PENDANT 500 ANS LA GAULE PARTAGE LA VIE DE ROME

Il y a probablement des centaines de siècles que l'Homme s'est répandu

sur la terre. Au delà de 2.500 ans, les origines de la France se perdent

dans les conjectures et dans la nuit. Une vaste période ténébreuse

précède notre histoire. Déjà, sur le sol de notre pays, des migrations

et des conquêtes s'étaient succédé, jusqu'au moment où les Gaëls ou

Gaulois devinrent les maîtres, chassant les occupants qu'ils avaient

trouvés ou se mêlant à eux. Ces occupants étaient les Ligures et les

Ibères, bruns et de stature moyenne, qui constituent encore le fond de

la population française. La tradition des druides enseignait qu'une

partie des Gaulois était indigène, l'autre venue du Nord et

d'Outre-Rhin, car le Rhin a toujours paru la limite des Gaules. Ainsi,

la fusion des races a commencé dès les âges préhistoriques. Le peuple

français est un composé. C'est mieux qu'une race. C'est une nation.

Unique en Europe, la conformation de la France se prêtait à tous les

échanges de courants, ceux du sang, ceux des idées. La France est un

isthme, une voie de grande communication entre le Nord et le Midi. Il y

avait, avant la conquête romaine, de prodigieuses différences entre la

colonie grecque de Marseille et les Cimbres d'entre Seine et Loire ou

les Belges d'entre Meuse et Seine. D'autres éléments, au cours des

siècles, se sont ajoutés en grand nombre à ceux-là. Le mélange s'est

formé peu à peu, ne laissant qu'une heureuse diversité. De là viennent

la richesse intellectuelle et morale de la France, son équilibre, son

génie.

On dit communément que, dans cette contrée fertile, sur ce territoire si

bien dessiné, il devait y avoir un grand peuple. On prend l'effet pour

la cause. Nous sommes habitués à voir à cet endroit de la carte un Etat

dont l'unité et la solidité sont presque sans exemple. Cet Etat ne s'est

pas fait tout seul. Il ne s'est pas fait sans peine. Il s'est fait de

main d'homme. Plusieurs fois, il s'est écroulé mais il a été rebâti. La

combinaison France nous paraît naturelle. Il y a eu, il aurait pu y

avoir bien d'autres combinaisons.

Harmonieuse à l'oeil, la figure de notre pays est défectueuse à d'autres

égards. Du côté du Nord et de l'Est, la France a une mauvaise frontière

terrestre qui l'expose aux invasions d'un dangereux voisin. De plus,

Flandres, Allemagne, Italie, Espagne, l'inquiètent, la sollicitent,

l'écartèlent presque. Si elle possède l'avantage unique de communiquer

avec toutes les mers européennes, elle a, en revanche, des frontières

maritimes trop étendues, difficiles à garder et qui exigent un effort

considérable ou un choix pénible, l'Océan voulant une flotte et la

Méditerranée une autre. Si la France n'est pas dirigée par des hommes

d'un très grand bon sens, elle risque de négliger la mer pour la terre

et inversement, ou bien elle se laisse entraîner trop loin, ce qui lui

arrivera à maintes reprises. Si elle n'a soin d'être forte sur mer, elle

est à la merci d'une puissance maritime qui alors met obstacle à ses

autres desseins. Si elle veut y être forte, la même puissance maritime

prend ombrage de ses progrès et c'est un nouveau genre de conflit. Près

de mille ans d'une histoire qui n'est pas finie seront partagés entre la

mer et la terre, entre l'Angleterre et l'Allemagne. Ainsi l'histoire de

la France, c'est celle de l'élaboration et de la conservation de notre

pays à travers des accidents, des difficultés, des orages, venus de

l'intérieur comme de l'extérieur, qui ont failli vingt fois renverser la

maison ou après lesquels il a fallu la reconstruire. La France est une

oeuvre de l'intelligence et de la volonté.

