GÉNÉRALE DU MONDE[7].

[7] Blegny, dans l’édition de 1691, avoit écrit avec moins d’emphase:

«Systêmes du Monde».

Le temps n’étant que la durée des êtres modifiez, et les saisons qui se

trouvent dans la suite des temps n’étant que des accidents qui arrivent

à ces êtres, il est de l’ordre de donner une idée générale de l’Univers,

avant que de parler de la succession des temps et des saisons: mais

comme cet Ouvrage, qui n’est qu’un simple manuel journalier, doit

fournir dans l’instant même d’un besolu[8] l’utilité qu’on en doit

attendre, et qu’il seroit par conséquent défectueux s’il exigeoit la

moindre application d’esprit, on ne trouvera ici ni dans toutes les

autres parties que des expositions si claires et si précises, qu’il

suffira de les lire pour en faire sur le champ de justes applications

dans la pratique de la vie civile.

[8] Lisez «d’un besoin».

Voici donc comment, sans aucun principe, chacun se pourra faire dans un

moment l’idée générale de l’univers. Il faut pour cela se représenter,

comme on le sçait communément, que la Terre, avec les Eaux qu’elle

comprend, est un globe ou rond, plein et opaque, qu’on peut comparer à

une boule quant à la forme plus générale; puis ayant imaginé que cette

boule pleine et opaque est au milieu d’une boule creuse et transparente

dont la circonscription est beaucoup plus étendue, se représenter

d’ailleurs qu’elle est soutenue au milieu de ce creux par une substance

fluide et claire qui reçoit le nom d’Air.

Alors, après avoir donné à ce premier globe creux et transparent le nom

de _Ciel de la Lune_[9], on s’en figurera un deuxième de même nature

qu’on nommera _Ciel de Mercure_, et qu’on supposera assez grand pour

renfermer celuy-là; puis enfin, en les multipliant, on pourra en

imaginer un troisième pour _Vénus_, un quatrième pour le _Soleil_, un

cinquième pour _Mars_, un sixième pour _Jupiter_, un septième pour

_Saturne_, qui est la dernière et la plus éloignée des sept planètes, un

huitième où l’on placera le firmament ou ciel des étoiles fixes, un

neuvième qui sera le premier ciel cristalin[10], un dixième qui sera le

deuxième cristalin, et un onzième qu’on supposera être le premier mobile

des autres, après quoy ayant imaginé un carré, on s’y représentera,

suivant l’Apocalypse, la Sainte Cité[11] ou le Ciel Empirée[12] qui est

la demeure des Bienheureux.

[9] Tout cela, ainsi que ce qui suit, est du système de Ptolémée,

celui que Blegny, comme on le verra plus loin, avoit adopté pour ne

pas se mettre mal avec l’Église.

[10] Ceci est encore du système de Ptolémée, suivant lequel chacun des

cieux transparents qui enveloppent la terre au delà des cercles des

planètes, s’appelle «cristallin».

[11] V. l’_Apocalypse_, chap. III, verset 12; chap. XXI, versets 2 et

10.

[12] C’est, dans le système de Ptolémée, le ciel des fixes, supérieur

au ciel des planètes.

_Considérations sur l’œconomie universelle et sur les parties

principales du monde._

Dans l’Astronomie la représentation de l’assemblage entier de tous les

globes simples dont il vient d’être parlé, forme un Globe composé qui a

reçu le nom de Sphère, et au milieu duquel on met un axe ou essieu sur

lequel on suppose que tous les Cieux ensemble tournent en vingt-quatre

heures d’Orient en Occident, quoique la Terre demeure fixe à leur

égard[13].

[13] Il est inutile de dire que le système de Ptolémée a ce principe

erroné pour base. «Il s’est, dit Ferd. Hœfer, _Hist. de

l’astronomie_, p. 209, tellement identifié avec le langage et les

idées traditionnels, que l’on dit encore aujourd’hui que le Soleil

_marche_, qu’il _se lève_, qu’il _se couche_, etc., absolument comme

si la Terre étoit immobile au centre du monde.»

