Ce qu’on appelle systême dans l’Astronomie est une déduction précise des
principalles dispositions de l’Univers.
Celuy dont je viens de donner l’idée est attribué à Ptolémée Égyptien.
Il a servi à la construction de la Sphère artificielle qui sert depuis
plusieurs siècles à démontrer cette science. Thico-Brahé, Danois, qui
s’étoit proposé de le réformer, ne jugea pas à propos de détruire
l’immobilité de la Terre et se contenta de supposer que le Soleil
tournoit autour d’elle, tandis que les autres Planettes tournoient
autour du Soleil, ce qui n’a eu qu’un petit nombre d’approbateurs[23].
[23] C’est là, en effet, à peu près tout le système de Tycho-Brahé,
qui vouloit ainsi concilier ensemble la Bible, Ptolémée et Copernic.
Il plaçoit le soleil au centre des mouvements des planètes qu’il
faisoit tourner avec lui autour de la Terre. L’idée de ce système
mixte avoit un instant été celle de Copernic. Lorsqu’il eut songé
qu’il seroit contraire à la simplicité de la nature de faire tourner
le centre commun des planètes autour d’un centre secondaire, il y
renonça. V. à ce sujet Montucla, _Hist. des Mathémat._, t. I, p.
661.
Il n’en a pas été ainsi d’un troisième système proposé par Copernic,
Allemand[24]: car, quoique celui-ci soit entièrement opposé à celuy de
Ptolémée qui est celuy même des Écoles, il n’a pas laissé que d’être
trouvé probable par quelques gens, qui se sont imaginez qu’il pouvoit
mieux servir que les autres à l’explication de ces Phœnomènes, dont on
doit la découverte aux grandes lunettes d’approche qui sont maintenant
en usage.
[24] Dans l’édition précédente, p. 71, Blegny avoit dit avec plus de
raison: «Copernic polonois». Thorn, qui est situé sur la Vistule, à
quarante lieues de Varsovie, et qui n’appartient à la Prusse que
depuis 1815, étoit, en effet, sa ville natale. L’ouvrage où il
exposa son système parut pour la première fois à Nuremberg en 1543.
C’est un in-fol. qui porte ce titre: _De revolutionibus orbium
cœlestium_. Copernic avoit alors soixante-dix ans; il mourut
quelques mois après.
Dans ce système, on suppose le Soleil au centre du Monde, on fait de la
Terre une Planette et on la fait tourner avec toutes les autres autour
du Soleil, du moins si on en excepte la Lune qu’on croit tourner
seulement autour de la Terre, comme si elle étoit enclavée dans son
Atmosphère, c’est-à-dire dans le tourbillon d’air dont elle est
environnée, ce qui fait que ces deux corps ne sont imaginez que dans un
même ciel, qu’on fait le troisième et qu’on fait précéder par conséquent
de celuy de Mercure que l’on croit être le premier; et de celuy de Vénus
qu’on dit être le deuxième; de même que le Ciel de Mars qui suit celuy
de la Terre est réputé le quatrième, et successivement ceux de Jupiter
et de Saturne qui font le cinquième et le sixième. Mais, outre que ce
systême n’est pas approuvé par l’Église[25], je feray voir bientôt dans
un traité à part que tout ce qu’on y propose est physiquement
impossible.
[25] Le 5 mars 1616, la congrégation de l’Index avoit condamné _donec
corrigatur_, ce qui valoit moins, disoit Képler, que _donec
explicetur_, le livre de Copernic, comme «renfermant des idées
données pour très vraies sur la situation et le mouvement de la
Terre, idées entièrement contraires à la Sainte Écriture.» En 1633,
Galilée, qui les soutenoit, fut condamné avec elles par un arrêt du
Saint-Siège qui déconcerta la science et faillit arrêter ses
progrès. Descartes en fut si frappé qu’il écrivit au P. Mersenne, le
22 juillet 1633, le 10 janvier et le 15 mars 1634, qu’il renonçoit à
publier ses ouvrages de philosophie. En décembre 1640, le courage ne
lui étoit pas revenu. Pascal, sans se décider, car on a trouvé dans
ses fragments de pensées cette phrase: «Je trouve bon qu’on
n’approfondisse pas l’opinion de Copernic», n’attaqua pas moins très
vivement les jésuites d’avoir provoqué à Rome la condamnation du
système: «Ce fut aussi en vain, dit-il dans sa 18e Provinciale, que
vous obtîntes contre Galilée un décret de Rome qui condamnoit son
opinion touchant le mouvement de la Terre. Ce ne sera pas cela qui
prouvera qu’elle demeure en repos; et si l’on avoit des observations
constantes qui prouvassent que c’est elle qui tourne, tous les
hommes ensemble ne l’empêcheroient pas de tourner, et ne
s’empêcheroient pas de tourner aussi avec elle.» Malebranche, dans
la _Recherche de la vérité_, liv. IV, ch. 12, douze ans après la
mort de Pascal, fut plus net. Après avoir rappelé le chapitre de la
Bible sur Josué arrêtant le soleil, le seul dont l’Église se fît une
arme contre Copernic, il osa dire que la foi n’est point intéressée
à ces choses «qui sont du ressort de la raison», et qu’il faut lui
laisser son partage. La condamnation du système n’en fut pas moins
maintenue, et cela presque jusqu’à nos jours. Lorsque, le 5 mai
1829, l’on inaugura à Varsovie la statue de Copernic par
Thorwaldsen, le clergé s’y arma encore de l’arrêt de Rome pour
refuser son concours.