De mémoire de marin, ça ne s’est jamais vu d’oublier d’allumer un phare,
serait-il de troisième ordre, surtout quand on est deux gardiens valides
et que le temps ne vous fait pas perdre la tête. Le vent soufflait dur
autour d’Ouessant, mais pas au point de renverser la cage sur nos
ventres et, malgré mon rêve, personne chez nous n’avait bu un coup de
trop.
Je ne m’arrêtai pas à toutes ces réflexions. J’avais le cerveau brouillé
par des visions de jupes, et le cri du vieux m’avait flanqué l’idée de
la consigne au cœur comme une lame pointue.
On est si bête! Je n’osais pas me demander pourquoi, lui, qui se mêlait
toujours de tout et veillait inutilement, n’avait pas allumé lui-même
dès l’heure venue.
Je grimpai dans la spire, ma lanterne haute, et j’arrivai suant,
soufflant, tortillé de terreur, devant la cage.
Le ciel était lourd, vous tombant sur le crâne en capuchon. La nuit,
plus épaisse, vous mettait ses griffes de velours dans les yeux. En bas,
la mer se roulait, chantant son chant de mort, étendant, de places
noires en places noires, ses linges blancs, tout préparés pour la
dernière toilette des hommes d’équipages.
Ce singulier vertige, que j’avais déjà éprouvé étant assis sur
l’esplanade, me tournait encore la tête. Oui, je me sentais toujours
attiré dans le vide, pompé, forcé de m’aplatir le long des parapets du
chemin de ronde pour ne pas sauter n’importe où.
Ce n’était ni la hauteur du phare, ni sa position isolée au milieu du
flot qui m’effrayait... Je me l’imaginais mal assis et un peu incliné,
peut-être, à cause de la difformité du rocher sur lequel on l’avait
bâti. Certainement le rocher se présentait de travers, si le phare
allait droit! On ne sait rien de la force des vagues, pas plus que celle
des marées prévues. Il y a toujours la chose qui arrive en dépit de la
science des ingénieurs. Trente-six ans de durée, c’est vieux pour un
ouvrage de pierre qui reçoit chaque jour et chaque nuit toutes les
claques furieuses de l’océan.
Engourdi, je me tenais stupidement à la grille de la cage, tâtonnant
pour ouvrir le trou de feu que je connaissais comme ma poche. J’avais la
sensation d’être encore dans mon rêve, de dormir et de rouler selon le
bercement des vagues ténébreuses, un bord sur l’autre, me moquant bien
de la réalité.
--De quoi? Pas allumé?... Du moment qu’on rigole, ça ne fiche rien! On
n’allume pas les phares de son lit. Le vieux radote. C’est un vieux fou.
Cré nom d’un sort!... voilà mon boute-feu par ici et la première mèche
par là... il est vrai que les lampes tournent toutes seules aujourd’hui!
Ce n’était pas possible, le phare étant à feu fixe. Elles ne tournaient
pas, je tournais, moi, tantôt du côté de la mer, tantôt du côté du
vitrage. Mes jambes fléchissaient, j’avais des crampes à l’estomac. Il
me semblait que des ailes de chauve-souris me frôlaient les paupières...
enfin, la flamme jaillit de mes doigts fiévreux, se communiqua au cercle
des mèches, un petit grésillement se répercuta de mécanisme en
mécanisme, les disques se mirent à fonctionner, et les bras roses de la
lumière victorieuse repoussèrent l’ombre jusqu’au fond de l’horizon.
Je respirai.
Pas de gros navire en vue, pas de barque de pêche égarée, une mer
déserte et presque tranquille. Aucun danger! Nous ne serions pas
signalés à la marine de Brest pour ce coup-là.
Je me mis à danser de joie.
Ça débordait de ma poitrine à mes lèvres. Je chantais, je criais, je
frappais des talons sur la dalle du chemin de ronde, je n’avais plus ni
faim ni soif. J’étais enlevé plus haut que le phare d’_Ar-Men_. Je
nageais dans les vagues des lourds nuages qui se cuivraient, à présent,
devenaient roses, eux aussi, se mettant à rire.
Ah! le vieux loup, ce qu’il m’avait fait peur! Je ne redescendis pas, je
m’installai chez moi, laissant entrer la vive lumière, et je m’assis
devant ma table pour consigner l’oubli, très loyalement.
Là, mes perplexités me reprirent.
Avouer cette faute, qui n’entraînait aucune catastrophe, c’était
peut-être bien me faire juger trop sévèrement par mes chefs. Le vieux,
en bon compagnon-patron, aurait dû me taper sur l’épaule. Après mon
travail de galérien autour de cette sacrée grue d’arrimage, j’avais eu
une espèce de syncope. Mes dents claquaient à ce souvenir. Pendant ce
temps le vieux chacal se promenait le long de l’esplanade, fumant sa
pipe. Je pouvais mentionner ça. Je tortillais ma plume. Elle n’allait
pas fort, l’écriture, avec moi. Je pensais à des tas de choses inutiles.