* * * * *

A quoi devons-nous notre civilisation? A quoi devons-nous d'être ce que

nous sommes? A la conquête des Romains. Et cette conquête, elle eût

échoué, elle se fût faite plus tard, dans des conditions différentes,

peut-être moins bonnes, si les Gaulois n'avaient été divisés entre eux

et perdus par leur anarchie. Les campagnes de César furent grandement

facilitées par les jalousies et les rivalités des tribus. Et ces tribus

étaient nombreuses: plus tard, l'administration d'Auguste ne reconnut

pas moins de soixante nations ou cités. A aucun moment, même sous le

noble Vercingétorix, la Gaule ne parvint à présenter un front vraiment

uni, mais seulement des coalitions. Rome trouva toujours, par exemple

chez les Rèmes (de Reims) et chez les Eduens de la Saône, des sympathies

ou des intelligences. La guerre civile, le grand vice gaulois, livra le

pays aux Romains. Un gouvernement informe, instable, une organisation

politique primitive, balancée entre la démocratie et l'oligarchie: ainsi

furent rendus vains les efforts de la Gaule pour défendre son

indépendance.

Les Français n'ont jamais renié l'alouette gauloise et le soulèvement

national dont Vercingétorix fut l'âme nous donne encore de la fierté.

Les Gaulois avaient le tempérament militaire. Jadis, leurs expéditions

et leurs migrations les avaient conduits, à travers l'Europe, jusqu'en

Asie-Mineure. Ils avaient fait trembler Rome, où ils étaient entrés en

vainqueurs. Sans vertus militaires, un peuple ne subsiste pas; elles ne

suffisent pas à le faire subsister. Les Gaulois ont transmis ces vertus

à leurs successeurs. L'héroïsme de Vercingétorix et de ses alliés n'a

pas été perdu: il a été comme une semence. Mais il était impossible que

Vercingétorix triomphât et c'eût été un malheur s'il avait triomphé.

Au moment où le chef gaulois fut mis à mort, après le triomphe de César

(51 avant l'ère chrétienne), aucune comparaison n'était possible entre

la civilisation romaine et cette pauvre civilisation gauloise, qui ne

connaissait même pas l'écriture, dont la religion en était restée aux

sacrifices humains. A cette conquête, nous devons presque tout. Elle fut

rude: César avait été cruel, impitoyable. La civilisation a été imposée

à nos ancêtres par le fer et par le feu et elle a été payée par beaucoup

de sang. Elle nous a été apportée par la violence. Si nous sommes

devenus des civilisés supérieurs, si nous avons eu, sur les autres

peuples, une avance considérable, c'est à la force que nous le devons.

Les Gaulois ne devaient pas tarder à reconnaître que cette force avait

été bienfaisante. Ils avaient le don de l'assimilation, une aptitude

naturelle à recevoir la civilisation gréco-latine qui, par Marseille et

la Narbonnaise, avait commencé à les pénétrer. Jamais colonisation n'a

été plus heureuse, n'a porté de plus beaux fruits, que celle des Romains

en Gaule. D'autres colonisateurs ont détruit les peuples conquis. Ou

bien les vaincus, repliés sur eux-mêmes, ont vécu à l'écart des

vainqueurs. Cent ans après César, la fusion était presque accomplie et

des Gaulois entraient au Sénat romain.

Jusqu'en 472, jusqu'à la chute de l'empire d'Occident, la vie de la

Gaule s'est confondue avec celle de Rome. Nous ne sommes pas assez

habitués à penser que le quart de notre histoire, depuis le commencement

de l'ère chrétienne, s'est écoulé dans cette communauté: quatre à cinq

siècles, une période de temps à peu près aussi longue que de Louis XII à

nos jours et chargée d'autant d'événements et de révolutions. Le détail,

si l'on s'y arrêtait, ferait bâiller. Et pourtant, que distingue-t-on à

travers les grandes lignes? Les traits permanents de la France qui

commencent à se former.

Il est probable que, sans les Romains, la Gaule eût été germanisée. Il y

avait, au delà du Rhin, comme un inépuisable réservoir d'hommes. Des

bandes s'en écoulaient par intervalles, poussées par le besoin, par la

soif du pillage ou par d'autres migrations. Après avoir été des

envahisseurs, les Gaulois furent à leur tour envahis. Livrés à

eux-mêmes, eussent-ils résisté? C'est douteux. Déjà, en 102 avant

Jésus-Christ, il avait fallu les légions de Marius pour affranchir la

Gaule des Teutons descendus jusqu'au Rhône. Contre ceux qu'on appelait

les Barbares, un immense service était rendu aux Gaulois: il aida

puissamment la pénétration romaine. L'occasion de la première campagne

de César, en 58, avait été une invasion germanique. César s'était

présenté comme un protecteur. Sa conquête avait commencé par ce que nous

appellerions une intervention armée.

