Le Temps, qui n’est proprement que la durée passée, présente et future
de l’Univers, a parmi les hommes des époques et des divisions qui
servent à mesurer la subsistance des estres périssables. Ces époques et
ces divisions sont ce qui forme le Calendrier, dans lequel les parties
du temps ne sont déterminées que respectivement aux mouvements du Soleil
à l’égard de la Terre ou, comme il faudroit dire avec Copernic, aux
mouvemens de la Terre à l’égard du Soleil, ce qui ne change rien dans le
fait.
Ainsi, comme on suppose dans l’opinion commune que le Soleil est 365
jours, 5 heures et environ 49 minutes à parcourir tout le Zodiaque,
c’est-à-dire à faire tout le tour de la Terre, par son mouvement annuel
on fait de cette espace de temps une mesure qu’on appelle année, et qui
sert, en la multipliant, à déterminer les plus longues durées des
choses, puisque de cent années on fait un siècle, et que l’idée de
plusieurs siècles passez renvoye notre imagination jusqu’au temps de la
création du Monde.
Mais comme on sçait que chaque année commence le 1er janvier à minuit,
qu’elle finit le dernier décembre à la même heure, et que tout cet
espace de temps n’est justement que de 365 jours, on pourroit croire que
les 5 heures et les 49 minuttes[26] dont il vient d’être parlé,
détacheroient l’ordre des saisons de celui des années dans la succession
des temps, si je ne faisois remarquer ici qu’après trois années de 365
jours on en fait une de 366 qui est appelée bissextile[27], et dont le
jour ajouté fait que février, qui n’a que 28 jours dans les autres, en a
29 dans celle-ci et encore qu’après 135 années on retranche un jour,
pour quelques minutes qu’il y a de moins sur ce jour ajouté[28].
[26] C’est ce qu’on appelle en Astronomie «le Quart de jour».
[27] V. une des notes précédentes.--Nous ajouterons ici, pour fixer
mieux l’origine de cette division du temps, qu’il paroît avéré
aujourd’hui que 2000 ans avant notre ère, les Chinois avoient une
année commune de 365 jours, et qu’ils intercaloient un jour tous les
quatre ans. V. Claudius Saunier, _le Temps_, 1858, in-12, p. 60.
[28] Lalande, dans son _Astronomie des Dames_, édit. de 1824, in-12,
p. 83, explique avec plus de détail, et d’après les calculs
définitifs, comment on retrouve, pour qu’il n’y ait pas de lacune,
les quelques minutes qui manquent au jour supplémentaire des années
bissextiles: «il s’en faut, dit-il, de onze minutes que le quart de
jour ne soit juste, et au bout de cent ans cette erreur s’accumule
de manière qu’on a ajouté presque un jour de trop; voilà pourquoi en
1700, 1800 et 1900 l’année est commune au lieu d’être bissextile,
comme elle devroit l’être de quatre ans en quatre ans. Mais l’an
2000 sera bissextile; on ne supprime que trois bissextiles en 400
ans, parce que les onze minutes d’erreur n’en exigent pas davantage.
Voilà en abrégé, ajoute-t-il, toute la règle des années solaires,
suivant la réformation faite en 1582. Les années bissextiles sont
celles dont on peut prendre le quart, comme 84, 88, 92, etc., même
les années séculaires 1600, 2000, 2400.»--Lalande, après ces
explications, rappelle spirituellement la prière du Bourgeois
gentilhomme à son Maître de philosophie pour qu’il lui apprenne
l’Almanach (acte II, scène 6), et il ajoute: «Molière savoit que ce
n’étoit pas toujours une chose facile.»
L’espace de temps dans lequel le Soleil, par son mouvement annuel,
parvient d’un solstice à l’autre, sert à diviser l’année en deux
semestres, de même que par les deux solstices et les deux équinoxes
ensembles, on la divise en quatre trimestres ou quartiers, et chacun de
ces trimestres en trois mois, chacun desquels est mesuré par le temps
que le Soleil employe dans ce même mouvement pour passer de l’un des
signes du Zodiaque dans un autre.
J’ai déjà dit que le Soleil, par le mouvement du premier mobile, fait
tout le tour de la Terre en 24 heures; je dois dire maintenant que cet
espace de temps est ce qu’on nomme jour naturel, c’est-à-dire la trois
cent soixante et cinquième partie d’une année qui n’est point
bissextile, laquelle comprend ensemble le temps des ténèbres qu’on
appelle nuit, et celuy de la lumière qui est nommé jour artificiel.
Il vient d’être remarqué que février n’a ordinairement que 28 jours et
au plus 29. Quelques autres en ont 30 et la plupart même jusqu’à 31.
Cela vient de ce que les mois qui n’étoient autrefois que lunaires,
c’est-à-dire réglez sur le mouvement rétrograde de la Lune, n’étoient
qu’environ de 29 jours; et que depuis, pour ajuster les mois au circuit
annuel du Soleil, Jules César ajouta dix jours à l’année[29], ce qui fit
en même temps l’accroissement et l’inégalité des mois.
[29] C’est ce qu’à cause de lui on appela l’année julienne, dont nous
avons déjà parlé plus haut. La réforme dont elle fut le résultat
reposoit sur une base erronée, en ce qu’on y considérait comme
exacte une longueur de l’année de 10 minutes 8 secondes plus grande
qu’elle n’est réellement, ce qui formoit tous les cent trente-quatre
ans l’excédant d’un jour presque entier. Dès le XIe siècle, lorsque
les astronomes persans eurent déterminé la longueur de l’année avec
une précision telle que l’erreur ne fut plus que d’un jour en
plusieurs milliers d’années, on se préoccupa d’une nouvelle réforme,
mais il fallut plusieurs siècles, comme on le verra, pour qu’elle
aboutît.
Cette inégalité et le nombre de 52 semaines qui se trouvent dans le
courant de chaque année fait voir qu’elles ne peuvent pas entrer dans
une division cathégorique des temps, puisqu’on ne peut pas diviser les
mois en un nombre certain de semaines, chaque semaine n’étant que de
sept jours; aussi ne doivent-elles être considérées que comme une
ordination ecclésiastique concernant le culte divin[30]; c’est pourquoi
après avoir montré qu’un siècle est composé de cent années, que chaque
année comprend deux semestres, chaque semestre deux quartiers, chaque
quartier trois mois, chaque mois un peu moins ou un peu plus de 30
jours, et enfin chaque jour 24 heures, y compris les diurnes et les
nocturnes; il reste seulement à dire pour l’exacte division des mesures
du temps, que chaque heure est divisée en deux demies, chaque demie en
deux quarts, chaque quart en quinze minuttes, chaque minutte en 60
secondes, chaque seconde en 60 tierces, etc.
[30] C’est ce qu’elle est en effet depuis l’adoption, en 325, de la
réforme julienne par le Concile de Nicée, qui supposa que
l’intercalation de dix jours ordonnée par César faisoit exactement
coïncider la longueur de l’année astronomique avec celle de l’année
civile, et établit la concordance astronomique du calendrier avec le
mouvement du Soleil.