--Me battre? Pourquoi? D'abord on ne m'a rien demandé. En outre, ça
n'est pas intéressant. Ma maison est menacée. Qu'ils y viennent! Je ne
suis ni un lâche ni un sot. Si je trouve un Boche en face de moi, je
saurai l'abattre.
Mortné admet le corps à corps. Menacé directement dans ses biens, il
se battrait; il ne permettrait pas qu'un Allemand vînt détruire les
glaises informes où il croit avoir affirmé son génie. Mais à quoi bon
épouser les querelles de la nation?
Une légion innombrable a pu descendre vers Paris, férocement armée,
ayant asservi la science à sa fureur guerrière. Des mortiers de 420,
de puissants obusiers auraient fait pleuvoir sur la capitale un déluge
de fer si nos armées n'avaient arrêté la progression rapide de cette
légion. Cela importait peu.
Mais qu'il s'en fût présenté un, un seul de ces envahisseurs, non pas
un obus, mais un homme, dans la demeure de Mortné, il nous eût alors
montré qu'il savait, lui aussi, se battre et triompher.
* * * * *
Au retour, satisfait d'avoir retrouvé le cher visage qu'il aimait et la
douceur archaïque de son quartier, Un Tel, un instant, a pu se griser
d'un éphémère triomphe. Certes, les gamines aux nattes enrubannées et
les vieillards l'accueillirent avec une évidente admiration. Mais il
a vite compris que la lutte n'était pas terminée, qu'il lui fallait
encore défendre contre les mensonges dorés de la légende la vérité de
sa douleur et arracher aux mains des égoïstes qui s'en nourrissent les
fruits de la patrie, ce clair jardin que les soldats ont protégé des
foudres et de la mort.