Une heure de plus, une heure de moins, la belle affaire... Et,
cependant, ma chemise collait de songer que les barques comptaient
toutes sur nous comme sur le bon Dieu.
On ne voyait pas souvent les gros navires. Ils essayaient de nous brûler
la politesse, rapport à un certain prolongement de récifs à fleur d’eau.
On apercevait ça par les temps clairs, et ça ressemblait à une ligne
plus sombre de la vague, un endroit où il y aurait eu un sentier tracé
dans la grande prairie, la grande prairie dont les herbes sont les
cheveux des noyés.
Nous possédions un canot dit de sauvetage pour y aller voir, mais l’eau
se brisait sur ce dos de _Baleine_, de façon à vous ôter sérieusement
l’envie de la curiosité.
Faudrait tenter la course vers les midi, par un ciel bien découvert.
On se tâterait, on verrait...
J’entendis fredonner la voix _de femme_ du patron.
Il montait, selon sa coutume, vers dix heures du soir, sa lanterne
allant et venant au bout de sa pince de crabe. Il ne se souvenait pas de
notre aventure. Une aventure unique, oui, grâce à lui.
Cette chanson, dédaigneuse de mon malheur, me fit rager. Je me mis à
écrire de ma plus vaillante écriture de bon chauffeur mécanicien... que
le gardien nº 2, _encore peu au courant de son métier_, et par suite
d’une grave indisposition, avait oublié...
Voilà! C’était, maintenant, comme si le notaire y avait passé.
C’est livres d’évangiles que les journaux de bord.
Entrant chez moi, le vieux me regarda de son regard luisant, la sale
chouette! Il vint derrière mon épaule et se mit à ricaner:
--Des paperasses, qu’il grommela. Ça n’empêche pas le vent de souffler.
Je biffai le mot _grave_ devant _indisposition_ pour crâner un brin.
Il examina le journal, l’œil ébloui, peut-être par l’éclat des lampes
qui tiraient ferme, ce soir-là, j’en réponds.
--Petit, fit-il, la voix subitement sombrée, je ne sais plus lire.
Il avait parlé à regret, du ton d’un qui se confesse.
Comment diable peut-on s’y prendre pour ne plus savoir lire?
Je me levai, posant ma plume, assez fier de ma mission, la mission de la
marine de Brest: _remplacer l’intelligence d’un vieux qui décline_.
Peut-être savait-on des choses à son sujet que j’ignorais. Un roublard
pour la manœuvre, ce vieux, mais un _sans école_, pas capable de tenir
ses petits comptes lui-même. De fait, je ne l’avais pas vu écrivant. Je
me rappelais seulement un vilain livre de quatre sous qu’il prenait le
soir, histoire de s’endormir dessus en attendant la veille. Il ne lisait
que les imprimés, probablement.
--On m’a dit de consigner _les grains_, que je répondis me rengorgeant,
ça vous épargne toujours une besogne... et, en échange, vous auriez bien
dû me réveiller plus tôt, patron!
Il me regardait toujours, l’œil se troublant peu à peu, s’égarant,
cherchant des idées dans les coins de ma chambre.
Il traça quelques signes en l’air, grogna des mots baroques, s’en alla,
tirant la jambe et balançant les coudes.
--Oh! c’est sans rancune, monsieur Barnabas.
Il se tourna, brutal:
--Faudra pas t’y échouer souvent, le gars! Je peux te moucharder, moi
aussi.
Ç’aurait pas été un tel vieux je me serais mis à le bourrer de coups de
bottes.
Il entama sa chanson, et je compris, enfin, quelques paroles de son
refrain diabolique:
C’était la tour, prends-garde,
C’était la tour... d’amour!
D’amour... our... our... ur!
Mon Dieu, de quelle tour d’amour voulait-il me causer, le pauvre
bonhomme? Si nous habitions tous les deux une tour où il fallait prendre
garde, elle n’était guère d’amour, car elle manquait vraiment de
demoiselles à marier.
La nuit s’écoula tranquillement, et le lendemain je me réveillai durant
que mes serins faisaient leur toilette, s’aspergeant l’un l’autre d’un
quart de ma ration d’eau.
Ces affreuses petites bêtes me navraient par leurs disputes. Il y avait
_Cadic_ et _Cadichet_. _Cadic_, plus vieux, devait commencer la goûte.
Il volait lourdement, se repliait toujours une patte sous le ventre;
_Cadichet_, plus alerte, plus vorace, mangeait perpétuellement et semait
sa provision de millet à travers la chambre pour embêter son voisin.
L’aîné chantait quelquefois d’un accent si perçant qu’il me saignait le
tympan. Le jeune poussait de faibles cris de moineau.
