XI

La paisible demeure des Glycines, faite pour la douceur des rêves et

l’enchantement de la tendresse, connut les drames mesquins, les paroles

sans grâce et sans bénignité, les adieux rageurs, qui dissimulent des

larmes de feu pour laisser plus sûrement en arrière des larmes de sang.

Ce ne fut pas la faute de Théophile. Sur la terrasse aux grappes mauves,

une ligne à pêcher dans la main, il fut, pour de trop courts moments, le

plus heureux des hommes. Le bonheur attendrit. Dans l’exultation

d’apporter à l’office un seau d’eau tout grouillant d’écailles

luisantes, dans l’orgueil de voir dresser sur la table du déjeuner sa

friture monumentale, devant Fagueyrat, acteur célèbre et directeur de

théâtre, qui dut avouer n’avoir de sa vie pu prendre un barbillon, le

sous-chef sentit mollir sa faible résistance.

Venu de Paris pour empêcher sa fille de «monter sur les planches», il

lui accordait--au dessert de ce repas glorieux, et sur les instances

flatteuses d’un maître de la scène, qui prédisait à Gilberte la destinée

d’une Mars ou d’une Rachel,--il lui accordait l’autorisation

«d’embrasser la carrière dramatique».

Cette autorisation, non convenue avec Louise, stupéfia Mme Andraux.

Mais, la stupeur passée, cette dame se leva. Ses yeux indignés firent le

tour des convives. Un silence gêné planait. Elle se dirigea ensuite,

d’un pas automatique, et comme sous l’impulsion d’une force

irrésistible, surhumaine, vers la petite Nathalie.

--«Maman, je n’ai pas eu mon dessert», gémit l’enfant, qui sentait

passer le vent d’une catastrophe.

Sans mot dire, Louise enleva dans ses bras cette grande fillette de neuf

ans, qui pesait lourd. Mais les sentiments sublimes font accomplir aux

muscles des miracles. Et elle l’emporta, farouche, en clamant tout à

coup:

--«Viens, mon innocente. Ils te perdraient aussi!...

Comme personne ne l’arrêta ou ne courut après elle, Louise envoya

presque aussitôt la femme de chambre dans la salle à manger, pour

réclamer un horaire des bateaux et un indicateur des chemins de fer,

afin de manifester une intention destinée à glacer d’épouvante les gens

qui avaient la chance de déguster une tarte aux prunes où la Suissesse

était incomparable, et à semer le désespoir entre leurs tasses

d’excellent café.

L’épouvante et le désespoir ne se déchaînant pas assez vite, Mme Andraux

chargea Céline d’une nouvelle ambassade.

--«Priez mademoiselle Gilberte de venir me parler.»

La jeune fille regarda son père, puis sa marraine. Tous deux

considéraient attentivement les dessins rouges de la nappe.

Bernard, présent à la scène,--car M. Andraux l’avait amené de

Paris--murmura:

--«Hardi, ma fille! va donner la réplique. Ça te formera pour le

mélodrame.»

Gilberte rejoignit sa belle-mère. Celle-ci avait tiré sa malle au milieu

de sa chambre. Pour l’instant, elle giflait Lilie, qui, parant les

calottes de ses bras croisés, sanglotait qu’elle ne voulait pas partir.

--«Toi, j’ai tenu à te dire quelque chose», déclara la dame de Grenelle

à la fille aînée de son mari, lorsqu’elle aperçut la jolie figure,

tellement plus jolie d’être radieuse.

--«Quoi donc, maman Louise?» demanda l’autre avec une douceur non

feinte,--une douceur tellement aisée dans l’épanouissement où se

dilatait sa jeune vie.

--«Sois une cabotine. Ton père y consent. Je m’en moque. Mais, comme je

ne veux pas que ton exemple empoisonne ma Lilie, je te préviens que tu

ne remettras plus les pieds chez moi.

