[10] Pierre Sauvage l’aîné. Il étoit d’une famille de grande
considération dans le commerce parisien. On trouve dans l’épitaphier
de Saint-Jacques-la-Boucherie, un P. Sauvage qui avoit été échevin,
«et l’un des porteurs de la châsse de sainte Geneviève», ce qui
n’étoit pas un moindre honneur.--C’est surtout dans la partie de la
rue Saint-Denis qui avoisinoit celle d’Aubry-le-Boucher, et, en
face, l’église des Saints Innocents, qu’il y avoit aussi de riches
drapiers. Dans le _Bourgeois gentilhomme_, acte III, sc. 12, Mme
Jourdain dit que son père et celui de son mari «vendoient du drap
auprés de la porte Saint Innocent».
Enfin les Marchands Drapiers qui ne vendent qu’en gros, sont Messieurs
Fayert et Feroüillac[11] rue des mauvaises Paroles, Cadeau[12],
Rousseau, de la Mothe le jeune, Mignot et Sellier au Chevalier du
Guet[13], Poncet[14] rue des Prouvaires, Bachelier rue Montorgueil,
Gaillée rue de la Truanderie, Marchand rue des Déchargeurs, etc.
[11] L’arrêt du Conseil d’État le nomme Ferouillet, mais peut-être--ce
qui se rapprocheroit davantage du nom écrit ici--faut-il lire
Férouillard. Il y eut, en effet, un fameux marchand de draps qui
s’appeloit ainsi, et chez lequel fut commis, pendant la Fronde, un
vol considérable. (_V. le Journal des Savants_, 1854, p. 440.)
[12] Les Cadeau étoient une des plus anciennes familles du commerce de
Paris. Il en existe encore, qui connaissent leur origine, et en sont
fiers. Un Cadeau, marchand de draps, de la rue Saint-Denis, au
_Marteau d’or_, père sans doute de celui qui est ici, fut un des
grands meneurs de la Fronde à ses commencements. Le Parlement dut
ordonner prise de corps contre lui. _V._ aux Mss. de la Biblioth.
Nat., _Remarques journalières et véritables de ce qui s’est passé
dans Paris... durant l’année 1648_, p. 10.--Marchands et courtauds
de boutique de la rue Saint-Denis avoient, du reste, la réputation
d’être tapageurs et même bretteurs: «Bon! dit M. de Colafon, dans
_Arlequin Misanthrope_, acte II, scène VIII, je suis le premier
homme du monde pour escrimer. C’est moi qui ai mis les armes à la
main aux trois quarts de la petite gendarmerie de la rue aux Fers et
de la rue Saint-Denis.»--Le magasin des Cadeau étoit si célèbre, que
le drap qu’ils vendoient n’étoit connu que par leur nom: on disoit
«le drap Cadot (_sic_)». (_Théophraste moderne_, 1701, in-12, p.
40.)
[13] François Mignot et François Scellier. C’est ainsi qu’ils sont
nommés dans l’arrêt du Conseil d’État de 1687. Ils étoient associés.
Mignot épousa la sœur de Scellier, et il naquit de ce mariage un
fils, Pierre-François Mignot, qui se maria, le 29 janvier 1709, avec
Catherine Arouet, sœur aînée de Voltaire, dont l’abbé Mignot et la
fameuse mad. Denis furent les enfants. Jal a retrouvé l’acte de
mariage de ce fils du marchand de draps, qui, lui, n’étoit pas dans
le commerce, mais conseiller du Roi, correcteur en sa Chambre des
Comptes. Il y est dit «fils de deffunt François Mignot et de dame
Anne Sellière (_sic_)».
[14] Un jeton des drapiers, au Cabinet des Médailles, porte son nom à
l’exergue, avec la date de 1701.
Ceux qui ont un grand assortiment d’Etoffes d’été, sont Messieurs
Rotisset rue des cinq Diamans, Bergeon[15] rue des Lombars, Picart rue
de la vieille Monnoye, etc.
[15] Peut-être faut-il lire Bergeron, comme dans l’arrêt de 1687.