Je voulais une famille, des couvées, faire de jolis élèves, bien stylés,
croisés de nuance et variés de trilles, avoir surtout un mulet vert pour
le cager à part, lui apprendre de grands morceaux, et, au lieu de tout
ça, je devenais la victime de méchants oiseaux toujours en querelles,
salissant ma chambre, dépensant l’eau comme si chez nous ça ne valait
rien, l’eau douce.
J’avais payé ça une pièce de cent sous. Belle acquisition, ma foi! Je ne
pouvais pas les lâcher par la fenêtre à sept milles de terre ferme. Je
ne pouvais pas les laisser mourir de faim, et il serait trop difficile
d’obtenir du ravitailleur qu’il les remporte. J’hésitais à les tuer.
Depuis six semaines que je demeurais au phare, ayant laissé sauter mes
tours de congé, je n’espérais pas une permission de surcroît, histoire
d’aller changer un serin mâle pour une femelle.
Ensuite, ma faute de la veille ne donnait pas lieu à l’indulgence de mes
chefs, et le père Barnabas ne me permettrait pas, de sitôt, les...
serines de Brest.
J’étais plein de mélancolie.
Ma chambre, au soleil levant, n’inspirait pas non plus de gaietés
folles. Elle était claire, nue comme une coquille d’œuf et semblait vide
pour toujours. Mon lit de camp, bien propre, bien astiqué des pieds,
était sur le modèle des lits d’hospice. Il tenait le moins de place
possible, et ma petite horlogerie de gardien scintillait entre les
étagères avec l’apparence d’outils de chirurgie. Sur ma table, les
livres ne me tentaient pas. J’avais jamais été grand liseur. J’aimais
mieux perfectionner mes idées à moi tout seul, soit pour mon métier,
soit pour ma jugeotte, que de m’informer de celles des autres.
Ce qu’il me fallait, à présent, pour éclairer mon cerveau, c’était
quelques petits animaux sautelant autour de mes jambes. Je pensais à un
singe ou à un chien:
--Pourquoi pas me marier, avoir des enfants? Trouver une bonne petite
fille de pêcheur, née native de _Sein_ où les femmes sont belles,
dit-on, lui abandonner le lopin de terre à gérer, une vache, des poules,
et l’aller surprendre dans sa maisonnette tous les quinze jours. Au bout
d’un an, je serais gardien-chef, c’est plus que certain, avec double
paie et repos d’une semaine tous les mois en pays de chrétiens. Les
Bretonnes bretonnantes connaissent la corvée de l’attente, les longues
nuits solitaires, ne se plaignent jamais du vent qui souffle, et c’est
un honneur pour elles que d’être la compagne d’un gardien-chef, sur la
côte ou dans les îles.
Mes serins me conduisaient loin avec leurs disputes de petits mâles qui
s’embêtent à se tuer. Voilà que je pensais mariage. Moi, Jean, le pauvre
bougre de déshérité. Tout en faisant ma toilette à mon tour, mais sans
gaspiller l’eau douce, je me disais que j’étais un brave garçon corps et
cœur, bien tendre de caractère, pas trop enclin aux boissons, pas
querelleur, pas rechigneur et comprenant souvent des choses par-dessus
ma condition. Je ne _crânais_ pas beaucoup dans la vie, mais lorsqu’on
est né au hasard de la fourchette, on ne peut pas se sentir bien fier de
soi.
Je n’étais pas vilain, physiquement, quoique maigre, j’avais de bons
yeux gris, des dents blanches, des cheveux bruns comme tout le monde,
quoi, et si j’étais porté un peu sur le sexe, c’est que des filles
aimables me prenaient moins cher qu’à mes camarades, preuve qu’on savait
m’estimer du côté du sentiment.
Oui, décidément, faudrait régler la question du sexe et le plus vite
possible, car... hum... ça se gâtait!
--_Pas d’histoire de jupes!_ avait déclaré le patron galonné.
Un mariage, c’est de l’ordre pour toute la vie.
Et le vieux? Est-ce qu’il avait perdu sa femme, lui, qu’il ne voulait
plus sortir de son nid de hiboux?
Par la lucarne de ma chambre de guette, une vitre ovale, très épaisse,
garnie d’un filet d’acier, on apercevait la grande mer mouvante qui
roulait à vous tourner l’estomac. On avait l’air en ballon, tous les
points d’appui vous manquaient à la fois. On était suspendu sur le vide
qui se creusait, se creusait comme pour mieux vous engloutir, et le
sacré vertige montait, vous serrait la gorge, vous chavirait des pieds à
la tête. On ne marchait pas, on tournait avec la mer, et, quand le vent
soulevait l’eau à des hauteurs prodigieuses, il semblait soulever aussi
le phare; on le sentait vibrer du haut en bas, il se balançait, il
saluait, il valsait... jamais navire en perdition n’avait exécuté de
danse pareille. C’était la danse éternelle, le supplice de ceux qui ont
trop voyagé à fond de cale. Maintenant on restait immobile, mais la
cervelle s’embarquait, bondissait, se perdait à travers des espaces
inconnus... la course à la folie...
