LA RÉGENCE ET LOUIS XV

On a dit, dès le dix-huitième siècle, que la Régence avait été

«pernicieuse à l'Etat». Elle le fut, en effet, pour des raisons qui

tenaient moins au caractère du Régent qu'à la nature des circonstances.

La grande affaire de la monarchie, c'était toujours d'assurer la

succession au trône, et Louis XIV, avant de mourir, avait vu disparaître

son fils, le Grand Dauphin, ses petits-fils, le duc de Bourgogne et le

duc de Berry, tandis que le duc d'Anjou, roi d'Espagne, avait perdu ses

droits. L'héritier était un jeune enfant qui, avant longtemps, n'aurait

pas de descendance. Le premier prince du sang, régent naturel, c'était

le duc d'Orléans contre lequel Louis XIV nourrissait de l'antipathie

parce qu'il avait intrigué en Espagne contre Philippe V et surtout à

cause de la méfiance qu'inspiraient les membres de la famille royale en

souvenir des anciennes séditions: il est à remarquer que Louis XV et

Louis XVI, par un véritable système, écarteront les princes des emplois

importants.

Louis XIV avait donc toutes sortes de raisons de ne pas aimer son neveu

dont la réputation n'était pas bonne et qui passait pour un esprit

frondeur, nous dirions aujourd'hui un esprit avancé. De plus, les rangs

étaient très éclaircis dans la maison de France. Que la mort la frappât

encore aussi durement, il faudrait chercher, pour régner, de lointains

collatéraux. De là l'idée qui vint à Louis XIV et qu'il mit à exécution

en 1714 et en 1715, sans que personne osât protester, de renforcer sa

famille. Les deux fils qu'il avait eus de Mme de Montespan, le duc du

Maine et le comte de Toulouse, furent déclarés légitimes et aptes à

succéder. Le Parlement enregistra docilement les édits. Par son

testament, Louis XIV institua un conseil de régence dont le duc

d'Orléans aurait la présidence seulement et où entreraient les

Légitimés.

Ce fut la cause initiale des difficultés et des scandales qui allaient

survenir. Le duc d'Orléans ne devait avoir de cesse que les Légitimités,

concurrents possibles, fussent remis à leur place. Ce n'était pas tout.

Il avait à redouter Philippe V qui persistait à revendiquer ses droits

et qui, au cas où le jeune roi Louis XV fût mort, eût pu les faire

valoir contre le duc d'Orléans. Cette situation compliquée allait peser

pendant plusieurs années sur toute notre politique. En voulant borner

l'autorité du Régent, Louis XIV l'avait poussé à mettre toute son

activité à l'affermir.

Le premier soin de Philippe d'Orléans fut d'annuler le testament de

Louis XIV et de se débarrasser du conseil de régence. C'est au Parlement

qu'il demanda de lui rendre ce service. Les hauts magistrats

retrouvaient un rôle politique qu'ils avaient perdu depuis plus d'un

demi-siècle et auquel ils ne pensaient plus. On rappela à cette occasion

que le Parlement, au temps de la Ligue, avait sauvé la monarchie en

s'opposant à la candidature espagnole. On reprit aussi la maxime d'après

laquelle le Parlement était faible quand le roi était fort, et fort

quand le roi était faible. Flatté, il accorda à Philippe les pouvoirs

d'un véritable régent et le testament de Louis XIV resta lettre morte.

En échange, le droit de remontrances fut reconnu aux Parlements. Ils ne

tarderont pas à abuser de l'importance qui leur était rendue.

L'opération n'était pas bonne puisque le pouvoir, en cherchant à se

fortifier d'un côté, s'affaiblissait de l'autre. Mais ce ne fut pas le

seul prix dont le duc d'Orléans paya la régence. Il chercha la

popularité à la façon d'un candidat qui craignait des rivaux. Ayant des

amis à récompenser et des partisans à gagner, il créa sept conseils de

dix membres chacun chargés de ce qui correspond aux affaires d'un

département ministériel. Les secrétaires d'Etat étaient remplacés par de

petites assemblées, selon un système que Saint-Simon recommanda et qui

avait été mis en circulation quelques années plus tôt par l'entourage du

duc de Bourgogne sous l'influence de Fénelon; le Régent ordonna même que

le _Télémaque_ fût imprimé, pour marquer qu'il entendait s'inspirer des

réformateurs qui étaient apparus à la fin du dernier règne et inaugurer

un gouvernement libéral d'un genre nouveau, bizarre mélange de féodalité

et de libéralisme, d'imitation de l'Angleterre et d'antiquité

mérovingienne. D'autres mesures furent prises, notamment l'abolition des

rigueurs contre les jansénistes auxquels Louis XIV n'avait jamais

pardonné d'avoir participé à la Fronde. C'était en tout le contre-pied

du défunt roi, et par des moyens faciles, car on était fatigué de

l'austérité dans laquelle avait fini par s'enfermer la cour de

Versailles. La Régence fut une réaction contre la piété, les

confesseurs, les jésuites, et le duc d'Orléans, homme d'ailleurs

agréable et généreux, devint l'idole d'une grande partie du public

jusqu'au jour où, par une autre exagération et une autre injustice, on

s'est mis à le peindre comme un monstre de débauche.

L'inconvénient des conseils, de ce gouvernement à tant de têtes, ne

tarda pas à être senti et ils furent supprimés. Il n'en est pas moins

vrai que ces changements, ces prétendues réformes brusquement annulées,

le retour des Parlements à l'activité politique, puis le coup de force

par lequel, en 1718, le Régent, toujours avec l'aide des hauts

magistrats, retira aux Légitimés la qualité de princes du sang,

ébranlèrent la machine de la monarchie telle que Louis XIV l'avait

réglée.

Le trouble fut peut-être pire dans la politique extérieure. La pensée,

le testament de Louis XIV n'y furent pas plus respectés que ne l'avaient

été ses dispositions de famille. En face de l'Angleterre, sortie du

traité d'Utrecht toute-puissante, la France avait sans doute la paix à

sauvegarder, mais aussi son indépendance et son avenir. L'Espagne,

l'Autriche, qui ne nous menaçaient plus, pouvaient entrer avec nous dans

un système d'équilibre continental et maritime: il y avait encore les

restes d'une marine espagnole et l'empereur, aux Pays-Bas, allait tenter

de s'en créer une par la compagnie d'Ostende. Ces possibilités

n'échappaient pas à la politique anglaise qui mit en jeu, pour les

détruire, les ressorts que lui offraient les circonstances: effrayer le

régent par la menace d'une guerre à laquelle d'ailleurs elle ne songeait

pas, et lui garantir, avec le pouvoir, la succession qui, au cas où le

jeune roi disparaîtrait, lui serait disputée par Philippe V. Duclos

affirme qu'un an avant la mort de Louis XIV, Stair, ambassadeur

d'Angleterre, avait eu avec le duc d'Orléans des conférences secrètes.

«Il persuada ce prince que le roi George et lui avaient les mêmes

intérêts. Pour gagner d'autant mieux sa confiance, il convenait que

George était un usurpateur à l'égard des Stuarts; mais il ajoutait que

si le faible rejeton de la famille royale en France venait à manquer,

toutes les renonciations n'empêcheraient pas que lui, duc d'Orléans, ne

fût regardé comme un usurpateur à l'égard du roi d'Espagne. Il ne

pouvait donc, disait Stair, avoir d'allié plus sûr que le roi George.»

Telle fut la raison secrète de la triple alliance

anglo-franco-hollandaise, du pacte par lequel le Régent et son ministre

Dubois se lièrent, se livrèrent même à l'Angleterre. Le motif avoué,

auquel des historiens se sont laissé prendre, c'était de garantir la

paix d'Utrecht qui n'avait pourtant aucun besoin d'être garantie, comme

le remarquait Alberoni, le ministre du roi d'Espagne. Le Régent et

Dubois s'abandonnèrent aux Anglais qui les conduisirent droit à la

guerre. Et la guerre avec qui? Avec l'Espagne, aux côtés de laquelle

nous venions de lutter contre l'Angleterre pour y établir un Bourbon.

Que Philippe V ait commis des fautes en se mêlant des affaires de

France, en s'obstinant à maintenir ses droits, au cas où Louis XV

mourrait, ce n'est pas douteux. Mais on a beaucoup exagéré la

«conspiration» de son ambassadeur Cellamare avec la duchesse du Maine,

et cette intrigue, plus mondaine que politique, servit surtout de

prétexte à la guerre contre l'Espagne (1718). Les fautes de Philippe V

n'excusent pas celle qui consista, pour le seul profit de la politique

anglaise, à détruire le système naturel de nos alliances, tel qu'il

résultait de la guerre de succession. Les prétentions de Philippe V

étaient platoniques tant que le jeune roi vivait. Il était facile de

rassurer l'Angleterre, puisqu'elle s'alarmait encore de la réunion des

deux couronnes, ou feignait de s'en alarmer. Si les projets d'Alberoni

sur la Sicile étaient aventureux, ce n'était pas une raison pour aider

l'Angleterre à détruire la marine espagnole, ce dont se chargea l'amiral

Byng. Ce n'était pas une raison non plus pour envahir l'Espagne avec une

armée française et pour y détruire de nos propres mains les vaisseaux en

chantier et les arsenaux, c'est-à-dire pour assurer la suprématie

maritime des Anglais. Cette guerre, avantageuse à l'Angleterre

seulement, finit par le renvoi d'Alberoni qui avait voulu «ranimer le

cadavre de l'Espagne» et par la renonciation de Philippe V à la Sicile

ainsi qu'à ses droits à la couronne de France. Pouvons-nous tant nous

offusquer à distance, que les Bourbons d'Espagne aient gardé de

l'attachement, même inconsidéré, pour leur pays d'origine? Nous ne les

avions pas installés à Madrid pour qu'ils oubliassent tout de suite

qu'ils étaient Français.

