ADRESSES

_Concernant les articles precedens, recouvertes après leur impression._

Messieurs Doye et Falaiseau rue des cinq Diamans, Piogé rue du petit

Lion, et Bastonneau vieille rue du Temple[1], tiennent comptoirs pour la

Banque et les Remises de places en places.

[1] Il étoit de la famille de ces Bastonneau, les gros marchands de

soie, dont Guy Patin a parlé (anc. édit., t. II, p. 220). Ils

étoient venus de Lyon à Paris, où, après avoir continué leur

commerce, ils s’étoient mis dans la banque. Un d’eux, Claude

Bastonneau, avoit, en 1640, été enterré à St-Eustache (Le Beuf,

_Hist. du. dioc. de Paris_, édit. Cocheris, t. I, p. 240). En 1662,

François Bastonneau et Pierre Bidal, son associé, marchands de soie,

avoient fait saisir, pour une forte somme qui leur étoit due, les

biens du baron de Blancheface. (_Archives hospitalières_,

Hôtel-Dieu, t. I, p. 172.)

M. Bourdon qui grave pour la Taille douce et pour les Cachets, demeure

rue Dauphine, M. Garrier quay des Orfevres à la Banniere de France, est

encore distingué pour les Cachets.

Entre les Chirurgiens renommez pour les opérations, sont Messieurs

Lartet Chirurgien du Roy par quartier[2], Isle Notre Dame sur le quay

Bourbon, et Gervais[3] premier Chirurgien de la feue Reine et

ordinairement de Monseigneur à l’Hôtel de Noüailles près saint Roch pour

la Saignée, M. du Pré rue Platrière, et pour les accouchements M. Marcel

près la porte saint Martin.

[2] Il étoit de service chez le Roi pendant le quartier de janvier.

[3] Il servoit pendant le quartier d’octobre.

Madame Parfait au Pavillon des Tuilleries près la grande Ecurie[4], est

une Sage femme de distinction[5].

[4] Celui qui, vers le même temps, commença d’être appelé le pavillon

Marsan.

[5] Les sages-femmes étoient peu nombreuses alors, mais d’autant plus

considérées. Plusieurs avaient marqué dans le monde, ainsi la

fameuse Mme Pilou que l’abbé de Choisy (_Mém._, coll. Petitot, 2e

_série_, t. 63, p. 515) nous dit formellement avoir été une

accoucheuse; et la grand’tante de Racine, Mme Vitart. (Mesnard, _Vie

de Racine_, p. 40.) On ne leur reprochoit que de n’être pas assez

instruites. Elles ne l’étoient pas plus à Amsterdam, mais on y avoit

avisé en leur donnant pour maître le célèbre Ruysch. V. son éloge

par Fontenelle, _Œuvres_, t. VI, p. 512.

Messieurs Boudin[6], Poisson[7], Beaulieu[8] et Doquican[9] premiers

Apoticaires du Corps du Roy, logent quand ils sont à Paris chez M. de

Rouviere Apoticaire de Sa Majesté près saint Roch.

[6] Philibert Boudin. Son service chez le Roi, avec un

aide-apothicaire, le sieur Damaron, étoit celui du trimestre

d’avril.

[7] Il servoit pendant le quartier de janvier.

[8] Son service commençoit en octobre.

[9] Son vrai nom étoit de Hoquiquant, comme le donne l’_État de

France_. Il étoit de service pendant le quartier de juillet.

M. Benoist qui tient le Cercle Royal rue des saints Pères, et

Mademoiselle Benoist rue saint Antoine, font très bien les Portraits en

cire[10].

