JEUNES ET SOLEMNITEZ.

Par rapport aux institutions ecclésiastiques, les jours peuvent être

généralement divisez en jours libres et en jours prescrits.

Les jours libres sont ceux dans lesquels on peut user indistinctement de

toutes sortes d’aliments, et s’occuper indifféremment à toutes espèces

de négociations et de travaux.

Les jours prescrits sont ceux qui sont ordonnez pour les jeûnes et pour

les solemnitez. Dans les uns les viandes grasses sont prohibées, dans

les autres il faut s’abstenir du travail pour vaquer plus assiduement au

culte divin.

De même qu’il y a des jeûnes et des solemnitez fixes dans le Calendrier,

il y en a aussi de mobiles qui changent chaque année par rapport à leurs

dattes et on peut dire même que les Dimanches sont des fêtes d’une

troisième espèce qu’on peut appeler mixtes: car si d’un côté ils peuvent

être considérés comme fixes, en cela qu’ils sont toujours solemnisez le

premier jour de la semaine, ils ont d’ailleurs ceci de commun avec les

Fêtes mobiles qu’ils changent de dattes chaque année, d’où vient qu’on

est obligé de les désigner dans le Calendrier par la lettre Dominicale,

à la différence des autres fêtes qui sont seulement désignées par des

lettres italiques, de même que les jours de jeûne.

La plus grande fête des chrétiens est celle de Pâques, qui est d’autant

plus considérable entre les Fêtes mobiles que c’est elle qui règle

toutes les autres[38], aussi bien que les jeûnes qui sont assujettis au

changement de dattes; c’est pourquoi, quand on sçait le jour de sa

célébration pour une certaine année, on peut sçavoir en quoi le

Calendrier de cette année là peut être différent de celuy de l’année

précédente, y ayant toujours le même nombre de jours entre deux jeûnes

ou deux fêtes mobiles.

[38] Champollion-Figeac dit à peu près de même p. 161: «On s’est

surtout proposé parmi les Chrétiens de régler la célébration de la

Pâque, de laquelle dépendent les jours de toutes les autres fêtes

mobiles.»

Le Concile de Nicée[39] qui, entre autres choses, fut assemblé pour

régler la fête de Pâques, ordonna qu’elle seroit célébrée le premier

Dimanche d’après le 14e jour de la Lune du premier mois; en sorte

néanmoins que ce 14e jour de la Lune se trouvant être au Dimanche, elle

fut remise au Dimanche suivant, et déclara que par ce premier mois on

devoit entendre celuy dont la 14e lune tomboit au jour de l’Équinoxe du

Printemps ou immédiatement après[40].

[39] Nous avons, à propos de la réforme julienne qu’il adopta, parlé

déjà de ce Concile qui se tint en l’année 325.

[40] Il sera plus clair de dire, avec M. Legoarant, qu’il fut décidé

par le Concile que Pâques seroit toujours célébré le premier

dimanche d’après la pleine Lune qui suit l’équinoxe de Printemps,

c’est-à-dire le 21 mars. «Pâques ne peut ainsi, dit-il, se trouver

plus tôt que le 22 mars, ou plus tard que le 25 avril.»

Quelqu’un pourrait souhaiter une plus ample explication de cette

doctrine; mais, comme je l’ai déjà dit, ce n’est pas ici un livre de

science, c’est seulement un Manuel dans lequel on ne doit trouver que

l’effet de la science, c’est-à-dire une réduction précise des utilitez

qu’elle peut fournir; c’est pourquoi j’estime qu’il suffira de marquer

ici suivant la coutume les dattes des Jeûnes et des Fêtes mobiles.

La Septuagésime, qui est le dixième Dimanche d’avant Pâques, et qui sert

à l’ordre des prières ecclésiastiques, sera cette année le 3 février.

Les Cendres, qui est le premier jour de Carême, le 20 du même mois,

Pâques le 6 avril, les Rogations le 12, l’Ascension le 15 et la

Pentecôte le 25 May, la Trinité le 1er et la Fête-Dieu le 5 juin, et le

premier Dimanche de l’Avent le 30 novembre.

A l’égard des Quatre-Temps, en chacun desquels l’Eglise a ordonné trois

jours de jeûne, ils seront cette année en Mars les 26, 28 et 29, et en

May les 28, 30 et 31, en Septembre les 17, 19 et 20, et en Décembre les

mêmes jours.

Les Vigiles des Fêtes mobiles, aussi bien que des autres, sont marquées

dans le Calendrier.

Il est bon de dire ici que par le respect qu’on doit à la Fête de Pâques

et à celle de Noël, l’Eglise défend les noces depuis le jour des Cendres

jusqu’au premier Dimanche d’après Pâques qu’on nomme Quasimodo, et

depuis le premier jour de l’Avent jusqu’aux Rois.

Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2 · 第 105 / 232 题