--Quoi?» fit la jeune fille en pâlissant.

Et elle regarda sa petite sœur.

--«Tu peux la regarder. Tu ne la verras plus», souligna Louise.

En ce moment, sa poitrine contractée de fureur se détendit, aspira l’air

avec délices. Elle trouvait donc une blessure à placer, au défaut de la

brillante armure de bonheur et de jeunesse.

La vue de celle que Mme Andraux appelait intérieurement «cette gamine»,

et qui n’était plus une gamine insignifiante, négligeable, mais une

créature d’élection, une artiste, consciente de sa grâce, couronnée

d’espoir, marchant vers un succès certain, vers ce succès foudroyant et

enivrant du théâtre, exaspérait l’aigre bourgeoise, l’emplissait d’une

haine jalouse. Jamais d’ailleurs elle n’en eût convenu avec elle-même.

Sincèrement elle se cramponnait au prétexte: l’immoralité de la

profession.

«Quoi!» pensait-elle, «toute ma vertu ne m’aura pas rapporté le centième

des satisfactions que connaîtra cette effrontée. Est-ce que je suis

montée sur les planches, moi? Est-ce que je me suis exhibée en public?»

Le talent qu’on applaudit «sur les planches», le charme qui séduit le

public... belle affaire!... D’ailleurs, puisqu’elle n’avait pas daigné

en faire montre, la preuve manquait pour les lui dénier.

--«Mais, maman Louise», prononça Gilberte, faisant effort pour rester

calme, «votre maison, c’est tout de même celle de papa. Vous ne pensez

pas me chasser de chez mon père, pourtant?

--Nous verrons bien. En attendant, tu ne distilleras pas dans l’âme de

mes enfants tes indignes calomnies. Tu ne leur raconteras pas que leur

mère charge une cuisinière suisse d’écouter aux portes...

--Comment?...

--J’ai lu ta lettre à ton père, ton perfide post-scriptum.

--Je n’ai pas dit...

--Tu l’as insinué, c’est pire.

--Pardon, maman Louise. Vous ne vous en rapportiez pas toujours à la

Suissesse... Qu’est-ce que vous avez fait pendant une heure, dans la

penderie aux robes, contre cette porte condamnée donnant sur le cabinet

de travail de marraine, lorsqu’elle eut cette longue conversation avec

monsieur Fagueyrat?...

--Sors d’ici!... quitte cette chambre!...» cria l’épouse de Théophile,

avec un accent et un geste où elle se révélait, il faut en convenir, non

dépourvus d’aptitudes scéniques.

Alors se déroulèrent les péripéties de cette crise familiale.

Louise, désormais farouche et muette, continua de faire ses paquets.

Dans le vague espoir qu’elle n’irait pas jusqu’au bout, Théophile

s’installa de nouveau sur la terrasse, avec ses lignes, et une boîte

d’asticots dont il était très fier. Machinalement, il plaçait l’asticot

destiné au second hameçon entre ses lèvres tandis qu’il embrochait celui

du premier. Sa pensée, malgré lui, se détournait du sport dont il était

fou. A son oreille retentissaient les paroles de sa femme, écrasantes de

dédain:

--«Oh! mon Dieu, reste, toi. Je ne te demande pas de m’accompagner.»

Et la certitude qu’il s’exposerait aux pires représailles, en profitant

d’une telle magnanimité, l’oppressait de mélancolie.

Dès le café pris, Fagueyrat s’était éclipsé, remontant au plus vite

jusqu’à la cime du Rigi, à peine assez distante, à son gré, de ces

Glycines secouées par l’orage.

Claircœur mit en œuvre tout ce qu’elle avait de délicatesse, de bonté,

de logique, d’esprit, d’absurdité tendre du cœur, pour arranger les

choses à la satisfaction de tout le monde. Elle fut stupéfaite de

découvrir que tant d’éléments pacifiques, dont l’efficacité aurait dû

normalement se doubler par ce qu’on lui devait d’égards, de

reconnaissance, de confiance, devenaient autant d’explosifs et de

fulminants dès qu’elle les approchait du brasier.

