Les Jurez en titre d’office des Maitres Peintres, Sculpteurs et Doreurs
sont Messieurs Maçon rue du Verbois, Béton près le Palais Royal, Rosé
rue des fossez saint Germain et de la Porte à petit Pont[1].
[1] On ne parloit jamais autrement pour dire «sur le Petit-Pont», qui,
on le sait, étoit alors chargé de maisons, chacune avec sa boutique.
La Chambre où les Maitres Peintres et Sculpteurs font leurs assemblées,
est présentement rue de la Verrerie.
Les Peintres et Sculpteurs qui travaillent pour le Roi, donnent aussi
quelque fois leur temps pour des ouvrages particuliers lorsqu’ils sont
considérables.
Entre les Peintres renommez dans le public pour les Ornemens et
Décorations, on estime Messieurs le Moyne le Lorrain aux Galeries du
Louvre[2], le Moyne de Paris[3], cul de sac saint Sauveur, etc.
[2] G. Brice, dans sa 3e édition (1701), t. I, p. 76, nous le montre
aussi parmi les artistes logés aux galeries: «Excellent peintre
d’ornement, dit-il, dont les ouvrages ont beaucoup d’approbation.»
[3] Jean Le Moyne, qui dans le _Ms._ de Marinier figure parmi les
décorateurs employés à Versailles. L’Académie de peinture, qui
l’avoit fait son décorateur en 1681, le reçut cinq ans après. Il
mourut à soixante-quinze ans, le 3 avril 1703.
Entre les Peintres renommez pour feindre le marbre, on compte Messieurs
Binois près saint Innocent, Valencé rue du Petit Lion, etc.[4]
[4] Blegny devroit parler ici des peintres de l’Académie de Saint-Luc.
Liger, p. 313, y supplée: «Il est, dit-il, un autre genre de
peintres du dernier ordre, qu’on nomme communément _barbouilleurs_,
et qu’on trouve lorsqu’on en a besoin dans la rue du Haut-Moulin, où
est leur chapelle. On les y voit tous les dimanches et les fêtes au
sortir de la messe.» V. aussi l’abbé de Fontenay, _Dict. des
Artistes_, t. I, p. 3.
Entre les fameux Sculpteurs pour les bas reliefs et figures moulées en
plâtre, on distingue Messieurs Cassegrain près la porte saint Martin,
François[5] rue du Temple, Bertrand[6] rue Michel le Comte, de Caen rue
de Grenelle saint Germain, etc.
[5] Il a été parlé de lui plus haut.
[6] Philippe Bertrand, né à Paris en 1664, selon d’Argenville, reçu de
l’Académie en 1700, mort en 1724. Le Christ en plomb de la
Samaritaine, du Pont-Neuf, étoit de lui.
Entre les Sculpteurs renommez pour les belles bordures[7], on choisit
Messieurs le Grand rue des Jeuneurs, Renauda[8] rue du petit Lion, la
Lande rue saint Martin, et Vilaine rue neuve saint Mederic qui fait
aussi des meubles dorez.
[7] Cadres de bois sculpté pour les portraits ou «les glaces de
miroir», comme dit Richelet.
[8] Lisez Renaudin ou Renaudain. C’étoit un parent de celui qui
logeoit aux galeries du Louvre, et dont il a été parlé plus haut, p.
100.
M. des Oziers Doreur qui travaille pour le Roy[9], entreprend aussi pour
le public de grands ouvrages.
[9] Il a déjà été parlé de lui, p. 90. Il logeoit à Versailles.
Les bons tableaux sont netoyez[10] et revernis en perfection par les
Sieurs Vilaine à l’adresse cy-dessus, de la Pierre quay des Orfevres, et
la veuve Lange rue saint André des Arcs.
[10] Ce mot sous cette forme n’étoit pas généralement employé.
Richelet dans son Dictionnaire écrit: «_Netteier, nettoyer_. L’un et
l’autre se dit, mais le grand usage est pour _netteier_, car pour
_nettoyer_ il ne se dit guère que par les poëtes, encore y sont-ils
obligés par la tirannie de la rime.»
Les prix ordinaires du marbre brute et façonné, et des autres ouvrages
et fournitures des Peintres, Sculpteurs et Doreurs sont pour,
Le pied cube de marbre noir brute 7 l.