Cet axe est supposé avoir ses deux points ou terminaisons au premier

mobile[14] et traverser diamétralement toute la sphère, on imagine l’un

de ces points à la partie Septentrionale, et l’autre à la partie

Méridionale de ce Ciel, et l’on appelle le premier Pôle Artique, et le

deuxième Pôle Antartique.

[14] On appeloit, dans l’astronomie ancienne, «premier mobile», la

première et la plus haute des sphères célestes, qui se meut et donne

le mouvement aux sphères inférieures. Le temps «du premier mobile»

est le temps qui est mesuré par le retour des étoiles au méridien.

Ces noms qui, comme il vient d’être dit, n’appartiennent proprement

qu’aux deux terminaisons de l’axe, ne laissent pas que de servir dans la

Géographie de la Terre pour exprimer les deux points où l’on fait

commencer les Lignes qui vont à ces mêmes terminaisons.

Ce qui a donné les noms aux sept premiers cieux[15], est ce qu’on nomme

Planettes. Ce sont des Astres qu’on distingue des Etoiles fixes du

firmament, en ce que celles-ci dans leur mouvement gardent toujours un

ordre et une distance égale, et que celles-là, au contraire, changent de

situation les unes à l’égard des autres, pendant même qu’elles sont

toutes emportées par un mouvement général d’Orient en Occident sur l’Axe

qui vient d’être supposé.

[15] V. ce qui a été dit un peu plus haut.

Cette variété de situations vient de ce que ce mouvement général

n’empêche pas qu’elles n’ayent chacune un mouvement particulier et

naturel d’Occident en Orient dans lequel elles sont inclinées, tantôt

vers les signes Méridionaux, tantôt vers les signes Septentrionaux, les

unes plus, les autres moins; et que d’ailleurs elles peuvent avoir

jusqu’à sept ou huit degrez de latitudes dans chaque signe, ce qui fait

qu’on les imagine comme enclavées dans un même Cercle qu’on nomme

Zodiaque[16] et qu’on fait le plus large de la Sphère.

[16] Les signes du zodiaque servent encore pour l’astronomie moderne,

mais sans correspondre aux constellations de l’ancienne. La

découverte de la première des planètes télescopiques au commencement

du siècle prouva que ce Cercle devoit être considérablement élargi:

«La découverte de _Cerès_ par Piazzi, en 1801, lisons-nous dans

l’_Histoire de l’astronomie_ de Voiron, p. 72, a changé tout à coup

les idées reçues sur la largeur du zodiaque. L’étendue de cette zône

du ciel dans laquelle sont observés les mouvements des planètes

avoit toujours été comprise dans une largeur d’environ seize degrés;

c’étoit celle du zodiaque consacré par l’astronomie ancienne. Cérès

en a franchi les bornes et porté sa largeur jusqu’à trente-sept

degrés.»

Il faut de cette proposition générale excepter le Soleil, en ce que dans

son mouvement particulier et annuel, aussi bien que dans le mouvement

général du premier mobile, il parcourt constamment le milieu du

Zodiaque; en sorte qu’il décrit comme une ligne étroite dans ce milieu

qu’on nomme Ecliptique, par cette raison que quand la Lune se trouve à

notre égard vis-à-vis de cette ligne, il se fait une éclipse.

Le Zodiaque, et par conséquent l’Ecliptique qui n’est que son milieu,

aussi bien que tous les autres Cercles qu’on imagine dans la Sphère du

Monde, est divisé par les Astronomes en 360 parties qu’on nomme degrez,

chaque degrez en 60 minuttes, chaque minutte en 60 secondes, chaque

seconde en 60 tierces, etc.

J’ai déjà dit que les Planettes faisoient ensemble le tour de la Terre

en 24 heures; je dois dire maintenant que par leurs mouvemens

particuliers et naturels,

Saturne fait la révolution en 29 ans 155 jours, 8 heures.

Jupiter en 7 ans, 323 jours 17 heures.