[10] Ce Benoît fut, avec plus de perfection, le _Curtius_ du XVIIe

siècle. Il faisoit, en effet, avec la cire, des portraits d’une

ressemblance inouïe. Le plus curieux spécimen qui nous en soit

parvenu, est celui de Louis XIV, retrouvé à Versailles par Eudore

Soulié et placé aujourd’hui dans la chambre à coucher du Roi. Ses

masques, dont Saint-Simon a parlé, n’étoient pas moins étonnants:

«On avoit fait, dit-il, t. III, p, 135, pendant l’hiver précédent,

plusieurs masques de cire de personnes de la Cour, au naturel, qui

les portoient sous d’autres masques, en sorte qu’en se démasquant on

y étoit trompé en prenant le second masque pour le visage, et c’en

étoit un véritable, tout différent, qui étoit dessous; on s’amusa

fort à cette badinerie.» Ailleurs, t. II, p. 72, il nous avoit déjà

fait voir, dans un autre bal de la Cour, un masque, dont les quatre

visages de cire, représentant quatre personnes différentes, et qu’il

faisoit tourner avec la plus amusante adresse, avoient intrigué tout

le monde.--Benoist ne s’en tenoit pas à l’industrie des bustes et

des masques, il faisoit aussi des personnages de grandeur naturelle.

C’est ce qu’il appeloit son _Cercle_, ou _le Cercle du Louvre_,

comme dit Robinet dans sa _Gazette_ du 23 fév. 1667, époque vers

laquelle il en commença l’exhibition. Chaque année, il l’exposoit à

la foire Saint-Germain, voisine de son logement de la rue des

Saints-Pères. Dancourt en fait une des principales curiosités de

cette foire: «LORANGE. Voyez ici, Messieurs, le Cercle nouveau des

figures parlantes, aussi hautes que le naturel.» _La foire

Saint-Germain_ (1696), scène XVIII. La Bruyère n’a pas oublié

Benoît. «B..., dit-il, s’enrichit à montrer dans un _Cercle_ des

Marionnettes.» Benoît devint riche en effet: lorsqu’il mourut, en

1717, il l’étoit. Le Roi y avoit aidé, en lui donnant, en 1668, le

titre de son sculpteur en cire, et permission d’exposer dans tout le

royaume «les personnes de tout rang qui composoient le cercle de la

feue Reine, d’en faire même de nouveaux, et de masquer en cire à sa

convenance.» Cette permission, qui étoit de trente ans, lui fut

continuée sous forme de privilége exclusif, pour trente années

encore, en 1688. Il étoit né en 1632 à Joigny, où il avoit fondé un

lit à l’hôpital. V. _Rev. des Soc. sav._, 4e série, t. II, p. 232.

M. Coquelin Chancelier de l’Eglise de Paris[11], demeure rue saint Louis

en l’Isle.

[11] Il avoit, comme chancelier, le sceau du chapitre de Notre-Dame,

et une partie du soin des petites écoles lui revenoit. Il faisoit

aussi l’ouverture des conférences de l’archevêché. Ménage, qui

logeoit au cloître et en savoit toutes les histoires, en racontoit

une à ce sujet: «M. Coquelin, ayant quitté la perruque, étoit

presque méconnaissable. En ce temps-là, il fit l’ouverture d’une des

conférences archiépiscopales, fort bien à son ordinaire. M. de Vert

lui dit: Monsieur, je ne vous ai reconnu qu’à votre éloquence.»

(_Menagiana_, t. II, p. 72.)

On recite tous les Samedis et veilles de la Vierge, des Motets en

musique à Notre Dame devant sa Chapelle après Complie.

M. Chartrain dont on n’a pas l’adresse, est un grand maître pour le

Grec[12].

[12] Il étoit de la même famille que le M. Chartrain indiqué plus

haut, t. I, p. 257, comme excellent maître de géographie, histoire,

blason, etc.

Les Medecins en leur Collège rue de la Bucherie, visitent gratuitement

les pauvres Malades tous les Samedis matin, et les Chirurgiens sous les

Charniers de S. Côme tous les premiers Lundis des mois.

M. Gaultier enseigne en ville et chez luy rue des Petits Champs,

l’Architecture civile et militaire, et généralement les parties de

Mathématiques.

_Nota._ Qu’outre les jours marquez pour les Audiances des Officiers du

Grenier à Sel, ils les tiennent encore tous les Lundis en Janvier,

Octobre, Novembre et Décembre.

On vend des Truffles rue Serpente au Messager de Thoulouse[13].

[13] Il étoit du bel usage, selon Richelet, d’écrire et de prononcer

_truffles_. Elles étoient un régal en vogue. Les dames surtout en

étoient très-friandes. (L’abbé de Villiers, _Vérités satiriques_, p.

199.)