Dès que la conquête fut achevée, Rome se trouva associée aux Gaulois

pour repousser les Germains. Avec l'attrait de la civilisation

gréco-latine, rien n'a autant servi à former l'amitié gallo-romaine. En

somme, on fut deux pour défendre le bien commun. C'est le sens du

célèbre discours aux Gaulois que Tacite prête à Cérialis après sa

victoire sur les Bataves: «Nous ne nous sommes pas établis sur le Rhin

pour défendre l'Italie, mais pour empêcher un nouvel Arioviste de

conquérir les Gaules... Les Germains ont toujours une même raison qui

les pousse sur votre territoire: l'inquiétude, l'avidité, la passion du

changement, passion naturelle quand, au lieu de leurs marais et de leurs

déserts, ils espèrent posséder un sol d'une fertilité extrême et devenir

vos maîtres.»

La politique romaine était si clairvoyante, l'Empire romain se rendait

si bien compte du rôle qu'il jouait dans le monde que Tacite prêtait

encore ces paroles au général Cérialis: «Supposez que les Romains soient

chassés de leurs conquêtes: qu'en peut-il résulter, sinon une mêlée

générale de tous les peuples de la terre?»

Ce jour devait venir. L'Empire romain tomberait. La digue serait rompue,

la prophétie réalisée. Cette catastrophe, qui a laissé si longtemps aux

Européens le regret de la paix romaine, nous enseigne que le progrès

n'est ni fatal ni continu. Elle nous enseigne encore la fragilité de la

civilisation, exposée à subir de longues éclipses ou même à périr

lorsqu'elle perd son assise matérielle, l'ordre, l'autorité, les

institutions politiques sur lesquelles elle est établie.

Jusqu'au siècle terrible où les Barbares submergèrent tout, la Gaule, de

concert avec Rome, avait dû refouler de nombreuses invasions: annonce

des luttes que la France de l'avenir aurait à soutenir contre

l'Allemagne. En 275, l'empereur Probus repousse et châtie durement les

Germains qui s'étaient avancés fort loin en Gaule et qui, en se

retirant, avaient laissé derrière eux des ruines et un désert. Dans leur

retraite, ils avaient même, comme en 1918, coupé les arbres fruitiers.

Quatre-vingts ans plus tard, Julien, celui qui aimait tant le séjour de

Paris, est assiégé par les Allemands jusque dans la ville de Sens, puis

les chasse au delà du Rhin et leur impose un tribut pour la «réparation»

(c'est déjà la chose et le mot) des destructions auxquelles ils

s'étaient encore livrés.

A mesure que l'Empire s'affaiblissait, se consumait dans l'anarchie, ces

invasions devenaient plus fréquentes et le nombre des Barbares qui se

pressaient aux portes semblait croître. Il en surgissait toujours de

nouvelles espèces, heureusement rivales: ainsi la Gaule fut nettoyée des

Vandales par les Goths. Pourtant, au cinquième siècle, la collaboration

de la Gaule et de Rome s'exprima encore d'une manière mémorable par

Aétius, vainqueur d'Attila aux Champs Catalauniques. Le roi des Huns, le

«fléau de Dieu» était à la tête d'un empire qu'on a pu comparer à celui

des Mongols. Lui-même ressemblait à Gengiskhan et à Tamerlan. Il

commandait à des peuplades jusqu'alors inconnues. Aétius le battit près

de Châlons avec l'aide des Wisigoths et des Francs, et cette victoire

est restée dans la mémoire des peuples (451).