Mars en un an 321 jours 22 heures.

Le Soleil en 365 jours, 5 heures, 49 minuttes 16 secondes.

Mercure en 215 jours, 21 heures 5 minuttes.

Vénus en 583 jours, 22 heures 12 minuttes.

La Lune en 27 jours, 7 heures et 43 minuttes[17].

[17] On comprend que tous ces calculs, basés sur le système de

Ptolémée, sont devenus plus ou moins faux lorsqu’on a pris pour base

celui de Copernic. Voici, avec celui-ci, à quels nouveaux chiffres

on est arrivé: la révolution de Saturne autour du Soleil se fait en

10,758 jours, c’est-à-dire un peu plus de 29 ans; Jupiter fait la

sienne en 11 ans, 217 jours; Mercure en 87 jours, 23 heures, 14

minutes, 30 secondes; Vénus en 224 jours.

Quand on est dans un lieu bien découvert, et qu’on regarde toute la

Terre apparente, il semble qu’aux extrémitez de la circonférence elle

est jointe avec les Cieux, ce qui forme ce Cercle[18] qu’on appelle

Orizon, où le Soleil paroît le matin à l’Orient et disparoît le soir à

l’Occident, ce qu’on appelle lever et coucher du Soleil, et ce qui fait

aussi que la partie orientale de la Terre est nommée Levant et la partie

occidentale Couchant.

[18] La division de la sphère en cercles: le méridien, l’équateur,

l’écliptique, les deux tropiques et l’horizon, est due à Ptolémée,

après lequel les Arabes l’adoptèrent.

Le Cercle qu’on imagine disposé dans un sens précisément contraire à

celuy de l’Orizon, c’est-à-dire qui le coupe diamétralement, en séparant

l’Axe et la Terre en deux parties égales, est ce qu’on nomme Equateur et

ligne Equinoctiale.

La Terre, considérée par sa division Orisontale, représente deux

hémisphères; la supérieure, que nous occupons et dont le continent de

Terre habitable renferme les trois parties qu’on nomme Europe, Asie, et

Afrique; et l’inférieure qui fait les Antipodes, et dont le continent

fait la quatrième partie de la Terre qu’on nomme Amérique ou

Nouveau-Monde.

La division de la Terre qui se fait par l’Équateur distingue en chaque

hémisphère la partie Septentrionale de sa partie Méridionale; et pour la

diviser de l’autre sens, c’est-à-dire en partie Orientale et en partie

Occidentale, on imagine encore un autre cercle qu’on appelle Méridien,

et qui passe sur les deux pôles ou terminaisons de l’axe du Monde, mais

qui n’a pas de situation déterminée, parce qu’il doit être respectif à

chaque climat pour désigner l’endroit où le Soleil est à midi.

Le premier mobile tournant sur l’axe, l’Equateur pourroit être considéré

comme le chemin des Astres, n’étoit que le Zodiaque, dans la largeur

duquel elles sont comprises[19], le coupe obliquement pour incliner de

23 degrez environ 30 minuttes sur notre hémisphère du côté du

Septentrion, et sur l’autre du côté du Midi, ce qui fait la diversité

des saisons, qui sont dépendantes de l’approche et de l’éloignement du

Soleil à l’égard de chaque climat ou partie de la Terre.

[19] Nous ne savons pourquoi Blegny fait d’_astre_ un mot féminin; il

fut toujours masculin.

Le mouvement journalier du Soleil fait qu’il n’est pas toujours au même

endroit du Zodiaque, et que changeant de situation à l’égard des parties

de ce Cercle, il se trouve dans les douze mois de l’année sous les douze

signes qui font la division de ces mêmes parties chacune de 30 degrez.

Ces signes sont généralement divisés en Méridionaux et Septentrionaux;

les premiers, au nombre de six, sont ainsi nommez et figurez: la Balance

♎︎, le Scorpion ♏︎, le Sagittaire ♐︎, le Capricorne ♑︎, le Verseau ♒︎,

les Poissons ♓︎. Le Soleil passe dans les trois premiers en automne, et

dans les trois derniers en hiver.

