AVERTISSEMENT.

L’auteur, qui s’étoit proposé de donner annuellement un Livre au public

de toutes les choses sujettes à mutations, et sur lesquelles on a

souvent besoin de nouvelles instructions pour se procurer les commoditez

de la vie, jugea que le Calendrier qui comprend les fêtes mobiles devoit

faire partie de ce Livre, et que par la même raison il seroit obligé d’y

comprendre la science des temps, qui pour avoir quelques Époques

certaines, ne laisse pas de varier sur les jours et sur les heures à

l’égard des apparences des Astres et des Planettes qui ont servi de

fondemens à cette science.

Sur ces considérations il publia en 1690 une sorte d’essay qui eut pour

titre le _Trésor des Almanachs_ pour servir à toutes espèces de

négociations utiles, et gui fut seulement imprimé à Troyes[1] sur une

simple permission, avec assez de négligence: cependant, l’accueil

favorable que le public fit à cet essay, ayant fait naître à l’auteur le

dessein de le rendre plus recommandable, et de poursuivre au grand

sceau[2] la permission prohibitive[3] de le faire imprimer; il fut

publié pour la seconde fois en 1691, à la vérité avec une augmentation

considérable, mais non pas avec l’ordre et l’exactitude qu’on pouvoit

désirer, le Privilège n’ayant été obtenu que vers la fin de 1690,

c’est-à-dire dans un temps où la nécessité de le publier sans aucun

retard ne permit pas à l’Auteur de débrouiller assez parfaitement ses

idées.

[1] On sait combien sont anciennes les imprimeries populaires de

Troyes, dont les productions avoient leur débouché naturel aux

fameuses foires de Champagne. On commença par y publier des

complaintes, des cantiques, etc., sur de grandes feuilles avec

gravures, qu’on obtenoit sans doute par le procédé des planches

xylographiques: «J’ai vu, lit-on dans les _Œuvres inédites_ de

Grosley, t. II, p. 15, j’ai vu chez Jean Fraictot, le dernier de nos

dominotiers, de ces planches qui, soit par leur état, soit par le

goût du caractère des lettres, et de la poésie des cantiques,

annonçoient plusieurs siècles d’antiquité.»--Les almanachs de Troyes

sont bien plus anciens que ceux de Liège. On a un _Calendrier des

Bergers, avec leur astrologie et autres choses profitables_, imprimé

à Troyes en 1510. Au siècle suivant, les almanachs de Larivey, de la

famille de celui dont on connoît les comédies traduites de

l’italien, y faisoient fortune. Nous citerons entre autres:

_Almanach_ de Pierre Larrivey, _avec grandes prédictions pour

l’année 1622_. Sorel, quand il dit au livre XI de _Francion_:

«N’as-tu point leu l’almanach... de Larivay le jeune Troyen»,

témoigne de leur popularité. Perrault de même, disant de Boileau, si

fier du succès de ses _Œuvres_: «Il a beau se glorifier du grand

débit que l’on fait de ses Satires, ce débit n’approchera jamais de

celui du moindre des almanachs, imprimés à Troyes, au _Chapon

d’or_.» C’étoit si bien la terre promise des calendriers avec

prédictions, que le P. Placide Duval disoit dans ses _Éléments de la

Géographie de la France_: «La ville de Troyes est habitée de

plusieurs bons Marchands, et d’un bon nombre d’Astrologues.» Il en

venoit aussi des chansons, ce qui offusquoit davantage l’autorité.

On laissoit passer les almanachs, mais on arrêtoit les chansons.

(_Corresp. administ. de Louis XIV_, t. II, p. 802, 788.) Sur les

libraires qui vendoient à Paris les almanachs de Troyes, v. plus

haut, t. I, p. 193.

[2] A la grande Chancelerie de France. Les actes qu’on y revêtoit du

grand sceau étoient exécutoires par tout le royaume.

[3] Permission avec expresse défense pour les autres.

Lors de cette seconde édition, ce Livre fut intitulé _Les Adresses de la

Ville de Paris et le Trésor des Almanachs_, avec cette addition de

_Livre commode en tous lieux, en tous temps et en toutes conditions_;

mais étant arrivé que dans le courant de l’année bien des gens avoient

témoigné qu’ils seroient bien aises d’avoir pour le commerce ou pour des

présens[4] des Almanachs séparez du Recueil des Adresses, et qu’au

contraire tous ceux qui avoient recherché le Recueil des Adresses,

avoient eu à gré d’y trouver l’Almanach; l’Auteur a pris le parti de

faire en même temps deux éditions distinguées, l’une sous le titre

général de _Livre commode_, qui comprend ensemble cet Almanach et le

Recueil des Adresses, l’autre sous le premier titre de _Trésor des

Almanachs_ qui se vendra séparément.

[4] Il étoit de mode de donner, le jour de l’an, des _almanachs_

richement reliés. De là vint la vogue de ces _Étrennes mignonnes_,

dont nous avons vu la fin. Il existe dans les poésies diverses de La

Fontaine (édit. Marty, t. V, p. 117) une pièce curieuse, qui est un

souvenir de cette mode: «PRÉDICTIONS POUR LES QUATRE SAISONS DE

L’ANNÉE, _mises dans un Almanac écrit à la main sur du vélin, garni

d’or et de diamants et présenté à Mme de Montespan par Mme de

Fontange_, le 1er jour de l’an 1680.»

Cette complaisance de l’auteur, jointe aux peines qu’il s’est données

pour rendre son ouvrage complet, luy fait espérer l’approbation de ses

Lecteurs, qui lui tiendra lieu de récompense, et qui multipliera les

vœux qu’il fait pour leur prospérité en ce monde, et pour leur béatitude

dans l’éternité des siècles.

Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2 · 第 92 / 232 题