C'est la première fois que nous nommons les Francs destinés à jouer un

si grand rôle dans notre pays et à lui donner leur nom. Il y avait

pourtant de longues années qu'ils étaient établis le long de la Meuse et

du Rhin et que, comme d'autres Barbares, ils servaient, à titre

d'auxiliaires, dans les armées romaines. C'étaient des Rhénans et l'une

de leurs tribus était appelée celle des Ripuaires parce qu'elle habitait

la rive gauche du Rhin (Cologne, Trèves).

Pourquoi une aussi grande fortune était-elle réservée aux Francs? Connus

de Rome dès le premier siècle, ils lui avaient donné, non seulement des

soldats, mais, peu à peu, des généraux, un consul, et même une

impératrice. Ce n'était pourtant pas ce qui les distinguait des autres

Barbares que Rome avait entrepris d'attirer, d'assimiler et d'utiliser

contre les Allemands d'Outre-Rhin. Les Francs étaient même, d'une

manière générale, en retard sur les peuples d'origine germanique

installés comme eux dans les limites naturelles de la Gaule. Les Goths

et les Burgondes, admis à titre d'«hôtes» depuis longtemps, étaient plus

avancés et plus dégrossis. Cette circonstance devait tourner à leur

détriment.

Au moment où l'empire d'Occident disparut, les Francs, établis dans les

pays rhénans et belges, étaient encore de rudes guerriers que rien

n'avait amollis. Ils étaient soldats et leur gouvernement était

militaire. Clodion, Pharamond, Mérovée n'étaient que des chefs de

tribus, mais des chefs. Voilà pourquoi la tradition qui fait remonter à

ces roitelets la fondation de la Monarchie française n'est pas absurde,

bien que, dans la réalité, les rois francs, avant Clovis, aient compté,

pour les Gallo-Romains, beaucoup moins que les chefs des Goths, Alaric

et Ataulphe, ou Gondioc le Burgonde, père du fameux Gondebaud.

Voilà ces Francs, peu nombreux mais ardents à la guerre, et qui se

tiennent sur les points d'où l'on domine la France, ceux qui commandent

les routes d'invasion et par où l'on va au coeur, c'est-à-dire à Paris.

Ils étaient les mieux placés. Une autre circonstance leur fut peut-être

encore plus favorable: les Francs n'étaient pas chrétiens. Cette raison

de leur succès semble surprenante d'abord. On va voir par quel

enchaînement naturel elle devait les servir.

De bonne heure, la Gaule était devenue chrétienne et elle avait eu ses

martyrs. L'Eglise de Lyon, illustrée par le supplice de Pothin et de

Blandine, fut le centre de la propagande. De bonne heure, ce

christianisme gallo-romain eut pour caractère d'être attaché à

l'orthodoxie. Dès qu'elle avait commencé à se répandre, la religion

chrétienne avait connu les hérétiques. Nulle part les dissidents ne

furent combattus avec autant d'ardeur qu'en Gaule. Saint Irénée avait

pris la défense du dogme contre les gnostiques. Saint Hilaire lutte

contre une hérésie plus grave et qui faillit l'emporter: l'arianisme.

Les Barbares déjà établis en Gaule s'étant convertis, étaient tout de

suite devenus ariens. Lorsque les Francs parurent à leur tour, il y

avait une place à prendre. La Gaule elle-même les appelait. Et l'Eglise

comprit que ces nouveaux venus, ces païens, rivaux naturels des

Burgondes et des Goths, pouvaient être attirés dans la vraie croyance.

Ce fut le secret de la réussite de Clovis et c'est une des raisons pour

lesquelles on ne peut pas dire qu'il y ait eu de conquête franque.

Depuis longtemps déjà l'Empire romain agonisait. En mourant, il laissait

une confusion épouvantable. Plus d'autorité. Elle tomba naturellement

entre les mains de ceux qui possédaient l'ascendant moral: les évêques.

On se groupa autour de ces «défenseurs des cités». Mais l'Eglise savait

bien que sa mission n'était pas d'exercer le pouvoir. Chez elle vivait

une tradition, la distinction du temporel et du spirituel, et aussi une

admiration, celle de l'ordre romain. Rétablir une autorité dans les

Gaules, obtenir que cette autorité fût chrétienne et orthodoxe, telles

furent l'idée et l'oeuvre du clergé. Deux hommes d'une grande

intelligence, le roi Clovis et l'archevêque de Reims, saint Remi, se

rencontrèrent pour cette politique. Mais on aurait peine à en comprendre

le succès si l'on ne se représentait l'angoisse, la terreur de l'avenir

qui s'étaient emparées des populations gallo-romaines depuis que

manquait Rome et sa puissante protection.