Et pour le Marbre jaspé brute, le pied cube 15 l.
Mais quand un bloc de Marbre est de douze pieds et au dessus, le pied
cube se paye depuis 18 jusqu’à 25 livres.
Le pied de parement vaut 2 l.
Le pied de Chambranle en bois d’ornemens simples 3 l.
A Ornemens moyens 4 l.
A ornemens riches 6 l.
Une figure de pierre de saint Leu grande comme nature, vaut 75 liv.
Une pareille figure faite par un habile homme et bien finie vaut au
moins 300 l.
Une figure de dix pieds de haut 200 l.
Une pareille figure faite et bien finie par un habile homme 550 livres.
Les Trophées en pierre de saint Leu de six pieds[11] de haut sur huit à
neuf pieds de large et isolées valent 150 liv.
[11] Ces trophées étoient un des ornements les plus à la mode sur les
façades ou sur le bord des toits des palais et des hôtels: «On fait,
disoit alors Richelet dans son _Dictionnaire_, des trophées en
architecture qui représentent les véritables trophées d’armes.»
Les Vases de même pierre et de cinq pieds de haut 30 liv.
Les chapiteaux, pilastres ioniques de même pierre pour façon seulement
travaillez en place bien proprement et de cinq pieds de large 24 liv.
Les chapiteaux, colomnes de même pierre et même ordre, dont le vif[12]
engagé d’un tiers dans le mur, valent 50 livres.
[12] Le vif de la colonne, c’est-à-dire «le fût».
Les chapiteaux colomnes isolez de même ordre et pierre 75 l.
Les chapiteaux pilastres, corinthes[13] et composites de cinq pieds de
face façonnez en même pierre et en place 60 l.
[13] C’est le mot dont se servoient les ouvriers pour dire
«corinthien», qui pourtant étoit déjà depuis longtemps en usage. Il
se trouve dans Montaigne, et on lit dans la _Psyché_ de La Fontaine:
Le Dorique sans fard, l’élégant Ionique,
Et le Corinthien superbe et magnifique.
Les mêmes ornemens bien finis par d’excellens ouvriers 120 l.
Les chapiteaux colomnes, même ordre, pierre et grandeur, dont le vif
engagé d’un tiers dans le mur 100 liv.
Et par de bons ouvriers, bien finis 200 liv.
Les chapiteaux colomnes isolez même ordre, pierre et grandeur 150 liv.
Et aux conditions précédentes 260 liv.
Les Consolles[14] simples de 5 pieds de haut aux mêmes conditions, mais
bien travaillées 8 livres.
[14] «La console», mot employé dans le _Théâtre d’Agriculture_
d’Olivier de Serre avec le sens de soutien, qui «consolide», se
prenoit alors presque exclusivement pour désigner, comme le fait
Richelet, «un membre d’architecture, placé aux deux côtés de la
porte ionique pour soutenir la corniche mise au dessus». Elles
servoient aussi, selon Félibien, à porter des figures, des bustes,
des vases, etc.
Celles plus chargées d’ornemens, 11 livres plus ou moins à proportion de
l’ouvrage.
Les Masques façonnez sur les clefs des portes d’entrées[15] en même
Pierre de saint Leu 30 liv.
[15] «Les masques, aux clefs des arcades», comme il est dit dans les
livres d’architecture du temps, étoient un des ornements les plus en
faveur pour les façades des hôtels. Ceux qui se voient sur la
fameuse maison de Lulli, au coin de la rue des Petits-Champs et de
la rue Sainte-Anne, en sont un des premiers et des plus curieux
spécimens. «Quelques-uns, dit Félibien, p. 650, nomment _mascarons_
de gros masques faits de sculpture.»
Mais étant faits par un bon ouvrier et bien finis valent depuis 45
jusqu’à 60 livres et plus.
Il est difficile de mettre les prix justes aux ouvrages de Sculpture et
Peinture, particulierement aux Tableaux et Statües; c’est suivant les
Maitres qui y sont employez que le prix doit estre reglé, parce que
c’est la beauté qui en regle la valeur; ainsi les curieux qui voudront
avoir du beau de l’un des deux Arts, doivent s’informer des bons
Maitres, qui ne laissent rien sortir de leurs mains que de bien fini.
Les bas reliefs de plâtre, placez en cheminées bien finis et de moyenne
grandeur valent 8 liv.