Je regardais l’immensité, tout angoissé de tristesse. Là-bas, vers les
_Basses froides_, un point, une voile, puis une autre: les bateaux de
pêche qui tentent la passe difficile pour aller quérir les marchandises
de la criée prochaine. Quatre heures du matin! Elles luttent, pataugent
un bord sur l’autre, se rangent en file, se dédoublent et les voilà
parties, la toile tendue à se rompre, comme des pigeons ayant vu luire
du blé sous le vert de l’herbe.
Allons, nous, faut travailler aussi.
Mes lampes sont propres, mes godets à huile se remplissent, le mécanisme
fonctionne honnêtement. Il fait un temps assez solide, pas de danger que
la vitrerie se démonte aujourd’hui. Je devrais être satisfait.
Et je ne sais pas pourquoi, je suis inquiet. Je bâille nerveusement.
J’ai faim... il faut descendre.
Je rencontrai le vieux loup sur l’esplanade.
--Beau temps, l’ancien, que je lui dis de toute ma politesse.
Il bougonna, selon son habitude, levant sa main droite en pieuvre. Je
fis le tour de notre domaine, m’accrochant aux crampons extérieurs et me
fourrant dans tous les trous où on pouvait palper le roc. Je recevais
des soufflets d’écume et des gifles de sel à en éternuer pendant une
heure. Ça sentait la marée, le pourri, les entrailles de poissons et
bien d’autres choses encore que je n’ose dire.
Je recueillis des moules, si grosses que j’en eus suffisamment d’une
demi-douzaine pour mon déjeuner. Au moins c’était du fruit nouveau, plus
appétissant que l’éternel hareng saur, mais comme je remontais pour en
offrir à mon chef, désireux de lui prouver ma bonne volonté, ce
matin-là, il fit un geste bizarre et détourna les yeux:
--De la poison! gronda-t-il durement.
--Hein? Du poison, des moules? Quelle blague!
Le phare ne devait pas être construit sur des charpentes de cuivre, et
dans les trous du roc il ne séjournait sans doute point de goëmons en
décomposition, car l’eau n’en charriait guère à ces endroits
tranquilles?
Quel caractère, ce vieux!
Je suçai goulûment la coquille que je venais d’ouvrir avec mon couteau
de ceinture. Elle était belle et fraîche,--ah! seigneur saint Barnabé,
je me souviens de sa fraîcheur.--C’était la prunelle d’une vierge, bleu
sombre et nageant dans une glaire de nacre, si transparente, si
veloutée..., la bonne moule.
Pourtant elle avait un drôle d’arrière petit goût fade. Ça vous restait
au gosier, on aurait dit un goût de vase ou mieux... mais pourquoi ces
moules de rochers n’auraient-elles pas été saines?
Passe encore dans les cales de Brest où l’on jette des chats morts de
maladie.
Après mon balayage du matin, le récurage des boîtes à sardines, que le
vieux avait la manie d’empiler de chaque côté de la cheminée
régulièrement, je courus me chercher une autre provision de moules. Les
trous de rocs étaient presque comblés, vers midi, la marée enflant et
recouvrant une partie de la bâtisse inférieure. Seulement on pouvait
longer le pied du phare en bateau. Je détachai le canot, prêt à être
lancé selon le règlement, un vieux canot radoubé, mal fichu, pas capable
de tenir sur la houle, et je le menai à la force du poignet, me serrant
contre la muraille en halant le long d’une rampe de fer. Ces précautions
n’étaient pas inutiles, car le courant bouleversait toutes les manœuvres
ordinaires.
Ce courant-là venait juste de la _Baie des Trépassés_. Le phare se
trouvait au milieu d’un remous formé par le _raz de Sein_ et les
dernières îles ou îlots de la grande _Chaussée_. Il avait l’aspect, vu
sur les cartes, d’un petit bonhomme debout au fond d’une cuvette, et on
sait que, lorsque l’eau tourne autour d’un point, elle y amasse des
quantités de choses.
D’ailleurs tout tourne autour de ces deux énormes piles de pont qui sont
la queue de Bretagne et la queue de Cornouailles. A chaque marée, la
brutale ruée des flots de l’Atlantique arrive dans cette échancrure,
entre ces deux piles, et y forme un fleuve furieux qui va, pendant six
heures, se déverser dans la mer du Nord, puis redescend vers l’Océan les
six heures suivantes.
Ce joli fleuve là, c’est la _Manche_.
Aux écoles, quand on nous parlait des fréquents naufrages, des barques
perdues presque quotidiennement le long de _Trévennec_, de la _Vieille_,
de _Sein_, nous regardions cela d’un air philosophique.
--On est tous mortels.