Cette inutile guerre d'Espagne, qu'on a pu appeler fratricide, avait

déjà troublé l'esprit public, Philippe V ayant adressé aux Français un

manifeste qui ne resta pas sans écho, où il rappelait qu'il était le

petit-fils de Louis XIV. Un autre événement, en France même, eut des

conséquences encore plus graves parce qu'il fit des victimes, des ruines

et qu'il engendra un durable mécontentement.

Le nom de Law et celui de son Système sont restés fameux. Chacun les

connaît, ils ont traversé deux siècles, et l'on en parle encore comme on

parle des assignats. C'est le signe de l'impression profonde qu'avait

produite cette aventure financière. Pour comprendre comment le Régent

fut conduit à donner sa confiance et sa protection à l'Ecossais Law,

banquier ingénieux et hardi, il faut encore se rendre compte de son

désir de plaire. Nous avons déjà vu qu'à la mort de Louis XIV, nos

finances, rétablies par Colbert, étaient retombées dans un état

critique. Il y a de la monotonie à constater que nos grandes entreprises

extérieures, l'achèvement ou la défense du territoire, ont, à toutes les

époques, consommé d'énormes capitaux et laissé de difficiles questions

d'argent à résoudre. Pour trouver des ressources et rétablir l'équilibre

par les moyens ordinaires, il fallait demander des sacrifices aux

contribuables, supprimer les privilèges, quelle qu'en fût l'origine,

faire payer tout le monde et beaucoup, obliger les enrichis de la guerre

à rendre une partie de leurs bénéfices, réduire les rentes et les

pensions. C'est ce que le duc de Noailles tenta honnêtement, tout en

s'efforçant d'éviter la pleine banqueroute que certains, comme

Saint-Simon, conseillaient, car on a toujours conseillé les mêmes choses

dans les mêmes occasions. Pour ces mesures, pour ces réformes, il eût

fallu, le mot est de Michelet, «un gouvernement fort, bien assis». Celui

du Régent ne l'était pas. Il craignait tout. Il avait rétabli dans leur

ancien pouvoir les Parlements toujours hostiles aux taxes. Soumettre de

grands seigneurs, des personnages influents, à l'impôt du dixième,

c'était peut-être les faire passer au parti de Philippe V et des

Légitimés. Saigner la bourgeoisie, le peuple, c'était créer de

l'irritation et le Régent avait besoin de popularité. Il fut conquis par

le Système de Law, très séduisant en apparence, et qui consistait à

créer une richesse artificielle et des ressources fictives, sans avoir

l'air de rien demander à personne, en imprimant du papier-monnaie.

Le Système de Law a gardé des défenseurs qui assurent, sans preuve,

qu'il fut ruiné par la jalousie des Anglais, ce qui achèverait

d'ailleurs, si c'était vrai, de condamner Dubois et la politique de

complaisance envers l'Angleterre. Le fait est qu'après une période

brillante, un coup de fouet donné au commerce, à l'industrie, à la

colonisation (la fondation du port de Lorient date de là), la débâcle

survint. Il y avait eu des mois d'agiotage, dont le souvenir est resté

légendaire, où des fortunes s'édifiaient en un jour. Tout à coup,

l'échafaudage de Law vacilla. Il reposait sur la Compagnie des Indes,

communément appelée Mississippi, dont les actions servaient à garantir

les billets de la banque de Law, devenue banque de l'Etat. La baisse de

ces actions entraîna donc celle des billets, puis, la baisse de ceux-ci

précipitant la baisse de celles-là, ce fut un effondrement. Il y eut des

ruines subites, un vaste déplacement des fortunes, sans compter

l'atteinte au crédit, la perte de la confiance publique, bref un

ébranlement social qui vint aggraver cet ébranlement moral dont nous

avons relevé les premières traces à la fin du règne de Louis XIV.

Ce changement est bien marqué par la littérature. Après l'école de 1660,

l'école de l'ordre et de l'autorité, celle de l'irrespect. Il est très

significatif que la chute du Système soit de 1720 et la publication des

_Lettres persanes_ de l'année suivante.

Les contemporains se sont étonnés qu'une révolution n'ait pas éclaté à

ce moment-là. Mais, une nouvelle Fronde n'était plus possible. L'Etat,

tel que l'avait formé Louis XIV, était trop régulier, trop discipliné,

trop puissant. Il fallait renverser toute la machine, comme il arrivera

à la fin du siècle, et personne n'y tenait. Le prestige de la monarchie,

élevé si haut, la défendait et la défendra encore. Tout l'espoir allait

au règne de Louis XV.

Le jeune roi avait quatorze ans, il avait atteint l'âge de la majorité

légale, lorsque Dubois, puis le Régent, disparurent, en 1723, à quelques

mois de distance. En l'espace de huit ans, par le malheur de leur

situation et la force des choses plutôt que par des intentions

mauvaises, ils avaient commis des dégâts incontestables. Surtout, ils

avaient perdu de vue la situation de la France dans une Europe

transformée, compliquée, où de nouveaux éléments apparaissaient,

tendaient à changer le rapport des forces: ce n'était pas seulement la

Prusse, mais, avec Pierre le Grand, la Russie. L'avance que nous avions

conquise au dix-septième siècle nous donnait une grande place que nous

avions à défendre contre l'Angleterre, dès lors tournée vers la

suprématie économique, vers la conquête des marchés et des colonies. A

la suite de la paix d'Utrecht, jamais le choix entre la terre et la mer,

la mesure à garder entre des intérêts complexes afin de les concilier

pour le bien du pays, n'avaient imposé plus de réflexion. Il se trouvait

que, par l'initiative de Français entreprenants, qu'avaient approuvés

successivement Henri IV, Richelieu, Colbert, nous avions jeté les bases

d'un empire colonial qui devait exciter la jalousie de l'Angleterre,

gêner son développement, autant que l'empire colonial espagnol. Notre

domaine, c'était presque toute l'Amérique du Nord, du Canada jusqu'au

golfe du Mexique, les plus belles des Antilles, des comptoirs en Afrique

et dans l'Inde, amorces de vastes établissements. Sur tous ces points,

nous avions précédé les Anglais, distraits pendant la plus grande partie

du dix-septième siècle par leurs révolutions, nous leur barrions

l'avenir. Nous devions nous attendre à leur jalousie et à leur hostilité

et leur intérêt était de nous voir engagés dans de stériles entreprises

en Europe tandis que nous négligerions la mer, car un pays qui oublie sa

marine ne garde pas longtemps ses colonies.

Après le désastre de la Hougue, le public français s'était dégoûté des

choses navales. Il se dégoûta des choses coloniales après la faillite du

Système de Law fondé sur l'exploitation des richesses d'outre-mer, et

cet état d'esprit, personne ne l'a mieux exprimé que Voltaire par son

mot célèbre sur les arpents de neige du Canada. L'intérêt allait

toujours aux mêmes questions, pourtant réglées successivement par les

traités de Westphalie, des Pyrénées et d'Utrecht. On était sûr d'exciter

une fibre chez les Français en leur parlant de la lutte contre la maison

d'Autriche. Cette lutte n'avait plus de raison d'être, mais la tradition

était plus forte que la raison. Il y avait un parti nombreux, éloquent,

pour qui l'ennemi n'avait pas changé et le gouvernement qui recommençait

à combattre les Habsbourg était sûr d'être populaire. A cet égard aussi,

la Régence, en cherchant, pour les raisons que nous avons vues, les

bonnes grâces de l'opinion, greva le règne de Louis XV.

Au moment où ils moururent, le Régent et le cardinal Dubois avaient

changé de front. Ils étaient entrés dans une nouvelle triple alliance,

franco-anglo-espagnole, celle-là, contre l'empereur Charles VI qu'il

s'agissait de chasser d'Italie pour y installer les Bourbons d'Espagne.

L'Angleterre s'était mise de la partie, sans respect pour le traité

d'Utrecht, afin de ruiner les entreprises maritimes de Charles VI à

Ostende, à Trieste et à Fiume. Habilement, elle avait marchandé son

concours et l'avait donné à condition que la France renonçât à son

commerce en Espagne. Ainsi la politique anglaise suivait son dessein,

qui était de supprimer toutes les concurrences navales et commerciales

en exploitant les divisions, les ambitions et les erreurs des puissances

européennes. Ce projet, arrêté par la mort de ceux qui, en France,

l'avaient conçu, ne fut pas mis à exécution, mais il ne manqua pas de

conséquences. Pour sceller la réconciliation des maisons de France et

d'Espagne, Dubois et le Régent avaient arrangé un mariage entre Louis XV

et une infante de cinq ans. Exprès ou non, c'était retarder le moment où

la couronne aurait un héritier. Il est donc difficile de blâmer sur ce

point le duc de Bourbon qui, devenu premier ministre après la mort du

Régent, défit ce que celui-ci avait fait, renvoya à Madrid la jeune

infante, ce dont se fâcha Philippe V qui se réconcilia avec l'empereur:

mais cette réconciliation était plus conforme à nos intérêts qu'une

guerre où l'Espagne et l'Autriche, qui nous étaient utiles l'une et

l'autre, se seraient épuisées, et nous avec elles, au bénéfice de

l'Angleterre seule. On a dit qu'en choisissant pour Louis XV un parti

modeste, en lui donnant pour femme Marie Leczinska, fille du roi détrôné

de Pologne, le duc de Bourbon et Mme de Prie se proposaient de dominer

la future reine. Il y a du vrai dans cette imputation, mais le choix

était difficile puisqu'on avait en vain demandé la main d'une princesse

anglaise. De plus Marie Leczinska avait vingt-deux ans et elle ne devait

pas tarder à être mère, ce qui, en assurant la succession, abolissait

les intrigues qui avaient rempli la minorité de Louis XV, dont la santé

frêle excitait tant d'espérances et de jalousies. Il n'est que trop sûr,

en tout cas, et c'est la conclusion à tirer de la Régence, que la

monarchie a subi un dommage considérable et qui compte peut-être parmi

les causes lointaines de la Révolution, lorsque, la mort ayant rompu

l'ordre naturel des générations, Louis XIV n'ayant laissé qu'un

arrière-petit-fils, un enfant eut pris la suite d'un vieillard. Nous

avons déjà observé que, si de pareils malheurs étaient arrivés chez les

premiers Capétiens, leur dynastie n'eût probablement pas bravé les

siècles.

