QUALITEZ ET COUPE DE LA PIERRE.

La Pierre dont on se sert dans les batimens à Paris, se tire des

Carrières d’Arcueil, Bagneux, fauxbourg S. Jacques, fauxbourg S. Marceau

et Vaugirard[1]; la meilleure de toutes celles que l’on tire aux

Carrières du fauxbourg S. Jacques, d’Arcueil et de Bagneux, coûte rendue

à l’atelier 10 à 12 sols le pied cube suivant la grandeur des morceaux

dont il n’y en a au plus que deux à la voye, ou sinon le prix diminue:

car les morceaux de 4, 5 ou 6 à la voye ne passent que pour libages et

se payent depuis 4 jusqu’à 5 livres la voye.

[1] «Les meilleures espèces de pierres de taille, libages et moellons,

se tirent des carrières d’Arcueil et de Mont-Rouge.--Il y a d’autres

carrières, d’où l’on tire d’assez bonnes sortes de marchandise, vers

le Marché-aux-Chevaux et à la vallée de Fecan.» (Édit. 1691, p. 38.)

Le marché aux Chevaux étoit, où il se trouve encore, au faubourg

Saint-Marceau, près du boulevard de l’Hôpital. Quant à la vallée de

Fécamp, on appeloit ainsi une partie de la rue de Charenton à son

extrémité, dans la campagne. Les carrières de Vaugirard commençoient

presque dans Paris, derrière les Chartreux, voisins, comme on sait,

du Luxembourg. Les meilleures même étoient dans cette partie. C’est

avec le liais de la carrière des Chartreux et celui de Senlis que

fut bâti le Louvre.

La meilleure pierre qui se tire encore auxdites Carrières du fauxbourg

S. Jacques, d’Arcueil et Bagneux, est le Liais[2], dont il y en a de

deux qualitez, sçavoir, Liais doux et Liais faraut[3], le Liais doux est

de deux bancs différens dans la Carrière; le premier est de bas

appareil[4] qui vaut 20 à 25 sols le pied carré pris sur son lit, sans

avoir égard à sa hauteur, qui n’est que de 7 à 8 pouces.

[2] «La pierre, dit Palissy (édit. Cap, p. 294), que les Parisiens

appellent _liais_.» Buffon (_Minéral._, t. I, p. 341) en a, comme

Félibien cité tout à l’heure, vanté l’excellence et notamment la

dureté, «qui lui vient, dit-il, de ce qu’elle est surmontée de

plusieurs bancs d’autres pierres, dont elle a reçu les sucs

pétrifiants».

[3] Les ouvriers prononçoient ainsi, mais le vrai mot est

«liais-féraut». Il résiste au feu, et c’est pour cela qu’on

l’employoit, au dernier siècle, pour faire les jambages des

cheminées.

[4] C’est-à-dire par petits fragments, sans épaisseur.

Et le haut appareil qui porte 12 à 13 pouces vaut 40 à 50 sols le pied

carré, le tout rendu à l’atelier.

Cette Pierre coute 40 à 50 sols la toise pour la taille polie au grais,

et celle d’Arcueil coute 28 à 30 sols la toise coulante.

Le Liais faraut ne coute que 20 sols le pied carré, mais on n’en employe

que rarement, parce qu’il est difficile à travailler.

La Pierre du fauxbourg saint Marceau et Vaugirard coute 4 à 4 livres 10

sols la voye, et coute 18 à 20 sols la toise à tailler.

Le Moellon[5] que l’on tire dans lesdites Carrieres, coute, savoir,

celuy du Fauxbourg saint Marceau, saint Jacques, Bagneux, Pacy et

Vaugirard[6], 17 à 18 livres la toise selon l’éloignement; celuy des

Carrières d’Arcueil coute 18 à 20 livres.

[5] Blegny donne la véritable orthographe, que n’avoit pas adoptée

Richelet, et dont on se départit au XVIIIe siècle pour la reprendre

de nos jours. L’abbé Prévost la regrettoit: «On devroit, dit-il,

écrire _moellon_, et non _moîlon_, puisqu’il vient de moelle.»

(_Manuel lexique_, t. II, p. 97.)

[6] Celui d’Arcueil et celui de Saint-Maur, oubliés ici, passoient

pour être les meilleurs, comme on l’a vu plus haut. Celui de Passy

étoit le moins estimé.

On employe dans les batimens beaucoup de Pierre que l’on tire des

Carrieres de saint Leu, de Serans près Chantilly; elle n’est bonne qu’à

4 ou 5 pieds de terre: c’est pourquoy on employe la Pierre dure des

Carrières précedentes au retz de chaussée et le saint Leu au dessus; on

la vend sur le port vers la porte de la Conférence[7] 4 livres 10 sols à

4 liv. 15 sols le tonneau, lequel contient 14 pieds cubes; cette Pierre

est fort tendre, facile à travailler, et devient dure en œuvre par une

croute qui se forme dessus; elle resiste à la gelée et à tous les autres

mauvais temps, elle ne coute à tailler que 8 à 9 sols la toise courante,

tous paremens veus sur un pied de haut.

[7] On sait qu’elle étoit située entre la Seine et l’extrémité

orientale de la terrasse des Tuileries. Le port où se déchargeoient

les pierres de Saint-Leu, comme le constate aussi La Tynna, étoit au

bas. Il n’existe plus. Le port aux pierres est transféré de l’autre

côté, un peu plus en amont, au-dessous du quai d’Orsay. Les pierres

de Saint-Leu et de Senlis étoient à peu près les seules qu’on y

débarquât. Les autres étoient apportées à pied d’œuvre des carrières

mêmes qui avoisinoient Paris, «car, dit Félibien, p. 65, il semble

que la nature même ait de tout temps voulu pourvoir aux besoins de

cette grande ville, puisque toutes les choses nécessaires pour les

édifices qu’on y fait se trouvent sur le lieu même.»

On scie les Pierres dures dont il est parlé ci-devant[8] afin de menager

la pierre et même il est indispensable de le faire pour les apuis des

croisées, seuils de portes, pavé de pierre, marelles[9], etc. On paye le

sciage toisant un seul parement des deux qui viennent de chaque trait de

scie à 4 sols, même 4 sols 6 deniers le pied carré.

[8] On les scioit comme le marbre dans les Pyrénées, d’après le

procédé récemment inventé par Misson, avec des scies qui tournoient

et scioient le marbre ou la pierre sur place. (Félibien, p. 736.)

[9] Lisez margelle.

Lors que les morceaux que l’on veut scier sont trop courts, on en joint

plusieurs bout à bout de la longueur de la scie, ce qui est aussi tôt

fait que si on scioit un seul petit morceau.

On scie aussi la Pierre de saint Leu, lorsque les morceaux sont d’une

grandeur propre à en tirer deux pour mettre en œuvre, ce qui est d’un

grand menage, parce qu’outre que cela epargne la pierre, on profite de

deux paremens qui ne sont pourtant pas de conséquence comme à la Pierre

d’Arcueil et de Liais, on donne du pied carré pour le Sciage à ne toiser

qu’un des deux paremens 9 à 12 deniers.

On employe aussi de la pierre dure que l’on tire des Carrieres de S.

Cloud[10], elle est fort blanche et bonne, on la scie comme les

précédentes, elle coûte 14 à 15 sols le pied cube.

[10] Il en a déjà été parlé plus haut.

On tire desdites Carrières des pierres fort longues dont on fait des

colonnes d’une seule pièce, et qui resistent au fardeau et à la gelée.

Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2 · 第 58 / 232 题