Seulement, ce à quoi nous ne pensions guère, c’est ce que peuvent bien
devenir tous les noyés que la vague ne rend pas dans les neuf jours
traditionnels (Neuf jours. C’est le temps de ses relevailles à cette
expulseuse d’hommes).
Ils sont mangés par les poissons.
Hum! Pas tous! Il y a des endroits où les poissons ne fréquentent pas,
le courant rompt leur bande, et ils s’égaillent.
Les monstres de fond ne sont pas autour des rochers, et les carnassiers
de surface ne restent pas dans l’écume chaude, battue vertigineusement
par le fouet des grandes barres.
On ne voyait jamais Mathurin Barnabas pêcher du haut de son esplanade.
Je dénichai un crabe énorme qui, sans se presser, descendit plus bas
dans le trou noir, son domicile, puis des bêtes gluantes, une lamproie,
rampèrent et zigzaguèrent le long des maçonneries.
Je récoltai beaucoup de moules dans ma casquette.
J’étais arrimé, un talon sur le bord de mon canot et presque toute ma
botte dans le trou de roc. L’ombre géante du phare s’étendait, formant
un chemin qui aboutissait à cette cave mystérieuse. Les grosses vagues
respectaient, pour le moment, ce coin de tristesse et laissaient un
calme relatif à cet endroit si désolé. Pas une herbe, pas une algue, pas
une touffe de lichen, pas un morceau de coquillage blanc ou rose, pas de
couleur, pas de reflet, tout était noir, d’un noir intense, tellement
intense qu’il en paraissait lumineux; l’eau recélait une flamme
intérieure, un feu sombre qui la faisait plus pure que le jais. On
voyait là, au centre même de ce deuil, un objet singulier, ça
ressemblait à un bout de bois, un bout de jonc plus pâle à une
extrémité. Une bête? Non. Ça ne remuait en tournant que parce que l’eau
tournait autour du roc.
Il venait de loin, ce courant, d’abord furieux, puis plus dissimulé, se
resserrant sous la vague jusqu’à pousser devant lui toutes les épaves
comme des troupeaux de béliers.
Il avait apporté ça... laissant le reste en route. C’était une épave
aussi, une toute petite épave humaine. Cela ressemblait à un petit bout
de serpent, un petit bout de serpent rougeâtre dont la tête fuselée
serait translucide, en porcelaine...
_C’était un doigt._
Il se promenait tout seul. Mon Dieu, oui! On se sépare de ses frères, un
beau jour d’orage, sous la dent d’un congre ou parce que _la main_,
remontant du fond, s’est pourrie à se crisper sur la planche du salut.
Bien souvent, les doigts se coupent à la phalange qui garde l’anneau.
Les chairs gonflent, se déchirent, l’anneau, une alliance mince usée,
fait l’office de couteau, scie peu à peu le petit os tendre déjà brisé
par un dernier effort, et le doigt libre s’en va, droit comme flèche,
indiquer la grande route du néant.
Enfin, je ne sais pas pourquoi il se trouvait là, le malheureux, mais
c’était bien _un doigt_.
Je rejetai à la mer le contenu de ma casquette déjà remplie de moules,
et je rentrai au phare vivement, parce que mon ventre me faisait mal...
J’eus la colique durant deux jours...
V
Le vieux, penché sur son petit bouquin, ne m’entendait pas venir de la
spirale, et il continuait sa lecture bien dévotement.
Il disait, des lèvres seules:
--A... a... a... ah! B... b... b... bien!
Et il s’arrêtait, trémolant, les joues gonflées par l’attention. La
lampe du plafond l’éclairait tout en plein.
Il n’était pas rassurant d’aspect, malgré ses lectures pieuses, ce sacré
père Barnabas.
Sa casquette enfoncée sur les tempes, d’où pendaient les deux oreilles
de chien blond, le rendait plus blafard, plus nu de figure qu’un cul de
singe. Ses pommettes saillaient, toutes luisantes, d’un jaune de cire
d’église, et ses prunelles roulaient vertes et vitreuses comme celles
des poissons crevés. Son vilain costume de bure, jamais ôté, jamais
brossé, semblait enduit de jus de chique depuis ses quelque dix ans
d’existence. Je savais déjà qu’il couchait avec ses bottes. On ne lui
voyait pas de linge, ni sale, ni propre, mais il était juste de croire
qu’il ne connaissait point l’usage des chemises, car il me regardait
laver les miennes en sifflotant. Il était plus que sale, plus que laid,
il était comme de la honte faite homme.
Arrivé derrière lui, je tachai de me rendre compte de ce qu’il pouvait
lire tous les soirs avec tant de persévérance. La bibliothèque contenait
beaucoup de bouquins, toute la ribambelle qu’ordonne la marine soucieuse
de distraire les prisonniers du large, des livres de science, des récits
de voyage, et des histoires d’amour pas trop brûlantes: _Robinson
Crusoé_, _Paul et Virginie_, les _Fables de La Fontaine_. Mais ce petit
bouquin-là vous avait une forme de catéchisme ou mieux d’un...