En général, les historiens reprochent à Louis XV son indolence et son

apathie. Il est vrai qu'il n'imposa pas toujours sa volonté, même quand

il avait raison, et il était sensé. Pourtant, et c'est en quoi il

diffère de Louis XVI, il ne doutait pas de son autorité et il l'a montré

en plusieurs occasions. Les historiens regrettent donc en somme qu'il

n'ait pas exercé le pouvoir d'une manière aussi personnelle que son

arrière-grand-père. Peut-être ne réfléchit-on pas que les circonstances

au milieu desquelles Louis XV atteignit sa majorité ne ressemblaient pas

à celles de 1660. Le besoin de commandement que l'on ressentait alors

n'existait plus. Ce qui dominait, au contraire, c'était l'esprit

critique. La vogue des institutions anglaises, développée par

Montesquieu et par Voltaire, favorisée par les essais de réforme de la

Régence, commençait. Autant la situation avait été nette et simple à

l'avènement de Louis XIV, autant la tâche du gouvernement redevenait

difficile.

C'est cependant par un acte d'autorité que débuta Louis XV, à seize ans,

lorsqu'il renvoya le duc de Bourbon, à peu près comme Louis XIII avait

secoué la tutelle de Concini. Le jeune roi avait donné sa confiance à

son précepteur Fleury, évêque de Fréjus. Choix heureux: ce sage

vieillard dirigea les affaires avec prudence. Il y eut, pendant quinze

ans, une administration intelligente, économe, qui remit les finances à

flot et rétablit la prospérité dans le royaume, preuve qu'il n'était pas

condamné à la banqueroute depuis la guerre de succession d'Espagne et le

Système de Law. De tout temps, la France n'a eu besoin que de quelques

années de travail et d'ordre pour revenir à l'aisance et à la richesse.

Notre éclatante civilisation du dix-huitième siècle ne s'expliquerait

pas sans cette renaissance économique qui fut singulièrement aidée par

les traditions bureaucratiques que le siècle précédent avait laissées.

Il ne faut pas dire trop de mal des bureaux: leurs abus ne les empêchent

pas d'être indispensables. Orry, dont le nom est resté obscur, fut un

digne successeur de Colbert dans la gestion des deniers publics.

D'Aguesseau, qui est illustre, continua l'oeuvre législative que Colbert

avait commencée, et, pour une large part, ses ordonnances ont été

reproduites par le Code civil, car la Révolution a continué au moins

autant qu'elle a innové.

Appliqué au relèvement de la France, Fleury, au dehors, évitait les

aventures. Il n'avait pas de grandes vues de politique européenne mais

un sens assez juste de l'utile et du nécessaire. Le point noir de

l'Europe, à ce moment-là, c'était la succession d'Autriche qui se

présentait d'ailleurs autrement que la succession d'Espagne. L'Empereur

Charles VI, n'ayant que des filles, se préoccupait de laisser ses Etats

héréditaires à l'archiduchesse Marie-Thérèse et il cherchait à faire

signer et garantir ses dispositions testamentaires, sa «Pragmatique

sanction», par toutes les puissances. En France, un parti déjà nombreux

représentait que la maison d'Autriche était l'ennemie du royaume, que

nous n'avions pas intérêt à la perpétuer et que l'occasion de l'abattre

définitivement ne devait pas être perdue. On était antiautrichien au nom

de la tradition et des principes de Richelieu. Ainsi naissait, sur une

question de politique étrangère, une controverse qui devait dégénérer en

conflit, un conflit qui, un jour, deviendrait fatal à la monarchie

elle-même.

Fleury se contentait de surveiller les événements et de déjouer les

intrigues qui pouvaient mettre la paix en danger, tout en refusant de

signer la «Pragmatique sanction» de Charles VI pour échapper à des

difficultés intérieures et peut-être en calculant aussi qu'il tenait

l'empereur par l'espoir de sa signature. Quelle que fût sa prudence,

Fleury, qui était accusé de pusillanimité par l'opinion publique, comme

Louis-Philippe le sera cent ans plus tard, se vit, bien malgré lui,

obligé d'intervenir en 1733, lorsque l'indépendance de la Pologne fut en

danger. La France a toujours eu besoin d'un allié qui pût prendre

l'Allemagne à revers, et la Suède, qui avait rempli cette fonction au

dix-septième siècle, s'en était d'autant plus détournée qu'elle était

aux prises avec la Russie rénovée par Pierre le Grand: l'apparition de

la puissance russe a été dans le système européen le principe de

bouleversements dont la France a eu à souffrir. L'intangibilité et

l'alliance de la Pologne étaient alors des préceptes que la politique

française a retrouvés depuis 1918 et qui lui ont causé d'immenses

embarras au dix-huitième siècle. Ce ne fut donc pas pour soutenir le

beau-père de Louis XV que Fleury intervint en faveur de Stanislas contre

la candidature au trône de Pologne de l'électeur de Saxe, mais parce que

l'indépendance de la Pologne était menacée à la fois par l'Empire et par

la Russie qui voulaient imposer Auguste III. Seulement on s'aperçut vite

qu'il n'était pas facile de défendre la Pologne, prise entre les

Allemands et les Russes, si elle n'était pas capable de se défendre

elle-même: Plélo périt dans sa vaine tentative pour délivrer Dantzig.

Nous fûmes réduits à une diversion contre l'Empire dans laquelle le

parti antiautrichien se jeta avec joie, Villars, cet ancêtre, et le

chevalier de Belle-Isle, petit-fils de Fouquet, étant les plus ardents.

Fleury modéra tant qu'il put ces vieux et ces jeunes fous. Déjà la cause

de Stanislas était perdue, les Polonais n'ayant pas su rester unis en

face des envahisseurs. Fleury avait eu soin de limiter les risques et de

ne pas rendre la guerre générale, en obtenant la neutralité de

l'Angleterre par l'engagement de ne pas attaquer les Pays-Bas. Il ne

songea plus qu'à sortir de ce mauvais pas avec profit et il négocia le

traité de Vienne (1738), par lequel il garantissait la Pragmatique. En

échange, et à titre de dédommagement, Stanislas, évincé de Pologne,

recevait la Lorraine qui, à sa mort, retournerait à la couronne de

France, tandis que le duc François de Lorraine, pour épouser

Marie-Thérèse, renonçait à ses droits sur le duché. C'était la solution

élégante et avantageuse de plusieurs difficultés à la fois. Jusqu'alors

on n'avait pas trouvé le moyen de réunir cette province française et,

malgré de perpétuels conflits avec les princes lorrains, malgré une

occupation, même prolongée, de leur territoire, la monarchie n'avait

jamais voulu annexer la Lorraine par la violence et contre le voeu de

ses habitants.

La raison exigeait qu'on s'en tînt là et tel était le sentiment de

Fleury, légitimement fier d'avoir atteint ces résultats en évitant la

médiation intéressée de l'Angleterre. Mais, en France, le parti

antiautrichien se plaignait qu'il eût trop cédé à l'Autriche et

regrettait qu'au lieu de brèves campagnes sur le Rhin et en Italie une

armée n'eût pas été envoyée jusqu'en Bohême. Le ministre des affaires

étrangères Chauvelin était le plus belliqueux des austrophobes. Fleury,

pour pouvoir signer la paix de Vienne, avait obtenu de Louis XV la

disgrâce et le renvoi de Chauvelin. Ce fut le premier épisode de ce

grand conflit d'opinions. Il avait été bien réglé et sans dommages pour

la France.

Les deux hommes les plus importants de l'Europe, à ce moment-là, Fleury

et Walpole, étaient pacifiques tous deux. On pouvait donc penser que,

quand l'empereur mourrait, sa succession se réglerait sans encombre. On

ne comptait pas avec les forces qui travaillaient à la guerre.

Walpole fut débordé le premier. L'Angleterre, qui ne cessait de

développer son commerce, convoitait âprement les colonies espagnoles.

L'Espagne s'étant mise en défense contre une véritable expropriation,

les négociants et les armateurs anglais s'exaspérèrent, le Parlement

britannique les écouta et Walpole céda, préférant, selon un mot connu,

une guerre injuste à une session orageuse. La guerre maritime durait

depuis un an entre l'Angleterre et l'Espagne qui, du reste, se défendait

avec succès, et la France, demeurée neutre, commençait à comprendre

qu'elle était menacée derrière les Espagnols et qu'il serait prudent de

s'armer sur mer, lorsque l'empereur Charles VI mourut au mois d'octobre

1740. Il avait eu, lui aussi, une illusion semblable à celle de Walpole

et de Fleury. Il avait cru que des actes notariés suffiraient à garantir

l'héritage de sa fille et la paix. Tout se passa bien d'abord. Seul

l'électeur de Bavière, qui prétendait à la couronne impériale, élevait

une contestation, lorsque, sans avertissement, violant toutes les règles

de la morale publique, le roi de Prusse envahit une province

autrichienne, la Silésie.

