LES THEATRES

Un succès triomphal a salué la première représentation, au Théâtre des

Champs-Elysées, de Pénélope, poème lyrique en trois actes, de M. Gabriel

Fauré. Sur un livret de M. René Fauchois, aux vers clairs, imagés et

sonores, adroitement tiré de la légende homérique, le compositeur a

écrit une partition d'une simplicité, d'une grandeur profondément

émouvantes. Cette oeuvre, ce chef-d'oeuvre--on peut le dire sans

exagération--que le public d'hier a reconnu dans un superbe élan

d'enthousiasme, marquera une date glorieuse dans la production musicale

contemporaine. L'interprétation est digne des plus grands éloges. Des

protagonistes aux figurants, depuis les musiciens jusqu'aux décorateurs,

tous ont fait merveille. Mlle Bréval (Pénélope) et M. Muratore (Ulysse)

ont été l'objet d'acclamations et de rappels sans nombre.

La Comédie des Champs-Elysées vient de représenter une pièce nouvelle

d'un jeune auteur M. Edmond Fleg,--sur qui l'attention des critiques

avait été attirée, il y a trois ans, au théâtre Antoine, par une pièce

assez scabreuse, _la Bête_. Cette nouvelle comédie, _le Trouble-Fête_,

nous montre l'embarras et le trouble que peut apporter, chez de jeunes

époux amoureux, l'arrivée du premier bébé; la jeune femme, bouleversée

et émerveillée par sa maternité, négligera le mari qui se laissera

glisser vers quelque aventure, et quand, le bébé ayant grandi, la jeune

mère a la faculté de redevenir l'amoureuse épouse, alors c'est le mari

qui, fier de son garçonnet, se préoccupe surtout de ses responsabilités

de père; et tout cela est indiqué en traits simples mais fins, en

nuances variées et délicates, qui ont beaucoup plu: M. Louis Gauthier et

Mlle Gladys-Maxhance ont interprété à ravir les deux principaux rôles de

cette jolie pièce.

Le spectacle est complété par un acte de M. Tristan Bernard, _la Gloire

ambulancière_, qui est un petit chef-d'oeuvre de comédie bourgeoise.

Nous y voyons, caricaturés avec l'esprit le plus clairvoyant et le plus

indulgent, tous les petits travers, toutes les petites passions, tous

les petits ridicules qui peuvent agiter les divers membres d'une famille

autour d'un des leurs atteint d'une maladie qui ne présente d'ailleurs

aucune gravité. Une interprétation, qui réunit les noms de MM. Dumény,

Beaulieu, et de Mmes Juliette Darcourt, Fonteney, Miller, se fait

applaudir dans _la Gloire ambulancière_.

_Les Berceuses_--trois actes de MM. Pierre Veber et Michel Provins, qui

connurent déjà le succès--viennent de reparaître sur la scène du théâtre

Michel. Conduites avec une verve experte, les aventures du professeur

Raphaël, si aimablement «bercé» par celles qui veillent sur son bonheur,

sinon sur son repos, ont diverti comme au premier jour. Le spectacle est

complété par deux amusantes petites pièces: _Doux Propos_, de MM.

Gerbault et d'Avrecourt, et l'_Ingénieux Prétexte_, de MM. Missoffe et

Saint-Arnould.

Au théâtre Réjane, une «saison d'opérette italienne» a été inaugurée, la

semaine dernière, par _la Petite Reine des roses_, dont l'auteur de

_Paillasse_, M. Leoncavallo, écrivit la musique, sur un livret de M.

Forzano, adapté par MM. Claude Berton et Marcel.

Les triomphants auteurs du _Mariage de Mlle Beulemans_, MM. Fonson et

Wicheler, ont eu, mieux que des imitateurs, des continuateurs en la

personne de MM. Tricot et Wappers qui ont, avec les personnages du

_Mariage_, et en leur conservant soigneusement l'accent, composé _le

Divorce de Mlle Beulemans_, joué d'abord à Bruxelles, comme il

convenait, et repris, ces jours derniers, au petit «Nouveau Théâtre» de

la rue Fontaine.

[Illustration: UN VOYAGE DANS LA LUNE, par Henriot.]

L'Illustration, No. 3664, 17 Mai 1913 · 第 39 / 40 题