Louise lui déclara:

--«Ma chère, je veux bien ne pas vous en vouloir. Mais, vraiment, j’y ai

du mérite. Que votre filleule tourne mal, c’est le moindre de mes

soucis. Que je ne la revoie plus--pas plus que je ne vous reverrai sans

doute--je n’y puis rien: vous l’aurez voulu. Mais me voilà obligée de me

mettre en voyage à la hâte, avec des spasmes au cœur qui peuvent me tuer

en chemin! Et Théophile... ses vacances perdues!... Je le connais, il me

suivra. Pauvre ami!... Car, enfin, malgré sa faiblesse pour sa fille, je

suis tout pour lui, il ne voit que moi. Vous ne voudriez pas, tout de

même, avec votre folie de théâtre--qui vous coûtera cher! c’est moi qui

vous le dis--avoir jeté le désaccord dans mon ménage, avoir séparé deux

êtres aussi unis que mon Théo et moi?...»

Répondre à la dame de Grenelle que les glycines sécheraient de son

départ, ne souhaitaient rien tant que d’abriter encore son cœur

spasmodique et les loisirs de Théophile... que le bonheur conjugal du

couple Andraux serait cultivé, apprécié sous la pergola aux grappes

mauves mieux que partout ailleurs, eut exaspéré ladite dame autant que

les pires insolences, lui eût suggéré les plus amères récriminations,

l’eut précipitée peut-être dans des convulsions nerveuses.

Claircœur dut y renoncer.

«Théophile sera plus raisonnable», pensa-t-elle.

Et elle se dirigea vers la terrasse.

Mais Théophile craignait toute explication qui l’eût amené à blâmer

Louise, ou--pire alternative--à intervenir auprès d’elle.

Entendant des pas, devinant l’approche de la conciliatrice, il l’arrêta,

sans tourner la tête, d’un geste de bras, à la fois impérieux et

désespéré. Puis, il appuya sa canne à pêche, avec mille précautions,

contre la balustrade, fit deux pas en arrière, sur la pointe des pieds,

chuchota:

--«Retirez-vous, je vous en supplie!... Ça mord. Pas un mot!...

Impossible de causer maintenant.»

Et il retourna fourrager, de ses doigts osseux, parmi ses vers de

cadavre.

Quant à Gilberte, elle dit à sa marraine:

--«Laissez-les donc partir. Vous ne voyez pas quelle chance pour nous?

S’ils restaient, outre que la vie serait infernale, papa retirerait

sûrement, d’ici un jour ou deux, l’autorisation qu’il m’a donnée. Sa

femme l’en persuaderait. Je puis m’en passer, de cette autorisation. Je

serai majeure dans quelques semaines. Mais il m’en coûterait d’entrer en

lutte avec mon pauvre père.»

La jeune fille ajouta:

--«Croyez-vous!... A-t-elle démasqué son caractère, l’aimable Louise!

Dire que, pour l’opinion de personnes pareilles, je pourrais rater ma

vie!

--Et ton frère, sais-tu où il est? Nous le laissera-t-on?» demanda

Claircœur.

Gilberte hocha la tête--ignorance ou indifférence--et s’en alla piocher

son rôle.

Bernard avait voulu pêcher à côté de son père. La patience lui manquait.

Un instant, il s’amusa à jeter, par-dessus la clôture, des poissons

vivants à un chat rôdeur. Le félin, attiré par la proie, sauta sur le

rebord du mur. De là, ses yeux, que la lumière rendait pareils à deux

sequins d’or, et qui semblaient n’avoir plus de regard dans leur fixe

flamboiement, guettaient les captures. Quand une forme sortait de l’eau,

dansant au bout de la ligne, le chat tendait le cou, se couchait comme

pour bondir, retenu par la crainte, mais tremblant de convoitise.

