[1: Le jour même où j'allais donner le bon à tirer de cette feuille, la
mort de mon frère est venue rompre le dernier lien qui m'attachait aux
souvenirs du toit paternel. Mon frère Alain fut pour moi un ami bon et
sûr; il me comprit, m'approuva, m'aima toujours. Sa claire et ferme
intelligence, sa grande puissance de travail, l'appelaient soit aux
carrières qui supposent l'étude des sciences mathématiques, soit aux
fonctions de la magistrature. Les malheurs de notre famille lui firent
prendre une autre direction, et il traversa de dures épreuves, où son
courage ne se démentit pas un seul instant. Il ne se plaignit jamais de
la vie, quoique la vie n'ait guère eu pour lui que les récompenses qu'on
se donne par les joies de l'intérieur. Celles-là sont assurément les
meilleures.]
[2: M. Amiel, de Genève.]
[3: J'écrivais ce morceau à Ischia, dans l'automne de 1875.]
[4: Je raconterai peut-être un jour ces histoires.]
[5: Quels beaux chefs de _Landwehr_ ces gens-là eussent fait! On ne
remplacera pas cela.]
[6: [Grec: ATHÊNAS DÊMOKRATIAS]. Le Bas, _Inscr._, I, 32e.]
[7: Un consciencieux et infatigable chercheur, M. Luzel, sera, j'espère,
le Pausanias de ces petites chapelles focales et fixera par écrit toute
cette magnifique légende, à la veille de se perdre.]
[8: La forme ancienne est Ronan, qui se retrouve dans les noms de lieu,
_Loc-Ronan_, les eaux de Saint-Ronan (pays de Galles), etc.]
[9: J'écrivais ceci en 1876. La belle oeuvre de M. Victor Hugo a paru
depuis.]
[10: Ce tableau a été très bien tracé par M. Adolphe Morillon:
_Souvenirs de Saint-Nicolas_. Paris, Lecoffre.]
[11: Voir l'excellente notice que M. Foulon, maintenant archevêque de
Besançon, a consacrée à M. l'abbé Richard.]
[12: Mes souvenirs se rapportent aux années 1842-1845. Je pense que
depuis rien n'a changé.]
[13: Paris, 1609, in-12.]
[14: Première édition, 1839; deuxième édition, fort augmentée, 1845.]
[15: Un écrit qui représente mes idées philosophiques de cette époque,
mon essai sur l'_Origine du langage_, publié pour la première fois dans
_la Liberté de penser_ (septembre et décembre 1848), marque bien la
manière dont je concevais le tableau actuel de la nature vivante comme
le résultat et le témoignage d'un développement historique très ancien.]
[16: J'allai dernièrement à la Bibliothèque nationale pour rafraîchir
mes souvenirs sur _le Comte de Valmont_. En ayant été détourné, je priai
M. Soury de parcourir pour moi l'ouvrage. J'étais curieux d'avoir son
impression. Voici ce qu'il me répondit:
«J'ai bien tardé à vous faire connaître mon sentiment sur _le Comte de
Valmont, ou les Égarements de la raison_. C'est qu'il m'a fallu des
efforts presque héroïques pour l'achever. Non que cet ouvrage ne soit
honnêtement pensé et assez bien écrit. Mais l'impression de mortel ennui
qui se dégage de ces milliers de pages permet à peine d'être équitable
pour cette oeuvre édifiante de l'excellent abbé Gérard. On lui en veut
d'être si ennuyeux. Vraiment, il eût pu l'être moins.
«Comme il arrive souvent, ce qu'il y a de meilleur en ce livre, ce sont
les notes, c'est-à-dire une foule d'extraits et de morceaux choisis,
tirés des écrivains célèbres des deux derniers siècles, surtout de
Rousseau. Toutes ces «preuves», tous ces arguments apologétiques ruinent
malheureusement l'oeuvre de fond en comble, l'éloquence et la dialectique
de Rousseau, de Diderot, d'Helvétius, d'Holbach, voire de Voltaire,
différant très fort de celles de l'abbé Gérard. Il en est de même des
raisons des libertins que réfute le marquis, père du comte de Valmont.
Qu'il doit être dangereux de présenter avec tant de force les mauvaises
doctrines! Elles ont une saveur qui rend fades et insipides les
meilleures choses. Et ce sont celles-ci, les bonnes doctrines, qui
remplissent les six ou sept volumes du _Comte de Valmont_! L'abbé Gérard
ne voulait pas qu'on appelât ce livre un roman. De fait, il n'y a ni
drame ni action dans ces interminables lettres du marquis, du comte et
d'Émilie.