Depuis le jour où l'électeur de Brandebourg avait pris le titre de roi,

la Prusse avait grandi dans le silence. Frédéric-Guillaume, le

roi-sergent, avait constitué à force d'application, d'organisation et

d'économie, un Etat et une armée solides. Son fils Frédéric II, qui

venait de lui succéder, avait donné le change sur ses ambitions par une

jeunesse orageuse, l'étalage de ses goûts pour notre littérature et le

soin qu'il avait pris de conquérir une véritable popularité parmi les

Français en protégeant et en flattant nos écrivains et le plus célèbre

de tous, Voltaire. Frédéric II passait pour un prince éclairé, ami du

progrès et des idées qu'on appelait nouvelles et dont la vogue

continuait à se répandre. Son coup de force, qui aurait dû soulever

l'indignation, fut accueilli au contraire par des applaudissements parce

qu'il était dirigé contre l'Autriche, toujours considérée comme

l'ennemie traditionnelle de la France.

A ce même moment, Fleury, malgré sa prudence, se voyait obligé

d'intervenir dans la guerre anglo-espagnole dont le développement

menaçait nos intérêts maritimes de la manière la plus grave. Belle-Isle

et les antiautrichiens lièrent habilement les deux affaires. Ils dirent

que l'Autriche était l'alliée des Anglais, que l'heure de la détruire

était venue et qu'en la frappant on frapperait l'Angleterre. Ce

raisonnement omettait deux choses: la mer et la Prusse. Mais Frédéric II

passait pour un de ces princes allemands qui avaient été jadis, comme le

Bavarois ou le Palatin, nos associés contre les Impériaux. De plus il

était sympathique. Le courant devint si fort en faveur de l'alliance

prussienne et de la guerre que Fleury, vieilli, fatigué, craignant, s'il

résistait, de perdre le pouvoir comme Walpole l'avait craint, finit par

céder. Louis XV céda lui-même. Il eut tort puisqu'il n'approuvait pas

cette guerre et disait qu'il eût été préférable pour la France de

«rester sur le mont Pagnotte», c'est-à-dire de regarder les autres se

battre et de se réserver. Il voyait juste: par malheur pour nous, il

n'imposa pas son avis. C'était peut-être de l'indolence, peut-être aussi

le sentiment que la monarchie, diminuée depuis la Régence, n'était pas

assez forte pour combattre l'entraînement général.

On entra ainsi, en 1741, dans une guerre continentale dont le premier

effet fut de nous détourner de la guerre maritime où, de concert avec

l'Espagne, nous pouvions porter à l'Angleterre des coups sensibles qui

l'auraient peut-être arrêtée dans sa poursuite de l'hégémonie, car, à sa

grande déception, ses escadres insuffisamment organisées avaient subi de

mortifiants échecs. Mais, en France, tout était à l'entreprise

d'Allemagne que Fleury, du moins, s'efforça de limiter, préoccupé

surtout que l'Angleterre n'entrât pas dans ce nouveau conflit,

l'expérience de la succession d'Espagne ayant appris ce que coûtait une

guerre de coalitions à laquelle l'Angleterre était mêlée.

Cependant on s'indignait de la prudence de Fleury. Elle semblait sénile.

Les Français eurent l'illusion, habilement entretenue par Frédéric,

qu'ils étaient les maîtres de l'Europe. Pendant la première année de

leur campagne, tout réussit au maréchal de Belle-Isle, qui conduisit ses

troupes jusque sous les murs de Vienne, remonta en Bohême et s'empara de

Prague par une escalade hardie. En janvier 1742, notre allié l'électeur

de Bavière fut élu empereur à Francfort et ce fut en France un cri de

triomphe: enfin la couronne impériale était enlevée à la maison

d'Autriche! On se réjouissait au moment où la fragilité de ces succès

allait apparaître. Marie-Thérèse n'avait pas plié devant les revers.

Elle avait pour elle les plus guerriers de ses sujets, les Hongrois.

Elle savait qu'elle pouvait compter sur l'Angleterre. Elle avait déjà

négocié avec Frédéric, compagnon peu sûr pour la France et qui ne

songeait qu'à tirer son épingle du jeu en consolidant ses profits. Trois

semaines après le couronnement du nouvel empereur, la Bavière fut

envahie par les Autrichiens: elle n'était plus qu'un poids mort pour

nous. En même temps, les Anglais se préparaient à intervenir activement

en faveur de l'Autriche, et le roi de Prusse, peu soucieux d'encourir

leur inimitié, se hâta d'accepter le marché que lui offrait

Marie-Thérèse, c'est-à-dire presque toute la Silésie pour prix de sa

défection.

En vain Fleury avait-il conseillé la paix, dès le mois de janvier, après

l'élection de Francfort. Il comprit aussitôt la gravité de la situation

où nous mettait la trahison de la Prusse. Se fiant au prestige de la

raison, il eut l'idée d'adresser à Marie-Thérèse une lettre

confidentielle où il lui représentait qu'il n'était ni de l'intérêt de

la France ni de l'intérêt de l'Autriche de continuer la lutte.

Marie-Thérèse, par rancune, commit la faute de publier cette lettre,

soulevant en France l'indignation contre Fleury et contre elle-même,

rendant la réconciliation plus difficile puisque son mauvais procédé,

son orgueil accroissaient chez nous l'impopularité de la maison

d'Autriche. Il est vrai qu'à ce moment elle comptait sur une victoire

complète. Belle-Isle, isolé en Bohême, dut ramener son armée en plein

hiver avec de lourdes pertes. Chevert, bloqué à Prague, capitula. Les

brillants succès du début tournaient au désastre et ce fut en France un

concert de récriminations qui s'adressaient à tout le monde et qui

accrurent le trouble de l'opinion publique.

Le pire était que nous ne pouvions plus sortir de cette guerre. Les

diversions classiques qui furent tentées, par la Suède, par l'Italie, ne

réussirent pas. Au commencement de 1743, lorsque Fleury mourut, accablé

de chagrin et d'années, nos affaires allaient mal. L'Angleterre avait en

Allemagne une armée, constituée d'autant plus facilement que le roi

George était en même temps électeur de Hanovre. Les Anglo-Hanovriens

réussirent à donner la main aux Autrichiens après la bataille de

Dettingen. Nos troupes durent évacuer l'Allemagne, repasser le Rhin, et,

repliées sur les défenses de Vauban, protéger nos frontières.

Il y eut alors un véritable redressement de la politique française.

L'échec ouvrit les yeux. La véritable ennemie de la France, ce n'était

pas l'Autriche, c'était l'Angleterre, que nous finissions toujours par

trouver devant nous. C'était elle l'âme des coalitions. La France

s'était donc trompée en portant la guerre en Allemagne, en travaillant

directement pour l'électeur de Bavière, inférieur au rôle qu'on avait

conçu pour lui, et indirectement pour le roi de Prusse, perfide et

dangereux. Il fallait revenir, dans les pays allemands, à nos traditions

véritables, celles du traité de Westphalie, n'y paraître qu'en

protecteurs des libertés germaniques et de l'équilibre, tourner nos

forces contre l'Angleterre, et, pour la chasser du continent,

l'atteindre là où son alliance avec l'Autriche et la Hollande l'avait

installée mais la rendait vulnérable: dans les Flandres. Alors il nous

deviendrait possible de liquider honorablement l'aventure et d'obtenir

la paix.

Ce plan réfléchi, proposé par le maréchal de Noailles, fut accepté par

Louis XV. On se prépara à l'exécuter pendant l'hiver et, au printemps,

une forte armée, accompagnée par le roi, envahit la Flandre maritime et

s'empara d'Ypres et de Furnes. Il est vrai que, pendant ce temps, les

Autrichiens par une marche hardie, entraient en Alsace. Frédéric II, qui

surveillait les événements pour tenir la balance égale entre les

adversaires, craignit que l'Autriche ne devînt trop forte. Il rompit sa

neutralité et opéra une rapide diversion en Bohême. Les Autrichiens

durent alors sortir d'Alsace aussi vite qu'ils y étaient entrés. C'est à

ce moment que Louis XV, ayant suivi Noailles à Metz, y tomba

dangereusement malade. Sa guérison causa en France un enthousiasme

extraordinaire: le danger que courait le pays avait excité le sentiment

national exprimé par la monarchie et rarement, dans notre histoire,

a-t-on vu se manifester un loyalisme aussi ardent, signe des attaches

puissantes que la royauté avait acquises sous le règne de Louis XIV:

comment oublier que, cent ans plus tôt, on était à la veille de la

Fronde?