Parfois, Bernard lui jetait un poisson. La victime, happée au passage,

de quelque façon qu’elle fût lancée, craquait toute vive entre les

mâchoires carnassières. Le sursaut de son corps et de sa queue

divertissait le cruel garçon. Le chat posait ensuite devant lui la

créature d’argent, dont la tête à présent manquait, et la dégustait,

bouchée après bouchée. De temps à autre, il s’interrompait pour jeter un

coup d’œil méprisant à Criquette, qui, révoltée, se dressait au pied du

mur, injuriant l’intrus et son ignoble festin.

--«Fais déguerpir ce chat et ce chien. Et fiche-moi le camp toi-même,

veux-tu!» cria enfin Théophile.

Car il voyait, à chaque aboi furieux, filer vers le large, entre deux

eaux, des centaines d’ombres agiles.

Depuis ce moment, Bernard avait disparu. On ne le vit point aux

Glycines, à l’heure où le facteur du port vint chercher les malles sur

une brouette. Vainement, sa mère l’attendit pour lui dire adieu. La

sirène du bateau siffla. Louise dut courir, pour rattraper Théophile,

parti en avant avec Claircœur et Nathalie.

--«Je ne comprends pas cet enfant. Il doit être victime d’un accident de

montagne...» gémit-elle, haletante, lorsqu’elle les rejoignit.

--«Bah!» dit le père, «il a eu peur que nous le remmenions.

--Mais non... je lui avais dit...»

Mme Andraux se sentait humiliée par le manque d’égards d’un fils bien à

elle, élevé par elle, et qu’elle opposait, avec son innocente Lilie, à

l’indomptable fille de «l’autre».

--«J’aurai bien soin de lui», dit Claircœur. «Et je regrette encore, mes

chers amis...»

Elle voulait les forcer à une effusion, dont l’absence lui crevait le

cœur.

Mais ils s’en allaient des Glycines comme d’une auberge. Sans un mot de

regret, ils l’embrassèrent machinalement. Louise elle-même n’osa se

soustraire à l’accolade.

--Bien le bonjour à votre filleule de notre part, puisque Mademoiselle

n’a pas daigné nous accompagner jusqu’au bateau», lança-t-elle en flèche

du Parthe.

On allait enlever la planche, du ponton à bord. Lilie, échappant à la

main qui la tenait, bondit en arrière, se jeta au cou de Claircœur, dans

la clameur des gens qui la crurent à l’eau:

--«Tante Gil, je t’aime. Je serai à toi, quand je serai grande, mieux

que Gilberte, mieux que tout le monde. Je t’aime, tante Gil, adieu... Je

t’aime.»

Un homme prit la fillette à bras-le-corps, la fit passer par-dessus le

bastingage sur le pont, où elle retomba en sanglotant. Elle se tourna,

tendant ses petits bras, son petit visage ruisselant de larmes. Elle

cria encore:

--«Embrasse Criquette pour moi.»

Elle envoyait des baisers tant qu’elle pouvait, certaine d’être giflée

aussitôt, n’en ayant cure.

Mais, devant les exclamations admiratives, attendries, des passagers,

qui trouvaient la scène charmante, proclamaient l’enfant adorable, Mme

Andraux sourit jaune, et garda au fond de sa main les calottes qui lui

démangeaient la paume.

Devant les Glycines, Claircœur, au retour, levant la tête par hasard,

aperçut un visage narquois, rouge et poudreux, encadré dans une lucarne.

Où donnait cette lucarne? elle n’en savait rien, n’ayant jamais gravi

l’échelle du grenier.

--«Tante Gil», cria la voix de Bernard, «tu ne peux pas me faire monter

un bock. Je me gargarise depuis deux heures avec des toiles d’araignée.»