Les derniers, pareillement au nombre de six, sont aussi désignez par les

noms et par les figures suivantes: à sçavoir le Bélier ♈︎, le Taureau

♉︎, les Gémeaux ♊︎, l’Écrevisse ♋︎, le Lion ♌︎, la Vierge ♍︎. Le Soleil

passe dans les trois premiers au printemps et dans les trois autres en

été.

Ainsi, lorsque le Soleil paraît au Capricorne, qui est vers le 22

décembre, nous entrons en hiver, dont le premier jour, étant le plus

court de l’année, fait ce qu’on nomme Solstice d’hiver, c’est-à-dire le

temps auquel le Soleil est plus éloigné de nous.

L’accroissement des jours se faisant par degrez depuis le Solstice

d’hiver jusqu’environ le 20 mars, il arrive enfin que leur durée devient

égale à celle des nuits, égalité qu’on nomme Équinoxe et qui fait le

commencement du printemps, où l’on voit le Soleil au Bélier.

Depuis ce premier Equinoxe, les jours s’augmentant par degrez, nous

arrivons enfin le 21 juin au plus long jour de l’année, c’est-à-dire au

Solstice d’été, où le Soleil entre dans le signe de l’Écrevisse.

Puis les jours étant derechef dégénérez jusqu’à une juste égalité de

durée avec celle des nuits, nous arrivons enfin à l’Équinoxe d’Automne

vers le 22 septembre, où le Soleil entre au signe de la Balance, et d’où

les jours dégénèrent encore jusqu’à l’entrée de l’hiver.

Pour représenter précisément dans la Sphère les diverses situations des

signes où commencent les Équinoxes, et de ceux où commencent les

Solstices, on y voit deux grands Cercles qu’on nomme les Colures, qui

passent comme le Méridien sur les deux pôles, et qui, étant placez en

distances égales, séparent le Globe en coupant le Zodiaque, où ils

marquent de la sorte les endroits où le Soleil détermine le changement

des saisons[20].

[20] Cette définition des _colures_ est assez juste. Ce sont, en

effet, deux grands cercles qui s’entrecoupent à angles droits aux

pôles, et qui passent: l’un, le _colure_ du solstice, par les points

solsticiaux, et l’autre, le _colure_ des équinoxes, par les points

équinoxiaux de l’écliptique, déterminant ainsi les quatre grandes

divisions, qui marquent les quatre saisons de l’année. Leur nom

vient de Κολος mutilé, et οὐρὰ queue, parce que, selon Proclus,

quelques-unes de leurs parties ne sont pas visibles à la vue.

Si on se représente un Cercle vers chaque pôle et tous deux parallelles

à l’Équateur, c’est-à-dire en égales distances, on aura compris ce que

les Astronomes nomment à la partie Septentrionale du Monde, Tropique de

Cancer, et à la partie Méridionale, Tropique de Capricorne, qui sont les

termes de la déclinaison ou oblicuité de l’Écliptique; le surplus des

parties de l’Univers et de la Sphère qui le représente sont à mon avis

d’une trop médiocre considération pour l’idée générale que je me suis

proposé de donner. Je dois dire seulement que quand on se figure un

point qui répond perpendiculairement à notre tête, on le nomme

Zénith[21] ou point Vertical, et qu’on appelle Nadir[22], celuy qui luy

est directement opposé, et qui répond à nos pieds, ce qui sert à

l’explication de quelques phœnomènes.

[21] Ce mot, qu’on écrivoit au moyen âge _Cenith_, vient de l’arabe

_Semt_ ou _Simet_, qui signifie chemin droit, point vertical.

[22] Mot qui vient de l’arabe _nathir_, vis-à-vis. Il désigne le point

du ciel auquel aboutiroit une ligne verticale tirée du point où nous

sommes, et passant à travers le centre de la Terre.

Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2 · 第 97 / 232 题