Nous étions accrochés à un coin de la Flandre, nous avions repoussé une

invasion, mais les choses n'avançaient guère lorsqu'une éclaircie

apparut au commencement de 1745. Charles VII, l'empereur bavarois,

mourut. La couronne impériale était libre pour l'archiduc lorrain, époux

de Marie-Thérèse, et une transaction devenait possible. Pour l'obtenir,

il fallait poursuivre le plan de Noailles, porter l'effort en Flandre, y

battre les Anglais. Maurice de Saxe, capitaine expérimenté, un de ces

Allemands d'autrefois qui servaient volontiers la France, fut mis à la

tête d'une armée considérable, marcha hardiment sur Tournai, et, les

Anglais ayant voulu délivrer cette place importante de la barrière

hollandaise, la barrière dressée au traité d'Utrecht contre la France,

furent battus à Fontenoy, en présence de Louis XV (1745). Cette victoire

fameuse, presque légendaire («Messieurs les Anglais, tirez les

premiers»), suivie de plusieurs autres succès, nous donnait bientôt

toute la Belgique. Louis XV entrait triomphalement à Anvers. Les

Hollandais, qui avaient de nouveau renversé la République et rétabli le

stathoudérat, comme au siècle précédent, étaient mis à la raison par la

prise de Berg-op-Zoom. Mais il ne nous suffisait pas d'être victorieux

aux Pays-Bas. Le théâtre de la guerre était plus vaste. Nous étions

battus en Italie, et, comme au seizième siècle, la Provence était

envahie par les Impériaux. Frédéric II achevait ce qu'il avait à faire

en Allemagne, battait les Saxons, entrait à Dresde, puis, nous

trahissant de nouveau, s'arrangeait avec l'Autriche qui lui laissait la

Silésie tandis qu'il reconnaissait le nouvel empereur François de

Lorraine. Enfin et surtout les Anglais, maîtres de la mer, avaient pu un

moment débarquer sur les côtes de Bretagne. La lutte s'était étendue aux

colonies et nous nous défendions de notre mieux au Canada et aux Indes

où Dupleix édifiait avec de faibles moyens une oeuvre grandiose.

Qu'arriverait-il donc si la guerre continuait? Peut-être garderions-nous

les Pays-Bas autrichiens. Mais alors aucune paix avec l'Angleterre ne

serait possible. Nous perdrions nos colonies. Les hostilités se

perpétueraient avec l'Autriche et nous savions désormais qu'il ne

fallait pas compter sur Frédéric. Mieux valait liquider tandis que nous

tenions des gages. Ainsi cette première guerre de Sept Ans s'acheva par

une paix blanche (1748).

Le traité d'Aix-la-Chapelle a passé pour un monument d'absurdité. C'est

de lui qu'il devint proverbial de dire: «Bête comme la paix.» Mais,

quand le principe de la guerre a été mauvais, comment la paix

pourrait-elle être bonne? Tout ce que nous avions gagné, au dix-huitième

siècle, à reprendre contre les Habsbourg la politique qui était

opportune au dix-septième, c'était d'avoir agrandi la Prusse et détruit

l'équilibre de l'Europe. De la faute commise par la France en 1741,

Frédéric fut le bénéficiaire. Déjà, pendant la campagne, il avait été

l'arbitre de la situation, nous prêtant son concours autant qu'il y

avait intérêt et pas une minute de plus. L'arbitre, il le serait encore

bien mieux puisqu'il était plus fort qu'avant. Dès ce moment, il était

clair que la Prusse aspirait à prendre en Allemagne la place de

l'Autriche et que cette ambition n'était plus démesurée. Alors, si la

France s'obstinait dans une politique antiautrichienne, elle travaillait

pour Frédéric. Si nous changions de système, si nous renversions nos

alliances, nous devions avoir Frédéric pour ennemi. Dans les deux cas,

l'Angleterre, avec qui nous n'avions rien réglé, avec qui notre rivalité

coloniale continuait, trouvait un soldat sur le continent. Voilà ce que

nous avait coûté l'erreur du parti de Belle-Isle, l'anachronisme de la

lutte contre la maison d'Autriche. La politique française avait perdu sa

clarté. Elle avait cessé d'être intelligible à la nation et elle l'était

à peine, dans cette masse de contradictions, pour ceux qui dirigeaient

les affaires et qui avaient besoin avant tout de retrouver une ligne de

conduite. L'extrême complexité d'une Europe et d'un monde qui se

transformaient tous les jours aggravait le conflit des opinions et des

théories, et ce conflit rendait lui-même plus difficile la tâche de

notre politique, ouvrait la porte aux intrigues et aux intrigants. C'est

dans cette confusion que se forma le célèbre «secret du roi»,

superposition d'une diplomatie à une autre, surveillance d'une

diplomatie par une autre. Il faudra encore du temps avant que le

désordre causé par la folle guerre de la succession d'Autriche soit

réparé et que la politique française retrouve une méthode.

Rien de plus singulier d'ailleurs que l'état des esprits en France au

milieu du dix-huitième siècle. Jamais il n'y a eu autant de bien-être

chez nous qu'en ce temps-là. Jamais la vie n'a été aussi facile. Nous

pouvons en juger par la peinture, le mobilier, les constructions, les

monuments et les travaux publics eux-mêmes. Si l'Etat, à la suite de la

guerre, est tombé dans de nouveaux embarras financiers, ces embarras

n'ont rien de tragique et la France en a vu de pires. Dans l'ensemble,

ce dont les Français ont à se plaindre n'est que le pli d'une feuille de

rose en comparaison de tant de calamités qu'ils ont subies ou qu'ils

subiront. On est frappé de l'insignifiance de leurs sujets de

mécontentement. Mais on est frappé d'autre chose. Les écrivains

demandent des réformes. L'administration, qui devient tous les jours

plus régulière, travaille à les accomplir, et elle se heurte à une

opposition générale parce qu'il est impossible de rien réformer sans

froisser des intérêts. Le Parlement résiste à l'autorité, refuse

d'enregistrer les impôts, comme sous la Fronde. Et ces impôts quels

sont-ils? Ce sont des taxes de guerre, c'est, après le «dixième»

provisoire, le «vingtième» permanent institué par le contrôleur général

Machault et qui doit atteindre tout le monde, comme Louis XIV l'avait

déjà voulu, sans connaître ni privilèges ni privilégiés. A deux

reprises, en 1753 et en 1756, il faudra exiler, emprisonner, briser les

parlementaires qui ne cèdent pas parce qu'ils se regardent comme chargés

de défendre les «coutumes du royaume» parmi lesquelles les immunités

fiscales des gens de robe sont les premières à leurs yeux. C'est donc,

comme en politique extérieure, l'opposition qui s'attache au passé et le

gouvernement qui lutte pour le progrès. On a ainsi de l'ancien régime

une image fort différente de celle qui le représente comme le défenseur

des privilèges fiscaux. La vérité est que l'histoire a retenu les

plaintes, les colères, les mots à effet de ceux qui ne voulaient pas

payer. Déjà, à la fin du règne de Louis XIV, Saint-Simon, indigné par la

capitation et le dixième, qui n'épargnaient pas les grands seigneurs,

les avait qualifiés d'«exactions monstrueuses». Il avait écrit que «le

roi tirait tout le sang de ses sujets, et en exprimait jusqu'au pus».

Sous Louis XV, Mme du Deffand dira: «On taxe tout, hormis l'air que nous

respirons», ce qui viendra d'ailleurs sous la Révolution, avec l'impôt

des portes et fenêtres. Il faut donc prendre pour ce qu'elles valent ces

lamentations que la littérature a transmises jusqu'à nous. Elles émanent

des nombreuses catégories de personnes, presque toutes riches ou aisées,

qui jusque-là échappaient à l'impôt ou ne payaient que ce qu'elles

voulaient bien payer. Et, parmi ces personnes, les plus nombreuses

appartenaient à la bourgeoisie, au tiers état, détenteur de ces offices

et de ces charges de magistrature qui procuraient l'exemption. Dans les

protestations contre le vingtième, la plus juste était sans doute celle

où les Parlements, afin de colorer leur opposition d'un prétexte

honorable, prenaient fait et cause pour la noblesse pauvre des

campagnes, astreinte au service militaire.

On comprend alors les difficultés que l'ancien régime a rencontrées au

dix-huitième siècle pour mettre de l'ordre dans les finances. On

comprend d'où est venu le déficit persistant. Les contemporains ont

donné le change en accusant uniquement les prodigalités de la Cour. De

là vient que, dans un temps où les moeurs étaient peu rigides, on se

soit offusqué des favorites, Mme de Pompadour ou Mme du Barry, comme

jamais on ne s'était plaint de Mme de Montespan. Alors, il parut

beaucoup de livres, avec un immense succès, contre l'absolutisme. En

pratique, le pouvoir, loin d'être absolu, était tenu en échec par les

Parlements dont l'opposition aux réformes financières paralysait le

gouvernement et lui rendait impossible l'administration du royaume.