Je me redressai, le frisson dans le dos.
J’avais bien vu.
C’était... l’_Alphabet_.
Le père Barnabas, le gardien-chef du phare d’_Ar-Men_, ayant fait ses
études et obtenu son diplôme depuis longtemps, lisait... l’alphabet, par
conséquent ne savait pas lire!...
Pourquoi que cela me donna la chair de poule, au lieu de m’amuser?
J’en demeurai muet d’horreur.
--Ben, quoi, le Maleux, qu’il me dit, levant son nez de camarde? C’est-y
que tu as la colique?
A cause de l’histoire des moules, il me rappelait que j’avais le ventre
sensible.
Je regardais toujours le petit bouquin. Je répliquai, d’un ton très
respectueux,--ce n’était pas souvent qu’il daignait m’adresser la
parole:
--Patron, le vent s’attache là-haut pour de bon. Je crains de la
complication pour cette nuit. Alors...
--Faudra veiller ensemble! qu’il bougonna sans plus se déranger, et il
reprit sa lecture, ânonnant péniblement sur les voyelles:
--A... a... a... i... u... aou... aou!
Ceux qui vivent bien au chaud, dans leur cambuse de la terre ferme, ne
se doutent pas de ce que c’est qu’une soirée passée en mer, sur un
navire qui ne bouge pas, dans lequel on n’a donc pas l’espoir d’aborder
quelque part et où on ne cesse jamais d’entendre le vent.
Cette nuit-là, il faisait un tel sabbat, le vent, qu’on avait envie de
mourir. Cris de chouettes, cris de femmes, cris de sorcières, cris du
diable, tout s’en mêlait. A chaque instant ça changeait de note, et ce
qui pleurait au loin, venait la minute après, rire et cracher sur notre
porte. La porte, elle, tenait bon, mais, dessous, giclait de l’écume.
L’esplanade, les dalles et les escaliers se couvraient de paquets d’eau,
à telle enseigne qu’on se _sentait pencher_. De là-haut, par la spire,
s’engouffrait la musique malgré que j’avais fermé l’entrée du chemin de
ronde, les trombes de cris et d’injures s’enflaient en parcourant cette
grande cheminée d’usine, nous dégringolaient sur les épaules comme la
colère même de l’océan.
Ce vieux ânonnait toujours d’un air paisible.
Chose bizarre, ce qui m’épouvantait le plus, c’était ça!
Je restai debout près de la table, ne me décidant pas à lire de
compagnie. Je n’avais aucun goût pour l’alphabet, moi, et je ne voulais
pas _baisser_ la tête.
Pourquoi? Je n’en sais trop rien. Je me rappelle seulement que je ne le
quittais pas de l’œil.
--Les lampes vont bien, j’ai ramassé trois gros martinets sur
l’armature, mais ils n’ont pas entamé le titrage... faudra voir... que
je dis machinalement.
--Faudra voir, répéta le vieux, épelant de tout son cœur.
Je voulais m’en aller veiller là-haut. Je ne me décidais pas. Est-ce que
le séjour au phare me rendait peureux?
En tous les cas, je me sentais sans volonté, sans force, sans idée
raisonnable.
Je m’assis sur la table, laissant pendre mes jambes molles comme du
coton.
Une buée nous entourait, la fumée du pétrole et un nuage humide sortant
de dessous la porte avec les franges d’écume.
L’horloge balayait son heure de son allure monotone, au milieu du
chambard, et quand ça craquait jusqu’au roc, on l’entendait craquer de
son côté, telle une vieille sourde qui dérangerait un peu sa chaise en
toussant.
Ah! nous étions un joli ménage, le vieux et moi!
On était couplé sur le même banc de galère, attaché à la même chaîne, et
on ne se connaissait pas, on ne se comprenait pas. Les choses qu’on se
disait n’avaient pas le sens humain. On mangeait le même pain, on buvait
le même cidre et on ne s’offrait pas le rhum de l’amitié: chacun le
gardait jalousement pour soi (car j’avais acheté du bon tafia, moi
aussi, histoire de guérir mes coliques de moules).
Je pensais au camarade _mort d’accident_, péri d’ennui, peut-être, par
une soirée pareille, au bout de cinq ou six ans... d’exercice. En
arrangeant la grue d’arrimage ou en raccommodant l’armature, une nuit de
grosse tempête, sans doute qu’il était chu de là-haut, et avait rebondi
sur l’esplanade le front fracassé... à moins...
--Dites donc, l’ancien, que je murmurai du ton d’un qui fait la bête,
c’est-y intéressant le livre que vous lisez?
Le vieux leva les yeux.
--C’est un beau livre, qu’il me répondit, mais on a de la peine à s’y
retrouver une fois qu’on a perdu le fil.
