La substitution, au faîte de la citadelle d'Akarshus, à Christiania, du
drapeau norvégien au drapeau de l'union a été en quelque sorte l'acte
symbolique consacrant la séparation entre la Suède et la Norvège.
Le 9 juin, en présence d'une foule de trente mille personnes, où se
trouvaient mêlés tous les membres du Storthing (le parlement norvégien),
devant toute la garnison alignée, on amenait solennellement le drapeau
de l'union, après que le commandant de la place eut donné lecture de la
résolution prise l'avant-veille, par le Storthing, sans débat, et à
l'unanimité, de rompre le pacte d'union avec la Suède. Des salves
d'artillerie éclatèrent et les troupes présentèrent les armes.
Puis le nouveau pavillon, le pavillon norvégien, fut hissé dans
l'espace. L'assistance alors se découvrit et les troupes, de nouveau,
présentèrent les armes, aux accents de l'hymne national norvégien, que
jouait une musique, et au milieu des vivats de la foule.
[Illustration: L'ACTE SYMBOLIQUE MATÉRIALISANT LA SÉPARATION ENTRE LA
NORVÈGE ET LA SUÈDE Le nouveau drapeau norvégien hissé sur la citadelle
d'Akarshus à la place du drapeau de l'union.--_phot, Worm-Petersen._]
[Illustration: Le drapeau de l'union suédo-norvégienne amené
solennellement.]
Evidemment, des dissentiments graves ont motivé cette rupture. D'abord,
c'est un peu par la force qu'en 1814, la Norvège avait été unie à la
Suède. Elle semble n'avoir jamais accepté cette union que comme un
mariage de raison. Les querelles ont été fréquentes entre les deux pays
jusqu'au moment où la Norvège formula, de façon précise, ses griefs.
Cela remonte à 1836, tout simplement, et l'on voit qu'un ménage bien
établi peut subsister longtemps sur le pied de guerre. Puissance
maritime avant tout, elle exigeait une représentation consulaire
distincte de celle de la Suède. Elle voulait aussi un ministre des
affaires étrangères à elle,--cette question étant intimement liée à la
première. Enfin, et surtout, pourrait-on dire, elle voulait avoir son
pavillon national propre. L'accord de 1814 portait que les deux pays
auraient chacun son pavillon, rappelant, dans le quartier supérieur
contigu à la hampe, les couleurs de l'autre pays. C'était le «pavillon
d'union». Le drapeau de la Suède, bleu avec une croix jaune; celui de la
Norvège, rouge, avec une croix gros bleu bordée de blanc. Le canton
portant la marque d'union rappelait, en Suède, le rouge, le bleu et le
blanc de la Norvège; en Norvège, le bleu et le jaune de la Suède.
C'était un petit pavillon dans l'angle du grand. Dès 1821, les deux
sections du Storthing,--le parlement entier,--adoptaient une décision
portant que le pavillon norvégien serait rouge vif, divisé par une croix
bleu foncé aux bords blancs. Le roi opposa son veto à cette décision. Ce
n'est qu'en 1828 qu'un décret royal accorda seulement aux navires
marchands norvégiens la faculté de battre ce pavillon. Ce n'était qu'une
licence octroyée. Mais le pavillon de guerre demeurait pavillon suédois
d'union, c'est-à-dire, en fait, le pavillon suédois, les deux pays
n'ayant qu'une marine de guerre et une armée. D'où les dissensions.
En 1899, après une lutte très vive contre la couronne, le Storthing
proclamait la suppression du canton d'union de tous les pavillons
marchands et de ceux des édifices nationaux. Seuls les drapeaux
militaires portaient encore en dernier lieu la marque d'union. C'en est
fait, désormais: la Norvège, indépendante, a son drapeau à elle.
[Illustration: Sur le champ de bataille, au sud-ouest de Moukden:
l'autel et le monument aux morts.]