Louis XIV, au début de son règne, avait, d'autorité, ramené les

Parlements à leur rôle judiciaire, et, comme on était au lendemain de la

Fronde, l'opinion l'avait approuvé. Nous avons vu comment la Régence,

ayant eu besoin des magistrats pour casser le testament de Louis XIV,

les avait rappelés à la vie politique. Ils n'en profitaient pas

seulement pour refuser d'enregistrer les impôts. Ils intervenaient

aussi, avec une égale passion, dans les controverses religieuses. Il y

avait de longues années que durait en France une dispute autour de la

bulle _Unigenitus_, qui n'était que la vieille dispute pour et contre le

jansénisme, et les parlementaires étaient généralement jansénistes. Ces

agitations de robes, ces guerres de doctrines et de plume n'avaient rien

de nouveau. Elles mettaient aux prises des tendances éternelles qui

s'étaient heurtées bien plus violemment au Moyen Age et au temps de la

Réforme. Quelle que fût l'illusion des contemporains, qui s'imaginaient

que tout cela était sans précédents, ce qu'on a appelé les grands débats

du dix-huitième siècle portait sur des sujets fort anciens. Il s'y

ajoutait toutefois un élément nouveau: la campagne des philosophes et

des encyclopédistes contre la religion catholique. Il se trouva donc que

les Parlements jansénistes eurent l'appui des philosophes déistes ou

incrédules dans la lutte contre la bulle _Unigenitus_ et l'Ordre des

jésuites. Les Cours, conservatrices et réactionnaires quand il

s'agissait des privilèges, attachées aux anciens usages, y compris la

torture, se trouvèrent, pendant une quinzaine d'années, les alliées des

écrivains qui, en toutes choses, demandaient des réformes et l'abolition

du passé. D'autre part, le gouvernement se trouvait en présence du

clergé et des catholiques qui tenaient pour la bulle, du Parlement qui

associait sa résistance à la bulle à sa résistance aux réformes et aux

impôts, et des philosophes qui agitaient l'opinion contre les abus dont

le Parlement était le protecteur et contre la bulle qui mettait en cause

la religion. On conviendra que la tâche du pouvoir n'était pas aisée. Il

avait à trouver son chemin entre tous ces courants et l'on est frappé de

voir à quel point il se montra dépourvu de préjugés et de partis pris.

En effet, si pour obtenir la paix religieuse, il finit par imposer aux

magistrats l'enregistrement de la bulle, il finit aussi par leur

accorder l'expulsion des jésuites pour obtenir l'enregistrement des

impôts. Et pas plus que la monarchie n'avait persécuté le protestantisme

à ses débuts, elle n'a cherché à étouffer les philosophes et

l'Encyclopédie. Elle a même eu des ministres qui les ont protégés et qui

se sont servis d'eux et de leur influence sur l'opinion soit pour

composer avec les Parlements, comme Choiseul, soit pour les briser comme

Maupeou.

Pour rendre encore plus grave la question des impôts et, par

contre-coup, le conflit avec les Parlements, il ne manquait qu'une

nouvelle guerre. Au milieu du dix-huitième siècle, elle était fatale

avec les Anglais. Aux colonies, elle n'avait jamais cessé. Dupleix fut

désavoué dans l'Inde où il nous taillait un empire: ce sacrifice à la

paix fut inutile. En Amérique, les colons anglais de l'Est attaquaient

nos Canadiens et recevaient des secours de la métropole. Lorsque le

gouvernement français alarmé voulut envoyer des renforts au Canada, nos

navires furent arrêtés et saisis par la flotte anglaise. Aux

observations qu'il fit à Londres, on lui répondit que les hostilités

étaient déjà ouvertes. En mai 1756, la déclaration de guerre de la

France devint la carte forcée par la volonté de l'Angleterre. A son

corps défendant, la France se trouva engagée dans une grande lutte pour

ce qu'elle ne désirait pas, ce qu'elle regardait comme secondaire: les

intérêts maritimes et coloniaux, devenus les premiers du peuple anglais.

Mais notre conflit avec l'Angleterre engendrait nécessairement une

guerre générale. C'est ici que les funestes conséquences du coup de tête

de 1741 apparurent. La Prusse ne songeait qu'à conserver la Silésie,

l'Autriche à la reprendre. Le rapt de cette province dominait la

politique de l'Europe. Dès le mois de janvier 1756, Frédéric avait signé

avec George II, électeur de Hanovre, en même temps que roi d'Angleterre,

un traité qui lui garantissait ses conquêtes. Dans le conflit qui

s'annonçait entre la France et l'Angleterre, il prenait parti pour nos

adversaires et se déclarait notre ennemi. Bon gré, mal gré, l'Autriche

et la France se trouvaient rapprochées. Par le premier traité de

Versailles, le mois même de notre rupture avec les Anglais, une alliance

défensive était conclue entre Bourbons et Habsbourg. Un an plus tard,

cette alliance se resserrait, Frédéric ayant envahi la Saxe comme il

avait envahi la Silésie et dévoilé l'ambition de la Prusse qui était de

mettre sous sa dépendance tout le corps germanique.

Le «renversement des alliances» est un événement considérable dans notre

histoire. Tout naturellement les austrophobes, les partisans aveugles de

la tradition se récrièrent, et le pire fut que, bientôt, aux yeux du

public, le résultat malheureux de la guerre parut leur donner raison. De

l'alliance autrichienne date le divorce entre la monarchie et la nation

et sera encore, trente-cinq ans plus tard, le grief le plus puissant des

révolutionnaires, celui qui leur donnera le moyen de renverser et de

condamner Louis XVI.

La légende fut que la royauté n'avait renoncé à ses anciennes maximes,

abandonné la lutte contre la maison d'Autriche que par une intrigue de

cour. Frédéric fit de son mieux pour accréditer cette version et, comme

il avait déjà une femme, Marie-Thérèse, pour adversaire (en attendant

l'impératrice de Russie), il accusa Mme de Pompadour, «Cotillon II»,

d'avoir sacrifié les intérêts de la France au plaisir vaniteux d'être en

correspondance avec la fille des Habsbourg. Il est vrai que

Marie-Thérèse, son ministre Kaunitz et son ambassadeur Stahremberg ne

négligèrent rien pour flatter la favorite. Il est vrai aussi que la

maison de Babiole où eurent lieu les pourparlers, la part qu'y prit,

avec Mme de Pompadour, l'abbé de Bernis, homme de cour auteur de vers

galants, donnent au renversement des alliances un air de frivolité. Ce

fut pourtant une opération sérieuse et réfléchie. Par le premier traité

de Versailles, le gouvernement français n'avait conclu qu'une alliance

défensive. Elle fut étendue après l'accession et les succès de Frédéric,

mais, par un second traité, nous prêtions notre concours militaire à

l'Autriche contre la promesse d'étendre notre frontière dans la partie

méridionale des Pays-Bas autrichiens, d'Ostende à Chimay, le reste

devant former un Etat indépendant, esquisse de la future Belgique, qui

serait attribué à l'infant de Parme, gendre de Louis XV. Connues de nos

jours seulement, les instructions de Bernis, devenu ministre des

Affaires étrangères, à Choiseul, nommé ambassadeur à Vienne, ont montré

que l'alliance avec l'Autriche avait été l'effet du calcul et non du

caprice. L'expérience, disait Bernis, a prouvé que nous avions eu tort

de contribuer à l'agrandissement du roi de Prusse. L'intérêt de la

France est qu'aucune puissance ne domine l'Allemagne et que le traité de

Westphalie soit respecté. Or Frédéric a saisi l'occasion de notre

conflit avec l'Angleterre pour s'allier avec cette puissance dans l'idée

que nous serions trop occupés sur les mers pour nous opposer à ses

entreprises dans les pays germaniques. Si nous laissions le roi de

Prusse en tête-à-tête avec l'Autriche, il serait à craindre qu'il

n'arrivât à ses fins et que le système de l'Allemagne fût bouleversé à

notre détriment. Il ne restait d'autre parti que de répondre aux avances

de l'Autriche et de s'associer à elle pour défendre l'équilibre

européen.

En 1756 et en 1757, Bernis a donc compris que le danger en Allemagne

était prussien. Il a vu aussi combien notre tâche devenait lourde,

puisque, au moment où l'Angleterre nous provoquait à une lutte

redoutable, nous étions engagés par Frédéric dans une guerre

continentale et dans la complexité des affaires de l'Europe centrale et

orientale. Cette complexité s'accroissait du fait que l'impératrice de

Russie entrait dans la coalition contre la Prusse, car nous avions à

protéger notre autre et ancienne alliée, la Pologne, contre les

convoitises de l'Autriche et de la Russie, nos associées, sans compter

que, pour avoir le concours des Russes, il avait fallu conseiller à la

Pologne de ne pas se mêler du conflit. On a ainsi l'idée d'un véritable

dédale où la politique française se perdit plusieurs fois. La diplomatie

secrète embrouilla souvent les choses en cherchant à résoudre ces

contradictions. Mais on ne peut pas incriminer à la fois le «Secret du

roi» et le renversement des alliances puisque le «secret» était polonais

et cherchait à réserver l'avenir de nos relations avec la Pologne malgré

nos liens avec la Russie et l'Autriche.

La guerre maritime avait bien commencé malgré l'infériorité de nos

forces navales. Le maréchal de Richelieu avait débarqué à Minorque, pris

Port-Mahon, et ce succès, qui libérait la Méditerranée, et permit notre

installation en Corse, nous donnait en outre la promesse de l'alliance

espagnole. Pour l'Angleterre, c'était un échec dont elle fut

profondément irritée. Rien ne montre le caractère impitoyable de la

lutte qu'elle avait entreprise contre nous comme la fureur avec laquelle

la foule anglaise exigea la condamnation et l'exécution de l'amiral

Byng.

En dépit de ce début brillant, l'état des esprits était mauvais en

France. Le conflit avec les Parlements durait toujours. Il s'aggrava

lorsqu'il fallut leur demander d'enregistrer les édits qui prorogeaient

des impôts temporaires et en créaient de nouveaux. Il était pourtant

indispensable de trouver des ressources pour soutenir la guerre sur

terre et sur mer. Dans les «pays d'états», c'est-à-dire dans les

provinces qui votaient elles-mêmes leurs contributions, les assemblées

et les Parlements résistèrent, et ce fut le commencement du conflit, qui

devait être si long et si grave, avec les Etats de Bretagne. En même

temps les querelles religieuses, les interminables querelles sur la

bulle _Unigenitus_, renaissaient. Le pouvoir dut être énergique et il le

fut. Il y eut un lit de justice pour les impôts, un autre pour les

affaires ecclésiastiques. Le Parlement de Paris répondit par des

démissions en masse qui causèrent une grande agitation: l'attentat de

Damiens, quelques jours après, en fut le symptôme (janvier 1757). Le

danger que le roi avait couru eut du moins pour effet d'inspirer la

crainte d'un bouleversement en France. Il y eut de grandes

manifestations de loyalisme. Les démissions furent reprises. Mais si

l'ordre ne fut pas troublé, le désordre moral persista. Les revers de la

guerre de Sept Ans allaient tomber sur un mauvais terrain, et cette

double guerre contre l'Angleterre et la Prusse, si grave par ses

conséquences, qui eût exigé un si grand effort de tous, fut à peine

comprise. La littérature témoigne que la portée en échappait aux guides

de l'opinion publique. L'état le plus général était tantôt

l'indifférence, et tantôt le dénigrement.