--Vous avez perdu le fil de... j’allais dire l’_Alphabet_, je me mordis
la langue, de votre histoire?
--Oui, le Maleux, je l’ai perdu... par un soir de gros temps.
Il soupira et ajouta:
--C’était un brave gars, tout de même!
Je fus abasourdi parce que nous nous rencontrions juste sur la pensée du
mort, mon prédécesseur.
--Hein? Vous saviez donc lire... autre chose, à l’époque où il vivait,
ce gars?
--Je lisais... dans son âme, et maintenant que le diable le garde à ma
place!
Le vieux posa son livre, leva la main en faisant un signe au plafond.
Ses yeux me semblèrent plus troubles qu’à l’ordinaire. Il ne perdait pas
que le fil de... l’alphabet, l’ancien.
--Hon!... on... our... ur! chantonna-t-il tout à coup.
Et il ajouta:
--Je suis né natif d’Ouessant, voilà vingt années que je suis le gardien
de la Tour d’... amour, de la tour d’_Ar-Men_.
Il ôta sa casquette comme pour saluer quelqu’un.
--Bon! bon! balbutiai-je, saisi d’effroi. Je ne voulais pas vous
offenser, monsieur Barnabas. On essaie de causer pour passer la mauvaise
heure ensemble. D’ailleurs je ne suis pas curieux, moi, je ne tiens pas
à me mêler des affaires du voisin.
J’aurais dû avoir une fameuse envie de rire, car, en ôtant sa casquette,
le vieux s’était dépouillé de ses cheveux, mais sa tête, blanche et
luisante comme une lune, me produisait un effet extraordinaire.
Il fixait ses yeux de poisson crevé sur les miens, me paralysait.
--Quoi que t’as, le Maleux, à me moucharder?
Je pris le parti de me moquer de lui.
--Voyons, père Barnabas, je ne moucharde personne ici, vous avez le
_délire du vent_.
Le _délire du vent_ est un mal bien connu des gardiens de phare, surtout
quand ils débutent. On finit par s’entendre appeler du haut en bas de
l’escalier, le long des échelles, partout où peut siffler quelqu’un.
--Oui, fit-il, mélancolique et de son ton de vieille femme geignarde,
j’ai le délire. Pourtant j’ai pas mon pareil dans le métier; je sors
jamais, je bois pas, je cause pas et je ne dors presque plus; j’ai pas
mon pareil sur toute la ligne de feu des côtes, ça tu pourras leur dire
à nos officiers.
--Je crois qu’ils s’en doutent, monsieur Barnabas. Ils m’ont fait votre
éloge, y a six mois, quand je suis venu chez vous. Non, nous n’avez pas
votre pareil, et c’est point votre faute si le gars est tombé... ça peut
m’arriver demain. Nous sommes tous à la merci de celui qui souffle.
Il sembla réfléchir, puis il ricana, tout en caressant les cheveux
blonds qui ornaient les oreilles de sa casquette huileuse.
--M’est avis que ça ne t’arrivera pas, le Maleux.
--Dieu le sait! Dieu le veuille!
--Dieu... il est mort, répliqua-t-il durement, et il me tourna le dos.
--Vous allez monter, l’ancien?
--Oui, c’est mon moment... Je sens que ça se gâte, là-haut... J’ai pas
besoin de toi.
Je restai figé sur la table, en face de sa casquette qu’il avait oublié
de remettre.
«C’est la tour prends garde!
«C’est la tour d’amour... ou... our... ur!»
La voix montait, se mêlait au vent et devenait lointaine comme celle
d’une fille qu’on étranglerait sur les dunes pendant une nuit
d’équinoxe.
Je contemplais la casquette. Je finis par la prendre, du bout des
ongles, étonné de la voir si graisseuse: on aurait dit de la peau de
phoque.
Des deux côtés des oreillettes en cuir, des mèches blondes pendaient, de
belles mèches de soie brillantes, des cheveux jeunes pour sûr et des
plus fins.
Tout en tournant la coiffure sens dessus dessous, je vis qu’ils tenaient
aux oreillettes de cuir par une espèce de peau plus souple, plus pâle,
et que tous adhéraient à cette peau-là cousue le long du cuir avec de la
ficelle grasse.
--Quelle drôle d’invention. Où diable l’ancien a-t-il trouvé ces
ornements-là?
Je dégageai un peu les cheveux, je les écartai de cette peau presque
transparente, imitant le parchemin, et...
Un fracas épouvantable retentit. Le phare trembla de la base au sommet.
J’entendis le vieux qui gueulait mon nom, là-haut.
--La cage qui se brise, que je m’écriai, nous sommes foutus.
J’envoyai la casquette n’importe où, et je m’élançai dans la spirale.
