VI. _Couronnement de Guillaume; conquête de l'Angleterre._

L'an du Seigneur 1067, le duc de Normandie, Guillaume, entra à Londres

au milieu de l'enthousiasme du clergé et du peuple et des acclamations

de la foule qui le saluait roi. Il fut couronné le jour de la Nativité

de N. S. per Eldred, archevêque d'York; car il ne voulut pas être

consacré par l'archevêque de Cantorbéry Stigand, qui ne tenait pas

légitimement cette haute dignité. Puis les seigneurs lui prêtèrent

hommage, lui jurèrent fidélité; et après avoir reçu des otages, il se

vit bien assuré sur son trône et redouté de tous ceux qui avaient eu

des prétentions au souverain pouvoir. Il réduisit villes et châteaux,

leur imposa des gouverneurs de sa main, et fit voile vers la Normandie

avec les otages et d'immenses trésors. Otages et trésors furent

renfermés dans des forteresses et sous bonne garde. Puis, il revint

promptement en Angleterre pour récompenser ses compagnons normands,

ceux qui l'avaient aidé dans la plaine d'Hastings à conquérir le

territoire, et pour leur distribuer largement les terres et les

possessions des Anglais dépouillés; le peu qui resterait à ceux-ci

devait être frappé d'un servage éternel. Ce partage irrita les nobles

du pays. Les uns se réfugièrent auprès du roi d'Écosse Malcolm; les

autres gagnèrent les lieux déserts et les forêts, et dans la vie

farouche qu'ils y menaient troublèrent maintes fois la sécurité des

Normands.... Dans ce même temps, le roi Guillaume mit le siége devant

la ville d'Oxford, qui lui résistait. Ce fut là que du haut des murs,

un des assiégés mettant à l'air la partie inférieure de son corps, fit

entendre en dérision des Normands un sale bruit. Cet affront

transporta de colère Guillaume, qui s'empara facilement de la ville.

De là il marcha sur York, qu'il détruisit presque entièrement, après

en avoir fait périr les habitants par le fer ou dans les flammes. Ceux

qui purent échapper à ce désastre se réfugièrent en Écosse auprès du

roi Malcolm, qui accueillait volontiers tous les Anglais proscrits, à

cause de Marguerite, sœur d'Edgar[75], qu'il avait épousée. Il

s'autorisait de cette union pour dévaster par le pillage et l'incendie

les provinces qui bornent l'Angleterre. C'est pourquoi Guillaume

rassembla un corps nombreux de gens de guerre et de fantassins, se

dirigea vers les comtés du Nord, fit raser champs, villes, bourgades,

lieux fortifiés, livra au feu toute plantation, et cela surtout dans

les provinces maritimes, tant à cause de sa colère, que parce que le

bruit courait que le roi danois Knut allait arriver; il voulait que

sur le bord de la mer ce brigand et ce pirate ne pût trouver aucune

subsistance. Le roi Malcolm vint alors se mettre sous la main de

Guillaume et faire sa soumission. Ensuite Guillaume, ayant réduit les

villes et les châteaux, et leur ayant donné des gouverneurs à lui,

passa en Normandie, emmenant les otages anglais et un immense butin;

mais revenu peu de temps après en Angleterre, il distribua largement

les possessions et les terres des Anglais à ses compagnons d'armes,

et à ceux qui avaient combattu avec lui à la bataille d'Hastings. Le

peu qui resta aux nationaux fut soumis à un éternel servage. Alors

Edgar, neveu d'Édouard et légitime héritier du trône, quitta

l'Angleterre; il serait trop long d'énumérer par leur nom les évêques,

les clercs et tous les autres gens illustres qui partagèrent cette

fuite.

[75] Edgar était neveu d'Édouard et légitime héritier du trône

d'Angleterre.

L'Histoire de France racontée par les Contemporains (Tome 2/4) Extraits des Chroniques, des Mémoires et des Documents originaux, avec des sommaires et des résumés chronologiques · 第 43 / 188 题