La guerre maritime est une affaire d'organisation. Elle veut une

préparation de longue haleine. Elle veut aussi beaucoup d'argent. Trois

ministres laborieux, Maurepas, Rouillé, Machault, avaient fait ce qu'ils

avaient pu sans réussir à porter remède à notre infériorité navale.

Cependant, avec une implacable volonté que personnifia le premier Pitt,

le père du grand adversaire de Napoléon, les Anglais, après notre succès

de Port-Mahon, redevinrent maîtres de la mer et purent s'emparer de nos

colonies, avec lesquelles nos communications étaient coupées. Malgré une

glorieuse résistance, Montcalm succomba au Canada, Lally-Tollendal aux

Indes. Une à une, nos autres possessions furent cueillies par les

Anglais.

Il est plus difficile de s'expliquer que la guerre n'ait pas mieux

tourné pour nous en Allemagne. On se rend compte des fautes militaires

que nos généraux commirent. Mais il leur manquait, à eux aussi, le feu

sacré, la conviction: on soupçonne d'Estrées d'avoir été hostile à

l'alliance autrichienne, et si Frédéric II, dont cette guerre fit un

héros germanique, finit par échapper à la quadruple alliance, à la

formidable coalition qui l'attaquait, il ne dut pas son salut à ses

talents militaires seuls mais à l'espèce de popularité que la mode

philosophique et littéraire, habilement soignée, lui avait donnée jusque

chez ses adversaires.

En 1757, la Prusse, attaquée de quatre côtés à la fois, semblait sur le

point de succomber. Nous avions mis hors de combat les Anglo-Hanovriens

qui avaient capitulé à Closterseven. Les Anglais avaient perdu leurs

moyens d'agir sur le continent, mais ils ne se sont jamais inclinés

devant une défaite continentale tant qu'ils ont été maîtres de la mer.

Les Etats de Frédéric étaient envahis par les Suédois, les Russes et les

Autrichiens qui venaient d'entrer à Berlin. L'armée française, avec un

contingent important que les princes allemands avaient fourni,

s'avançait vers la Saxe. Frédéric, à Rosbach, bouscula les vingt mille

hommes de troupes auxiliaires allemandes qui se débandèrent et battit

Soubise.

Nous avons, dans notre histoire, subi des défaites plus graves. Il n'en

est pas qui aient été ressenties avec plus d'humiliation que celle de

Rosbach. A cette sorte de honte, un sentiment mauvais et nouveau se mêla

chez les Français: le plaisir d'accuser nos généraux d'incapacité,

d'opposer le luxe de nos officiers aux simples vertus du vainqueur.

Jamais l'admiration de l'ennemi n'alla si loin: elle a duré, elle a

profité à la Prusse jusqu'à la veille de 1870. Frédéric de Hohenzollern

passa pour le type du souverain éclairé. Ses victoires, pour celles du

progrès et même, ou peu s'en faut, de la liberté. C'était pourtant un

despote, un souverain absolu et plus autoritaire que tous les autres. Sa

méthode c'était le militarisme, le caporalisme, le dressage prussien, le

contraire du gouvernement libéral. Il a fallu plus d'un siècle pour

qu'on s'en aperçût.

Après Rosbach, Bernis eut l'intuition que la guerre d'Allemagne était

perdue, et que mieux vaudrait nous en retirer. Au conseil, l'avis opposé

prévalut. La campagne fut continuée toute l'année 1758, mélangée pour

nous de succès et de revers, sans résultats. Frédéric tenait toujours

tête aux Autrichiens et aux Russes. Il semblait pourtant impossible

qu'il ne finît pas par être écrasé. Encore un effort, et la coalition

viendrait à bout de la Prusse. Ce fut la thèse que soutint Choiseul,

partisan de l'alliance autrichienne, et il quitta son ambassade pour

succéder à Bernis découragé.

Résolu à poursuivre la guerre, Choiseul eut une idée juste. Rien ne

serait obtenu tant que nous serions impuissants sur mer. Pour cesser de

l'être, il ne fallait pas seulement renforcer nos escadres autant qu'on

le pouvait au milieu des hostilités, mais acquérir des alliés maritimes.

L'Espagne, quoique déchue, comptait encore, Naples était une bonne

position dans la Méditerranée et des Bourbons régnaient à Madrid et à

Naples comme à Paris. En aidant à leur donner ces royaumes, la France ne

devait pas avoir travaillé en vain. Le _pacte de famille_ ajouté à

l'alliance autrichienne, ce fut la politique de Choiseul.

Si l'idée était juste, elle venait trop tard. Choiseul eut aussi le tort

de voir trop grand. Il organisa une descente en Angleterre, mais la

flotte anglaise, qui bloquait nos côtes depuis longtemps, battit à Lagos

l'escadre de Toulon qui tentait de rejoindre Brest et, dans le Morbihan,

la «journée de M. de Conflans» fut un désastre égal à celui de la

Hougue. Une diversion de nos corsaires en Irlande fut inutile. Et le

pacte de famille lui-même, signé en 1761, ne servit à rien pour cette

fois. L'Espagne n'était pas prête et les Anglais en profitèrent pour

s'emparer des colonies espagnoles. Ayant les mains pleines, maîtres de

nos îles bretonnes, ils commençaient cependant à se lasser, comme en

1711, des lourdes dépenses de la guerre. Pitt tomba et les tories

pacifiques revinrent au pouvoir. Cependant le cercle de ses ennemis se

resserrait autour de Frédéric. Sa perte semblait certaine. Une

circonstance, celle que l'Allemagne a encore calculée en 1917, le sauva:

Elisabeth étant morte en 1762, la Russie de Pierre III fit défection à

ses alliés, se rapprocha de la Prusse, et l'Autriche, renonçant à la

lutte, conclut à Hubertsbourg une paix par laquelle elle abandonnait la

Silésie à Frédéric. Quelques jours avant, par le traité de Paris, la

France s'était résignée elle-même à signer la paix que l'Angleterre

avait voulue (1763).

Ainsi, avec l'Angleterre comme avec la Prusse, nous avions perdu la

partie, mais c'était sur mer surtout que nous avions eu le dessous. La

preuve était faite depuis longtemps qu'aucun conflit avec les Anglais ne

pouvait bien tourner pour nous si notre marine était incapable de tenir

tête à la leur. Au traité de Paris, cette leçon fut payée de notre

domaine colonial presque entier. Le Canada, la rive gauche du

Mississippi, le Sénégal sauf Gorée, l'Inde sauf les quelques comptoirs

que nous y possédons encore: le prix de notre défaite était lourd,

d'autant plus lourd que les bases de l'Empire britannique étaient

désormais jetées. Cependant ce n'en étaient que les bases. Cette grande

victoire, l'Angleterre aurait encore à en défendre les résultats et,

tout de suite, elle le sentit, elle reprocha à son gouvernement de

n'avoir pas mis la France aussi bas que Pitt s'y était engagé. Car si le

public français prit légèrement la perte de nos colonies, il commença

aussi à sentir que la domination de la mer par les Anglais constituerait

une tyrannie insupportable, un danger dont il était nécessaire de

s'affranchir. Déjà, pendant la guerre de Sept Ans, nous avions construit

des navires de guerre par souscription publique. Après le traité de

Paris, Choiseul dirigea toute sa politique vers une revanche sur ceux

qu'on appelait les «tyrans des mers». Restauration de notre puissance

navale, consolidation du pacte de famille, acquisition de la Corse,

poste avancé dans la Méditerranée qui annulait la présence des Anglais à

Minorque, ce fut l'oeuvre de Choiseul.

Pour ses vastes projets, il avait besoin d'argent et la guerre de Sept

Ans en avait déjà coûté beaucoup. Pour avoir de l'argent, il avait

besoin des Parlements qui autorisaient les impôts. Pour gagner les

Parlements, dont le conflit avec le clergé durait toujours, dont la

tendance était toujours janséniste, Choiseul obtint de Louis XV que

l'Ordre des jésuites leur fût sacrifié. La condamnation de l'Ordre, qui

avait en France de nombreux collèges et auquel il fut interdit

d'enseigner, fut en même temps une victoire pour le parti de

l'Encyclopédie, pour les philosophes et les gens de lettres qui

attaquaient la religion et l'Eglise. Choiseul calcula qu'il flatterait

par là, outre les parlementaires, une partie remuante de l'opinion.

