECHIER, abbé de Severin[205], _rüe S. Thomas à l’hostel

de Rambouillet_[206].

[205] Il eut pour prédécesseur Godeau, qu’il remplaça en 1673; et pour

successeur H. de Nesmond, en 1710. L’abbaye de Séverin n’étoit pas

son seul bénéfice, il eut aussi celle de Baignes, et le prieuré de

Peyrat.--Son fauteuil, le 34e, est occupé par M. V. de Laprade.

[206] Il y logeoit chez Montausier, qui se l’étoit attaché comme

«homme de lettres». Il y étoit déjà venu auparavant du temps de Mme

de Rambouillet, la célèbre Arthénice; et c’est comme hôte du _Salon

bleu_, où il étoit connu sous le nom de Damon, qu’il avoit pu si

bien dire, en 1671, dans l’oraison funèbre de Julie d’Angennes,

duchesse de Montausier: «Souvenez-vous de ces cabinets que l’on

regarde encore avec tant de vénération, où l’esprit se purifioit...

où se rendoient tant de personnes de qualité et de mérite.»

Iean RACINE[207], Trésorier de France à Moulins[208], _à l’Hostel des

Ursins_[209].

[207] Lorsqu’il fut nommé en 1673 à la place de La Mothe Le Vayer, il

étoit au plus fort de ses succès de théâtre. Valincourt, qui avoit

été de ses meilleurs amis, lui succéda en 1699.--Son fauteuil est le

4e, le même qui est occupé maintenant par M. Octave Feuillet.

[208] On ne sait pas au juste à quelle date Racine eut cette charge,

qui fut pour lui la plus absolue des sinécures. On le dispensa même,

comme académicien et historiographe du roi, d’en aller prendre

possession. (_Lettres_ de Colbert, t. V, p. 524.)

[209] Il y logeoit déjà en 1668, quand furent joués _les Plaideurs_.

V. plus haut, t. I, p, 95, note, et _Hist. de l’Académie_, édit. Ch.

Livet, t. II, p. 333. Quand il se maria, le 1er juin 1677, il y

logeoit encore, car il est donné sur l’acte comme habitant la

paroisse Saint-Landry, qui étoit celle de l’hôtel des Ursins. Il

alla demeurer peu après rue Saint-André-des-Arts, au coin de la rue

de l’Éperon.

Iean GALLOIS, abbé de S. Martin de Cores[210], _rüe Vivien_[211].

[210] Académicien, comme Perrault, de la façon de Colbert, il fut élu,

en 1673, à la place de Bourzeis; l’abbé Mongin lui succéda en 1708.

L’abbaye de Saint-Martin des Cores, dont il étoit pourvu, se

trouvoit au diocèse d’Autun. On a vu plus haut, t. I, p. 142, note,

qu’il avoit travaillé au _Journal des savants_. Ajoutons qu’il aida

au rétablissement de l’Académie des sciences, dont il fut dès lors

le secrétaire.--Son fauteuil à l’Académie françoise étoit le 35e,

occupé aujourd’hui par M. Gaston Boissier.

[211] Premier nom de la rue Vivienne, qui le devoit à Louis Vivien,

seigneur de la Grange-Batelière, dont _la censive_ s’étendoit

jusque-là. L’abbé Gallois y logeoit dans une dépendance de l’hôtel

Colbert, pour laquelle la rue qui mit en communication les rues

Vivien et de Richelieu fut percée peu après, derrière l’hôtel

Mazarin, devenu hôtel de Nevers: «On va faire, lisons-nous sous la

date du 13 avril 1682, dans les _Lettres hist. et anecd._ ms. de la

Biblioth. nat., une nouvelle rue auprès de la maison de M. Colbert

et derrière l’hôtel de Nevers, qui portera le nom de: _La rue

Colbert_.»

1674. Isaac de BENSERADE[212], _au Palais Royal_[213].

[212] Il avoit succédé à Chapelain, en 1674, et eut pour successeur

Pavillon, en 1691. Il occupoit le 37e fauteuil, qui est à présent

celui de M. Émile Ollivier.

[213] Il y mourut le 20 oct. 1691. Il avoit d’abord habité au quartier

des Écoles, dans la rue Fromentelle; puis, vers 1651, rue des

Bons-Enfants, chez Mme de La Roche-Guyon qui l’aimoit fort; ensuite

aux Tuileries, comme le prouvent ses vers: _Plaintes du cheval

Pégase aux chevaux de la petite écurie qui le veulent desloger de

son galetas des Tuileries_; et enfin au Palais-Royal, qu’il ne

quittoit, l’été, que pour sa maison d’Arcueil, dont Adam Parelle a

dessiné et gravé «le berceau de feuillage».

Pierre Daniel HVET, Sous-Precepteur de Monseigneur le Dauphin[214], _rüe

neuve des Petits Champs_[215].

[214] Il avoit remplacé Gomberville en 1674, et le fut lui-même par

Boivin en 1721. Nous le retrouverons sur la liste suivante.--Son

fauteuil, le 36e, est aujourd’hui celui de Mgr le duc d’Aumale.

[215] Il y logeoit chez un charpentier, vis-à-vis le marché aux

chevaux. (V. notre _Hist. de la butte des Moulins_, p. 104.)

1675. Toussaints ROSE, secretaire du Cabinet, _à l’Hostel de Fleury, rue

des Bourdonnois_[216].

[216] C’est lui qui avoit «la plume», et qui devoit imiter, comme tel,

l’écriture du roi à s’y méprendre. Ses fonctions consistoient ainsi

à faire légalement des faux. Il avoit succédé à Conrart en 1675, et

il fut remplacé par Sacy en 1701.--Il occupoit le 38e fauteuil,

occupé maintenant par M. A. Dumas fils.

Geraud de CORDEMOY, lecteur de Monseigneur le Dauphin, _rüe

Beaubourg_[217].

[217] Il avoit remplacé Ballesdens en 1675, et il le fut en 1685 par

Bergeret. V. sur ses ouvrages, t. I, p. 189, 203.--Son fauteuil, le

10e, est occupé par M. Jules Simon.

[Chez Pierre LE PETIT, imprimeur ordinaire du Roy et de l’Académie, _rue

Saint Jacques_, à la Croix d’or[218].]

[218] Dans la parodie paraphrasée en vers, que fit Benserade, en 1684,

de la _Liste de messieurs de l’Académie_ pour cette année-là, pièce

des plus curieuses, citée par d’Olivet, mais publiée seulement de

nos jours par le journal _l’Intermédiaire_, 15 juin 1864, p. 110, on

trouve à la fin cette mention sur l’Imprimeur des Quarante:

_Le Petit_, leur imprimeur,

Triste, est de mauvaise humeur

Contre _le Dictionnaire_,

Qui, ne s’en émouvant pas,

Suit toujours du même pas,

Et va son train ordinaire.

Le Petit mourut en 1687, Coignard le remplaça. _V._ plus haut, t. I,

p. 189.

Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2 · 第 164 / 232 题