Les Marchands Merciers qui vendent des Toilles peintes et autres Etoffes
de la Chine, sont près l’aport de Paris, Messieurs le Brun ainé et
cadet, Chauvin[16] et Liettier, et encore au Cloitre sainte Opportune,
M. Barroire.
[16] Dans l’édition de 1691, chap. XII, _du Commerce des
habillements_, p. 26, il est seul nommé: «les étoffes de la Chine se
vendent chez les marchands tapissiers de la Porte de Paris, entre
lesquels M. Chauvin, à l’enseigne du Roy de la Chine, est toujours
bien assorti.»
Les Crepes et Crepons se vendent en magasin chez Messieurs le Breton rue
des Lavandieres, Gaubas et Solicoffre au cul de sac des Bourdonnois[17].
[17] Jusqu’au règne d’Henri IV, les crêpes et crêpons nous venoient de
Bologne. On en dut la fabrication en France à Sully, dit Laffémas,
«à la prétieuse manufacture par lui establye dans le château de la
ville de Mantes». _Archives curieuses_, 1re série, t. XIV, p. 223.
On vend aussi au même lieu les Treillis d’Allemagne, et encore chez M.
de la Riviere, rue des Bourdonnois[18].
[18] A la suite, on lit dans l’édit. de 1691, p. 25: «Au Cheval noir,
près la porte de Paris, il y a grand magasin de draperie.»--Les
treillis, selon Richelet, étoient «une sorte de grosse toile, dont
s’habillent, dit-il, les charretiers, les mariniers et autres gens
de cette manière, et dont on fait quelques sacs».
Les Etoffes de soyes, d’or et d’argent[19], sont[20] commercées par
Messieurs Gautier[21] et Regnault, rue des Bourdonnois.
[19] Le milannois Furato avoit, sous Henri IV, importé à Paris, hôtel
de la Macque, rue de la Tixeranderie, l’art de faire ces étoffes
d’or, ce qui fut pour le royaume une épargne de plus de douze cents
mille écus par an, suivant Laffémas. (_Loc. citat._)
[20] «Amplement», édit. de 1691, p. 25.
[21] C’étoit le plus en vogue. On se ruinoit surtout chez lui--du
moins pour les étoffes--en corbeilles, ou, comme on disoit alors, en
«carreaux» de mariage: «l’utile et louable pratique, dit La Bruyère,
de perdre en frais de nôces le tiers de la dot qu’une femme apporte!
de commencer par s’appauvrir, de concert, par l’amas et
l’entassement de choses superflues, et de prendre déjà sur son fonds
de quoi payer Gautier, les meubles et la toilette.» Le marquis de la
_Femme d’intrigue_, de Dancourt, «dont le revenu est en fond de
crédit», assure (acte III, sc. X) qu’il se fait des rentes avec ce
qu’il achète, pour le revendre, dans cette boutique célèbre: «Il n’y
a point d’années, dit-il, ... que je ne touche sept à huit cent
pistoles chez Gauthier, cela en étoffes.» Les gros gains de Gautier
étaient les noces de rois ou de princes, qu’il fournissoit tous. A
la fin de 1679 et au commencement de 1680, il eut, par exemple,
après le mariage du roi d’Espagne, celui du prince de Conti. Mme de
Sévigné écrivit alors à sa fille: «Gautier ne peut plus se plaindre,
il aura touché en nôces, cette année, plus d’un million.» Ce dont il
se plaignoit peut-être, c’étoit des lenteurs à payer que se
permettoit la marquise. Elle et sa fille achetoient beaucoup chez
lui, et payoient rarement. Il réclamoit, et il falloit lui écrire le
plus honnêtement du monde pour qu’il prît patience. (_V._ les
_Lettres_ de Mme de Sévigné, édit. L. Hachette, t. III, 76 et 88;
VII, 438.)
Mr du Moütier rue Chanverrie à la ville de Hambourg tient magasin de
petites Etoffes fabrique de Paris, et M. Brulé même rue, tient magasin
de Taffetas et autres Etoffes de Tours et d’Avignon[22].
[22] Le taffetas d’Avignon, ou demi-armoisin, étoit le plus mince de
tous; celui de Tours, ou «petit gros de Tours», l’était un peu
moins.
Pour les Etoffes concernant le Theâtre et le Carnaval, voyez l’article
des Passetemps et Menus Plaisirs[23].
[23] T. I, p. 269.