«Le comte de Valmont est un de ces incrédules qu'on doit souvent
rencontrer dans le monde. Esprit faible, prétentieux et fat, incapable
de penser et de réfléchir par lui-même, d'ailleurs ignorant et sans
connaissances d'aucune sorte sur aucun sujet, il oppose à son malheureux
père des foules de difficultés contre la morale, la religion et le
christianisme en particulier, comme s'il avait le droit d'avoir une
opinion sur des matières dont l'étude demande tant de lumières et
consume tant d'années. Ce que ce pauvre garçon a de mieux à faire, c'est
d'abjurer son inconduite, et il n'a garde d'y manquer presque à chaque
tome.
«Le septième volume de l'édition de cet ouvrage, que j'ai sous les yeux,
est intitulé: _la Théorie du bonheur, ou l'Art de se rendre heureux mis
à la portée de tous les hommes, faisant suite au Comte de Valmont_.
Paris, Bossange, 1801, 11e édition. C'est un autre livre, quoi qu'en
dise l'éditeur, et j'avoue n'avoir pas été séduit par cet art d'être
heureux mis ainsi à la portée de tout le monde.»]
[17: Ces vers sont d'Antonius, poète chrétien du IVe siècle.]
[18: Qu'il me soit permis à ce sujet de faire une remarque. On s'est
habitué, de notre temps, à mettre _monseigneur_ devant un nom propre, à
dire _monseigneur Dupanloup_, _monseigneur Affre_. C'est là une faute de
français; le mot «monseigneur» ne doit s'employer qu'au vocatif ou
devant un nom de dignité. En s'adressant à M. Dupanloup, à M. Affre, on
devait dire: _monseigneur_. En parlant d'eux, on devait dire: _monsieur
Dupanloup_, _monsieur Affre_, _monsieur_ ou _monseigneur l'archevêque de
Paris_, _monsieur_ ou _monseigneur l'évêque d'Orléans_.]
[19: _Lucta mea_, Genèse, XXX, 8.]
[20: Il se nommait François Liart. C'était une très honnête et très
droite nature. Il mourut à Tréguier dans les derniers jours de mars
1845. Sa famille me fit rendre, après sa mort, les lettres que je lui
avais écrites; je les ai toutes.]
[21: M. l'abbé Cognat, curé de Notre-Dame des Champs, qui fut, avec M.
Foulon, actuellement archevêque de Besançon, mon meilleur ami au
séminaire, a communiqué au _Figaro_ (3 avril 1879) et publié dans _le
Correspondant_ (10 mai, 10 juin et 10 juillet 1882) divers extraits de
lettres de moi écrites à la même date que celle que je donne ici.
J'aimerais certes à relire toutes ces lettres, qui me rappelleraient
bien des nuances d'un état d'âme disparu depuis trente-sept ans. Pour
moi, M. Foulon et M. Cognat sont d'anciens amis, qui me sont restés très
chers. Pour eux, j'espère que je suis cela aussi; mais je dois être de
plus un adversaire du dogme qu'ils professent, quoique, à vrai dire,
dans l'état d'esprit où je suis, il n'y ait rien ni personne dont je
sois l'adversaire. Depuis nos anciennes relations, je n'ai revu M.
Cognat qu'une seule fois: c'était aux funérailles de M. Littré. Nous
étions en chappe tous les deux, lui comme curé, moi comme directeur de
l'Académie; nous ne pûmes causer.]
[22: Il s'agit ici d'une éducation privée dont il fut question pour moi
durant quelque temps.]
[23: Maintenant rue de l'Abbé-de-l'Épée.]
[24: Recueil de cantiques du XVIe siècle, de la plus extrême naïveté.
J'ai le vieux volume de ma mère; peut-être le décrirai-je un jour.]
[25: J'ajouterai même envers les animaux. Il me serait impossible de
manquer d'égards envers un chien, de le traiter rudement et avec un air
d'autorité.]
[26: Voir ci-dessus, § V.]
[27: M. Cognat se contente d'analyser ce qui suit en ces termes: «M.
Renan entre ensuite dans quelques détails sur sa préparation à l'examen
d'admission à l'École normale et à la licence ès lettres. Quant à
l'examen du baccalauréat qu'il n'a pas encore passé, il s'en inquiète
peu. Il a eu cependant de grandes difficultés pour s'y faire admettre et
ne s'en est tiré qu'en produisant un certificat d'études domestiques,
malgré la répugnance que lui inspirait ce moyen obreptice. Il n'avait
pas cru devoir se refuser une faculté que tout le monde s'accordait et
qui semblait tolérée par la loi du monopole de l'enseignement
universitaire, afin de diminuer l'odieux de sa prescription. «Quoi qu'il
en soit, ajoute-t-il, je lui en veux beaucoup de m'avoir forcé à mentir;
et le directeur de l'École normale qui venait, après cela, me vanter la
libéralité de l'Université!»]