Il y a longtemps déjà que l'on a proposé d'utiliser les sarments pour
fabriquer de la pâte à papier; mais jusqu'ici on n'avait fait aucun
essai sérieux. Grâce aux études de M. Chaptal, professeur de chimie à
l'école d'agriculture de Montpellier, la question semble résolue, et une
industrie nouvelle va s'établir dans nos régions du Midi.
Les sarments, après avoir été attaqués par un mélange à chaud et dilué
d'acide nitrique et d'acide chlorhydrique, sont broyés et passés au
tamis. On obtient ainsi une pâte brunâtre, facile à décolorer par le
chlore, et dont les fibres, de longueur très variable, satisfont au
principe «que le rapport des dimensions longueur et largeur d'une fibre
doit être supérieur à 50, pour que son utilisation à la fabrication du
papier soit possible».
Mêlée à de la cellulose de sapin, la pâte de sarment fournit un papier
que les professeurs de l'école de papeterie de Grenoble ont reconnu
excellent pour l'impression.
Le rendement est, en général, moitié de celui que donne le bois. Ce
dernier coûtant environ 7 francs le mètre cube, soit à peu près 2 francs
les 100 kilos, on pense que les sarments pourront être payés 10 francs
la tonne. Il semble, d'ailleurs, que ce rendement puisse être dépassé;
M. Chaptal a tiré des sarments 30% de cellulose, alors que le rendement
des bois blancs feuillus, bouleau, hêtre, tremble, peuplier, varie de 29
à 32%.
M. Chaptal a calculé que la pâte produite en un an par les sarments des
vignes françaises équivaudrait en quantité à celle que fournirait
l'exploitation, par cycles de soixante ans, d'une forêt de sapins de
600.000 hectares.
Sur l'initiative du syndicat agricole de Lézignan (Aude), une
souscription a été ouverte dans l'Aude et l'Hérault, en vue de créer des
usines de papier de sarment, et l'on espère pouvoir installer, à bref
délai, une quinzaine d'usines dans les seuls arrondissements de Béziers
et de Narbonne. Chacune d'elles trouverait dans un rayon de 5 kilomètres
la matière première nécessaire pour une production annuelle de 4 tonnes
de pâte par jour.