* * * * *

Le lendemain, Claircœur aurait dû être heureuse. Elle réalisait enfin

son projet de travail, sous la pergola, dans l’isolement, le calme, la

beauté des choses.

L’après-midi s’avançait. La lumière prenait une douceur merveilleuse.

Les ombres mêmes étaient baignées d’une splendeur diffuse. Azurées ou

glauques, elles s’enfonçaient dans les plis des montagnes, planaient sur

les eaux, contre les grandes murailles rocheuses, sans rien dissimuler

des lignes ni des couleurs. Elles n’étaient point des ombres, mais des

morceaux amortis de clarté. Là-haut, là-bas, dans les lointains de

l’altitude et de la distance, les profils des cimes, les pics neigeux,

participaient à la magie de l’atmosphère, cessaient de se dessiner comme

des contours terrestres, rivalisaient de légèreté avec les brumes

vaporeuses ondulant et se dissolvant au-dessous d’eux. Sur les pentes

inférieures, les forêts de sapins, si touffues, si riches d’obscurité

verte et profonde, ne parvenaient pas à s’inscrire violemment,

victorieusement, parmi la fantasmagorie des apparences. Soumises

également aux caprices des rayons, elles poudroyaient comme une arène

sablée d’or, ou se crêtaient d’écume bleuâtre là où le soleil ne les

visitait point.

Plus proche, plus humble, plus réelle, l’eau du lac, enfermée dans ce

cadre de magnificence, reposait, frissonnante, mystérieuse.

Et le calme était infini.

Claircœur porta elle-même sa petite table dans l’angle le plus écarté de

la terrasse, contre la balustrade, là où les rameaux de la glycine

retombaient plus abondants.

Aujourd’hui, nul ne la dérangerait. Le papier, l’encre, son porte-plume

préféré, tout était prêt. Criquette elle-même, sur son coussin que

supportait un pliant, la regardait de ses yeux attentifs, comme pour lui

dire: «Notre intimité est revenue. Te voilà seule. Je ne te quitte pas.»

Bernard, l’impétueux garçon, qui n’eût peut-être pas respecté le travail

méditatif, était parti en excursion dès le matin.

Un bruit, un seul bruit, assez confus, presque indistinct, parvenait de

temps à autre jusqu’à la romancière. Des voix s’élevaient, par

intermittence, dans la maison. Des voix, qui traversaient à peine, et

rarement, le grand jardin. Des voix que l’espace absorbait, que nulle

oreille, sauf celle de Claircœur, n’eût distinguées à cette distance. La

voix de Fagueyrat faisant étudier le rôle à Gilberte. La voix de l’élève

se pliant aux indications du maître.

Leurs accents si affaiblis ne pouvaient troubler l’inspiration de celle

qui écrivait. Cependant cette inspiration demeurait rebelle. La plume ne

courait pas sur le papier. Un moment vint où elle se déroba, où elle se

coucha sur la page blanche, comme un cheval qui se refuse, puis qui

s’abat en franchissant l’obstacle.

Claircœur regarda longuement au loin, ensuite elle contempla l’eau toute

proche. Elle se tourna vers Criquette, plongea un tragique regard dans

les yeux inquiets de la petite chienne, écouta un instant le double écho

des voix, si ténu, presque imperceptible, mais distinct pour elle dans

l’énorme silence...

Alors, inclinant son front entre ses mains, elle commença de pleurer, de

pleurer intarissablement, tout bas, sans un soupir, sans un sanglot...

de pleurer comme si toute sa vie, tout son cœur, toute son âme,

ruisselaient d’elle avec ses larmes.

Elle resta longtemps ainsi, immobile. Elle ne s’aperçut même pas que

Criquette, ayant sauté de son coussin, grattait doucement contre elle,

d’une patte insistante, puis, ne recevant pas de réponse, s’asseyait à

ses pieds, sur le bord de sa jupe.

Au tournant des jours (Gilles de Claircœur) · 第 20 / 23 题