Aux environs du Temple, de la porte Mouton et de la porte saint Louis,

il y a des femmes qui fournissent aux malades du lait d’anesse[14], de

vaches et de chevres frais tiré.

[14] C’étoit déjà, sur la recommandation des médecins galénistes, qui

l’avoient trouvé prescrit par Galien, leur maître, un des remèdes en

vogue pour les poitrines débilitées. Gui Patin dit que sa grand’mère

put vivre jusqu’à quatre-vingts ans, parce qu’elle avoit pris du

lait d’ânesse pendant soixante. (_Lettres_, édit. in-8, t. III, p.

462-463.)

M. Martin rue de Richelieu, est encore un fameux pour le Clavesin[15],

M. de Vizé à Luxembourg pour le Theorbe[16], Louis Horteterre près saint

Jacques de la Boucherie pour tous les Instrumens à vent[17], des

Cotteaux au fauxbourg saint Antoine, et Filbert rue saint Antoine pour

la Flute Allemande[18].

[15] Blegny oublie qu’il l’a déjà dit plus haut.

[16] Il n’avoit été cité plus haut, t. I, p. 211, au chapitre des

musiciens que pour son talent sur la guitare, fort semblable du

reste au théorbe. C’est pour la guitare qu’il est surtout vanté dans

les lettres de Mad. de Sévigné, t. X, p. 352. Un autre instrument de

la même famille que le théorbe, le luth, et la guitare étoit

«l’angélique» dont jouoit «excellement», suivant Richelet, t. I, p.

59, Lefèvre, de la même famille que celui que nous avons vu, t. I,

p. 209, parmi les fabricants d’orgues.

[17] Il étoit de la famille de Colin et Jean, qui ont eu plus haut, t.

I, p. 212, leur mention pour la fabrication des instruments.

[18] Blegny ne fait encore que répéter à peu près ce qu’il a déjà dit.

V. t. I, p. 212-213.

M. Coquart rue Simon le Franc, fait commerce en gros de toutes sortes de

cannes[19].

[19] Nous verrons un peu plus loin, par les bois dont il faisoit

commerce, qu’il étoit tablettier. Ses cannes ne pouvoient donc être

d’un grand prix. Des arrêts, que celui du 26 avril 1700 confirma,

enjoignoient, en effet, aux tablettiers, de ne vendre qu’une seule

espèce de cannes, sans ornement d’or, d’argent ou d’acier.

Messieurs Halin rue Jean saint Denis, indiquez[20] pour les Timballes et

Trompettes, sont aussi d’excellens Maîtres pour le Basson[21].

[20] _V._ plus haut, t. I, p. 215, à la suite des maîtres, pour l’art

de chanter.

[21] C’est le _fagotto_ italien, adopté depuis peu chez nous, où on

l’avoit appelé «basson», parce qu’il y servoit surtout de basse dans

les concerts de musette, alors à la mode. (Mersenne, _Harmonie du

Monde_, liv. 5.)

Mademoiselle Cochois rue Briboucher près saint Josse[22], est fort

stilée aux Coiffures de Toilles et de Dentelles pour les Dames[23].

[22] La chapelle Saint-Josse faisoit le coin de la rue

Aubry-le-Boucher et de la rue Quincampoix.

[23] Les marchands lingers et les marchandes lingères étoient depuis

longtemps en nombre dans la rue Aubry-le-Boucher. Bodeau, le riche

linger, qui fit tant de folies pour Mlle Paulet, y logeoit. C’est là

que Lemaître, dont le fils, Antoine Lemaître, fut une des gloires de

Port-Royal, avoit sa boutique de dentelles de Flandre; enfin, c’est

rue Aubry-le-Boucher que Mme Coisnard, la grosse lingère et

dentellière, fit sa fortune. (_V._ Tallemant, _Historiettes_, édit.

P. Paris, t. I, 225; III, 16, 34, 114; VI, 116.)

Madame Roüin devant le Collège des Plessis fait des Rabats unis par

excellence[24].

[24] Dans l’édit. précéd., elle est nommée avec «le sieur Des

Trapières, rue Bétizy, aux Trois-Bourses», p. 62.

Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2 · 第 24 / 232 题