Le pied courant d’ornemens en plâtre 2 liv.
Un buste en plâtre grand comme nature 6 liv.
Une figure de ronde bosse, même figure et grandeur pour poser sur un
pied d’estail[16] depuis 36 jusqu’à 40 livres.
[16] C’est une des premières formes du mot. Richelet la donne comme
étant employée en même temps que celle de «piédestal», et ne dit pas
quelle est celle qu’il faut préférer. On avait dit auparavant «pied
d’estrait». V. _Biblioth. de l’École des chartes_, 4e série, t. III,
p. 63.
On trouve un grand assortiment de beaux Moulles chez M. Cassegrain à
l’adresse ci devant donnée. La beauté des Moules fait l’excellence des
figures sans en augmenter le prix.
L’Or sculpé[17] couvert, vaut le pied carré deux livres cinq sols, l’Or
bruni[18] deux livres dix sols, l’Or bruni sculpé trois livres quinze
sols, l’Or bretelé[19] trois livres, l’Or repassé uni deux livres, l’Or
repassé sculpé deux livres dix sols, l’Or uni à découvert deux livres
cinq sols, l’Or sculpé à découvert deux livres quinze sols, la Mosaïque
trois livres.
[17] Pour «sculpté», c’est-à-dire appliqué sur des sculptures.
[18] C’est-à-dire «éclairci, poli» avec le brunissoir.
[19] En croisillons ou en filets.
L’impression[20] en huile de jaune de couleur de bois de luth[21] à deux
couches, quatre livres quinze sols la travée ayant six toises de
superficie qui montent à deux cens seize pieds.
[20] Ce mot, dans le langage des vernisseurs et doreurs, se prenoit
pour _couche_: «Les Chinois, lisons-nous dans le _Diction. des arts
et métiers_ de l’abbé Jaubert, t. IV, p. 361, n’emploient jamais
leur vernis sur le bois qu’auparavant ils n’aient mis une couche ou
_impression_, comme font les peintres, avant de peindre.»
[21] C’est-à-dire veiné comme le bois d’un luth, et de la même nuance.
L’impression deux couches de blanc de ceruse avec huile de noix, sept
livres la travée.
L’impression à deux couches de jaune et de blanc en détrempe, deux
livres cinq sols la travée.
La toise carrée de bois veiné en huile, deux livres dix sols, et en
détrempe une livre dix sols.
Les ornemens de cheminées marbrez et jaspez[22] en huile par un bon
œuvrier, reduits à la travée, trente six livres, et en ouvrage commun,
vingt quatre livres.
[22] Ces imitations du jaspe par la peinture étoient déjà connues du
temps d’Henri IV. D’Aubigné, dans son _Histoire universelle_, t. II,
ch. 104, parle de piédestaux «qui estoient peints comme de jaspe.»
Le même ouvrage en détrempe par un bon œuvrier, trente livres, et en
commun ouvrage, vingt livres.
Le vermillon et la laque valent trois livres le pied.
Le brun rouge vingt sols la toise.
Le nettoyement et le rechampissage[23], deux livres dix sols la toise.
[23] Il consiste à couvrir, avec une infusion de blanc de céruse, les
couleurs qui se sont répandues sur le fond d’un ouvrage, pour le
rendre aussi net qu’il doit l’être.
Le Verny, même prix.
L’Impression pour les berceaux peints en vert de montagne avec une
couche de blanc de ceruse, et deux couches de vert sur échallas espacez
de six pouces, trente cinq sols la toise[24].
[24] Il n’y avoit pas de plus piètre besogne pour les peintres de
l’Académie de Saint-Luc. Liger en parle ainsi: «D’autres ne sont
propres que pour les _treillages_, blanchir les murs, et donner
quelque couleur en plein à des portes ou autres pièces de
menuiserie.»
Les Couleurs et les Pinceaux pour la Mignature, se vendent rue
d’Arnetal.
Les Couleurs et Pinceaux ordinaires, se vendent aux environs de l’Aport
de Paris chez plusieurs Epiciers et Broyeurs[25].
[25] «Le verre blanc pour les mignatures et autres tableaux se vend
chez un vitrier qui demeure rue aux Ours, devant l’image de la
Vierge, et chez un autre qui demeure vieille rue du Temple, au coin
de la rue de Bercy.» Édit. 1691, p. 30.