Choiseul y acquit sans doute une popularité qui lui permit de poursuivre

son oeuvre nationale, sa réforme de l'armée et de la marine. Mais il ne

désarma pas l'opposition. Celle des Parlements contre les impôts reprit,

particulièrement violente en Bretagne, dont les Etats étaient attachés à

leurs privilèges, et soutenus par le Parlement de Rennes. Le Parlement

de Paris prit fait et cause pour ses confrères de Rennes, pour La

Chalotais contre d'Aiguillon, qui faisait office de gouverneur, et il

s'ensuivit toute une série d'incidents, de «lettres de jussion», de lits

de justice qui se succédèrent de 1766 à 1771. Choiseul qui passait, non

sans raison, pour être favorable aux magistrats, tomba au cours de cette

lutte. Maupeou fit comprendre au roi que l'opposition des parlementaires

devenait un péril pour le gouvernement. En même temps, Louis XV fut

alarmé des projets de Choiseul qui, tout à l'idée de revanche, poussait

l'Espagne à la guerre avec les Anglais pour y entraîner la France. La

chute de Choiseul fut encore un des événements retentissants du règne.

Le jour où il fut renvoyé dans ses terres, il y eut des manifestations

en son honneur: par une singulière contradiction, la foule acclamait

l'homme de cette alliance autrichienne qu'elle avait détestée, l'homme

qui venait encore de donner pour femme au dauphin, au futur Louis XVI,

Marie-Antoinette d'Autriche.

Le départ de Choiseul fut suivi du coup d'Etat de Maupeou. On néglige

trop, d'ordinaire, cet événement dans le règne de Louis XV. Les

Parlements, dont les attributions s'étaient grossies au cours des âges,

étaient devenus un obstacle au gouvernement. L'opposition des cours

souveraines, celles des provinces marchant d'accord avec celle de Paris,

devenait un grand péril politique. Les cours étaient allées jusqu'à

proclamer leur unité et leur indivisibilité. Elles agissaient de

concert, repoussaient les édits sous la direction du Parlement de Paris,

décernaient même des prises de corps contre les officiers du roi. «Cette

étonnante anarchie, dit Voltaire, ne pouvait pas subsister. Il fallait

ou que la couronne reprît son autorité ou que les Parlements

prévalussent.» C'était un pouvoir qui se dressait contre le pouvoir et,

en effet, l'un ou l'autre devait succomber. Depuis le temps de la

Fronde, la monarchie avait eu à compter avec cette magistrature

indépendante, sa propre création, presque aussi vieille qu'elle-même et

qui, peu à peu, lui avait échappé. Louis XIV avait résolu la difficulté

par la méthode autoritaire et grâce à son prestige. Pendant son règne,

les Parlements avaient été soumis. Ranimés par la Régence, ils s'étaient

enhardis peu à peu, et leur opposition, fondée sur le respect des droits

acquis, était devenue plus nuisible à mesure que l'Etat et

l'administration s'étaient développés, avaient eu besoin d'organiser et

de rendre moderne une France constituée pièce à pièce, reprise, pièce à

pièce aussi, sur le vieux chaos de l'Europe féodale. Les ministres du

dix-huitième siècle, jusqu'au malheureux Calonne, ne tarissent pas sur

la difficulté de gouverner un pays qui avait mis huit cents ans à former

son territoire, à réunir des villes et des provinces dans les

circonstances et aux conditions les plus diverses, où l'on se heurtait,

dès que l'on voulait changer, simplifier, améliorer quelque chose, à des

exceptions, à des franchises, à des privilèges stipulés par contrat. A

la fin du règne de Louis XV, il apparut que les Parlements, en

s'opposant aux changements, par conséquent aux réformes et aux progrès,

mettaient la monarchie dans l'impossibilité d'administrer,

l'immobilisaient dans la routine, et, par un attachement aveugle et

intéressé aux coutumes, la menaient à une catastrophe, car il faudrait

alors tout briser pour satisfaire aux besoins du temps. La résistance

que la monarchie avait toujours rencontrée dans son oeuvre politique et

administrative, résistance qui avait pris la forme féodale jusqu'au

temps de Richelieu, prenait alors une forme juridique et légale, plus

dangereuse peut-être, parce que, n'étant pas armée, elle n'avait pas le

caractère évident et brutal d'une sédition.

Choiseul avait essayé de gouverner avec les Parlements en leur donnant

les jésuites en pâture, en flattant leurs sentiments jansénistes, en

tirant même de leur sein des ministres et des contrôleurs généraux.

L'effet de cette politique était déjà usé. Il ne restait plus qu'à

recourir aux grands moyens. En 1771, Maupeou, chargé de l'opération,

supprima les Parlements et la cour des aides. A leur place furent

institués des «conseils supérieurs». La vénalité des charges était

abolie, la justice devenait gratuite. C'était une des réformes les plus

désirées par le pays. La suppression des Parlements, acte d'une

politique hardie, permettait de continuer cette organisation rationnelle

de la France qui, depuis des siècles, avait été entreprise par la

monarchie. La voie était libre. Ce que Bonaparte, devenu Premier Consul,

accomplira trente ans plus tard, pouvait être exécuté sans les ruines

d'une révolution. De 1771 à 1774, l'administration de Terray,

injustement décriée par l'histoire, mieux jugée de nos jours, commença

de corriger les abus. Elle adoucit d'abord, avec l'intention de les

abolir ensuite, les impositions les plus vexatoires; elle organisa ces

fameux vingtièmes qui avaient soulevé tant de résistances; elle s'occupa

enfin de créer des taxes équitables, telle que la contribution

mobilière, reprise plus tard par l'Assemblée constituante, en un mot

tout ce qui était rendu impossible par les Parlements.

Si nous pouvions faire l'économie d'une révolution, ce n'était pas en

1789, c'était en 1774, à la mort de Louis XV. La grande réforme

administrative qui s'annonçait alors, sans secousses, sans violence, par

l'autorité royale, c'était celle que les assemblées révolutionnaires

ébaucheraient mais qui périrait dans l'anarchie, celle que Napoléon

reprendrait et qui réussirait par la dictature: un de ses

collaborateurs, le consul Lebrun, sera un ancien secrétaire de Maupeou.

Il y a là dans notre histoire une autre sorte de continuité qui a été

mal aperçue.

Nous allons voir comment ces promesses furent anéanties dès le début du

règne de Louis XVI par le rappel des Parlements. Alors seulement la

révolution deviendra inévitable.

Lorsque Louis XV mourut, s'il y avait du mécontentement, il n'était pas

incurable. S'il y avait de l'agitation, elle était superficielle.

L'ancien régime avait besoin de réformes, il le savait, et l'immobilité

n'avait jamais été sa devise. Que de fois il s'était transformé depuis

Hugues Capet! Sans doute le succès allait aux faiseurs de systèmes parce

qu'il est plus facile de rebâtir la société sur un plan idéal que

d'ajuster les institutions, les lois, l'administration d'un pays aux

besoins de nouvelles générations. De là l'immense succès de Jean-Jacques

Rousseau, le simplificateur par excellence. Mais, depuis le bienfaisant

coup d'Etat de 1771, il n'existait plus d'opposition organisée. Le

pouvoir s'était bien défendu, n'avait pas douté de lui-même. Jamais

Louis XV n'avait consenti à convoquer les Etats Généraux, comprenant

que, ce jour-là, la monarchie abdiquerait. On la blâmait, on la

critiquait, ce qui n'était pas nouveau, mais elle ne donnait pas de

signes de faiblesse. Les «affaires» du temps, celles de Calas, du

chevalier de la Barre, de Sirven, de Lally-Tollendal, causes

retentissantes que Voltaire plaida au nom de la justice et de

l'humanité, n'eurent d'autres répercussions politiques que d'aider au

discrédit des parlementaires par qui les condamnations avaient été

prononcées. Choiseul fut renvoyé, les Parlements cassés sans qu'il y eût

seulement des barricades comme sous la Fronde. Quant aux autres

plaintes, aux autres accusations, elles étaient de celles auxquelles

bien peu de gouvernements échappent. Les réductions de rentes et de

pensions, réductions si nécessaires, auxquelles Terray procéda sous

Maupeou, furent appelées banqueroutes; d'une disette et de spéculations

sur les blés, sortit la légende du «pacte de famine»; les favorites du

roi, Mme de Pompadour et Mme du Barry, furent trouvées scandaleuses.

Cependant il y avait eu à d'autres époques des moments plus graves pour

la royauté, plusieurs fois chassée de Paris. Si des esprits sombres

annonçaient des catastrophes, on ne distinguait nulle part les

préparatifs ni le désir véritable d'une révolution.

Gouverner est toujours difficile, mais ne l'était pas plus pour la

monarchie à ce moment-là qu'à un autre. Quand on y regarde de près, la

situation était plus complexe à l'extérieur qu'à l'intérieur. Louis XV

avait encore accru le royaume de la Lorraine et de la Corse. Mais les

deux guerres de Sept Ans avaient montré que le problème était de moins

en moins simple. Il fallait conserver sur le continent les avantages que

nous avait légués le dix-septième siècle, empêcher des bouleversements

en Allemagne, nous méfier des ambitions de la Prusse. Cependant, avec

l'apparition de la Russie, la question d'Orient prenait un nouvel

aspect. La Turquie était menacée de démembrement; la Pologne notre

alliée nécessaire, était menacée de ruine (le premier partage est de

1772). Enfin nous avions à effacer les plus graves des effets du traité

de Paris si nous ne voulions pas renoncer aux colonies et à la mer, au

nouveau genre d'expansion que les grands peuples européens

recherchaient, si nous ne voulions pas abandonner les océans et le monde

à l'Angleterre. Questions maritimes et coloniales, question d'Allemagne,

question d'Orient: voilà ce qui va occuper le règne de Louis XVI et, par

une grave faute initiale, le rappel des Parlements, provoquer le drame

de 1789.

Histoire de France · 第 30 / 50 题