La cage n’était pas brisée, mais à moitié ouverte vers le nord. Une
trombe d’eau, la dernière gifle du vent, ou, peut-être, un
oiseau-caillou, fendant le cristal, avait démoli un régulateur, les
lampes s’éteignaient, charbonnant et puant comme des torches, une fumée
âcre, plus noire encore que la nuit, nous asphyxiait, se rabattant sur
le chemin de ronde, nous empêchant de voir nos propres mains.
--Tiens bon ça! dit le patron qui, à lui tout seul, un bras passé dans
le vitrage brisé, se tailladant les chairs, supportait le poids de la
machinerie.
Je pris sa place pendant qu’il essayait de rallumer les mèches en les
aspergeant de pétrole enflammé. L’incendie n’était pas à craindre à
cette hauteur, et d’ailleurs nous avions l’ordre de mettre le feu
partout plutôt que de nous laisser éteindre.
--Hardi! Là... Hisse! Tiens bon le bout! Tiens bon tout!... hurlait le
patron dans la grande clameur du vent.
Il fallut trois heures pour arranger ce mécanisme.
Les mèches s’éteignaient malgré nos jets de pétrole, et les embruns
passaient dessus comme des lambeaux d’étoile mouillée, bouchant la
lumière et nous bouchant les yeux. Des oiseaux (il me sembla bien que
des ailes me frôlaient) tourbillonnaient au milieu de la fumée,
augmentant son épaisseur, nous fouettant de leurs plumes hérissées. Moi,
je ne tenais guère ce que je tenais. On me le tirait du haut du ciel, et
plus je jurais pour faire lâcher les démons de l’air, plus il en venait
au secours de leurs camarades.
Pendant qu’on se battait bien bravement, que la tête du vieux
blanchissait dans la tourmente, toute pareille au globe de la lune, il y
eut un petit répit... oh! juste le temps de prononcer un _Ave_. Nous
respirâmes un coup, puis nous eûmes froid, d’un froid mortel: _une
cloche sonnait vers le Nord_.
--Navire! fit le vieux.
Un navire, par chez nous, à portée de son de cloche, cela c’était le
naufrage inévitable.
Tout le jour il avait fait une brume si dense qu’on n’y aurait pas
reconnu son bras droit. Des embruns glacés, des avalanches de pluie
mêlées de grêle à croire que les nuages croulaient en petits morceaux!
La mer se redressait jusqu’au premier étage du phare, le cinglant de ses
fouets de sel, même que nous avions mangé un poisson énorme, tombé sur
le pas de notre porte. Après cette politesse, la vague se vengeait, et
elle nous amenait des chrétiens!...
Ce son de cloche tintant, clair et suret comme vinaigre, dans ce tapage
semblable au roulement continu du tonnerre, vous faisait l’effet d’une
piqûre. On ne voyait rien en se penchant sur le parapet du chemin de
ronde, ni feu d’avant ni feu d’arrière, et il était à présumer que les
lumières de ce vaisseau ne se rallumeraient jamais.
--Faudrait peut-être se préparer pour le canot avec des bouées, que je
dis au vieux, les dents claquantes.
--Pas la peine, qu’il fit d’un ton calme en nouant son mouchoir autour
de son crâne déplumé, parce qu’il avait rudement chaud dans le vent
froid, ils vont s’échouer à la pointe... sont péris d’avance.
--Ah! les pauvres bougres! Nous ne pouvons tout de même pas rester ici
plantés, tranquilles... c’est des hommes...
--Nous aussi!
Je devinais bien qu’il n’y avait plus rien à faire. Le canot d’en bas,
c’était une frime, bon à pêcher des moules le long de notre rocher. On
ne pouvait pas leur porter du secours sans passer sur le dos de la
_Baleine_ (s’appelait ainsi l’écueil à fleur d’eau que nous relevions de
chez nous). Alors, comme on ne passe pas en barque sur un écueil sans y
rester corps et biens... fallait souffrir leur perte. Nous avions couru
risque d’être emportés par le vent pour maintenir nos feux, notre devoir
s’arrêtait là.
La cloche tintait toujours.
Nous redescendîmes chercher du filin, des tiges d’acier, et nous
remontâmes, silencieux (le vieux oubliait sa petite chanson amoureuse),
histoire d’achever proprement notre ouvrage.
Le temps de remonter... la cloche ne tintait plus.
Me tournant vers le Nord, durant que la rafale se taisait quelques
secondes, j’entendis des voix hurler et ce n’étaient pas celles des
démons de l’air.
Le vieux n’ôta même pas sa casquette qu’il avait remise, en bas,
par-dessus son mouchoir noué.
Il dit, tordant le filin autour du fer d’une poigne vigoureuse:
--Ça y est!
J’ai pas de dévotion, seulement la nuit était si noire, le vent si
lamentable... Je fis le signe de la croix.
Le vieux me regardait, ses yeux virèrent:
--Ben quoi, qu’il fit mécontent, puisque Dieu est mort!