Ce pays fertile, industrieux, couvert de riches monuments, où une classe

moyenne tendait toujours à se reconstituer comme un produit du sol après

chaque tempête, était d'instinct conservateur. Il avait horreur de

l'anarchie. Les communistes du temps, les Bagaudes, dont les tentatives

révolutionnaires avaient toujours été vaincues, n'étaient pas moins

redoutés que les Barbares du dehors. La Gaule romaine désirait un

pouvoir vigoureux. C'est dans ces conditions que Clovis apparut.

A peine Clovis eut-il succédé à son père Childéric qu'il mit ses

guerriers en marche de Tournai, sa résidence, vers le centre du pays. Il

entreprenait de dominer les Gaules. A Soissons, gouvernait le «patrice»

Syagrius, pâle reflet de l'empire effondré. Saint Remi vit que le salut

n'était pas là. Quelle autre force y avait-il que le Barbare du Nord?

Qu'eût-on gagné à lui résister? Clovis eût tout brisé, laissé d'autres

ruines, apporté une autre anarchie. Il y avait mieux à faire: accueillir

ce conquérant, l'aider, l'entourer, pour le mettre dans la bonne voie.

De toute évidence, c'était l'inévitable. Il s'agissait d'en tirer le

meilleur parti pour le présent et pour l'avenir.

Clovis, de son côté, avait certainement réfléchi et mûri ses desseins.

Il était renseigné sur l'état moral de la Gaule. Il avait compris la

situation. Ce Barbare avait le goût du grand et son entreprise n'avait

de chances de réussir, de durer et de se développer que s'il respectait

le catholicisme, si profondément entré dans la vie gallo-romaine.

L'anecdote fameuse du vase de Soissons prouve à quel point il voyait

juste. L'exécution sommaire d'un soldat sacrilège fit plus que tout pour

le triomphe de Clovis. On reconnaît le grand homme d'Etat à ces audaces

qui créent des images immortelles.

Il fallait encore que Clovis se convertît. Sa conversion fut

admirablement amenée. Ce Barbare savait tout: il recommença la

conversion de l'empereur Constantin sur le champ de bataille. Seulement,

lorsqu'à Tolbiac (496) il fit voeu de recevoir le baptême s'il était

vainqueur, l'ennemi était l'Allemand. Non seulement Clovis était devenu

chrétien, mais il avait mis en fuite l'envahisseur éternel, il avait

chassé au delà du Rhin l'ennemi héréditaire. Dès lors, il était

irrésistible pour la Gaule romanisée.

On peut dire que la France commence à ce moment-là. Elle a déjà ses

traits principaux. Sa civilisation est assez forte pour supporter le

nouvel afflux des Francs, pour laisser à ces Barbares le pouvoir

matériel. Et elle a besoin de la force franque. Les hommes, elle les

assimilera, elle les polira. Comme sa civilisation, sa religion est

romaine, et la religion est sauvée: désormais le fonds de la France

religieuse, à travers les siècles, sera le catholicisme orthodoxe.

Enfin, l'anarchie est évitée, le pouvoir, tout grossier qu'il est, est

recréé, en attendant qu'il passe en de meilleures mains, et ce pouvoir

sera monarchique. Il tendra à réaliser l'unité de l'Etat, idée romaine

aussi. Rien de tout cela ne sera perdu. A travers les tribulations des

âges, ces caractères se retrouveront.

Cependant il s'en fallait encore de beaucoup que la France fût fondée et

sûre de ses destins. La monarchie franque n'avait été qu'un pis aller

dans la pensée des hommes d'Eglise qui l'avaient accueillie. Malgré ses

imperfections, elle va servir, pendant près de trois cents ans, à

préserver les Gaules de la ruine totale dont les avait menacées la chute

de l'Empire romain.

Histoire de France · 第 7 / 50 题